Discrimination et neutralité religieuse de l’État

24 octobre 2017

Voile_islamique
 
Introduction

Par voie de communiqué émis il y a trois jours, la Commission des droits de la personne réitérait ses préoccupations relatives à la loi 62 (au sujet de la neutralité religieuse de l’État).

En invoquant l’article 10 de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne, l’organisme reproche à cette loi d’être discriminatoire à l’égard des femmes qui portent le niqab et la burka.

La Commission a raison d’exprimer cet avis puisque son rôle est précisément de veiller au respect des principes énoncés dans cette charte.

Toutefois, aussi importante qu’elle soit, la charte québécoise n’est pas d’un texte sacré; ses orientations doivent correspondre au type de société dans lequel la nation québécoise veut vivre.

La loi 62 et l’intégrisme religieux

La Commission a raison; la loi 62 est discriminatoire à l’égard des femmes qui portent le niqab et la burka (entre autres).

Mais on doit ajouter que toute loi est discriminatoire. Lorsqu’on interdit la vente de cocaïne, cela est discriminatoire pour ceux qui en vendent.

Une loi qui n’interdit rien est une loi qui ne vaut rien. Et une loi qui interdit tout est une loi excessive. Conséquemment, toute loi doit établir une distinction entre ce que l’État veut réprimer et ce qu’il désire permettre. Cette distinction est de la discrimination.

La loi 62 n’est pas contraire à la religion musulmane telle que pratiquée par l’immense majorité des Québécoises musulmanes. Mais elle s’oppose clairement au fondamentalisme islamique.

Tout comme les lois légalisant le divorce, l’avortement et le mariage homosexuel s’opposent au fondamentalisme chrétien. Ce qui ne nous a pas empêchés d’agir dans tous ces cas.

Si on exclu le ‘tourisme religieux’ pratiqué quelques converties de récente date, le port du niqab et de la burka est emblématique de l’intégrisme islamique et plus particulièrement du wahhabisme financé par la dictature saoudienne. Or ce fondamentalisme possède des exigences qui vont bien au-delà du voile intégral.

Les imams qui prêchent l’obligation du port du niqab et de la burka interdisent également la mixité.

Selon eux, non seulement la femme portant le voile intégral doit-elle éviter tout contact physique avec des étrangers (donc pas de poignée de main), mais elle doit vivre dans un environnement de travail où hommes et femmes ne se rencontrent pas.

Respecter la pratique du fondamentalisme islamique dans les édifices gouvernementaux, cela signifie aménager des bureaux, des couloirs, des ascenseurs et des aires de repos au sein desquels jamais hommes et femmes ne se côtoient. Sinon l’État obligera cette employée à aller à l’encontre de ses convictions religieuses.

En plaidant le respect absolu des convictions religieuses, la Commission québécoise des droits de la personne ne sait pas dans quoi elle s’embarque.

Le wahhabisme — la religion d’État de l’Arabie saoudite — n’interdit pas seulement la mixité; ses exigences tatillonnes vont aussi loin que d’interdire d’uriner dans la direction de la Mecque. Il faudra donc modifier l’orientation des toilettes dans tous les édifices publics pour satisfaire les principes naïfs des défenseurs des droits de l’Homme.

Autoriser le port du niqab ou de la burka par les représentants de l’État sur la seule base des droits constitutionnels, cela n’est que le début d’une longue suite d’exigences religieuses qui, en fin de compte, obligeront le Québec à adopter la dictature saoudienne comme modèle de société.

Conclusion

Où donc tracer la ligne ? Ma réponse est simple : la ligne est celle déjà tracée par le projet de loi 62.

En somme, la décision d’obliger la prestation de service à visage découvert est un choix de société. Et ce choix, nous le faisons nôtre.

Toutefois, le gouvernement Couillard devra se résoudre à ajouter à cette loi une clause dérogatoire à la Canadian Constitution.

Si le gouvernement Couillard fait la sourde oreille à tous ceux qui lui signalent que sa loi est anticonstitutionnelle, c’est qu’il souhaite secrètement qu’elle soit déclarée comme telle par la Cour suprême du Canada.

