La nouvelle armée russe

6 septembre 2017

Depuis Staline, l’armée russe possède la réputation de ne pas faire dans la dentelle. L’invasion russe en Pologne, en 1939, en est un exemple éloquent.

Mais peut-on comparer Staline à Poutine ?

Ruinée par la guerre en Afghanistan, l’URSS se disloque en 1991.

Le budget militaire russe passe de 246 milliards$ en 1988 à 14 milliards$ en 1994 — une chute de 94% en six ans — tandis que les effectifs militaires sont réduits de 80%.

Logés inconfortablement, alimentés médiocrement, les soldats reçoivent une solde de misère. À titre d’exemple, lors de l’enquête sur le naufrage en 2000 du sous-marin nucléaire Koursk — un des plus perfectionnés de la marine russe — on a appris que son commandant gagnait l’équivalent de… 60$US par semaine.

Depuis 2008, la Russie s’est lancée dans un vaste programme de réarmement. À son achèvement en 2020, ce programme aura couté 700 milliards$.

Cet investissement se fait déjà sentir.

Les effectifs russes ont triplé à 3 150 000 soldats, appuyés par deux-millions de réservistes. Pour 2015, le budget de la Défense est de 94 milliards$.

Si le conflit ethnique qui divise les Ukrainiens a fait plus de dix-mille morts, l’annexion proprement dite de la Crimée par la Russie ne s’est soldée que par six morts et très peu de pertes matérielles. Rares, dans l’histoire, ont été les annexions territoriales aussi peu meurtrières.

La brève intervention directe de la Russie en Syrie à l’automne 2015 a provoqué un renversement dans un conflit qui stagnait depuis des années. Et ce, à un cout relativement bas.

Quant aux pertes civiles syriennes, décriées par la presse occidentale, elles sont comparables aux ‘dommages collatéraux’ occasionnés par les milices appuyées par les États-Unis lors de la reconquête de Mossoul et de Raqqa (pertes dont a beaucoup moins parlé).

Depuis la modernisation de l’armée russe, si on fait le bilan des pertes humaines (civiles et militaires) occasionnées par la déstabilisation des États étrangers et les pertes directement causées par les armées russes et américaines, on arrive à ce qui suit (approximativement).

Interventions russes :
• en Géorgie (2008) : 553 morts
• en Ukraine (depuis 2014) : 10 000 morts
• en Syrie (depuis 2015) : 2 000 morts

Interventions occidentales :
• en Libye (2011) : inconnu
• en Irak : inconnu depuis 2008
• en Syrie (depuis 2011) : entre 331 765 et 475 000 morts.

Cinq à dix fois moins puissante que l’armée américaine, la nouvelle armée russe — parce que moins interventionniste que ses rivales — a causé trente fois moins de morts que les armées occidentales depuis 2008.

Références :
Copel É. L’armée russe sous Choïgou. La Revue 2016; no 65-6: 41.
Crise de Crimée
Deuxième guerre d’Ossétie du Sud
Forces armées de la Fédération de Russie
Guerre du Donbass
Intervention militaire de la Russie en Syrie
L’éclipse russe de la Syrie

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La décriminalisation de la violence conjugale en Russie

26 janvier 2017


 
En Russie, environ 36 000 femmes sont battues et plus de 9 000 meurent chaque année de violence conjugale. Dans 60 à 75% des cas, l’agresseur est en ébriété.

Par million d’habitants, on dénombre environ vingt fois plus d’uxoricides — c’est-à-dire de meurtre d’une épouse — en Russie qu’aux États-Unis.

On estime que 40% des crimes violents russes — dont sont victimes surtout des femmes, mais aussi des enfants — se produisent en milieu familial.

Lorsque ces conflits ne sont pas mortels, la police intervient rarement, jugeant cela comme une affaire domestique et reprochant aux plaignantes de vouloir laver leur linge sale en public.

Quand la police intervient, seulement trois pour cent des enquêtes ouvertes débouchent sur une plainte devant les tribunaux.

En raison de la promiscuité des personnes en conflit, il est fréquent que la violence conjugale dégénère. Conséquemment, la plupart des pays traitent ces affrontements en vertu du droit criminel plutôt qu’en vertu du droit civil (comme le sont les conflits entre voisins, par exemple).

