Discrimination et neutralité religieuse de l’État

24 octobre 2017

Voile_islamique
 
Introduction

Par voie de communiqué émis il y a trois jours, la Commission des droits de la personne réitérait ses préoccupations relatives à la loi 62 (au sujet de la neutralité religieuse de l’État).

En invoquant l’article 10 de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne, l’organisme reproche à cette loi d’être discriminatoire à l’égard des femmes qui portent le niqab et la burka.

La Commission a raison d’exprimer cet avis puisque son rôle est précisément de veiller au respect des principes énoncés dans cette charte.

Toutefois, aussi importante qu’elle soit, la charte québécoise n’est pas d’un texte sacré; ses orientations doivent correspondre au type de société dans lequel la nation québécoise veut vivre.

La loi 62 et l’intégrisme religieux

La Commission a raison; la loi 62 est discriminatoire à l’égard des femmes qui portent le niqab et la burka (entre autres).

Mais on doit ajouter que toute loi est discriminatoire. Lorsqu’on interdit la vente de cocaïne, cela est discriminatoire pour ceux qui en vendent.

Une loi qui n’interdit rien est une loi qui ne vaut rien. Et une loi qui interdit tout est une loi excessive. Conséquemment, toute loi doit établir une distinction entre ce que l’État veut réprimer et ce qu’il désire permettre. Cette distinction est de la discrimination.

La loi 62 n’est pas contraire à la religion musulmane telle que pratiquée par l’immense majorité des Québécoises musulmanes. Mais elle s’oppose clairement au fondamentalisme islamique.

Tout comme les lois légalisant le divorce, l’avortement et le mariage homosexuel s’opposent au fondamentalisme chrétien. Ce qui ne nous a pas empêchés d’agir dans tous ces cas.

Si on exclu le ‘tourisme religieux’ pratiqué quelques converties de récente date, le port du niqab et de la burka est emblématique de l’intégrisme islamique et plus particulièrement du wahhabisme financé par la dictature saoudienne. Or ce fondamentalisme possède des exigences qui vont bien au-delà du voile intégral.

Les imams qui prêchent l’obligation du port du niqab et de la burka interdisent également la mixité.

Selon eux, non seulement la femme portant le voile intégral doit-elle éviter tout contact physique avec des étrangers (donc pas de poignée de main), mais elle doit vivre dans un environnement de travail où hommes et femmes ne se rencontrent pas.

Respecter la pratique du fondamentalisme islamique dans les édifices gouvernementaux, cela signifie aménager des bureaux, des couloirs, des ascenseurs et des aires de repos au sein desquels jamais hommes et femmes ne se côtoient. Sinon l’État obligera cette employée à aller à l’encontre de ses convictions religieuses.

En plaidant le respect absolu des convictions religieuses, la Commission québécoise des droits de la personne ne sait pas dans quoi elle s’embarque.

Le wahhabisme — la religion d’État de l’Arabie saoudite — n’interdit pas seulement la mixité; ses exigences tatillonnes vont aussi loin que d’interdire d’uriner dans la direction de la Mecque. Il faudra donc modifier l’orientation des toilettes dans tous les édifices publics pour satisfaire les principes naïfs des défenseurs des droits de l’Homme.

Autoriser le port du niqab ou de la burka par les représentants de l’État sur la seule base des droits constitutionnels, cela n’est que le début d’une longue suite d’exigences religieuses qui, en fin de compte, obligeront le Québec à adopter la dictature saoudienne comme modèle de société.

Conclusion

Où donc tracer la ligne ? Ma réponse est simple : la ligne est celle déjà tracée par le projet de loi 62.

En somme, la décision d’obliger la prestation de service à visage découvert est un choix de société. Et ce choix, nous le faisons nôtre.

Toutefois, le gouvernement Couillard devra se résoudre à ajouter à cette loi une clause dérogatoire à la Canadian Constitution.

Si le gouvernement Couillard fait la sourde oreille à tous ceux qui lui signalent que sa loi est anticonstitutionnelle, c’est qu’il souhaite secrètement qu’elle soit déclarée comme telle par la Cour suprême du Canada.

La suite devrait nous révéler pourquoi…

Références :
Adoption du projet de loi 62 : la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse exprime ses préoccupations
La loi sur la neutralité religieuse serait discriminatoire de manière indirecte
Les services à visage découvert et les droits constitutionnels

Paru depuis :
Sondage: les Canadiens et les Québécois favorables au projet de loi 62 (2017-10-27)

Discrimination et neutralité religieuse de l’État
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Une grossière manipulation de l’opinion publique

19 septembre 2015
Niqab

Introduction

Après la réussite de son examen visant à vérifier ses connaissances au sujet du Canada, une femme portant le niqab a obtenu l’autorisation de rejoindre son mari, déjà citoyen du pays.