La suite devrait nous révéler pourquoi…

Références :
Adoption du projet de loi 62 : la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse exprime ses préoccupations
La loi sur la neutralité religieuse serait discriminatoire de manière indirecte
Les services à visage découvert et les droits constitutionnels

Paru depuis :
Sondage: les Canadiens et les Québécois favorables au projet de loi 62 (2017-10-27)

Discrimination et neutralité religieuse de l’État
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Intégrisme et radicalisation : de retour à la case départ

26 mai 2016

La ministre de la Justice du Québec, Stéphanie Vallée, a annoncé aujourd’hui l’abandon de la partie 1 du projet de loi 59. Inefficace, cette la partie visait à combattre l’intégrisme et la radicalisation.

Faisant allusion au tollé de protestation qu’elle a suscité, la ministre a déclaré que le Québec n’est pas prêt à encadrer le discours haineux. Ce faisant, la ministre fait diversion.

En dépit de son titre, ce projet de loi n’a jamais eu pour but de s’attaquer au discours haineux (déjà réprimé par le Code civil).

Le projet de loi 59 était la solution du Parti libéral pour lutter contre le fanatisme religieux d’influence saoudienne; il avait été présenté à la suite des propos controversés de deux imams sunnites de Montréal.

Certains ont vu dans ce projet de loi une mesure liberticide. Je n’ai lu ce document que dans le but d’y trouver des mesures de lutte contre la radicalisation. Or à ce sujet — justement dans la partie 1 — il était totalement inefficace, comme je l’ai expliqué dans le texte Le projet de loi 59 est une passoire.

Ceci étant dit, il existe bien un centre de déradicalisation à Montréal. Celui-ci s’attaque à un processus de radicalisation déjà entamé. Mais le projet de loi 59 devait s’attaquer à la cause. En somme, il visait à prévenir la radicalisation.

Implicitement, ce dont il s’agit, c’est de la prédication islamiste radicale puisque de tous les extrémismes religieux, c’est le mieux financé (par des pétrodollars) et le plus meurtrier.

Parallèlement au projet de loi 59, le gouvernement Couillard a commandé un rapport sur la radicalisation au Collège Maisonneuve. Ce rapport a été rendu public plus tôt ce mois-ci. C’est le rapport le plus niais que j’ai lu de ma vie.

La solution est pourtant simple.

Dans l’édition de novembre 2015 de L’Action nationale, Marc Laroche — détenteur d’un diplôme d’études supérieures en sciences des religions — suggère l’encadrement législatif suivant :

Ne délivrer un permis de construction ou de location de tout lieu faisant office de lieu de culte que si les responsables de groupes religieux ou idéologiques s’engagent par écrit à ce qu’aucun passage incitant à la violence grave contenu dans leurs textes référentiels n’y soit professé.

Par la suite, s’il est démontré qu’un tel groupe contrevient à cet engagement, il sera condamné pour terrorisme et dissout. Et ses biens, meubles et immeubles seront confisqués par l’État.

Or voilà, il y a un problème; cela serait anticonstitutionnel.

La Canadian Constitution de 1982 a été rédigée il y a trente ans, à une époque ou le fanatisme religieux existait déjà mais n’était pas le risque sécuritaire majeur qu’il est devenu.

Et plutôt que d’invoquer la clause dérogatoire, le Parti libéral du Québec attache plus d’importance à ne pas heurter l’opinion publique canadienne-anglaise (opposée à toute dérogation constitutionnelle) qu’à protéger ses propres citoyens.

Attend-il qu’un attentat terroriste se produise au cours de la prochaine saison des festivals ?

Depuis le début de 2015, nous savons que de jeunes Québecois se font endoctriner au point de vouloir aller combattre au sein des milices de l’État islamique.

Simplement empêcher ces jeunes de quitter le pays n’est pas suffisant.

En Europe, les citoyens belges ou français impliqués dans des attentats terroristes ont un long passé de petite criminalité. Cette caractéristique les distingue du terroriste étranger et souvent, du simple djihadiste naïvement parti combattre en Syrie.

En somme, les terroristes natifs de Belgique ou de France sont souvent des êtres asociaux qui retournent leur colère contre la société d’accueil de leurs parents.

Puisqu’ils représentent une menace collective, qu’attend le gouvernement Couillard pour prévenir la radicalisation chez nous ? Pourrait-il se grouiller le derrière, SVP ?

