Nous sommes tous des éponges

3 février 2017

Tous les attentats terroristes sont commis par des personnes exposées à de la propagande haineuse.

Or l’intolérance et la haine ont des degrés : l’envie de tuer est la forme extrême de la haine. Il n’y a pas pire.

La tuerie à l’Assemblée nationale en 1984 et celle au Métropolis en 2012 sont des actes terroristes commis par des personnes exposées à la propagande haineuse ‘antiséparatiste’.

L’attentat terroriste de Polytechnique en 1989 est l’aboutissement de l’exposition du jeune tueur à la misogynie paternelle.

En somme, le discours haineux est à la source de tout acte terroriste. Cette exposition peut être sociale ou limitée au cercle familial.

Dans le cas de la tuerie à l’université Concordia en 1992, il peut résulter d’un délire paranoïaque. Dans ce cas, l’exposition est interne, lié à des hallucinations suscitées par la maladie mentale.

À la suite de l’attentat antimusulman de Québec, il est insuffisant de pointer du doigt les propos d’un petit nombre de personnalités journalistiques ou politiques. Le problème est plus vaste.

Le discours dominant à Québec, dans la région de la Vieille capitale et même dans une bonne partie du Québec profond, est un discours d’intolérance suscité par la Droite québécoise. Une Droite influencée par l’idéologie haineuse républicaine incarnée par Donald Trump.

À l’international, on ne mettra jamais fin au terrorisme sans s’attaquer à l’idéologie haineuse de la dictature saoudienne.

Ce qui est vrai à l’international l’est aussi au Québec. Sauf que les relais de l’idéologie atimusulmane chez nous sont omniprésents puisqu’elle s’est infiltrée dans chacun d’entre nous.

Il suffit de lire attentivement les commentaires publiés sur le site du quotidien montréalais Le Devoir — je présume que c’est pire sur les médias sociaux — pour trouver de nombreux exemples suggérant que les Musulmans sont en train de prendre le contrôle du Québec et de pervertir ses valeurs fondamentales. Ou que les Musulmans d’ici sont soit des cellules dormantes de groupes terroristes ou soit des gens qui se réjouissent secrètement de leurs attentats à l’Étranger.

Dans la fable, le loup se convainc que la brebis trouble son breuvage. Ainsi, il se victimise afin de se justifier à attaquer sa proie. Voilà l’essence du discours contre la minorité musulmane d’ici.

L’attentat antimusulman de Québec a été un électrochoc. Depuis plusieurs jours les médias québécois effectuent un travail admirable pour donner la parole aux Musulmans, pour présenter les victimes et leurs familles, et surtout pour incarner ce que sont les Québécois musulmans.

Je souhaite que cette campagne de sensibilisation se poursuive parce des mentalités bien encrées ne changent pas du jour au lendemain; il suffirait d’un attentat ‘vengeur’ d’Al-Qaida et de l’État islamique pour que le naturel antimusulman revienne au galop.

Sur le même sujet :
La tuerie de Charlie Hebdo : les lacunes du renseignement (2e partie)

Paru depuis :
La haine, cette bombe (2017-02-04)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Attentats et glorification posthume

28 juillet 2016

À la suite de l’attaque terroriste à l’école Polytechnique de Montréal — qui a fait 14 victimes en 1989 — certains parents avaient demandé aux journalistes de taire le nom de l’auteur de cette tuerie afin de ne pas contribuer à sa renommée.

Dans le film Polytechnique, le tueur est montré inexpressif, comme habité par une haine qui l’a vidé de son humanité. En dépit de la finesse de ses traits, il n’est pas aimable (c’est-à-dire de nature à être aimé).

Ces jours-ci, une controverse secoue le milieu journalistique français relativement à l’éthique dont devraient faire preuve les médias lorsqu’ils traitent d’attentats terroristes. Plus précisément, la question est de savoir s’il est approprié de nommer et/ou de montrer la photo des terroristes.

Tous s’entendent pour dire qu’une telle publication est nécessaire lorsqu’il s’agit de suspects qui ont survécu à leur méfait et qui sont recherchés par la police. Mais dans le cas de ceux qui périssent en commettant leur crime, ne procède-t-on pas à leur glorification posthume en les montrant et en les nommant ?

Il n’y a aucun doute que cela contribue à leur renommée : mais est-ce que cela contribue à leur gloire ?

