Pourquoi Bruxelles ?

23 mars 2016
Grand-Place de Bruxelles

La Belgique — et plus précisément la commune bruxelloise de Molenbeek — est apparue sur les radars des services de renseignement mondiaux deux jours avant les attentats du 11 septembre 2001.

Molenbeek et le terrorisme international

L’assassinat d’Ahmed Chah Massoud

Le 9 septembre 2001, le chef des rebelles afghans — sur lesquels les États-Unis comptèrent par la suite pour déloger militairement les Talibans du pouvoir — donne une entrevue à une équipe de journalistes belges.

En réalité, il s’agit de deux kamikazes tunisiens ayant séjourné quelques années en Belgique, l’un d’eux pour y étudier. Ce dernier fréquentait le Centre islamique belge, basé à Molenbeek.

Tous deux étaient munis de faux passeports belges créés à partir des 19 000 passeports dérobés aux autorités belges entre 1990 et 2000.

L’attentat dans lequel ils périrent avait pour but de tuer le commandant Massoud, ce qui fut fait.

Les attentats de Madrid de 2004

Le 11 mars 2004, 191 personnes perdent la vie et mille-neuf-cents sont blessés dans une série d’attentats commis dans des trains de banlieue à Madrid.

Les 29 responsables sont quinze Marocains, deux Syriens, un Libanais, un Égyptien, un Algérien et neuf Espagnols.

Un des concepteurs des attentats avait séjourné à Molenbeek entre 1997 et 2004.

Le recrutement de djihadistes pour la Somalie

Le Français Rachid Benomari a été condamné en octobre 2014 à 18 ans de prison par un tribunal bruxellois pour avoir dirigé en Belgique un groupe terroriste spécialiste du recrutement de djihadistes pour la Somalie et la Syrie.

L’homme a avoué être parti de Molenbeek en avril 2011 et avoir rejoint les camps des djihadistes en Somalie, où il est resté jusqu’en 2012.

L’attentat au Musée juif de Belgique en mai 2014

Le responsable Franco-Algérien de cet attentat a vécu à Molenbeek pendant plus de six semaines avant de passer à l’acte, le 24 mai 2014. À cette occasion, il tue par balles quatre visiteurs du musée.

C’était la première attaque perpétrée par l’État islamique en Occident.

L’attaque contre Charlie Hebdo en janvier 2015

Certaines des armes utilisées par les terroristes contre Charlie Hebdo avaient été achetées aux alentours de la Garde du Midi, un peu au sud de Molenbeek.

La prise d’otages d’une épicerie cachère parisienne en janvier 2015

L’auteur de l’attaque, né en France, s’était procuré ses armes à Molenbeek.

L’attaque sur le Thalys en aout 2015

Le Marocain responsable de la tentative avortée de carnage sur le TGV reliant Bruxelles à Paris a séjourné dans l’appartement de sa sœur à Molenbeek d’où il est parti le jour de l’attaque. C’est également dans ce quartier qu’il s’était procuré son armement.

Le carnage à Paris, le 13 novembre 2015

Les trois membres de la cellule terroriste qui a mitraillé les gens attablés à des cafés de Paris étaient un Français et deux Belges, tous originaires de Molenbeek. En plus, six de leurs 26 complices présumés sont de Molenbeek.

L’unique survivant du commando responsable de ces attaques a été capturé à Molenbeek le 18 mars 2016. Les policers ont découvert la planque dans laquelle il se cachait à la suite du tuyau fourni par un des ses amis.

La guerre en Syrie

Proportionnellement, la Belgique a davantage fourni de djihadistes en Syrie et Irak que les autres pays européens, soit 41,6 combattants par million d’habitants, comparativement à 25,5 pour la France et 3,7 pour le Canada.

Aussi importante qu’elle soit en pourcentage, cette contribution compte pour peu en nombres absolus puisqu’il s’agit de 470 à 553 personnes. À titre de comparaison, les mercenaires tchéchènes (la plus importante contribution après les Saoudiens), représentent environ cinq-mille combattants dans les rangs des diverses milices islamistes en Syrie.

Ce qui est inquiétant, c’est que le tiers des djihadistes belges sont revenus vivre à Molenbeek sans être inquiétés par les autorités du pays.

En fait, lorsqu’on prend connaissance de l’historique des terroristes ayant séjourné à Molenbeek, on est frappé par la facilité avec laquelle ils se sont déplacés d’un pays à l’autre en dépit du fait que beaucoup d’entre eux étaient considérés comme dangereux par les services de renseignement.

La commune de Molenbeek

Molenbeek est un arrondissement de Bruxelles. Cette commune compte 96 000 habitants sur un territoire de 6 km². Le revenu médian est de 23 687$ et le taux de chômage y est de 31,5%.

Les cinq mosquées de l’arrondissement sont reconnues comme des foyers de salafisme. Cela n’est pas surprenant.

Quoique située bien au-delà de Molenbeek, la construction de la Grande mosquée de Bruxelles a été financée par l’Arabie saoudite. Celle-ci redistribue à d’autres mosquées belges une part de l’aide saoudienne. Le salafisme des mosquées de Molenbeek s’explique par l’influence saoudienne qui rayonne à partir de la Grande mosquée.