Références :
Collège Maisonneuve : Le risque de radicalisation demeure
Le prosélytisme de l’Arabie saoudite
Québec abandonne l’encadrement du discours haineux

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’immigration d’intégristes au Canada

15 février 2015
« La Franchise de Stephen Harper » ( © 2015 — Frederick Hendy)

Le 12 février 2015, le premier Ministre du Canada annonçait de son intention d’en appeler d’une décision de la Cour fédérale ontarienne permettant à une personne de prononcer le serment de citoyenneté en étant complètement voilée à l’exception des yeux.

« Je considère, et je pense que la plupart des Canadiens considèrent offensant que quelqu’un cache son identité au moment où il s’engage dans la famille canadienne. », a déclaré le premier ministre sous les applaudissements de l’assistance.

Mais comment en sommes-nous arrivés là ?

Mme Zunera Ishaq est une femme d’origine pakistanaise qui a immigré au Canada en 2008. Sa demande d’immigration a été cautionnée par son époux, déjà citoyen canadien.

Elle a passé l’examen de citoyenneté à la fin 2013.

Niqab

Toutefois, près avoir appris qu’elle devrait retirer son niqab en public afin de prononcer le serment, elle ne s’est pas présentée à la prestation de serment, choisissant plutôt de contester cette exigence devant les tribunaux.

Le juge Keith M. Boswell a tranché en faveur de la plaignante parce que cette exigence tirait son origine d’une simple directive ministérielle.

Or un immigrant reçu — c’est-à-dire qui habite le Canada — possède des droits constitutionnels que n’a pas le candidat à l’immigation demeuré dans son pays d’origine. Ces droits ne peuvent être annulés par simple directive administrative, et probablement pas non plus par une simple loi.

Il est donc hautement improbable que le gouvernement Harper gagne cette cause en appel. Aller plus loin sera un gaspillage des fonds publics. Puisque le gouvernement Harper déteste perdre la face, les contribuables paieront donc pour une cause perdue d’avance dont nous connaitrons peut-être l’issue après les prochaines élections fédérales.

En marge de cette affaire, Mme Ishaq a déclaré ne pas avoir d’objection à retirer son niqab lorsque cela est nécessaire à des fins de sécurité et d’identification, mais qu’elle n’accepte pas de le faire en public, à la vue de tous.

Ce que les Québécois souhaitent, ce n’est pas qu’une personne qui porte habituellement le niqab l’enlève pour la durée d’une cérémonie.

Ce que nous voulons, c’est qu’on refuse l’immigration de personnes comme elles. Ni elles, ni leurs maris, ni leurs enfants, ni les autres membres du clan familial. Personne.

Dans le cas de Mme Ishaq, il est trop tard; elle et son mari vivent déjà au pays.

Pour des raisons idéologiques, le gouvernement Harper a donné la citoyenneté canadienne à 35 000 Pakistanais en danger de mort parce que ce sont des Ahmadis, membres d’une secte hérétique de l’Islam.

Le dixième d’entre eux habitent Peace Village, à 50km de Toronto, présenté comme un modèle d’intégration alors qu’en réalisé, il s’agit d’un ghetto dans lequel les femmes portent le niqab et où on vit dans la plus stricte séparation des sexes (mariages arrangés en sus).

Selon la propagande officielle, ces Musulmans nous sont présentés comme des citoyens pacifiques et pieux (ce qui est vrai), victimes des fondamentalistes alors qu’ils ne sont qu’une variante de ce même fondamentalisme.

Nous sommes déjà aux prises avec des Canadiens qui se radicalisent au pays sous l’influence de leaders religieux intégristes. Alors pourquoi devrions-nous le faire exprès en acceptant de recevoir chez nous des gens qui le sont dans leur pays d’origine ?

De leur accession au pouvoir en 2006 jusqu’à la directive ministérielle de 2011, les Conservateurs ont donc mis cinq ans à réaliser que le port du niqab serait contraire aux valeurs canadiennes. Et ce, après avoir accepté au pays des milliers de femmes portant le niqab.

Si le gouvernement Harper était sincère, il pourrait simplement exiger que toute demande d’immigration — la loi exige qu’elle se fasse dans le pays d’origine du demandeur — soit effectuée à visage découvert, en présence d’officiers du sexe opposé.