En théorie, la gloire est inhérente à l’acte. Chez les personnes favorables à la cause d’un terroriste, la réussite de celui-ci et l’ampleur de son méfait devraient être, de loin, les principaux critères qui contribuent à sa gloire.

Dans les faits, il en est autrement. Si on prend l’exemple du révolutionnaire Che Chevara, serait-il aussi connu s’il avait à son crédit les mêmes faits d’armes mais s’il avait l’air d’un pou ?

De plus, il est raisonnable de penser qu’un geste d’éclat particulièrement meurtrier pourrait susciter le désir d’émulation chez des êtres asociaux à la recherche du sens à donner à leur vie, chez ceux qui confondent réussite et gloire, ou chez des personnes influençables.

Les études concernant le suicide ont démontré l’effet Werther. Mis en évidence en 1982, le suicide mimétique est le phénomène de la hausse du nombre de suicides suivant la parution dans les médias d’un cas de suicide. Ce sont des personnes qui y pensaient sans doute déjà mais qui ont passé à l’acte par mimétisme.

Mais là encore, les déprimés passent à l’acte sous l’influence de la nouvelle et non par l’apparence physique ou le nom de celui qui s’est suicidé. Tous les journaux pourraient se tromper quant à l’identité du suicidé et cela ne changerait rien au mimétisme suscité par ce suicide.

Dans le cas de ce blogue, si je n’ai jamais mentionné le nom du terroriste du Métropolis — dont on ne voit le nom que dans mes références — c’est davantage par mépris que par principe déontologique.

Personnellement, qu’on montre la photo d’un terroriste vociférant ses menaces (comme celui du Métropolis), cela ne me dérange pas. Ce qui me dérange, c’est lorsqu’on montre un terroriste souriant et sympathique; cela est un manque de tact pour les parents des victimes qui y voient là un exercice de séduction du média au profit du terroriste.

Funérailles de Denis Blanchette

Lors de l’attentat terroriste au Métropolis en 2012, Denis Blanchette perdait la vie en tentant d’empêcher un homme armé qui voulait pénétrer dans cette salle de spectacle.

Une recherche effectuée aujourd’hui à l’aide d’un moteur de recherche très connu donne 20 200 liens relatifs à ‘Denis Blanchette Métropolis’ et 247 000 liens lorsqu’on remplace le nom de ce héros par celui de son assassin.

C’est donc à dire que pour chaque article qui mentionne le nom de Denis Blanchette, il y en a 120 qui mentionnent celui qui l’a tué.

Depuis des siècles, dans l’espace public occidental, on glorifie non seulement des héros victorieux qui ont contribué à la gloire de la Nation, mais également des martyrs.

Rappeler la mémoire de ces derniers sert non seulement à souligner le courage de ces suppliciés, mais également la futilité de la barbarie exercée contre eux. En somme, dans les deux cas, cette commémoration est un acte de propagande : susciter l’admiration du héros ou la compassion à l’égard de la victime.

Denis Blanchette a été tué à deux pas de l’intersection des rues Boisbriand et Saint-Dominique.

La première de ces rues a été donnée en l’honneur de Pierre Dugué de Boisbriand, cousin d’Iberville, né à Ville-Marie en 1675, devenu gouverneur intérimaire de La Nouvelle-Orléans en 1724, et mort en France en 1736.

L’attribution de Saint-Dominique à l’autre rue ne correspond pas à des faits reliés à notre histoire.

Il me semble important de perpétuer la mémoire de Denis Blanchette.

Il s’agit d’un héros ‘ordinaire’. Non pas un militaire exceptionnel, non pas un grand serviteur de l’État, mais un héros comme chacun d’entre nous pourrait le devenir si nous avions le courage de faire comme lui dans un moment où notre bravoure pourrait faire basculer le cours de l’Histoire.

Bref, je crois qu’il serait bon que la rue Saint-Dominique soit renommée en son honneur.

Références :
Attentats terroristes: le dilemme des médias
Effet Werther
La responsabilité de l’attentat terroriste au Métropolis
Médias : faut-il divulguer l’identité et la photo des terroristes ?
Terrorisme – La France flirte avec la censure

Détails techniques de la photo : Olympus OM-D e-m5, objectif M.Zuiko 40-150mm R — 1/320 sec. — F/5,6 — ISO 200 — 108 mm

Attentats et glorification posthume
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Métropolis : pourquoi aucune accusation pour attentat terroriste ?

