L’espionnage des téléviseurs Visio

20 février 2017

Fondée en 2002 avec une mise de fonds de 600 000$, la compagnie Vizio est devenue le plus important fabricant américain de téléviseurs.

Ses prix abordables lui ont permis de damer le pion à des géants comme Panasonic, Sony, LG et Samsung.

L’entreprise arrivait à être rentable en collectant et en vendant les données relatives aux habitudes télévisuelles de ses utilisateurs; émissions, films, jeux vidéos, et sites internet regardés.

D’apparence anodine, le réglage appelé ‘Smart Interactivity’ permettait cette collecte de données sur tous les modèles vendus depuis 2011.

Capable de collecter quotidiennement cent-milliards d’informations, le logiciel de reconnaissance de contenu, appelé ‘Inscape’, espionnait onze millions de télévisions et permettait à Vizio d’accumuler une fortune auprès d’annonceurs.

La caméra intégrée au téléviseur, destinée aux appels téléphoniques via l’internet, aurait même pu — théoriquement — réaliser des captures d’écran ou des vidéos clandestins des utilisateurs dans l’intimité de leurs salons ou de leurs chambres à coucher.

Mais, à bien y penser, tous les fureteurs — Google Chrome, Firefox et Safari — procèdent déjà à un tel espionnage depuis des années. Où est le problème ?

Légalement, dans le cas de ces logiciels, il n’y en a pas puisqu’à chaque fois que vous installez une mise à niveau, leurs contrats d’utilisation vous obligent à consentir à cet espionnage.

Toutefois, lorsque vous achetez un téléviseur Vizio, le vendeur ne vous demande jamais de signer un contrat de quarante pages, rédigé en jargon juridique, où quelque part, en petits caractères, vous acquiescez à être espionné.

Voilà pourquoi Vizio vient d’être condamné à payer une amende de 2,2 millions$ à l’issue d’une poursuite intentée par l’Agence américaine du commerce. À l’avenir, cette collecte ne se fera plus par défaut.

Pour ceux qui ont des modèles produits entre 2011 et 2017, on pourra inactiver le réglage ‘Smart Interactivity’ en allant au menu du téléviseur, en choisissant Reset & Admin, et en inactivant le réglage en question.

Références :
Est-ce que votre téléviseur vous espionne?
Government Confirms Vizio TVs Spy on You: How to Stop It
How to make sure your Vizio smart TV isn’t spying on you
Le constructeur Vizio sait tout ce que vous regardez sur votre TV
Vizio

L’espionnage des téléviseurs Visio
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les États-Unis et le sabotage de l’économie française

30 juin 2015

Depuis les révélations de l’informaticien Edward Snowden — concernant les programmes de surveillance de masse américains et britanniques — on se doute que les États-Unis ne font pas qu’épier les courriels et les appels téléphoniques à travers le monde dans le but de déjouer des complots terroristes.

On savait déjà que les Américains espionnaient les dirigeants politiques européens au cours des négociations internationales auxquelles participaient également les États-Unis.

Il y a plus d’un an, je prédisais sur ce blogue, au sujet de l’informatique dématérialisée : « La guerre au terrorisme devient donc le prétexte qui justifie l’espionnage industriel massif. Plus besoin d’espions; les grands éditeurs américains de logiciels comme Microsoft et Apple permettront au gouvernement américain de refiler aux entreprises américaines l’information confidentielle qui leur permettront d’enregistrer avant tout le monde les brevets et inventions piratés d’entreprises étrangères. »

Une fois de plus, la réalité dépasse la fiction.

On apprend aujourd’hui par WikiLeaks que les services secrets américains tentaient de recueillir toute information pertinente sur les pratiques commerciales françaises, les relations entre Paris et les institutions financières internationales, l’approche des questions liées au G8 et au G20 ou encore les grands contrats étrangers impliquant la France.

À titre d’exemple, les espions américains rapportaient tout projet de plus de 200 millions$ visant la vente de biens français à l’étranger ou la participation française à des investissements internationaux.