En effet, en droit criminel, c’est l’État qui porte plainte, libérant la victime des pressions qui pourraient s’exercer sur elle afin qu’elle retire sa plainte.

Mais l’Église orthodoxe et les autorités politiques russes estiment excessif de criminaliser les parents consciencieux qui ont recours de manière ‘modérée et judicieuse’ à la force physique dans l’éducation de leurs enfants.

Au nom de la préservation des valeurs traditionnelles familiales, les députés russes ont adopté hier, par 385 voix contre deux, de décriminaliser la première condamnation pour violence familiale lorsque l’incident n’a pas entrainé d’hospitalisation.

La première conviction serait alors punie d’une amende de 500$ ou d’un emprisonnement de quinze jours. Toutefois, lorsque l’agression a entrainé des contusions ou des fractures osseuses, ou lorsqu’il s’agit d’une récidive, elle pourrait faire l’objet de poursuites criminelles si les forces de l’ordre le jugent approprié.

Références :
Domestic violence in Russia
La Russie dépénalise les violences domestiques pour éviter la « destruction de la famille »
Russia Moves to Soften Domestic Violence Law

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif M.Zuiko 25mm F/1,2 — 1/60 sec. — F/1,2 — ISO 320 — 25 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Erdoğan, le premier ministre turc, est une nuisance

26 novembre 2015

Mardi le 24 novembre 2015, un avion russe a été abattu par l’aviation turque. Cet avion avait survolé l’espace aérien turc pendant 17 secondes. C’est la première fois en près de cinquante ans qu’un pays membre de l’OTAN abat un avion russe.

Selon le quotidien britannique The Guardian, Recep Tayyip Erdoğan, le premier ministre turc, aurait lui-même donné l’ordre d’abattre cet avion.

Éjecté, un des deux pilotes a été tué dans sa descente par des rebelles en Syrie, ce qui prouve que l’avion russe a bien été abattu au-dessus du territoire syrien et non au-dessus du territoire turc.

En somme, la Turquie a prétexté un bref survol de son territoire pour poursuivre l’avion russe au-delà de ses frontières alors que ce pays voisin, la Syrie, n’a jamais demandé à la Turquie de défendre son espace aérien.

Carte de la Syrie
 
Le gouvernement légitime de la Syrie, c’est celui de Bachar el-Assad. Ce dernier a été réélu en 2014, à la suite d’un scrutin tout aussi critiquable que celui qui a dernièrement reporté au pouvoir Erdoğan en Turquie.

Devant l’Assemblée générale de l’ONU, le représentant de la Syrie est l’ambassadeur nommé par Bachar el-Assad.

Bref, en vertu du droit international, Bachar el-Assad est le chef de l’État syrien.

Depuis le début de la guerre en Syrie, l’aviation turque a survolé plusieurs fois le territoire syrien pour y effectuer des bombardements.

Est-ce que la Turquie en a reçu l’autorisation du gouvernement de Bachar el-Assad ? Non, puisque la Turquie est ennemi de ce régime.

La prochaine fois que des avions turcs violeront l’espace aérien syrien, la Russie aura donc le droit de les abattre à la demande du gouvernement légitime de la Syrie.

Poutine est très rancunier, c’est vrai, mais il n’est pas stupide.

Il sait que si des chasseurs-bombardiers russes partent abattre des avions turcs entés illégalement dans l’espace aérien syrien, les Russes pourraient tomber dans un guet-apens tendu par la coalition, dirigée par des pays de l’OTAN (hostile à la Russie).

Évidemment, un tel guet-apens placerait l’Humanité au bord d’une troisième guerre mondiale. Ni lui, ni l’Occident ne désirent courir un tel risque.

À partir de la base militaire russe établie sur la côte méditerranéenne de la Syrie, Poutine a donc décidé de déployer ses missiles antiaériens les plus sophistiqués. Dans les faits, ce sont des missiles de croisière spécialisés. Jamais ils ne ratent leur cible. Leur portée est de 400 km soit les deux-tiers de la Syrie.

Donc plutôt que de risquer d’envoyer des chasseurs-bombardiers, il se prépare à utiliser ces missiles contre les avions turcs qui violeront l’espace aérien syrien. Ce qui élimine tout risque de guet-apens… et de guerre mondiale.