24 juillet 2016

Introduction

Le soir du 4 septembre 2012, la nouvelle première ministre du Québec réunissait deux-mille partisans dans une salle de spectacle, le Métropolis, afin de célébrer leur victoire électorale.

Pendant le discours de Mme Marois, Denis Blanchette (un technicien de scène, père d’une fillette de 4 ans) est tué d’une balle à l’arrière de l’édifice en tentant d’empêcher un homme armé de pénétrer par l’entrée des artistes.

Déviée, la même balle blesse gravement son collègue Dave Courage.

À l’aide du matériel incendiaire qu’il a apporté, le suspect met ensuite le feu dans le but d’empêcher les gens de sortir de l’édifice par l’arrière.

N’ayant pas encore réalisé que son arme principale s’est enrayée, le suspect tente d’abattre un témoin oculaire et un policier avant d’être arrêté et ainsi être empêché de mener à terme son projet.

Le soir de l’attentat, le terroriste a apporté cinq armes dont deux qu’il transporte sur lui.

L’arme principale est une carabine CZ858 Tactical-2 modifiée illégalement pour contenir trente balles au lieu de cinq; le chargeur en contenait encore 27 au moment de l’arrestation.

L’autre arme sur lui était une arme de poing de 9mm, le Ceska Zbrojovka CZ75.

Dans sa fourgonnette, le suspect avait également trois autres armes dont un pistolet Beretta 9mm et un révolver de calibre .357 Magnum.

La sécurisation des lieux

On savait déjà qu’au moment de l’attentat, aucun policier n’était présent à l’arrière du Métropolis.

Le terroriste a donc pu tuer une personne, avoir le temps de verser son matériel incendiaire et d’y mettre le feu avant que les policiers à l’avant accourent, alertés par le bruit du tir qui a tué Denis Blanchette.

Mais il y a plus. Ce qu’on apprend au cours du contrinterrogatoire du terroriste est consternant.

Lorsque le lieu et la date de la réunion péquiste ont été rendus publics peu avant la tenue de l’évènement, il était du devoir de la Sureté du Québec de sécuriser l’endroit puisqu’une de ses responsabilités est d’agir comme garde présidentielle. Cela ne fut pas fait.

Le jour de l’attentat, le terroriste s’est rendu une première fois au Métropolis afin d’inspecter les lieux et de planifier soigneusement son crime.

Il en a fait même le tour trois fois. Il lui fallait notamment trouver l’endroit le plus proche pour stationner en raison du poids du matériel incendiaire. L’endroit idéal était le stationnement des Habitations Jeanne-Mance, situées à l’arrière du Métropolis.

Sa présence suspecte n’a attiré l’attention de personne puisqu’aucun policier n’était sur place.

Après cette reconnaissance des lieux, il est retourné chez lui (à 142km, dans les Laurentides), pour prendre ses armes à feu, ses munitions et ses bidons d’essence.

Son retour en soirée avec le même véhicule n’a déclenché les soupçons de personne puisqu’aucune mesure préventive n’avait été entreprise jusqu’alors.

On doit donc conclure que les responsables de la sécurité du chef de l’État québécois ont fait preuve d’une négligence grossière le 4 septembre 2012. Négligence d’autant plus impardonnable qu’elle a couté la vie à Denis Blanchette, sans compter le danger auquel un nombre considérable de personnes ont été exposées.

Les chefs d’accusation

Cette semaine, lors du contrinterrogatoire du terroriste, on a appris que les avocats de la poursuite savaient que l’accusé avait avoué à l’automne 2012 à la psychiatre chargée d’en faire l’évaluation psychologique, que son plan était de tuer le plus de Séparatistes possible ainsi que la première ministre.

Il avait également avoué qu’il avait voulu mettre le feu au Métropolis pour obtenir le même résultat que l’incendie criminel du café Blue Bird (qui s’était soldé par 37 morts à Montréal en 1972).

En d’autres mots, les procureurs savent depuis longtemps qu’on a affaire à un attentat terroriste mais ont choisi de ne porter aucune accusation à ce sujet.

D’où la question : Pourquoi a-t-on pris cette décision ?