Selon le quotidien français Libération, « Jamais la preuve d’un espionnage économique massif de la France, orchestré au plus haut niveau de l’État américain, n’avait été établie aussi clairement. »

Julian Assange, responsable de ces nouvelles révélations de WikiLeaks, faisait la manchette hier des journaux télévisés français par cette déclaration incendiaire dont on comprend aujourd’hui la portée : « Le chômage est particulièrement élevé (en France) mais il y a une raison à cela; c’est que les États-Unis jouent un sale jeu. »

Sous la plume d’Emmanuel Fansten et de Julian Assange, le quotidien Libération écrit aujourd’hui : « Sur les secteurs hautement stratégiques, cet espionnage peut aller du simple vol des plans d’étude au pillage des données technologiques confidentielles. Mais ce qui intéresse par-dessus tout la NSA, ce sont les renseignements sur des appels d’offres impliquant des entreprises américaines. Un avantage concurrentiel potentiellement désastreux pour les sociétés françaises. (…) Une structure a même été spécialement créée pour épauler les entreprises américaines dans la conquête des principaux contrats internationaux : l’Advocacy Centre, chargé de faire le lien entre le secteur privé et les services de l’Etat. »

Précisons que contrairement à ce qu’affirme Assange ci-dessus, les nouvelles révélations de WikiLeaks ne font pas la preuve du vol des plans d’étude et du pillage des données technologiques confidentielles. Les services de renseignement américains ont les moyens de le faire, ils le font très probablement, mais la preuve formelle à sujet reste à faire.

Dans une note confidentielle écrite en juillet 2008 par le chef de service investissement et politiques commerciales à la direction du Trésor français, celui-ci dresse la liste des contrats commerciaux perdus par les entreprises françaises, notamment ceux portant sur des matériels offshore, des équipements de télécommunications, des centrales à charbon ou à gaz, conçus par des entreprises françaises qui ont parfois brusquement capoté.

Il est impossible de faire un lien objectif entre la perte de ces marchés et les écoutes américaines. Toutefois la question est aujourd’hui posée : les entreprises françaises étaient-elles insuffisamment compétitives pour ces contrats ? Leurs offres technologiques étaient-elles inadéquates ? Ou est-ce que les Américains ont torpillé les offres françaises ?

Ce nouveau scandale est susceptible d’entrainer des répercussions diplomatiques importantes. Il pose notamment la question de savoir ce qui distingue un pays ami d’un pays ennemi.

Références :
Edward Snowden
La NSA a aussi pratiqué l’espionnage économique
L’espionnage économique, priorité de la NSA
L’informatique dématérialisée et l’espionnage industriel
Moscovici et Baroin écoutés sur fond d’espionnage économique
NSA : espionnage économique, le sale jeu américain

Paru depuis
Le gouvernement néerlandais défend le chiffrement des données (2016-01-07)

Les États-Unis et le sabotage de l’économie française
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le nerf optique espion

27 février 2014


 
Le nerf optique

Le nerf optique est un faisceau de 1,2 million de cellules nerveuses (appelées axones) qui acheminent les images captées par les yeux vers le cerveau.

Yahoo ! Messenger

Le logiciel de messagerie électronique Yahoo ! Messenger permet à l’internaute non seulement d’expédier du texte, mais également simplifie l’utilisation de la WebCam de l’ordinateur dans le but capter et expédier des photos.

Ce logiciel de messagerie permet même de communiquer en temps réel avec une autre personne, comme c’est le cas avec Microsoft Skype et Apple FaceTime.

Optic Nerve

Après la National Security Agency américaine, le Service de renseignements électroniques du gouvernement britannique (GCHQ) constitue le plus grand service occidental d’interception des communications. Il emploi plus de 6 000 personnes.

L’édition d’aujourd’hui du quotidien The Guardian nous apprend que de concert avec la NSA, la GCHQ a développé un programme appelé Optic Nerve (ce qui signifie « Nerf optique »).

De 2008 à 2010, ce programme a intercepté les photos prises par la WebCam de 1,8 million d’internautes sous Yahoo ! Messenger, quel que soit leur pays d’origine. Selon le quotidien britannique, cela comprendrait une proportion appréciable de photos sexuellement explicites.