Les membres de la coalition ne sont pas dupes. Ils voient bien que la Turquie, allié de l’État islamique, essaie de diviser l’Occident alors que nous sommes menacés par la barbarie.

Ils conseilleront donc à la Turquie de se tenir tranquille. Devenu clairement une nuisance, la Turquie est mise échec et mat par la Russie, au grand soulagement de tout le monde.

Références :
Avion abattu par la Turquie : riposte économique de Moscou
Avion russe abattu – Moscou dénonce une «provocation planifiée»
Les pilotes militaires turcs : un sens de l’honneur du niveau de celui de Daesh ?
Un avion russe est abattu par Ankara, provoquant une escalade des tensions
Washington «inquiet» du déploiement de missiles anti-aériens russes
Why did it take Turkey just 17 seconds to shoot down Russian jet?

Paru depuis :
Conflit en Syrie – La responsabilité de la Turquie (2015-12-07)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La principale menace contre l’Occident : la Russie ou l’État islamique ?

18 juillet 2015

Introduction

Selon le nouveau chef d’état-major de la Défense canadienne, M. Jonathan Vance, l’État islamique (ÉI) constitue la principale menace contre l’Occident.

De son côté, le prochain chef des forces armées américaines, le général Joseph Dunford, estime que la Russie, suivie de la Chine et de la Corée du Nord constituent plutôt les trois menaces principales à la paix dans le monde. L’ÉI n’est qu’en quatrième position.

La Russie

Depuis qu’il est au pouvoir en Russie, Vladimir Poutine a transformé son pays en un État mafieux dont la montée en puissance est une menace contre ses voisins européens (pays baltes, Georgie, et Ukraine, entre autres).

Le contentieux entre la Russie et l’Occident tire son origine de l’extension de l’OTAN en Europe de l’Est. Depuis l’effondrement du rideau de fer, la grande majorité des anciennes républiques soviétiques ont été admises en tant que membres de l’OTAN; ce sont les pays baltes (Estonie, Lettonie, et Lituanie), la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie, la Slovénie, la Hongrie, la Croatie, la Roumanie, la Bulgarie, et l’Albanie.

Les autorités russes prétendent que le président russe Mikhaïl Gorbatchev n’avait consenti à la réunification de l’Allemagne qu’après avoir obtenu l’assurance que l’OTAN ne chercherait pas à s’étendre vers l’Est.

Du côté occidental, cette prétention est démentie catégoriquement; jamais une telle garantie n’a été donnée à la Russie.

La question de savoir qui dit vrai est purement académique. Il est clair que la Russie ne peut pas accepter d’être encerclée de pays voisins qui pointent leurs canons contre elle.

De manière analogue, le président américain John-F. Kennedy ne pouvait pas accepter que l’Union soviétique déploie ses missiles à Cuba. Le blocus militaire américain lors de la crise des missiles était donc légitime.

Mais les anciennes républiques soviétiques ne sont pas des îles. Et en profitant de la faiblesse de la Russie après l’effondrement du bloc soviétique pour militariser contre elle ses anciennes républiques satellites, l’OTAN est aujourd’hui en position de force, au prix d’un accroissement de la tension diplomatique entre la Russie et l’Occident.

La Russie n’a pas de moyens d’empêcher un pays voisin de rejoindre l’OTAN autrement qu’en cherchant à déstabiliser son économie et en cherchant à faire en sorte qu’il soit dirigé par un gouvernement qui lui soit soumis.

En déployant ses missiles jusqu’aux frontières russes, l’OTAN a préparé la guerre. Mais elle n’a pas préparé la paix (ce qui n’était pas son rôle).

Conséquemment, grâce à nous, la Russie est redevenue une menace pour la paix.

Or cette menace ne peut être sous-estimée. De tous les pays hostiles à l’Occident, la Russie est de loin celui qui dispose du plus grand arsenal militaire. Dans ce sens, c’est notre principal danger.

L’État islamique

Comparé à la Russie, l’ÉI est un moustique. Cette organisation n’a réussi à conquérir de vastes territoires en Syrie, en Irak et en Libye que grâce à la stupidité de la politique étrangère américaine. En renversant les régimes autoritaires qui assuraient stabilité de la région, les États-Unis et le Royaume-Uni ont créé les conditions propices à l’émergence de l’ÉI.