Les maris seront donc interrogés par un officier de sexe féminin alors que les épouses interrogées par un officier de sexe masculin.

Tout refus de permettre cela entrainera le rejet automatique de la demande d’immigration.

De plus, les murs des bureaux de ces officiers devraient être placardés de photos de Canadiens de différentes origines et de différents métiers, dont au moins une photo, bien à la vue, d’une femme en bikini et d’un homme en maillot de bain.

À mon avis, cela est plus pertinent que d’afficher — obligatoirement depuis que les Conservateurs sont au pouvoir — une photo de la reine d’Angleterre.

Cela n’est pas compliqué et aucune poursuite judiciaire n’est possible. Immigrer au Canada n’est pas un droit; nous sommes donc libres d’accepter qui nous voulons, aux conditions que nous souhaitons.

Références :
Ex-immigration minister Jason Kenney ‘dictated’ niqab ban at citizenship ceremony, court told
Ottawa déterminé à interdire le niqab lors des cérémonies d’assermentation
Qui est dérangé par Peace Village?
Serment de citoyenneté à visage couvert: le fédéral va en appel

Parus depuis :
Niqab et cérémonie d’assermentation : Une vérité constitutionnelle qui dérange (2015-02-15)
La Cour rejette un appel d’Ottawa sur le niqab aux cérémonies de citoyenneté (2015-09-15)

Détails techniques de la photo : Olympus OM-D e-m5, objectif M.Zuiko 12-40mm F/2,8 — 1/125 sec. — F/3,2 — ISO 200 — 23 mm

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Terrorisme : le manque de jugement du premier Ministre du Québec

14 février 2015

Introduction

À la fin du mois dernier, M. Couillard déclarait que l’intégrisme religieux était un choix personnel, digne de respect.

Le premier ministre a aussi plaidé en faveur des liens qui unissent le Québec aux pays qui bafouent les droits de la personne en général et ceux des femmes en particulier. « Il faut maintenir ces liens parce que la plus certaine façon de les rendre encore plus radicaux et éloignés de nos valeurs, c’est de les maintenir dans l’isolement. »

Donnons à M. Couillard le bénéfice du doute et présumons qu’il parlait des liens diplomatiques. De plus, supposons qu’il ne voulait pas vraiment dire qu’on doive éviter de critiquer les pays qui bafouent les droits des femmes, contrairement à ce que sa déclaration suggère.

Pour couronner le tout, il y a quelques jours, M. Couillard a indiqué que son gouvernement s’attaquerait non pas à l’intégrisme mais plutôt au radicalisme dont le meilleur exemple, selon lui, est l’option indépendantiste du Parti québécois.

Pauvre monsieur Couillard.

Le radicalisme politique violent

En 2012, l’attentat au Métropolis a été perpétré par un terroriste fédéraliste. Cet attentat a fait un mort et un blessé grave.

En 1984, la tuerie à l’Assemblée nationale du Québec a été perpétrée par un terroriste fédéraliste. Il a fait trois morts et treize blessés.

En 1970, des terroristes indépendantistes — le Front de libération du Québec — ont fait un mort.

Peu importe les efforts que M. Couillard tentera pour nous convaincre que ses adversaires politiques représentent un danger sécuritaire, le bilan du radicalisme politique au Québec est simple : depuis quarante ans, les terroristes fédéralistes ont tué quatre fois plus de personnes que les terroristes indépendantistes.

Cette utilisation de la peur par M. Couillard et cette déformation grossière des faits à des fins bassement partisanes sont indignes de sa fonction de chef d’État.

Coran et Charia

Ce qui distingue le Musulman « ordinaire » de l’intégriste islamique, c’est que le premier croit au Coran alors que le second respecte lui aussi le Coran, mais désire l’application intégrale de la Charia (un recueil de loi islamique datant des premiers siècles de l’Islam).

Cette distinction est fondamentale. Le Musulman « ordinaire » ne représente aucun danger sécuritaire. Contrairement aux idées reçues, le Coran ne prévoit aucune punition terrestre ni pour le blasphème ni pour l’apostasie.

C’est la Charia qui prévoit la peine de mort pour l’un et l’autre. De plus, ce sont les intégristes qui se croient investis de la Mission Divine de punir eux-mêmes les blasphémateurs et les apostats en les assassinant.