Référence : GCHQ intercepted webcam images of millions of Yahoo users worldwide

Sur des sujets apparentés :
L’informatique dématérialisée et l’espionnage industriel
The British Big Brother

Le nerf optique espion
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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’informatique dématérialisée et l’espionnage industriel

10 février 2014


 
L’informatique dématérialisée (en anglais cloud computing) est un modèle d’organisation informatique permettant à des ordinateurs d’accéder à des ressources numériques hébergées quelque part sur des serveurs étrangers reliés à l’Internet.

Un bon exemple d’informatique dématérialisée est celui d’iTunes. Lorsqu’Apple vend de la musique ou des films à quelqu’un, cet achat est consigné par Apple sur ses serveurs. Apple ne conserve pas une copie du fichier musical dans le dossier de chaque acheteur, mais seulement le lien vers le fichier musical acheté.

Dès que cet acheteur se connecte au magasin iTunes à l’aide d’un autre appareil mobile dont il est propriétaire (iPhone, iPad, netbook, etc.), Apple se sert de ce lien pour offrir à l’acheteur la possibilité de synchroniser ses achats; en d’autres mots, il peut télécharger les mêmes fichiers sur cet appareil. Le résultat est que cet utilisateur peut accéder à sa discothèque numérique à l’aide de n’importe quel de ses appareils mobiles compatibles.

Mais l’informatique dématérialisée peut aller beaucoup plus loin.

Déjà les éditeurs Microsoft et Adobe offrent des logiciels en location. Moyennant une prime mensuelle, on accède à des logiciels dont une copie est téléchargée et mise à jour automatiquement tout au cours de l’abonnement. Dès que l’abonnement se termine, l’accès au logiciel est impossible.

L’éditeur peut ainsi améliorer son logiciel n’importe quand et en faire bénéficier immédiatement ses abonnés.

Mais les services informatiques hébergés comportent un risque énorme d’espionnage.

Il y a plus de deux ans, j’écrivais un texte portant sur la surveillance dont sont l’objet les Britanniques. Secondairement, ce texte expliquait le réseau d’espionnage mis au point par le gouvernement américain, en collaboration avec le gouvernement anglais.

Depuis les révélations d’Edward Snowden, ce texte s’est avéré bien en deçà de la réalité. En fait, les gouvernements anglo-saxons — États-Unis, Grande-Bretagne, Canada et Australie — ont mis au point un vaste réseau d’espionnage auquel collaborent Google, Facebook, Microsoft, Yahoo, Skype, YouTube, et Apple.

De nos jours, si on peut voir ces compagnies oser se plaindre de leur asservissement, ils se sont bien gardés de révéler l’étendue de leur collaboration avant qu’on l’apprenne de Snowden.

N’importe quel expert en sécurité sait qu’une entreprise de haute technologie doit faire en sorte que les devis techniques et inventions en instance de brevet soient échangés au sein de l’entreprise sous forme cryptée. Mais de nos jours, une telle protection ne suffit plus.

Lorsque ses employés travaillent sur un document, celui-ci est toujours affiché en clair à l’écran et dans la mémoire vive de l’ordinateur. Qu’est-ce qui empêche le gouvernement américain de réclamer l’accès aux documents utilisés par la version dématérialisée de la suite bureautique de Microsoft ?

Aussi puissant que soit Microsoft, il ne peut refuser d’accorder aux agences de renseignement les moyens susceptibles de sauver une vie américaine, notamment en leur permettant de lire les documents que sont en train de rédiger des comploteurs.

La guerre au terrorisme devient donc le prétexte qui justifie l’espionnage industriel massif. Plus besoin d’espions; les grands éditeurs américains de logiciels comme Microsoft et Apple permettront au gouvernement américain de refiler aux entreprises américaines l’information confidentielle qui leur permettront d’enregistrer avant tout le monde les brevets et inventions piratés d’entreprises étrangères.

Jusqu’ici, l’appétit des agences de renseignements s’est avéré sans limites. Il y a donc lieu de présumer qu’elles réclameront cet accès, si ce n’est pas déjà fait. Mais cela demeurera à l’état de soupçon tant qu’un deuxième « Edward-Snowden » ne nous aura pas révélé la vérité.