Toutefois, apprenant que cérémonie de la prestation de serment se faisait à visage découvert, cette personne a contesté la légalité de cette exigence, dictée par une simple directive ministérielle.

Cette dernière a été émise après que de nombreux citoyens se soient plaints de voir des personnes masquées prêter publiquement ce serment.

Strictement parlant, c’est la signature d’un document par le requérant qui scelle l’appartenance au pays. La cérémonie de citoyenneté n’a aucune importance légale; ce n’est qu’une séance patriotique au cours de laquelle on agite son petit drapeau canadien devant les appareils photo des membres de la famille venus assister à l’événement. En réalité, la signature du document en question peut se faire en privé.

Cette femme était d’accord pour retirer son voile lors des vérifications d’identité avant la cérémonie, mais ne voulait pas se dévoiler publiquement lors de la cérémonie elle-même, invoquant ses croyances religieuses.

La saga judiciaire

Cette affaire judiciaire a déclenché un scandale. En première instance, le juge Keith M. Boswell avait tranché en faveur de la plaignante en octobre 2014. Plus tôt cette semaine, la Cour d’appel de l’Ontario confirmé ce jugement.

Le gouvernement Harper a annoncé sa décision d’en appeler de cette décision devant la Cour suprême du pays. Il est probable que celle-ci refusera d’entendre cette cause.

En toute logique, les tribunaux disent que dans une démocratie, on ne peut pas donner préséance à une directive ministérielle lorsque celle-ci va à l’encontre d’une loi adoptée par le parlement, ce dernier étant souverain.

Or cette contradiction est flagrante. La directive ministérielle interdit le port du niqab à la cérémonie de citoyenneté. Alors que la loi (adoptée par le gouvernement Harper) donne toute la latitude aux responsables de l’événement de permettre des accommodements religieux lors de cette cérémonie.

Le niqab et le gouvernement Harper

La menace de mort détermine l’urgence d’une demande d’immigration. Toutefois, des dizaines de millions de personnes à travers le monde vivent sous cette menace. Conséquemment, celle-ci ne peut se substituer aux critères d’acceptation usuels, notamment quant à l’employabilité et quant à la perspective de contribuer à l’économie et à la culture canadiennes.

Mais les Conservateurs en ont jugé autrement. Depuis qu’ils sont au pouvoir, ceux-ci ont fait de la persécution religieuse un des critères principaux d’acceptation des demandes d’immigration au Canada.

Au Pakistan, la secte musulmane des Ahmadis est persécutée parce que jugée hérétique. Comme la majorité des Pakistanaises, les femmes ahmadies portent le niqab.

En vertu de sa politique d’immigration, le gouvernement Harper a accueilli entre 25 000 et 35 000 Ahmadis au pays. Ceux-ci se sont installés principalement en Ontario. Une fois admises, ces personnes ont des droits constitutionnels, notamment au chapitre des croyances religieuses.

La création du Bureau de la liberté de religion, dotée d’un budget annuel de cinq millions$, a été annoncée en 2013 par M. Harper dans une mosquée ahmadie. En écho à l’idéologie gouvernementale, le quotidien National Post (d’allégeance conservatrice) estimait cette année-là que les Ahmadis représentaient « un symbole des valeurs canadiennes ».

Mais à la suite de nombreuses plaintes, le gouvernement Harper a fait volteface. Non seulement a-t-il émis cette directive ministérielle à l’origine de cette cause, mais lors de son passage à Victoriaville en février dernier, M. Harper a osé qualifier le jugement de première instance de « contraire aux valeurs canadiennes ».

Sur le site de Statistique Canada, je n’ai pas réussi à trouver les données les plus récentes relatives au nombre d’Ahmadis au pays. Je présume que le robinet de l’immigration a été fermé pour eux après qu’on se soit rendu compte des conséquences politiques des décisions du gouvernement Harper à ce sujet.

Le Parti conservateur, qui veut maintenant laver plus blanc que blanc, a même créé une pétition en ligne s’opposant au port du niqab lors des cérémonies de citoyenneté.

L’illogisme

Si le port du niqab est contraire aux valeurs canadiennes, pourquoi le gouvernement Harper a-t-il admis au pays des milliers de femmes qui le portent ?

La jurisprudence actuelle veut qu’une fois que des personnes sont admises officiellement au pays, elles aient des droits. M. Harper aurait dû y penser avant d’accorder la citoyenneté à toutes ces personnes.