Le temps que M. Couillard et ses stratèges prennent à tenter de démoniser leurs adversaires politiques est du temps perdu. Ce temps perdu retarde le moment où son gouvernement se consacrera aux « vraies affaires », soit le radicalisme religieux saoudien, le mieux organisé et le mieux financé de tous.

Face à la montée de l’intolérance à l’égard des Musulmans d’ici, il est du devoir du premier Ministre d’affronter les préjugés en disant et en répétant à satiété que croire à la Bible juive, aux Saints Évangiles chrétiens ou au Coran, c’est pareil aux yeux de l’État; cela n’est pas identique, mais cela revient au même. Voilà ce que M. Couillard doit dire aux Québécois.

De plus, une mosquée, ce n’est rien d’autre qu’un local. Ce local n’est pas dangereux. Ce qui pourrait être dangereux, c’est ce qu’on prêche dans ce local.

Si on y prêche le Coran, pas de problème. Par contre, si on y prêche le respect scrupuleux de la Charia, on y promeut des croyances arriérées contraires aux valeurs québécoises. Voilà ce que M. Couillard doit dire.

Malheureusement, son refus de condamner l’intégrisme musulman et son refus d’utiliser ses bonnes relations personnelles avec le régime saoudien afin d’obtenir la libération inconditionnelle de Raïf Badawi, l’ont rendu suspect à beaucoup de Québécois et lui ont fait perdre l’autorité morale dont il a besoin pour calmer les esprits.

On ne peut pas maintenir la paix sociale au Québec, en laissant se répandre les préjugés, la suspicion, voire même la haine, à l’égard de citoyens respectables.

De plus, il est futile d’essayer d’empêcher des croyants de se réunir pour prier; cela est de la persécution religieuse.

L’islamophobie qui s’est emparée récemment du Québec est une honte. Et j’accuse publiquement M. Couillard d’en être partiellement responsable en s’abstenant de rassurer les Québécois.

Ce dernier n’a pas su faire preuve de leadership en défendant des citoyens au-dessus de tout soupçon accusés injustement. Ce que M. Couillard défend depuis le début, ce sont les intégristes alors qu’il laisse les Musulmans qui partagent nos valeurs en proie aux préjugés et à la suspicion.

Je ne comprends pas comment un parti politique responsable du Printemps érable et — par son immobilisme — de la montée de l’intolérance religieuse, puisse accuser ses adversaires d’aimer la chicane. Au contraire, le parti de la chicane, c’est le Parti libéral du Québec.

Depuis le début, M. Couillard fait preuve d’un grossier manque de jugement. Nous savons tous que des intérêts saoudiens sont au coeur du financement du terrorisme international. C’est peine perdue de tenter de nous convaincre que les intégristes saoudiens sont nos amis. Ils ne le sont pas.

Lorsqu’on sait que l’Arabie saoudite n’a même pas de constitution et que la Charia y fait office de code pénal, il est clair que tout dans nos valeurs s’oppose à l’obscurantisme de la dictature monarchique de ce pays.

De plus, confier implicitement la lutte à l’intégrisme aux municipalités du Québec, c’est abdiquer de ses responsabilités. C’est laisser l’esprit de clocher décider des enjeux sociaux du Québec.

M. Couillard doit se ressaisir, cesser les petites manigances idéologiques et se comporter en chef d’État.

Références :
L’Arabie saoudite et le financement d’Al-Qaida
L’intégrisme est un choix personnel, juge le premier ministre
Radicalisme: Péladeau et Drainville dénoncent les propos de Couillard
Sécurité: Couillard se fait rassurant

Paru depuis : Le Forum musulman affirme que les musulmans sont instrumentalisés (2015-02-20)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Définitions : radicalisme, islamisme, fondamentalisme et intégrisme

9 février 2015

Le radicalisme

Le radicalisme est l’expression d’une pensée en totale opposition avec la mentalité dominante dans une société donnée. Un communiste sera radical dans un pays démocratique alors qu’à l’opposé, le partisan de la démocratie parlementaire sera un contrerévolutionnaire (donc un radical) dans un pays communiste.