Références :
Police will have ‘backdoor’ access to health records despite opt-out, says MP
The British Big Brother
The NSA’s Greatest Hits: “We’re the Only Ones Not Spying on the American people”

Parus depuis :
Unis contre la surveillance numérique de masse (2014-02-11)
Des photos piratées de vedettes américaines dénudées circulent sur Internet (2014-09-01)
Le gouvernement néerlandais défend le chiffrement des données (2016-01-07)
Souriez, vous êtes surveillés (2016-04-15)
Google Traduction, un risque pour la sécurité nationale? (2016-05-31)

L’informatique dématérialisée et l’espionnage industriel
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Chine : espionner pour réussir

26 février 2013
Poupées aux couleurs de minorités chinoises

Dans presque tous les pays de monde, l’autorité de l’État se reflète dans le privé. Dans les pays autoritaires, on acceptera plus facilement que les parents le soient également. Plus les pouvoirs de l’État sont étendus, plus les parents régissent la vie de leur progéniture.

Et cela n’est pas nouveau. La représentation de l’autorité du père dans les pièces de Molière est le miroir des pouvoirs de Louis-XIV.

Par opposition, dans les démocraties libérales, l’autorité parentale (et le droit de correction qui en découle) est sévèrement limité; on ne peut pas battre un enfant, pas plus que l’État ne peut torturer ses prisonniers.

Mais qu’arrive-t-il dans les pays où l’État épie ses propres citoyens ? Eh bien ceux-ci font pareil.

Non seulement la délation était-elle encouragée et financée sous le Bloc soviétique mais de nos jours, la surveillance du citoyen prend un caractère épidémique en Chine.

Depuis quelques années, le prix des appareils électroniques de surveillance — tous fabriqués dans ce pays — a diminué de manière telle qu’ils sont devenus abordable pour des dizaines de millions de Chinois.

Mais contrairement à nos pays où l’utilisation privée des mouchards visent habituellement à documenter les aventures extra-maritales d’un conjoint, en Chine ce sont des outils d’avancement professionnel.

Dans ce pays, la corruption est tellement généralisée que de nombreux fonctionnaires ou cadres d’entreprise présument qu’elle atteint probablement leur supérieur hiérarchique ou leurs collègues de travail.

Alors on se mettra à épier les autres, à la recherche de l’information compromettante qui facilitera son avancement, tout en espérant ne pas être soi-même sous écoute électronique. C’est à celui qui en aura l’idée le premier.

Les fonctionnaires s’épieront afin d’être promus de préférence au collègue compromis. Ou ils feront tomber en embuscade le supérieur immédiat afin de lui succéder.

Alors que s’échangeront les millions cadeaux à l’occasion la nouvelle Année du serpent 2013, sous ce bel enrobage rouge et doré qui habille magnifiquement cette petite poupée d’aspect anodin, se cache peut-être un microphone ou une caméra qui provoquera la perte de son récipiendaire…

Référence : Des mouchards plein les murs

Détails techniques de la photo : Panasonic GH1, objectif Lumix 14-45mm — 1/30 sec. — F/3,5 — ISO 200 — 14 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


The British Big Brother

25 août 2011

La ministre de l’intérieur britannique a convoqué plus tôt aujourd’hui les responsables de Facebook, Twitter et Blackberry à une réunion destinée à faire le point sur le rôle des réseaux sociaux dans les émeutes qui ont embrasé récemment plusieurs villes anglaises et surtout, pour renforcer les moyens d’espionnage des corps policiers.

Alors que le gouvernement britannique s’était réjoui du rôle important joué par les réseaux sociaux au cours des émeutes du Printemps arabe, il se désole aujourd’hui de ce même rôle joué durant le bref Été anglais.

Au cours des dix dernières années, les Anglais sont devenus le peuple le plus espionné au monde. En 2006, il y avait 4,2 millions de caméras de surveillance en Grande-Bretagne, soit une moyenne d’une caméra pour 14 citoyens.

