Le mystère de l’ambassade

30 octobre 2017

Introduction

Entre la fin de 2016 et le début de 2017, au moins 21 employés de l’ambassade américaine à Cuba ont été victimes d’un mal mystérieux en quelques semaines.

Lésions cérébrales, perte définitive de l’audition, perte d’équilibre, migraines aigües, troubles cognitifs et œdèmes cérébraux font partie des symptômes de ce mal mystérieux.

Le 23 mai dernier, le gouvernement Trump a expulsé deux diplomates cubains en fonction aux États-Unis afin de protester contre les attaques présumées de Cuba ciblant le personnel diplomatique américain.

Selon les États-Unis, ce personnel aurait été soumis à des attaques ‘soniques’ causées par des ondes situées hors du spectre audible.

De nos jours, il n’y a pas d’ondes qui ne puissent être décelées facilement. Lorsqu’elles sont inaudibles parce que trop faibles, les ondes sonores peuvent être amplifiées. Les ondes radio peuvent être captées par une simple radio. Il existe des capteurs d’ondes électromagnétiques. Les émissions radar peuvent être captés par des antiradars. Et ainsi de suite.

Bref, pour que l’explication des attaques ‘soniques’ soit crédible, il faut imaginer que Cuba ait mis au point une technologie sophistiquée capable d’émettre des ondes que même les États-Unis n’arrivent pas à la déceler.

Au risque d’offenser mes lecteurs cubains, j’ai peine à croire en la haute technologie militaire de l’ile…

On doit se rappeler que le régime castriste désire la normalisation des relations diplomatiques avec les États-Unis — mais pas à n’importe quel prix — alors que l’administration Trump y est farouchement opposée.

Il serait contreproductif pour Cuba de se livrer à des attaques ‘soniques’ contre les États-Unis alors qu’on cherche à s’en rapprocher.

La maladie du légionnaire

En 1976, lors d’un congrès à Philadelphie, 200 membres de l’American Legion étaient victime d’une nouvelle maladie pulmonaire (surnommée Maladie du légionnaire).

Cette pneumonie était causée par une bactérie inconnue jusque là qui se reproduisait dans les tubulures des systèmes de climatisation qui ne sont pas régulièrement nettoyés.

S’il est facile d’imaginer qu’une bactérie dispersée dans l’air puisse être inhalée et causer une maladie pulmonaire, on voit mal comment un microbe dans l’air puisse atteint les organes internes de l’oreille et causer la surdité de certains membres du personnel diplomatique américain.

En effet, la cochlée (responsable de l’audition) et le labyrinthe (responsable en partie de l’équilibre) sont situés profondément dans l’oreille interne, protégée de l’extérieur par le tympan.

À moins d’une lésion du tympan, il est presque impossible pour un microbe d’atteindre l’oreille interne… à moins de passer par le nez.

En effet, le nez est directement relié à l’oreille interne par la trompe d’Eustache. C’est par l’intermédiaire de ce tube étroit que nous pouvons rétablir, lors d’un vol d’avion, l’équilibre de pression entre l’air de la cabine et la pression derrière le tympan.

Inspirés par le nez, ce sont habituellement des virus, mais parfois des bactéries, qui réussissent à migrer vers l’oreille interne en passant par la trompe d’Eustache. On peut facilement imaginer qu’une bactérie inconnue puisse faire la même chose.

Un système d’aération vieux d’un demi-siècle

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L’édifice de l’ambassade américaine à Cuba a été construit en 1953 sur le Malecón. Celui-ci est un long boulevard aménagé le long du détroit de Floride.

Tout comme de nombreux édifices modernes, on ne peut en ouvrir les fenêtres et toute l’aération dépend d’un système de climatisation placé sur le toit.

En 1961, les États-Unis rompent leurs relations diplomatiques avec Cuba et ne les reprendront qu’en 2015. Pendant 54 ans, l’édifice demeurera en l’état et logera le personnel très restreint de la Section des intérêts des États-Unis à La Havane.

Les appareils qui climatisent, qui déshumidifient et peut-être qui détoxifient l’air de l’ambassade étaient sans doute à la fine pointe de l’art il y a un demi-siècle. Est-il possible qu’ils se soient dégradés depuis au point de devenir dangereux ?

Soumis à un climat chaud et humide, l’édifice est aspergé par de l’écume et des gouttelettes corrosives d’eau salée à chaque fois qu’une tempête frappe l’ile.

Le béton et les vitres de l’ambassade ne portent aucun signe visible d’érosion. Toutefois, il est raisonnable de penser que les appareils de climatisation situés sur le toit de l’édifice puissent vieillir prématurément.