Le radicalisme est donc relatif. Le Carré rouge — c’est le surnom donné aux participants du Printemps érable — sera radical aux yeux d’un premier ministre chargé de maintenir la loi et l’ordre alors que les mesures destinées à réprimer les insurgés seront jugées excessives, voire radicales, par les protestataires, convaincus de la justesse de leur cause.

Islamisme

L’islamisme se dit d’un mouvement politique et religieux prônant l’expansion et le respect de l’islam et visant l’islamisation complète et totale du droit, des institutions, et du gouvernement.

Islam et islamisme sont donc très différents.

L’Islam est une religion. C’est la plus récente des trois grandes religions monothéistes (religions où les fidèles n’adorent qu’un seul Dieu). Essentiellement, ces trois religions ont beaucoup plus de points en commun qu’elles ne se distinguent entre elles. C’est ainsi que l’Ancien Testament des Chrétiens est calqué sur la Bible juive et que Jésus de Nazareth est considéré comme un prophète par les Musulmans.

L’islamisme est un mouvement politique qui s’appuie sur l’exemple du prophète Mahomet. Ce dernier fut originellement un chef religieux, puis un chef militaire et un chef d’État. C’est à partir de cet exemple que certains imams soutiennent que la religion musulmane doit non seulement être du domaine privé, mais que le droit de leur pays doit être basé sur la Charia, c’est-à-dire la jurisprudence du temps de Mahomet. En réalité, la Charia date des premiers siècles de l’Islam et reflète la mentalité qui prévalait probablement à l’époque du prophète.

En Arabie saoudite, il n’y a pas de constitution; la justice grossière qu’on y pratique s’appuie sur la Charia.

Au Québec, où les Musulmans ne représentent que 3% de la population, l’islamisme ne représente aucun danger. Non seulement le désir de voir la Charia avoir force de loi est combattu ici par de nombreux Musulmans eux-mêmes (notamment des Musulmanes), mais il est démographiquement impossible qu’une majorité de la population québécoise soit d’accord avec l’abandon de nos Chartes des droits et libertés au profit d’un texte dont de nombreuses dispositions sont d’un ridicule consommé.

Un exemple de ce ridicule ? Au moment de déféquer ou d’uriner, la Charia précise qu’il faut s’accroupir de façon à ne pas faire face ou à ne pas tourner le dos à La Mecque, la ville où Mahomet est né. Uriner en direction de La Mecque est une insulte à l’Islam. On doit donc conclure que nous devrions tous sortir de chez nous en possession d’une boussole et d’une carte du monde.

Malheureusement, on urine toujours en direction de quelque chose. En direction de La Mecque, cela manque de respect pour le Prophète. En direction du Vatican, cela pourrait offenser des Catholiques susceptibles. En direction de l’Arc de triomphe de l’Étoile, quel affront à la tombe du Soldat inconnu. En direction du Parlement canadien, c’est un manque flagrant de patriotisme. Bref, il est préférable de pisser couché, en direction des étoiles afin de n’offenser personne… du moins personne habitant notre système solaire. Quant à déféquer, je n’ose y penser…

Le blogueur Raïf Badawi a été condamné à dix ans de prison et mille coups de fouet pour avoir, entre autres, ridiculisé un imam saoudien qui soutenait que les astronomes devraient être punis lorsqu’ils publient des découvertes qui sont en contradiction avec l’interprétation littérale de la Charia.

Le fondamentalisme et l’intégrisme

Le fondamentalisme désigne l’attachement strict aux principes originels d’une doctrine religieuse.

L’intégrisme est l’attitude de certains croyants qui refusent toute évolution au nom d’un respect intransigeant et intégral de la tradition. Dans les faits, intégrisme et fondamentalisme sont synonymes.

L’intégriste prend le passé comme une référence absolue et voit le présent à la lumière d’une époque lointaine et fantasmée.

Ce phénomène n’est pas exclusif à la religion musulmane.

D’une certaine manière, on peut dire que les Juifs orthodoxes sont des fondamentalistes.

Au début de la réforme protestante, plusieurs chefs religieux incitèrent à la destruction des images religieuses — statues, peintures et reliques — dont la vénération était assimilée par eux à de l’idolâtrie et relevait donc du paganisme. Basé pourtant sur l’Ancien Testament — Tu ne te feras point d’image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre — ce mouvement iconoclaste peut être qualifié de fondamentaliste.