La pièce manquante

Lors de l’incendie du café Blue Bird en 1972, trois individus avaient mis le feu à l’escalier qui donnait accès au bar situé au premier étage d’une bâtisse. L’unique sortie de secours étant verrouillée, l’incendie fit 37 victimes et n’épargna que les personnes qui sautèrent de la fenêtre de la toilette pour femmes.

Dans le cas de l’attentat au Métropolis, l’incendie à l’arrière de l’édifice ne permettait pas à lui seul d’atteindre le but recherché par le terroriste — soit tuer le maximum de personnes — puisque les participants à la soirée péquiste auraient pu facilement sortir à l’avant. En effet, cette sortie est suffisamment large pour permettre l’évacuation sécuritaire de tout le monde.

Façade du Métropolis
Entrée des artistes

Cet incendie n’a du sens que si l’intention de l’accusé était, une fois le feu bien allumé, de se déplacer à l’avant afin d’abattre tous ceux qui auraient voulu échapper au brasier.

Dans son esprit, cela semblait d’autant plus facile qu’aucun policier n’était sur place l’après-midi, au moment de sa visite exploratoire des lieux, et que le soir de l’attentat, des passants lui ont peut-être masqué la présence des policiers qui montaient maintenant la garde devant la salle (à moins qu’il ne se soit rendu directement au stationnement à l’arrière).

Au moment où ces lignes sont écrites, cette partie de la preuve semble faire défaut.

Voilà sans doute pourquoi, parmi les chefs d’accusation portés contre le terroriste, aucun ne concerne sa tentative de meurtre contre les deux-mille participants à cette soirée. Une omission dont l’énormité est évidente depuis que la preuve de la poursuite a été rendue publique.

Le témoignage de la psychiatre est une preuve par ouï-dire, ce qui ne sert qu’à mettre en doute la crédibilité de l’accusé. Celui-ci a témoigné sous serment que son intention n’était, au contraire, que d’empêcher la première ministre de prononcer son discours.

Dans une cause criminelle ordinaire, il ne faut présumer de rien puisqu’on ne peut condamner l’accusé que lorsque la preuve est irréfutable, c’est-à-dire hors de tout doute raisonnable. En raison de la facilité d’y échapper, l’incendie à l’arrière du Métropolis peut être considéré par un juré indulgent comme une simple négligence criminelle (c’est-à-dire comme un acte susceptible d’entrainer involontairement la mort).

Ce qui rend encore plus incompréhensible la décision de ne pas ajouter un chef d’accusation supplémentaire en vertu de la loi antiterroriste canadienne de 2002. Le parlement canadien a adopté cette loi précisément pour faciliter la condamnation des coupables d’attentats et faire obstacle à leur acquittement pour des vices de forme. À quoi sert une loi dont on ne se sert pas ?

De plus, c’était là une occasion de tester cette loi et, le cas échéant, d’en vérifier les échappatoires.

Références :
Attentat du Métropolis
Attentat au Métropolis: Denis Blanchette est mort en héros
Attentat au Métropolis: Richard Henry Bain possédait 22 armes
Bain possédait légalement toutes ses armes
Bain voulait empêcher Pauline Marois de faire son discours
Il y a quarante ans, la tragédie du Blue Bird Café
L’attentat terroriste au Métropolis : un crime quelconque ?
Richard Bain avait avoué à sa psychiatre ses crimes et leur préméditation
Richard Bain avait fait des aveux à sa psychiatre

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectifs M.Zuiko 12-40 mm F/2,8 (1re photo) et M.Zuiko 7-14 mm F/2,8 (2e photo)
1re photo : 1/60 sec. — F/2,8 — ISO 640 — 26 mm
2e  photo : 1/800 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 7 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les pions du terrorisme

17 juillet 2016

Déséquilibré, lâche, barbare : les qualificatifs négatifs attribués au responsable de l’attentat de Nice ne manquent pas.

Comme beaucoup d’autres avant lui, il ne s’agit pas d’une personne particulièrement religieuse. C’était un adulte possédant des antécédents de petite criminalité, et qui a basculé soudainement dans le terrorisme.

En somme, il s’est converti.

Au moment où ces lignes sont écrites, on n’a pas élucidé comment cette transformation s’est opérée.

Dans des cas antérieurs, c’est toujours le même scénario.

Au départ, c’est un petit vaurien. Il s’agit d’un jeune homme condamné pour des délits mineurs qui possède un trait fondamental : c’est un être asocial.