Il y avait déjà des caméras de surveillance dans les aéroports américains au moment des attentats terroristes du 11 septembre 2001. Elles ne les ont pas empêchés. Elles sont utiles pour expliquer a posteriori ce qui est arrivé, mais elles n’ont aucun effet dissuasif sur des gens qui sont prêts à mourir pour une cause. Elles n’ont pas empêché non plus l’Été anglais.

Théoriquement, elles peuvent être précieuses pour coordonner l’action policière. À titre d’exemple, un surveillant qui aperçoit un comportement suspect à un écran pourrait demander à ses collègues d’aller sur les lieux pour prévenir un méfait.

Toutefois, ce qu’on oublie de dire, c’est qu’une telle efficacité nécessite deux prérequis : des policiers en nombre suffisant pour intervenir rapidement n’importe où, et des centaines de milliers surveillants rivés à leurs écrans.

Si on donne vingt écrans à chaque surveillant anglais (ce qui est beaucoup), il faudrait 200,000 surveillants pour s’occuper des millions de caméras du pays. De plus, en moyenne, si chaque surveillant prévient des crimes dont la valeur est moindre que son propre salaire, cela est un mauvais investissement.

Dans les faits, les caméras de surveillance enregistrent de l’information qui, dans la presque totalité des cas, sera détruite avant d’avoir été vue. C’est seulement lorsqu’on aura découvert, par d’autres moyens, qu’un méfait a été commis qu’on voudra passer en revue les enregistrements pour essayer de découvrir quand et par qui le méfait a été commis.

Malheureusement, la qualité médiocre des images ne permet l’identification des coupables que lorsqu’ils sont filmés de près, à visage découvert. Voilà pourquoi en Angleterre, 80% des crimes ne sont pas résolus en dépit des millions de caméras qui s’y trouvent.

Les caméras de surveillance ne sont qu’un moyen de surveillance, parmi d’autres, dont se sont dotés les corps policiers anglais.

La Grande-Bretagne, de concert avec les États-Unis, a mis sur pied un réseau d’espionnage — surnommé ECHELON — capable de filtrer toutes les conversations téléphoniques échangées sur la planète. Elles ne peuvent pas analyser les appels acheminés par câble mais filtrent tous ceux qui sont transmis par des antennes émettrices.

Ce réseau est complètement informatisé : des ordinateurs puissants analysent automatiquement chaque conversation téléphonique à la recherche de mots-clés. Les conversations suspectes sont ensuite écoutées par des préposés. Voilà pourquoi Osama Ben Laden aurait débusqué il y a des années s’était servi d’un téléphone portable ne serait-ce qu’une seule fois depuis 2001.

Mais un tel système — conçu pour l’espionnage industriel et contre le terrorisme — n’existe pas pour les messages échangés sur les médias sociaux. En effet, ceux qui planifient des attentats terroristes ne dévoilent jamais le détail de leurs projets sur la place publique. En d’autres mots, ils ne l’annoncent pas sur Facebook.

Il existe bien une surveillance importante de l’Internet mais celle-ci n’a pas l’efficacité du réseau d’espionnage des appels téléphoniques puisque dans le cas d’une émeute en cours, la réponse policière doit être immédiate. Le gouvernement britannique entend corriger cette lacune, d’où la réunion d’aujourd’hui.

Le 11 août dernier, devant le Parlement britannique, le premier ministre avait évoqué la possibilité d’empêcher les gens d’utiliser Facebook ou Twitter lorsque les autorités policières croient savoir que ces personnes se préparent à semer le désordre. De plus, pendant les quatre nuits d’émeutes, la police s’est heurtée au système de cryptage des messages des téléphones portables Blackberry, très prisés de certains émeutiers.

Références :
Britain is ‘surveillance society’
Emeutes britanniques : le gouvernement réunit les responsables des réseaux sociaux
Tens of thousands of CCTV cameras, yet 80% of crime unsolved

Parus depuis :
The NSA’s Greatest Hits: “We’re the Only Ones Not Spying on the American people” (2013-06-10)
Police will have ‘backdoor’ access to health records despite opt-out, says MP (2014-02-06)
Espionnage: les clés de cryptage des cartes SIM pour repousser les frontières (2015-02-21)
La police canadienne a eu accès à la clé de déchiffrement des téléphones BlackBerry (2016-04-14)
Le leurre de la surveillance (2016-07-18)
Surveillance des journalistes – La nouvelle chasse aux sorcières (2016-11-05)

Photo ci-dessus (modifiée) : © 1984 — MGM Studios

The British Big Brother
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Gérald Tremblay : marionnette ou manipulateur ?

