Photographier la lumière

19 juillet 2017
Ixiolirion tataricum

Au premier abord, entre ‘Photographier une fleur éclairée’ et ‘Photographier la lumière émise par une fleur’, la différence semble mince; la deuxième phrase semble n’être qu’une manière savante ou affectée de dire la même chose.

Mais ce sont deux attitudes d’esprit totalement différentes.

Pendant des années, lorsque je photographiais une fleur, mon but était d’en photographier une bien éclairée.

Je la choisissais donc parfaitement exposée au soleil, relativement symétrique, souvent à pleine maturité, sans blessure d’insectes, et sans décoloration à la suite de trop de jours d’exposition.

Il me suffisait de varier l’angle de la prise de vue et la distance pour obtenir un certain nombre de photos parmi lesquelles, de retour à la maison, je choisissais la plus satisfaisante.

Mais sur place, tous les autres spécimens de cette même espèce de fleur étaient sans intérêt puisqu’identiques à celle que je venais de photographier.

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Lorsque le but est de photographier la lumière émise par des fleurs, celles-ci cessent d’être identiques.

Parmi des fleurs au pied d’un arbre, il suffira à l’une d’elles de recevoir un rayon de soleil glissé entre les branches pour devenir unique.

Et quelques minutes plus tard, alors que le soleil se sera légèrement déplacé, la même fleur sera éclairée différemment.

Un peu de vent et le feuillage laissera passer la lumière ailleurs, mettant en vedette la fleur d’à côté. Et si notre attention se porte sur cette dernière, il faudra attendre un autre coup de vent pour être en mesure de la photographier.

À l’angle de prise de vue et à la distance, s’ajoutera une autre variable, l’éclairage. On obtiendra ainsi un certain nombre de photos uniques parmi lesquelles certaines seront rapidement éliminées alors que de minuscules différences feront qu’après mure réflexion, le choix se portera finalement sur l’une d’elles, la crème de la crème.

Prise une journée venteuse, la photo ci-dessus a été choisie parce que les fleurs éclairées à droite se distinguent sur un fond sombre alors que celles moins éclairées à gauche se découpent sur une grosse tache lumineuse à l’arrière.

C’est ainsi que le choix de la photo ne dépendra plus de la beauté de la fleur mais de la mise en scène que la nature ordonne autour de cette fleur, que celle-ci soit insignifiante ou spectaculairement belle.

Astilbe x arendsii ‘Kriemhilde’

Dans le but de préserver les délicates teintes de rose de ces fleurs, il aura suffi de sous-exposer cette photo pour assombrir son arrière-fond et accentuer la théâtralité de la scène, comme si elle avait été prise de nuit.

Héliopsis faux-hélianthe

Un rayon de soleil intermittent éclairant le cœur de cette fleur sera mon unique motivation à la photographier à répétition, jusqu’à l’obtention du résultat exact que j’espérais.

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Hier, plutôt que de marcher sur le côté ensoleillé de la rue De Chateaubriand, j’avais choisi le côté à l’ombre, non pas à cause de sa fraicheur mais dans l’espoir d’y rencontrer une plante qui, parce qu’ensoleillée, se distinguerait des autres.

Parmi les cinq photos prises, celle-ci a été retenue en raison de cette abeille, parfaitement au foyer à gauche sur fond noir, qui se dirige vers la fleur.

Célosie crête de coq ‘Bombay Candy’

Comment peut-on ne pas être séduit par l’explosion de couleurs vives de cette fleur festive ? Celle-ci a été prise ici à contrejour, afin de montrer toute la gamme des teintes qu’elle émet.

Cône de mélèze de laricin

Photographié ce matin, ce cône est mis en valeur par la lumière qui se dépose sur l’arête de ses écailles et par l’harmonie calme et tranquille de cet arrière-fond vert et beige qui lui sert d’écrin.

Ici, l’attrait principal de la photo n’est pas lié à son sujet (un cône, petit et terne) mais à la lumière, plus précisément à ses différences d’intensité et de teintes.

Précisons que ce mélèze a été planté à la mémoire de Kathy Coulombe.

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectifs M.Zuiko 12-40 mm F/2,8 (5e photo), M.Zuiko 40-150 mm F/2,8 (7e photo), et M.Zuiko 40-150 mm F/2,8 + multiplicateur de focale M.Zuiko MC-14 (les autres photos)
1re photo : 1/1000 sec. — F/4,0 — ISO 200 — 135 mm
2e  photo : 1/320 sec. — F/4,0 — ISO 320 — 210 mm
3e  photo : 1/400 sec. — F/4,0 — ISO 200 — 102 mm
4e  photo : 1/200 sec. — F/5,6 — ISO 200 — 60 mm
5e  photo : 1/1600 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 38 mm
6e  photo : 1/500 sec. — F/4,0 — ISO 200 — 210 mm
7e  photo : 1/800 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 120 mm

Postscriptum : Je remercie Mme Marie-France Larochelle (du Jardin botanique de Montréal) pour m’avoir permis d’identifier la première de ces plantes.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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