Plutôt que d’explorer la piste hasardeuse et compliquée d’une cause microbienne, l’administration Trump a préféré recourir à l’accusation extravagante d’attaques ‘soniques’, elle qui cherche des prétextes pour rompre de nouveau les relations diplomatiques avec Cuba…

Références :
Ambassade des États-Unis à Cuba
American Legion
Le mystère des «attaques acoustiques» contre des diplomates américains à Cuba reste entier
US embassy employees in Cuba possibly subject to ‘acoustic attack’

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif Lumix 12-35mm — 1/500 sec. — F/8,0 — ISO 200 — 35 mm

Le mystère de l’ambassade
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Pressions cubaines

14 mai 2015
Puits abandonnés à la Fortaleza de San Carlo de la Cabaña, à La Havane

Lorsque le président américain Barack Obama a annoncé le rétablissement des relations diplomatiques avec Cuba, cette décision était le point de départ d’un long processus visant à lever l’embargo américain contre le régime castriste.

Évidemment, cette annonce-surprise a suscité la critique de ses adversaires républicains comme le veut la coutume de ce parti de critiquer à peu près toutes les décisions d’un président démocrate.

Mais la virulence de ces critiques a été moindre dans ce cas-ci parce que la grande industrie américaine est favorable à ce rapprochement.

Cuba compte onze millions de citoyens. Or onze millions de citoyens, c’est onze millions de consommateurs.

Si ces consommateurs ont présentement peu de pouvoir d’achat — le revenu moyen mensuel d’un travailleur cubain est de 19$ par mois — la levée de l’embargo suscitera inévitablement un boom économique, une augmentation de ce pouvoir d’achat et la création d’un nouveau marché dans un pays qui manque de tout ce qui est superflu… et parfois d’un peu du nécessaire.

C’est bien connu; qu’y a-t-il de plus arriéré qu’un peuple qui ne boit pas une seule bouteille de Coca-cola ? C’est le cas du peuple cubain.

La stratégie du gouvernement américain était prévisible; susciter de grands espoirs chez le peuple cubain, faire durer le suspense, obtenir concession après concession du régime castriste. Puis après que celui-ci soit à genoux, lui demander davantage.

Mais les dirigeants cubains ne sont pas nés de la dernière pluie.

Plus tôt cette semaine, le président de la République française devenait le premier chef d’État occidental à se rendre dans l’île depuis le rétablissement des relations diplomatiques avec les États-Unis.

M. François Hollande s’y rendait dans un but précis : signer une entente commerciale en vertu de laquelle la pétrolière française Total obtenait des droits de prospection pétrolière dans les eaux territoriales cubaines du golfe du Mexique.

En somme, la France coupait ainsi l’herbe sous le pied des Américains. Ces derniers croyaient avoir tout le temps voulu pour faire main basse sur l’île et voilà que les Cubains leur montraient qu’ils ne se laisseraient pas domestiquer aussi facilement.

C’est à suivre…

Références :
Cuba announces France oil deal as Hollande urges end to US trade embargo
Le monde salue le rapprochement historique entre les États-Unis et Cuba

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif Lumix 12-35mm F/2,8 — 1/400 sec. — F/6,3 — ISO 200 — 18 mm


Voir aussi :
Liste des diaporamas du premier voyage à La Havane
Liste des diaporamas du second voyage à La Havane

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les contraires s’attirent… ou se repoussent

31 décembre 2014
Édifice du ministère de l’Intérieur à Cuba

On apprend aujourd’hui qu’une douzaine de dissidents ont été arrêtés à Cuba pour avoir participé à une minuscule manifestation non autorisée.

L’artiste cubaine Tania Bruguera, à l’origine de cette manifestation, voulait organiser une séance de discussion libre « à micro ouvert » sur la place de la Révolution — devant les bureaux du redoutable ministère de l’Intérieur — sans avoir obtenu les autorisations nécessaires.

Pour les autorités cubaines, il s’agissait d’une provocation politique. Au contraire, pour le département d’État américain, c’est une tentative de brimer la liberté d’expression.

En septembre 2012, 130 personnes ont été arrêtées à New York parmi les 600 qui marchaient dans les rues de cette ville pour souligner le premier anniversaire du mouvement Occupy Wall Street. C’est dix fois plus d’arrestations qu’hier à Cuba.

Afin de débusquer le terrorisme qui sommeille dans chacun de ses citoyens, les États-Unis espionnent leurs courriels, épient leurs appels téléphoniques, et localisent leurs déplacements par le biais de leurs téléphones multifonctionnels. Il est temps que les autorités cubaines fassent du respect des droits de l’Homme aux États-Unis une condition de la normalisation avec ce pays.

Mais qu’est-ce que je suis en train d’écrire ? Suis-je en train de réaliser que la vérité est une chose relative, et qu’elle peut être déformée par l’aveuglement idéologique…

En réalité, chaque pays possède ses propres dissidents. Et il les réprime comme il peut. Les participants au Printemps érable en savent quelque chose…

Références :
Anniversaire d’Occupy Wall Street : 135 arrestations
Cuba arrête une douzaine de dissidents, Washington « préoccupé »

Détails techniques de la photo : Olympus OM-D e-m5, objectif Lumix 12-35mm — 1/640 sec. — F/8,0 — ISO 200 — 31 mm

Les contraires s’attirent… ou se repoussent
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Écrit par Jean-Pierre Martel


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