12 avril 2011
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Les acteurs

Jacques Bergeron. C’est le Vérificateur général de la ville. Son rôle est l’équivalent de celui de Mme Sheila Fraser au gouvernement fédéral. En 2009, Jacques Bergeron révélait le scandale des compteurs d’eau. Depuis, le maire de la ville et lui sont en guerre ouverte.

Claude Dauphin. Maire de l’arrondissement de Lachine. Il est également le président du Conseil municipal de Montréal et membre d’Union Montréal, le parti municipal du maire Tremblay.

Louis Roquet. Depuis janvier 2010, Louis Roquet est Directeur général de la ville. Il est au sommet de la pyramide hiérarchique de tous les employés municipaux. Son salaire est deux fois plus élevé que celui du maire Tremblay.

Pierre Reid. C’est le Contrôleur général de la ville de Montréal. Il ne faut pas confondre le poste de Vérificateur général avec celui de Contrôleur général. Dans les faits, le Contrôleur général est un super-espion qui relève directement de Louis Roquet.

Les faits

Il y a deux mois, nous apprenions que Pierre Reid (le super-espion) avait épié les courriels de Jacques Bergeron (l’ennemi du maire) pendant dix mois prétextant une mystérieuse plainte anonyme qui n’a pas été rendue publique et dont personne ne peut prouver l’existence.

Depuis ce temps, le maire Tremblay répète qu’aucun élu — seulement des employés municipaux — n’a été épié par Pierre Reid (le super-espion) et qu’aucun de leurs courriels n’avait été consulté.

Hier, on apprenait que Pierre Reid (le super-espion) avait épié les courriels de Claude Dauphin, le maire de Lachine. Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, a soutenu que cet espionnage avait été autorisé par la police provinciale, ce que la SQ nie catégoriquement.

Or un policier doit obtenir l’autorisation d’un juge — sur présentation d’un affidavit détaillé — pour pouvoir espionner légalement des courriels. Dans le cas des courriels du maire de Lachine ces précautions n’ont pas été prises, ce qui rend cet espionnage illégal (ce que devrait savoir Gérald Tremblay qui est avocat de formation).

De plus, le maire Tremblay a également demandé au maire de Lachine de quitter la présidence du Conseil municipal de Montréal compte tenu des faits « troublants » découverts au cours de l’enquête de Pierre Reid (le super-espion). Le dossier à ce sujet aurait été transmis à la SQ en mars 2010. La SQ ne confirme pas que les « preuves » contre le maire de Lachine aient justifié l’ouverture d’une enquête. Il n’est donc pas permis de dire que le maire de Lachine soit sous « enquête policière ».

Hier, Pierre Reid (le super-espion) a été démis de ses fonctions par le maire Tremblay. Je n’ai pas très bien compris s’il a été congédié ou simplement muté ailleurs dans la fonction publique municipale.

À mon avis, les regards devraient maintenant se tourner vers Louis Roquet, le supérieur hiérarchique de Pierre Reid.

On se rappellera qu’alors que Jacques Bergeron (le Vérificateur général de la ville) enquêtait sur les contrats de téléphonie totalisant une somme de 100 millions$ accordés à TELUS, Louis Roquet avait fait couler le rapport confidentiel du Vérificateur en faisant parvenir secrètement une copie de ce rapport à TELUS.

Dans le cas de l’espionnage illégal des courriels de Claude Dauphin, que savait Louis Roquet ? L’ex-espion s’est-il adressé directement à la SQ, sans permission de son supérieur, afin de demander qu’on enquête sur Claude Dauphin ?