Contrairement à Al-Qaida — qui entraine une partie de ses combattants à commettre des attentats terroristes en Occident — l’ÉI ne constitue une menace que pour les États voisins, au premier chef desquels se trouve l’Iran.

Tout au plus adresse-t-il des menacettes aux pays qui le bombardent en appelant ses sympathisants demeurés dans ces pays — des amateurs — à commettre des attentats terroristes.

En fait, depuis des mois, l’ÉI fait du surplace. Après avoir conquis de vastes régions désertiques et quelques villes importantes, il se bute au territoire kurde situé sur son chemin vers l’Iran.

Mais pourquoi les pays occidentaux n’arrivent-ils pas à éradiquer l’ÉI ? Tout simplement parce que cela n’est pas leur objectif.

Les principaux pays qui ont accepté de bombarder l’ÉI sont des producteurs d’armement. Ces pays n’ont pas intérêt à ce que leur territoire devienne le théâtre de la guerre. Toutefois, une belle guerre lointaine est excellente pour leur économie.

Créer de l’insécurité afin d’inciter des pays à s’armer auprès d’eux, déstabiliser des gouvernements au nom de beaux grands principes, souffler sur les tisons des rivalités interconfessionnelles, tout cela est excellent pour leur secteur militaro-industriel. Et cela permet de tester concrètement l’efficacité de leurs armes.

La meilleure manière d’éradiquer l’ÉI est de tarir son financement. Or comment l’ÉI se finance-t-il ? De loin, par la vente de pétrole extrait du territoire qu’il contrôle. Et où est écoulé ce pétrole ? Par voie terrestre, par des centaines de camions-citernes qui font la navette entre l’ÉI et la Turquie.

La Turquie, n’est-elle pas membre de la coalition contre l’ÉI ? Oui. Mais comme de nombreux pays, elle tient un double discours. Officiellement, elle combat l’ÉI. Mais officieusement, elle ferme les yeux sur la contrebande de pétrole brut provenant de l’ÉI. Elle obtient du pétrole à bon marché qui permet à son économie d’être plus concurrentielle.

Mais un camion-citerne ne peut voyager sur du sable. Il lui faut circuler sur un sol ferme et conséquemment, emprunter des routes. Or il n’y a pas une infinité de routes qui mènent à la Turquie.

Depuis des mois, je cherche à savoir précisément quelles sont les cibles des bombardements du Canada. Or je n’ai pas réussi à trouver un seul texte qui le précise. Évidemment, on attaque l’ÉI mais cela est vague. Que bombarde-t-on au juste sur le territoire du califat ?

Ce qui est certain, c’est que si on avait cherché à détruire les routes qui mènent à la Turquie et les sites d’extraction du pétrole du territoire du califat, les caisses de l’ÉI seraient vides depuis longtemps.

Le Canada à lui seul a procédé à plus de deux mille bombardements, au coût d’un demi-milliard de dollars. Ce zèle sert à détourner l’opinion publique canadienne de la faillite des politiques économiques du gouvernement Harper.

Si par miracle le Canada réussissait à détruire l’ÉI — ce qui est impossible selon l’avis de tous les experts — est-il prêt à voir rentrer au pays des centaines de guerriers défaits qui n’auront qu’un seul but : se venger de leur défaite en commettant des attentats ici même au pays…

Conclusion

Le nouveau chef d’état-major de la Défense canadienne a raison; l’ÉI — surtout s’il est défait — représente une menace plus immédiate à la sécurité de chacun d’entre nous que la Russie.

Mais d’autre part, le chef militaire américain a lui aussi raison. Des attentats terroristes peuvent tuer des milliers de personnes : une guerre avec la Russie en tuerait des millions.

S’il est vrai que nos pays doivent envisager la possibilité éloignée d’une guerre mondiale, ce qu’il faut craindre dans l’immédiat, ce sont les attentats commis en réaction à la mort et à la désolation que nos gouvernements répandent un peu trop facilement à l’Étranger.

Références :
Bombarder l’État islamique, ça fait tellement du bien…
Le groupe EI est la principale menace de l’Occident, selon le nouveau chef d’état-major
L’État islamique : un trou noir
Plus de 10 000 djihadistes de l’EI tués
Vladimir Poutine

Paru depuis :
Is ISIL running out of oil? (2015-07-19)
L’Arabie saoudite, un Daesh qui a réussi (2015-11-20)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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