Le verrou libéral

26 octobre 2017

Le Parti libéral du Québec a changé. C’était le message rassurant que répétait le nouveau chef de ce parti, Philippe Couillard, confronté aux allégations de corruption de son parti sous son prédécesseur.

Deux hommes symbolisaient la nouvelle honnêteté libérale.

D’abord Robert Poëti. Ex-policier reconnu pour son intégrité, il fut brièvement ministre des Transports avant d’être dégommé parce que l’enquêteuse qu’il avait nommée posait trop de questions au sein de son ministère. Il vient de faire un retour remarqué au Conseil des ministres à un an des élections.

Le deuxième garant de l’intégrité libérale était Guy Ouellette. Ce simple député est un ancien policier de la Sureté du Québec qui s’est illustré dans la lutte contre les motards criminels.

Toutefois, le système organisé de corruption de l’État mis en place par Jean Charest n’a donné suite à aucun procès.

Créée en mars 2011, l’Unité permanente anticorruption (UPAC) a eu six ans pour punir ceux qui ont pillé le Trésor public et surtout, ceux qui ont mis en place un système bien huilé de corruption de l’État québécois qui a opéré durant les années 2000.

Ses seules actions concrètes sont :
— une accusation surprise contre Nathalie Normandeau à la veille du renouvèlement de mandat de Robert Lafrenière, assurant ainsi le prolongement de son mandat, et
— cette arrestation d’hier qui vise à punir Guy Ouellette pour des fuites dont il serait responsable.

Lorsque le patron de l’UPAC avait témoigné en commission parlementaire en mai 2017, celui-ci avait réservé ses mots les plus durs non pas à l’égard de ceux qui ont volé des millions de dollars aux contribuables, mais à l’égard des responsables des fuites au sein de l’UPAC (qualifiés de ‘bandits’).

Pourtant, au cours de ce même témoignage, il avait estimé ces fuites sans importance. « En aucun temps, la conclusion de cette enquête-là n’a été menacée par cette fuite-là.» avait-il déclaré.

Parmi ses ennemis politiques, insatisfaits du peu de résultats de l’UPAC, se trouve le député Guy Ouellette. Celui-ci présidait la Commission parlementaire devant laquelle Robert Lafrenière a témoigné. Mais l’arrestation de Nathalie Normandeau a été un coup de théâtre qui rendait Robert Lafrenière intouchable.

Ce qui nous ramène aux questions relatives au ‘verrou libéral’.

Cette expression a été utilisée pour désigner un haut gradé qui — selon le président de la Fraternité des policiers et policières de Montréal — aurait été nommé pour bloquer la mise en accusation des responsables de la corruption sous Jean Charest.

Ce verrou, l’a-t-on trouvé ?

Comment se fait-il qu’à l’UPAC, tout soit retombé dans l’immobilisme le plus total depuis le ‘show de boucane’ de Robert Lafrenière en commission parlementaire ?

À l’annonce de l’arrestation de Guy Ouellette, le chef de la Coalition Avenir Québec a déclaré que cette nouvelle constituait une bombe pour le Parti libéral. Est-il possible que le chef de la CAQ n’ait rien compris ?

Au lieu de se débarrasser d’un ennemi politique et d’assoir son pouvoir, il est fort à parier que ce coup d’éclat du chef de l’UPAC ramènera à l’avant les questions persistantes quand aux minces résultats de l’organisme qu’il dirige depuis sa création.

D’où la question : où est le verrou libéral ?

Références :
Corruption : le ‘verrou’ libéral
Guy Ouellette avait maille à partir avec le patron de l’UPAC, selon des ministres libéraux
L’agente de renseignements « n’était pas bienvenue » au MTQ, dit Poëti
L’arrestation de Guy Ouellette provoque une onde de choc
Robert Poëti

Le verrou libéral
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Écrit par Jean-Pierre Martel


La censure politique

9 mai 2017

À l’Assemblée nationale du Québec, tout comme à la Chambre des communes d’Ottawa, il existe un lexique de mots et de qualificatifs à ne pas utiliser.

Ce lexique vise à prévenir la dégradation de la qualité des débats. Elle concerne des injures personnelles comme ‘menteur’, ‘girouette’, ‘pleutre’, ’eunuque’, ‘mal élevé’, ‘hypocrite’, ‘clown’, etc.

Elle concerne également des périphrases. C’est ainsi qu’en plus de ‘menteur’, on ne peut exiger que ‘le ministre se décide à dire la vérité’, qu’un autre cesse de ‘raconter de la foutaise’, etc.

Mais il y a plus. À chaque fois qu’on utilise en chambre l’expression ‘corruption libérale’ (ou le mot ‘corruption’), le président d’assemblée se lève et exige que le parlementaire retire ses propos.

Le temps que met le député à obéir à cette sommation est alors soustrait de la période des questions. Or celle-ci est déjà limitée à 45 minutes, environ trois fois par semaine.

Le mot ‘corruption’ n’est toléré que de manière très limitée comme pour réciter au long le nom de l’UPAC (soit l’Unité permanente anticorruption).

Il est même maintenant interdit d’y faire allusion. C’est ainsi qu’un député ne peut déclarer qu’il règne au Québec une ‘odeur de corruption’ alors que cette expression a été utilisée par une ministre libérale à l’époque où celle-ci était députée de la CAQ. Citer textuellement ce qu’elle disait autrefois est maintenant interdit en chambre.

Aussi irritante que soit la multiplication des questions concernant l’éthique passée ou présente du parti au pouvoir, ces questions disparaitront le jour où leur réponse n’intéressera plus personne.

Les mots sont le véhicule des idées. Jusqu’où ira-t-on pour empêcher que soient exprimés des reproches au sujet des agissements du gouvernement ?

Cela est d’autant plus inquiétant que cette censure politique s’opère au moment où des révélations suggèrent la présence d’un verrou placé à la tête des institutions chargées de sanctionner cette corruption et qu’en réaction à ces révélations, on exige le silence des « fuiteurs » au nom du respect de ces institutions.

Références :
Assemblée nationale: le dictionnaire des interdits s’enrichit
Des accusations contre deux élus libéraux auraient été bloquées
Mots interdits à l’Assemblée Nationale

La censure politique
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Écrit par Jean-Pierre Martel


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