De plus, il y a quelques jours, alors que Pierre Reid était encore en fonction, le maire de Montréal déclarait : « Moi, j’ai l’assurance (que Pierre Reid, le super-espion) n’a pas le droit (d’épier les élus). C’est ça qui est important. Et on me dit qu’il ne l’a pas fait. Partant de là, je me fie à ce qu’on me dit et on n’enquêtera pas sur les élus. » C’est qui ça, le « on » de « on me dit » ? Est-ce son plus haut fonctionnaire, Louis Roquet, le supérieur hiérarchique de l’ex-espion ?

Comment se fait-il que le maire Tremblay se contente de demander au directeur général, Louis Roquet, de mettre en place de nouvelles règles de conduite ? Un acte illégal a été commis, son responsable a été congédié, mais est-il le seul responsable ? Comment le saura-t-on si pour le maire, le dossier se ferme avec le congédiement de Pierre Reid ? Pourquoi son attention se porte-il exclusivement contre le maire de Lachine et les faits « troublants » qui l’accableraient ?

Au-dessus de Pierre Reid (l’ex-espion), il n’y avait que deux supérieurs : Louis Roquet et le maire Tremblay. Tant que le scandale s’arrête à Pierre Reid, l’intégrité du maire ne peut être remise en question puisque Louis Roquet lui sert de caution.

Il serait donc utile de savoir qui a transmis le dossier du maire de Lachine à la SQ : est-ce Pierre Reid (l’ex-espion) ou le Directeur général de la ville. Il est certain qu’un dossier d’une telle importance ne peut être transmis verbalement. Il a donc été transmis par écrit. Qui est le signataire de la plainte et peut-on rendre publique la lettre de présentation du dossier ?

Au pire, si c’est le maire Tremblay lui-même, comment a-t-il pu signer une dénonciation aussi grave sans se rendre compte que celle-ci repose sur l’interception illégale de courriels du maire de Lachine ? Signe-t-il aveuglément n’importe quoi ?

Références :
Le désaveu
L’opposition réclame le congédiement de Pierre Reid
Louis Roquet revient à l’Hôtel de Ville
Montréal – La SQ nie avoir suggéré d’espionner Dauphin
Un informaticien a reçu le mandat d’enquêter sur les conseillers municipaux

Gérald Tremblay : marionnette ou manipulateur ?
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le Lys et le fumier

18 février 2011
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Le 21 septembre 2009, le vérificateur général de la ville de Montréal, M. Jacques Bergeron, remettait un rapport de 170 pages révélant que les importantes anomalies relativement à un contrat de 356 millions$ — le plus gros de l’histoire de la ville — pour des compteurs d’eau. Face au scandale que cela a provoqué, ce contrat a finalement été annulé.

Quelques mois plus tard, le vérificateur annonce son intention de scruter les contrats de téléphonie totalisant une somme de 100 millions$ accordés à TELUS. L’administration Tremblay lui laisse alors des délais ridiculement brefs pour effectuer cette vérification. Comme si on voulait qu’il n’ait le temps de ne rien trouver. Le vérificateur a dû se battre bec et ongles afin d’obtenir suffisamment de temps pour effectuer son enquête.

Plus tôt cette semaine, nouveau scandale : on apprenait que l’administration Tremblay a fait espionner son vérificateur général pendant dix mois.

Ce qui est étrange, c’est qu’on ne sait rien de la plainte anonyme qui justifierait cette surveillance. Plus précisément, a-t-on fait enquête strictement sur l’objet de la plainte ou en a-t-on profité pour chercher des puces au vérificateur ?

De plus, l’enquête n’a pas été confiée à un organisme indépendant : c’est la ville qui a surveillé son surveillant.

Qu’a-t-on trouvé ? Des niaiseries. Des milliers de dollars de gaspillage alors que l’administration Tremblay en gaspille des millions. Selon toute évidence, on s’est acharné sur lui pendant dix mois dans l’espoir qu’on trouverait finalement quelque chose de juteux. En vain.

Retour en arrière

Lorsque Gérald Tremblay a décidé de se présenter à la mairie de Montréal, je trouvais que cela était une bonne nouvelle. Gérald Tremblay avait été un remarquable ministre provincial de l’industrie et du commerce. Sa politique des grappes industrielles avait porté fruit et c’était un excellent communicateur. Bref, il avait tout pour lui.