Sa tentative de récupérer cette controverse en se transformant en champion de valeurs qu’il a ignorées par sa politique migratoire, est d’un ridicule consommé.

On peut espérer que les électeurs ne se laisseront pas tromper par cette grossière tentative de manipulation.

Références :
Ahmadisme
Harper annonce la création du Bureau de la liberté de religion
Jonathan Kay: Ahmadi Muslims, killed in Pakistan but welcomed here, perfectly symbolize our Canadian values
Pétition des conservateurs contre le port du niqab lors des cérémonies d’assermentation
Qui est dérangé par Peace Village?

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif M.Zuiko 12-40mm F/2,8 — 1/125 sec. — F/3,2 — ISO 200 — 23 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’employabilité des femmes niqabées

17 mars 2015
Niqab

Introduction

Mardi le 10 mars dernier, à la Chambre des Communes, le premier ministre du Canada a déclaré que le niqab était le produit d’une culture misogyne.

Aurait-il déclaré plutôt que c’était le fruit d’une culture préislamique misogyne, que cela n’aurait pas offensé grand monde. Mais en omettant cette nuance, il a suscité l’irritation des Musulmans du pays (qui se sont sentis visés par sa remarque), et la controverse au sein de la classe politique canadienne.

Dans son propre parti politique, le président du Conseil du Trésor, Tony Clement, a soutenu qu’il ne voyait pas d’inconvénient à ce qu’une fonctionnaire fédérale porte le niqab au travail. Son collègue Jason Kenney, ministre de la Défense, a plutôt déclaré que le port du niqab était incompatible avec l’exercice de certains métiers (en donnant l’exemple de ceux où il faut communiquer à visage découvert).

Au Nouveau Parti démocratique — actuellement le principal parti d’opposition avec 96 sièges — le chef Thomas Mulcair accuse le premier ministre de mener une campagne d’islamophobie et affirme l’intention de son parti de défendre la liberté de la pratique religieuse au pays.

Toutefois, son député québécois Alexandre Boulerice estime que les employés de l’État ne devraient pas être autorisés à couvrir leur visage.

De son côté, Justin Trudeau, chef du Parti libéral du Canada — deuxième parti d’opposition avec 35 sièges — soutient que le niqab est acceptable en tout temps et en tout lieu au Canada.

Droit à l’emploi et employabilité

Le droit au travail est un droit fondamental. Toutefois, à l’époque où les arbres étaient abattus à la hache, qui aurait embauché un manchot comme bucheron ?

La question du niqab se présente donc de manière différente selon qu’on l’envisage sous l’angle théorique du droit au travail, ou sous l’angle pratique de l’employabilité.

Pour tous les emplois où la femme représente physiquement l’entreprise ou l’État — que ce soit à l’accueil ou dans des bureaux où cette employée reçoit le citoyen ou le client, le port d’un masque est inacceptable.

S’il n’y a pas contact physique, ce problème n’existe pas. Toutefois, d’autres préoccupations surgissent.

Lorsque le fonctionnement de l’entreprise repose sur des relations de travail harmonieuses entre les employés, le port d’un masque constitue un obstacle à l’acceptation sociale de cet employé au sein d’équipes de travail.

De plus, le port du niqab n’est qu’une exigence religieuse parmi d’autres. Les imams qui prêchent l’obligation du port du niqab, interdisent généralement la mixité.

Selon eux, non seulement la femme niqabée doit-elle éviter tout contact physique avec des étrangers (donc pas de poignée de main), mais elle doit vivre dans un environnement de travail où hommes et femmes ne se rencontrent pas.

Concrètement, si le gouvernement Harper veut embaucher quelques-unes parmi les dix milles femmes niqabées auxquelles il a accordé la citoyenneté canadienne, il lui faudra aménager des bureaux, des couloirs, des ascenseurs et des aires de repos au sein desquelles jamais hommes et femmes niqabées ne se côtoient.

Ces aménagements coûteux devront évidemment être réalisés aux frais des contribuables.

C’est seulement à ces conditions qu’il pourra garantir le respect des croyances religieuses de ses employées niqabées.

Références :
Le niqab est le produit d’une culture «anti-femmes», dit Harper
Le port du niqab est un droit pour Justin Trudeau
Le port du niqab incompatible avec certains métiers, selon Jason Kenney
NDP’s Mulcair says party isn’t split over niqab controversy

Paru depuis :
La CEDH juge «nécessaire» l’interdiction du voile intégral dans l’espace public (2017-07-12)

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif M.Zuiko 12-40mm F/2,8 — 1/125 sec. — F/3,2 — ISO 200 — 23 mm

L’employabilité des femmes niqabées
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Écrit par Jean-Pierre Martel


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