Il n’a pas d’empathie pour ses victimes et c’est toujours un conjoint dominateur, parfois violent. Son estime de soi est très faible.

Ses condamnations judiciaires successives, au lieu de modifier son comportement, renforcent son sentiment d’être rejeté par la société.

C’est alors qu’il fait la rencontre d’un catalyseur. Souvent imam sunnite autoproclamé, celui-ci va transformer son interlocuteur en petit artisan du terrorisme. Cette transformation peut, au minimum, se faire en quelques semaines.

Le premier contact s’amorce sur un sujet de discussion aussi futile que la météo ou la dernière victoire d’un club sportif.

Le catalyseur est un caméléon. Il possède le même accent, le même vocabulaire, adopte le même langage corporel, répète les mêmes gestes et possède la même attitude que son interlocuteur. Ce mimétisme sert à l’apprivoiser. Inconsciemment, ce dernier découvre alors un alter ego; ils sont faits pour s’entendre.

À cette étape, il n’est pas certain qu’ils se reverront. En fait, le catalyseur est un recruteur qui sème à tout vent dans l’espoir de trouver éventuellement des adeptes.

Puis ils se revoient par la fréquentation des mêmes lieux.

Au fil des rencontres, leur relation s’approfondit, basée sur le respect mutuel. Peu à peu, le catalyseur utilise sa supériorité intellectuelle pour susciter une légère admiration qui servira à assujettir subtilement son interlocuteur sauvage.

Et quand la confiance s’est installée, alors commence le processus de radicalisation.

Abordant les questions religieuses, le message du catalyseur se résume ainsi : « Dieu est grand. C’est Lui qui t’a fait comme tu es. Tous les autres te disent que tu n’es pas normal. C’est faux. Tu es l’œuvre de Dieu. Et cette colère qui t’habite, cette colère qui persiste malgré la désapprobation de tous, elle ne peut s’éteindre parce qu’elle est voulue par Dieu. C’est elle qui te rend unique à Ses Yeux. Il la maintient vivante en toi en dépit de tout. Parce que cette rage est le moteur des grands projets que Dieu a conçus pour toi.»

Vous devinez le reste. Dès que l’interlocuteur devient d’accord avec cette prémisse, il est converti.

Après un attentat, il est normal de dénigrer le terroriste. On pense que ce mépris dissuade ceux qui songent à commettre un geste semblable. Il n’en est rien. Auprès de ceux qui ont déjà commencé à se radicaliser, ces reproches font grandir le statut de martyr du terroriste, incapable parce que mort de se justifier auprès de ses accusateurs.

Il est temps qu’on réalise que les artisans d’un attentat terroriste ne sont que des pions.

Le terrorisme est une bizness. Il l’est parce qu’habituellement il coute cher. Si l’attentat de Nice est économique — le prix minime de la location d’un camion — c’est une exception à cette règle. D’habitude, il faut une équipe de comploteurs, payer leurs loyers, leur armes, leurs déplacements internationaux, et ainsi de suite.

Pensez que les terroristes du 11 septembre 2011 ont suivis des cours de pilotage pendant des mois et ont vécu à la charge de commanditaires qu’on n’a jamais trouvés en raison de l’obstruction systématique et du manque de collaboration de l’Arabie saoudite à l’enquête américaine.

Les révélations de Wikileaks nous ont appris justement que l’Arabie saoudite est la plaque tournante du financement du terrorisme international. Conséquemment, le renversement de la dictature saoudienne résoudrait à la source ce problème.

Les pays occidentaux n’en ont pas l’intention, non seulement en raison des lucratifs contrats militaires que la dictature saoudienne leur accorde, mais parce que l’Arabie saoudite est un élément-clé de la grande géostratégie d’isolement de la Russie.

En effet, ce pays finance, en bonne partie, le renversement des régimes alliés de Moscou. Voilà pourquoi il est intouchable tant que les pays occidentaux poursuivront cette stratégie au Moyen-Orient.

Mais entre l’Arabie saoudite et les pions qui effectuent la sale besogne, il y a une foule d’intermédiaires. Le problème est qu’on ne fait rien contre eux également.

On ne le fait pas parce que ces derniers agissent sous le couvert de la religion.

Or la religion, pour un pays comme les États-Unis, c’est sacré. Ce l’est parce que ce pays est peuplé de millions de descendants d’immigrants ayant fui des persécutions religieuses.

