Le fiasco de l’utilisation des armes à projectiles à mortalité réduite

22 février 2018

 

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La vidéo ci-dessus est le réquisitoire de l’émission Enquête de Radio-Canada contre l’utilisation des armes à projectiles à mortalité réduite.

Lors de la crise étudiante de 2012, l’utilisation de ces armes s’est soldée par des commotions cérébrales, des yeux crevés, des dents cassées, des mâchoires fracturées et conséquemment, des handicaps permanents infligés à des adolescentes et jeunes adultes québécois.

À l’époque, j’avais écrit le texte ‘Tirs de balles de plastique : attend-on de tuer quelqu’un ?’. Ce texte concluait que ces outils de répression n’avaient aucune place dans l’arsenal policier d’un pays démocratique.

Implicitement, c’est également à cette conclusion que sont arrivés les journalistes d’Enquête.

Ces incidents ont fait l’objet de plusieurs poursuites judiciaires. Dans tous les cas où un jugement a été rendu, les tribunaux ont unanimement donné raison aux plaignants et blâmé les forces policières pour leur manque de prudence.

Or cette imprudence a été facilitée par les lacunes dans la formation reçue par les policiers.

Mais voilà que pour se justifier, l’École nationale de police du Québec vient de publier un rapport intitulé ‘Actualisation de l’étude sur les armes intermédiaires d’impact à projectiles’.

Ce rapport conclut que les données sur la gravité des blessures causées par les armes à létalité réduite sont insuffisantes et que davantage de recherche serait nécessaire.

À mon avis, la recherche relative à l’innocuité d’une substance ou d’un dispositif doit se faire avant sa commercialisation et non après.

Si les données sont insuffisantes pour juger de son innocuité, la prudence élémentaire exige qu’on évite son emploi.

Dans le cas des autorités policières, celles-ci ont négligemment minimisé les mises en garde des fabricants, les comparant aux avertissements qu’on peut lire sur les boites de céréales.

Quant à l’expérience irremplaçable acquise sur le terrain (tant à Montréal qu’à Victoriaville), les analystes de l’École nationale de police du Québec ne semblent pas en tirer de leçon.

On peut donc en conclure qu’il n’y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.

Ceci étant dit, si des policiers veulent qu’on effectue plus de recherche, je n’y vois pas d’objection à la condition qu’ils servent eux-mêmes de sujets d’expérience.

Sur une base volontaire, les policiers pourraient s’inscrire à des expériences où seraient analysées chez eux les conséquences de l’impact des projectiles à mortalité réduite selon la distance.

On pourrait ainsi calculer les lésions et les handicaps permanents infligés chez ces braves volontaires (les dents cassés, les yeux crevés, etc.), dresser des tableaux, décorer le rapport de magnifiques graphiques en couleur, et ainsi de suite.

Si cela était convenu, je serais prêt à parier qu’on n’entendrait plus jamais l’École nationale de police du Québec réclamer plus d’études à ce sujet…

Références :
Actualisation de l’étude sur les armes intermédiaires d’impact à projectiles
En Grande-Bretagne, les « bobbies » n’ont pas d’armes à feu
L’usage des armes intermédiaires comporte des risques méconnus

Le fiasco de l’utilisation des armes à projectiles à mortalité réduite
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Crise étudiante : le gouvernement doit donner l’exemple

24 mai 2012

Dans son dernier budget, le gouvernement a décidé d’augmenter de 75% les frais universitaires sur une période de quelques années. Qu’on soit pour ou contre cette décision d’appauvrir de 265 millions$ annuellement les étudiants québécois, il est évident que le gouvernement lui-même devrait donner l’exemple.

À la suite des prochaines élections provinciales, des dizaines de députés quitteront la vie politique de leur plein gré ou autrement. De plus, parmi les 6,400 nominations politiques du gouvernement Charest, un certain nombre perdront inévitablement leurs emplois dans l’éventualité d’un changement de gouvernement.

Tous ces gens quitteront la vie publique avec des millions de dollars de primes ou de rentes annuelles. Ces parachutes dorés, qu’on justifiait autrefois par l’importance de récompenser les vaillants serviteurs de l’État, doivent être réexaminés.

Je ne vois pas de raisons qui justifient que les étudiants se serrent la ceinture alors que les serviteurs de la machine qui les appauvrit s’en mettent plein les poches : il est évident que tous ces gens doivent faire aussi « leur juste part » (pour reprendre les mots du Premier ministre).

Le gouvernement serait donc cohérent avec lui-même et donnerait l’exemple s’il adoptait une loi d’exception rétroactive qui réduise de 75% les parachutes dorés que la classe politique s’accorde pour se récompenser mutuellement.

À défaut d’une telle loi, la réduction substantielle des primes et rentes offertes aux députés et ministres sortants serait de nature à convaincre la population de la sincérité du gouvernement actuel à réduire la taille de l’État.

Mais les motifs invoqués par le gouvernement pour justifier la hausse des frais de scolarité sont-ils vraiment d’ordre économique ou sommes-nous en présence d’une crise voulue, provoquée et entretenue par le gouvernement actuel ?

Rappelons-nous que depuis quarante ans, seuls des gouvernements du Parti libéral du Québec ont procédé à des augmentations des frais de scolarité : sous Claude Ryan en 1989 et sous Jean Charest en 2007 et aujourd’hui.

Le Premier ministre savait donc ce qui l’attendait s’il touchait aux frais de scolarité. Il ne soupçonnait sans doute pas l’ampleur de la détermination de nos jeunes mais il savait que sa décision provoquerait des remous. Alors pourquoi a-t-il pris cette décision alors que son gouvernement, largement discrédité dans l’opinion publique, n’a pas l’autorité morale pour chambarder quoi que ce soit ?

Le prix à payer pour faire taire ces doutes, c’est le sacrifice et la cohérence. En d’autres mots, la classe politique doit prêcher par l’exemple. Le fera-t-elle ?

Sur le même sujet :
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Écrit par Jean-Pierre Martel


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