Tout fondamentalisme s’appuie sur la croyance à une pureté originelle des textes sacrés qui se serait perdue avec les siècles. En réalité, les religions monothéistes sont toutes aux prises avec des textes sacrés dont certains commencent à montrer leur âge.

Par exemple, la Lévitique est un des cinq livres de la Torah. Il fait partie de l’Ancien Testament et exprime donc la Volonté présumée de Dieu. À l’alinéa 13 du chapitre 20, la Lévitique dit : « Si un homme couche avec un homme comme on fait avec une femme, ils ont fait tous deux une chose abominable; ils seront punis de mort. Leur sang est sur eux. ».

À l’alinéa 10 du même chapitre, la Lévitique dit également : « Si un homme commet adultère avec une femme mariée, et s’il commet adultère avec la femme de son prochain, ils seront tous deux punis de mort, l’homme et la femme adultères. ».

C’est donc à dire que si la Volonté de Dieu avait préséance sur la volonté des hommes (interdisant l’homicide), on serait habilité à tuer tous les homosexuels et tous les hétérosexuels (hommes ou femmes) qui ont participé à une aventure extra-conjugale. Cela représente probablement quelques milliards d’homicides.

En séparant l’État de l’Église et en assujettissant les doctrines religieuses aux lois civiles, on prévient un tel carnage.

Malheureusement, cette séparation n’existe pas dans certains pays. Dans ceux-ci, les fidèles se sentent investis de la Mission divine de faire respecter la doctrine qui leur est enseignée. Voilà pourquoi il suffit à un imam de rédiger une fatwa (c’est-à-dire un avis religieux) pour condamner à mort l’apostat ou le blasphémateur pointé du doigt.

Chez les Musulmans sunnites, l’équivalent du Vatican est l’Arabie saoudite. Puisque chez les Sunnites, n’importe qui peut devenir imam, il est fréquent que des imams sunnites se tournent vers leurs collègues d’Arabie saoudite afin d’obtenir un éclaircissement doctrinal relativement à un problème soulevé par un fidèle. Cet avis est très souvent utile.

Mais l’Arabie saoudite est également un pays où prévaut une mentalité arriérée. C’est par le biais des écoles coraniques fondamentalistes financées par l’Arabie saoudite et par le biais des fatwas de ses imams, que ce pays répand sournoisement son fondamentalisme.

Tout comme le Vatican passe sous silence les exigences gênantes de la Lévitique, les Musulmans d’ici sont confrontés à l’impossibilité de concilier les exigences tatillonnes de la Charia avec le monde moderne dans lequel ils vivent. Ces pionniers sont en train d’inventer — souvent malgré eux — un Islam moderne. Par leurs écrits et leurs combats, ces Musulmans influencent déjà les parents et amis qui demeurent ailleurs et qui doivent, eux, lutter au quotidien contre la montée de l’intégrisme.

L’exemple de nos Musulmans est superflu pour des pays comme la Tunisie, la Turquie et l’Indonésie, trois pays musulmans déjà évolués qui ont réussi à marier Islam et valeurs démocratiques.

D’autres pays auront besoin de cet exemple. Chez eux, le pouvoir est basé sur des alliances tribales et le citoyen n’a pas de valeur intrinsèque; il se juge à son ethnie, à sa religion et à sa relation avec le chef de sa tribu. Ces pays ont déjà un déficit technologique important. Dès qu’ils réaliseront à quel point le passéisme de leurs imams les a maintenus en marge de l’Histoire, leur colère pourrait entrainer le déclenchement d’un véritable Printemps arabe. Ainsi soit-il.

Références :
Iconoclasme
Le chapitre 20 de la Lévitique
Le petit livre vert de l’ayatollah Khomeyni
Les blasphèmes de Raïf Badawi

Parus depuis :
Oui, l’islamisme radical existe ici (2015-09-14)
Portland man accused of fatal train stabbing has outburst in court (2017-05-31)

Compléments de lecture :
Arabes vs Musulmans
Bilan de la déradicalisation islamiste dans le Nord de l’Europe

Définitions : radicalisme, islamisme, fondamentalisme et intégrisme
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Écrit par Jean-Pierre Martel


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