Dans le texte Le prosélytisme de l’Arabie saoudite, nous avons vu comment celle-ci propage son idéologie haineuse.

Il y a deux jours, dans les pages du Figaro, le philosophe Pascal Bruckner en appelle à l’État pour qu’il s’attaque à ceux qui combattent le peuple français sur le territoire de la république; isolement des islamistes, neutralisation préventive des terroristes potentiels, expulsion des imams radicaux, et fermeture des mosquées douteuses.

Je cite cet essayiste non pas parce que je partage toutes ses suggestions mais parce qu’il exprime une opinion très répandue.

Fermer des mosquées jugées douteuses, ouvre la porte à tous les abus. Lorsqu’on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage. Sous la pression populaire, les autorités locales s’engageraient dans une croisade antimusulmane alimentée de soupçons qu’on voudra bien répandre.

Ce qu’il faut au Québec, c’est la solution autrichienne.

En février 2015, ce pays a adopté une loi destinée à éviter des dérives radicales en réduisant notamment l’influence étrangère sur les mosquées et sur l’enseignement religieux dans ce pays.

Selon cette loi, les associations musulmanes autrichiennes devront être agréées. Et pour l’être, elles devront véhiculer une approche positive envers la société et l’État.

Cette exigence rejoint la suggestion exprimée par Marc Laroche — détenteur d’un diplôme d’études supérieures en sciences des religions — exprimée dans l’édition de novembre 2015 de L’Action nationale :

Ne délivrer un permis de construction ou de location de tout lieu faisant office de lieu de culte que si les responsables de groupes religieux ou idéologiques s’engagent par écrit à ce qu’aucun passage incitant à la violence grave contenu dans leurs textes référentiels n’y soit professé.

Par la suite, s’il est démontré qu’un tel groupe contrevient à cet engagement, il sera condamné pour terrorisme et dissout. Et ses biens, meubles et immeubles seront confisqués par l’État.

Sans être totalement hostile à cela, je doute que cet accroc à la liberté d’expression soit strictement nécessaire.

Moins controversées sont les autres dispositions autrichiennes selon lesquelles les imams devront être formés en Autriche grâce à un cursus théologique dispensé dans une université du pays. Pour ce faire, il leur faudra maitriser l’allemand. De plus, les frais de construction et de fonctionnement des institutions confessionnelles, y compris les salaires, ne pourront plus être financés depuis l’Étranger.

De nombreux attentats terroristes islamistes ont été commis dans différents pays européens : à ce jour, aucun n’a été commis en Autriche.

Au Québec, afin d’éviter qu’on contourne ces exigences, on devrait interdire en plus le financement par des mécènes canadiens possédant une double citoyenneté ou par des institutions situées dans d’autres provinces canadiennes à moins qu’elles répondent aux exigences québécoises.

En contrepartie, afin d’éviter de condamner des communautés musulmanes à la clandestinité, il serait interdit aux municipalités de s’opposer à la construction de mosquées qui respectent leurs règles d’urbanisme.

Cela ne peut se faire sans invoquer la clause dérogatoire de la Canadian Constitution de 1982. Celle-ci a été écrite à une époque où le radicalisme religieux existait mais n’était pas la menace qu’il est devenu. Voilà pourquoi il est indispensable d’invoquer cette clause, justement prévue, entre autres, pour pallier à l’impondérable.

Le gouvernement québécois actuel s’y refuse pour des raisons idéologiques. Conséquemment, rien de concret n’a été fait ici pour prévenir la radicalisation religieuse. Espérons qu’il agira avant qu’il ne soit trop tard.

Références :
Guerre du Golfe
La France cherche les coupables
L’Autriche adopte une nouvelle loi pour encadrer l’islam
Pascal Bruckner: «Mener la guerre à l’intérieur de façon préventive»
Une « radicalisation très rapide », cela s’appelle une conversion
WikiLeaks cables portray Saudi Arabia as a cash machine for terrorists

Paru depuis :
Pour un nouvel islam de France (2016-08-02)

Les pions du terrorisme
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Pourquoi Bruxelles ?

23 mars 2016
Grand-Place de Bruxelles

La Belgique — et plus précisément la commune bruxelloise de Molenbeek — est apparue sur les radars des services de renseignement mondiaux deux jours avant les attentats du 11 septembre 2001.