Quand le scandale des compteurs d’eau a éclaté, M. Tremblay s’est présenté comme le lys poussant dans le fumier : des subalternes étaient coupables, il n’était au courant de rien, etc. Ses explications ne m’ont pas vraiment convaincu mais j’ai préféré lui laisser le bénéfice de doute.

Au cours de la campagne électorale municipale qui a suivi, j’ai été scandalisé par l’orgie des dépenses publicitaires. Aux trente minutes, à la station radiophonique syntonisée au travail, on présentait une réclame (toujours la même) qui vantait la droiture et l’honnêteté de M. Tremblay. Encore là, M. Tremblay se présentait comme l’incarnation du maire intègre, blanc comme le lys.

Je trouvais que M. Tremblay avait du front tout autour de la tête, non seulement après le scandale des compteurs d’eau, mais aussi après toutes les magouilles de ses collaborateurs révélées au cours de son premier mandat.

Surtout, d’où provenait donc tout cet argent ? On parle de 1,5 million$.

Retour au présent

Depuis des mois, l’administration Tremblay est à couteaux tirés avec le vérificateur, surtout depuis que le nouveau DG s’est fait prendre à révéler à TELUS le rapport confidentiel du vérificateur relatif au contrat obtenu par cette compagnie.

On nous dit que le vérificateur aurait une personnalité un peu spéciale. Je crois deviner qu’il aurait un tempérament ombrageux. Mais peu importe. Il n’est pas payé pour être gentil ; il est payé pour s’assurer que nos taxes sont bien dépensées.

Personnellement je ne le trouve pas suffisamment perspicace. Le scandale des compteurs d’eau, c’est une journaliste du Devoir qui l’a révélé. Le vérificateur n’a fait que confirmer la véracité des écrits de Mme Kathleen Lévesque. Pour le contrat de TELUS, ce sont les journalistes de La Presse qui anticipent des dépassements de coûts.

Déjà on a modifié la Loi électorale pour limiter les dépenses des candidats au niveau municipal. Maintenant on doit modifier les lois municipales pour mieux protéger l’indépendance des vérificateurs municipaux. Combien de lois devra-t-on encore modifier à l’avenir pour prévenir la répétition d’abus de l’entourage de Gérald Tremblay ?

Conclusion

La volonté du maire de Montréal de mettre fin à la série de scandales qui ont ébranlé son administration sera plus crédible lorsque M. Tremblay cessera de toujours se porter à la défense des fautifs et lorsqu’il commencera à prendre des mesures punitives contre eux plutôt que de s’attaquer à ceux qui révèlent les fautes de son administration.

Une réelle volonté de s’attaquer à la corruption municipale signifie surveiller l’attribution des contrats importants : ceux relatif aux infrastructures, à la construction de nouveaux édifices ou à leur rénovation. Bref, les contrats juteux qui permettent de se graisser la patte.

Le pouvoir de dépenser du vérificateur général est insignifiant. Il consiste à acheter de la papeterie pour son personnel et d’autres dépenses minimes.

En cautionnant l’espionnage du vérificateur général de la ville (dont il a transmis le dossier à la Sécurité du Québec, reconnait-t-il), le maire Tremblay fait la démonstration évidente que ce qui l’intéresse, ce n’est pas de s’attaquer à la corruption mais plutôt aux accusations de corruption. L’important pour son administration, ce n’est pas d’être honnête mais simplement de sembler l’être. Bref, de la pure hypocrisie.

Références :
Chef d’orchestre des compteurs d’eau à Montréal – BPR a envahi le monde municipal
Compteurs d’eau: Zampino nie être intervenu
Contrat à Telus: le vérificateur contredit le maire Tremblay
La Ville de Montréal fait l’unanimité contre elle
Le DG de Montréal se défend
Le scandale des compteurs d’eau
Modernisation du réseau téléphonique à Montréal
Police! Police!
Scandale des compteurs d’eau

Détails techniques de la photo : Canon Powershot G6 — 1/25 sec. — F/2,0 — ISO 400 — 7,2 mm

Le Lys et le fumier
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Écrit par Jean-Pierre Martel


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