Mais depuis des années, cette influence va bien au-delà des lieux de culte. L’idéologie wahhabiste a essaimé chez une multitude de prédicateurs amateurs qui recrutaient originellement des jeunes au sortir des mosquées et qui tiennent depuis des réunions de prières chez les uns et les autres. À cette occasion, ils enseignent leur conception rigoriste de l’Islam et incitent leurs fidèles au djihadisme.

Le dispositif sécuritaire belge

À la suite de tout attentat terroriste, les services de renseignement imputent la faute à l’insuffisance des moyens à leur disposition.

La Belgique avec ses 10,4 millions d’habitants compte trois fois moins d’agents de renseignement (ils sont 600) que les Pays-Bas avec ses 16,8 millions d’habitants.

Pour espionner un seul suspect 24 heures sur 24 sans risquer d’être détectées, les agences de renseignement doivent mobiliser jusqu’à 36 agents.

Toutefois, contrairement à ce qu’on pourrait penser, les services de renseignement sont généralement peu efficaces à prévenir les attentats terroristes. Une fois un attentat commis, ils brillent à trouver des complices et faire avorter les autres attentats en préparation par les mêmes personnes. Autrement, les attentats qu’on prévient avortent presque toujours à cause d’une dénonciation.

Pendant des années, alors que montait la menace terroriste en Europe, rien n’a été fait en Belgique jusqu’aux attentats de Paris. La raison est simple; de tous les pays européens, la Belgique est probablement celui dont l’État est le plus faible.

À la suite des élections de juin 2007, la Belgique avait été sans gouvernement pendant 194 jours. Aux élections suivantes de 2010, la crise politique dura 541 jours.

Même si des milliers de fonctionnaires veillaient alors aux affaires courantes, personne n’était là pour prendre les grandes décisions. Et la Belgique fut pendant ce temps un grand navire à la dérive, où on a laissé se développer le salafisme et la contrebande des armes en provenance de l’Europe de l’Est.

Si Molenbeek est aujourd’hui un terreau fertile au djihadisme, c’est à cause de son ouverture relative aux prédicateurs fondamentalistes et l’existence d’un florissant marché noir des armes à deux pas du quartier.

Ajoutez-y un taux élevé de chômage chez les jeunes et vous avez alors tous les ingrédients nécessaires à la création du Belgistan qu’est devenu Molenbeek.

Références :
A Bruxelles, Molenbeek, base arrière des terroristes?
Attentats à Paris: le pistolet-mitrailleur de Coulibaly vient de Belgique
Attentats de Madrid du 11 mars 2004
Attentats du 13 novembre 2015 en France
Belgique: un Français condamné à 18 ans de prison pour terrorisme
Crise politique belge de 2010-2011
Belgium’s big problem with radical Islam
Les attentats de Bruxelles soulèvent des failles dans le système
Les avocats du présumé terroriste Rachid Benomari plaident un renvoi aux assises
Molenbeek: un si long passif terroriste
Pleins feux sur la «filière belge»
Pourquoi Bruxelles?
Ratages et bon tuyau : comment les enquêteurs ont fini par débusquer Salah Abdeslam
Thalys: Ayoub El Khazzani est parti de la Chaussée de Gand, à Molenbeek
Vie et mort des assassins de Massoud
Why did the bombers target Belgium?

Parus depuis :
Où sévit le terrorisme islamiste dans le monde? La réponse en carte (2016-03-24)
La Belgique est accusée de négligence (2016-03-25)
La Belgique, foyer du djihadisme (2016-03-26)
Les trois lectures de la violence djihadiste (2016-03-26)
Molenbeek ou l’islamisme ordinaire (2016-04-01)

Détails techniques de la photo : Canon Powershot G6 — 1/320 sec. — F/3,5 — ISO 50 — 7,2 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Bruxelles, la capitale mondiale de la bande dessinée

24 mars 2015
Troisième quinzaine de la BD de Bruxelles, en 2006
Station de métro Stockel

Tellement d’artistes belges se sont illustrés dans la bande dessinée que ce pays domine incontestablement l’histoire du 9e art.

Centre belge de la bande dessinée

Bruxelles fut la première ville à créer un musée de la BD (appelé Centre belge de la bande dessinée). Ce centre héberge une exposition permanente qui retrace l’histoire de cette discipline et possède la plus importante bibliothèque au monde à ce sujet.

Dès 1991, la capitale belge décida de décorer certains pans de murs extérieurs de fresques représentant des personnages de BD et ce, bien avant que la mode des murales ne se généralise.

Broussaille (1999), au 39 rue du Marché au charbon

La première de ses murales fut Broussaille, créée en 1991 (la version actuelle date de 1999). En tout, une cinquantaine de murales décorent aujourd’hui la capitale.

En voici quelques-unes, photographiées lors de mon voyage dans cette ville en 2006.

Cubitus (1994), au 109 rue de Flandre
Olivier Rameau (1997), au 9 rue du Chêne
Victor Sackville (2002), au 60 rue du Marché au charbon
Le Scorpion (2002), au 16 rue Treurenberg
Bruxelles, la capitale mondiale de la bande dessinée
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Écrit par Jean-Pierre Martel


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