Molenbeek et le terrorisme international

L’assassinat d’Ahmed Chah Massoud

Le 9 septembre 2001, le chef des rebelles afghans — sur lesquels les États-Unis comptèrent par la suite pour déloger militairement les Talibans du pouvoir — donne une entrevue à une équipe de journalistes belges.

En réalité, il s’agit de deux kamikazes tunisiens ayant séjourné quelques années en Belgique, l’un d’eux pour y étudier. Ce dernier fréquentait le Centre islamique belge, basé à Molenbeek.

Tous deux étaient munis de faux passeports belges créés à partir des 19 000 passeports dérobés aux autorités belges entre 1990 et 2000.

L’attentat dans lequel ils périrent avait pour but de tuer le commandant Massoud, ce qui fut fait.

Les attentats de Madrid de 2004

Le 11 mars 2004, 191 personnes perdent la vie et mille-neuf-cents sont blessés dans une série d’attentats commis dans des trains de banlieue à Madrid.

Les 29 responsables sont quinze Marocains, deux Syriens, un Libanais, un Égyptien, un Algérien et neuf Espagnols.

Un des concepteurs des attentats avait séjourné à Molenbeek entre 1997 et 2004.

Le recrutement de djihadistes pour la Somalie

Le Français Rachid Benomari a été condamné en octobre 2014 à 18 ans de prison par un tribunal bruxellois pour avoir dirigé en Belgique un groupe terroriste spécialiste du recrutement de djihadistes pour la Somalie et la Syrie.

L’homme a avoué être parti de Molenbeek en avril 2011 et avoir rejoint les camps des djihadistes en Somalie, où il est resté jusqu’en 2012.

L’attentat au Musée juif de Belgique en mai 2014

Le responsable Franco-Algérien de cet attentat a vécu à Molenbeek pendant plus de six semaines avant de passer à l’acte, le 24 mai 2014. À cette occasion, il tue par balles quatre visiteurs du musée.

C’était la première attaque perpétrée par l’État islamique en Occident.

L’attaque contre Charlie Hebdo en janvier 2015

Certaines des armes utilisées par les terroristes contre Charlie Hebdo avaient été achetées aux alentours de la Garde du Midi, un peu au sud de Molenbeek.

La prise d’otages d’une épicerie cachère parisienne en janvier 2015

L’auteur de l’attaque, né en France, s’était procuré ses armes à Molenbeek.

L’attaque sur le Thalys en aout 2015

Le Marocain responsable de la tentative avortée de carnage sur le TGV reliant Bruxelles à Paris a séjourné dans l’appartement de sa sœur à Molenbeek d’où il est parti le jour de l’attaque. C’est également dans ce quartier qu’il s’était procuré son armement.

Le carnage à Paris, le 13 novembre 2015

Les trois membres de la cellule terroriste qui a mitraillé les gens attablés à des cafés de Paris étaient un Français et deux Belges, tous originaires de Molenbeek. En plus, six de leurs 26 complices présumés sont de Molenbeek.

L’unique survivant du commando responsable de ces attaques a été capturé à Molenbeek le 18 mars 2016. Les policers ont découvert la planque dans laquelle il se cachait à la suite du tuyau fourni par un des ses amis.

La guerre en Syrie

Proportionnellement, la Belgique a davantage fourni de djihadistes en Syrie et Irak que les autres pays européens, soit 41,6 combattants par million d’habitants, comparativement à 25,5 pour la France et 3,7 pour le Canada.

Aussi importante qu’elle soit en pourcentage, cette contribution compte pour peu en nombres absolus puisqu’il s’agit de 470 à 553 personnes. À titre de comparaison, les mercenaires tchéchènes (la plus importante contribution après les Saoudiens), représentent environ cinq-mille combattants dans les rangs des diverses milices islamistes en Syrie.

Ce qui est inquiétant, c’est que le tiers des djihadistes belges sont revenus vivre à Molenbeek sans être inquiétés par les autorités du pays.

En fait, lorsqu’on prend connaissance de l’historique des terroristes ayant séjourné à Molenbeek, on est frappé par la facilité avec laquelle ils se sont déplacés d’un pays à l’autre en dépit du fait que beaucoup d’entre eux étaient considérés comme dangereux par les services de renseignement.

La commune de Molenbeek

Molenbeek est un arrondissement de Bruxelles. Cette commune compte 96 000 habitants sur un territoire de 6 km². Le revenu médian est de 23 687$ et le taux de chômage y est de 31,5%.

Les cinq mosquées de l’arrondissement sont reconnues comme des foyers de salafisme. Cela n’est pas surprenant.

Quoique située bien au-delà de Molenbeek, la construction de la Grande mosquée de Bruxelles a été financée par l’Arabie saoudite. Celle-ci redistribue à d’autres mosquées belges une part de l’aide saoudienne. Le salafisme des mosquées de Molenbeek s’explique par l’influence saoudienne qui rayonne à partir de la Grande mosquée.

Mais depuis des années, cette influence va bien au-delà des lieux de culte. L’idéologie wahhabiste a essaimé chez une multitude de prédicateurs amateurs qui recrutaient originellement des jeunes au sortir des mosquées et qui tiennent depuis des réunions de prières chez les uns et les autres. À cette occasion, ils enseignent leur conception rigoriste de l’Islam et incitent leurs fidèles au djihadisme.

Le dispositif sécuritaire belge

À la suite de tout attentat terroriste, les services de renseignement imputent la faute à l’insuffisance des moyens à leur disposition.

La Belgique avec ses 10,4 millions d’habitants compte trois fois moins d’agents de renseignement (ils sont 600) que les Pays-Bas avec ses 16,8 millions d’habitants.

Pour espionner un seul suspect 24 heures sur 24 sans risquer d’être détectées, les agences de renseignement doivent mobiliser jusqu’à 36 agents.

Toutefois, contrairement à ce qu’on pourrait penser, les services de renseignement sont généralement peu efficaces à prévenir les attentats terroristes. Une fois un attentat commis, ils brillent à trouver des complices et faire avorter les autres attentats en préparation par les mêmes personnes. Autrement, les attentats qu’on prévient avortent presque toujours à cause d’une dénonciation.

Pendant des années, alors que montait la menace terroriste en Europe, rien n’a été fait en Belgique jusqu’aux attentats de Paris. La raison est simple; de tous les pays européens, la Belgique est probablement celui dont l’État est le plus faible.

À la suite des élections de juin 2007, la Belgique avait été sans gouvernement pendant 194 jours. Aux élections suivantes de 2010, la crise politique dura 541 jours.

Même si des milliers de fonctionnaires veillaient alors aux affaires courantes, personne n’était là pour prendre les grandes décisions. Et la Belgique fut pendant ce temps un grand navire à la dérive, où on a laissé se développer le salafisme et la contrebande des armes en provenance de l’Europe de l’Est.

Si Molenbeek est aujourd’hui un terreau fertile au djihadisme, c’est à cause de son ouverture relative aux prédicateurs fondamentalistes et l’existence d’un florissant marché noir des armes à deux pas du quartier.

Ajoutez-y un taux élevé de chômage chez les jeunes et vous avez alors tous les ingrédients nécessaires à la création du Belgistan qu’est devenu Molenbeek.


Postscriptum Le 2 décembre 2017, sur les ondes de France 24, l’ex-ambassadeur allemand Joachim Bitterlich déclarait au sujet de l’époque où la Belgique avait offert au régime saoudien le financement de la construction de la Grande mosquée de Bruxelles :

…en même temps, ce qui est beaucoup plus important, la Belgique a permis à l’Arabie saoudite de former les imams en Belgique.

D’où un mouvement salafiste — si vous voulez islamiste d’extrême-Droite ou de Droite — en Belgique, répandu jusqu’au sud des Pays-Bas et à l’ouest de l’Allemagne; Cologne et Bonn sont devenus les centres du salafisme en Allemagne.

Références :
A Bruxelles, Molenbeek, base arrière des terroristes?
Attentats à Paris: le pistolet-mitrailleur de Coulibaly vient de Belgique
Attentats de Madrid du 11 mars 2004
Attentats du 13 novembre 2015 en France
Belgique: un Français condamné à 18 ans de prison pour terrorisme
Crise politique belge de 2010-2011
Belgium’s big problem with radical Islam
Les attentats de Bruxelles soulèvent des failles dans le système
Les avocats du présumé terroriste Rachid Benomari plaident un renvoi aux assises
Molenbeek: un si long passif terroriste
Pleins feux sur la «filière belge»
Pourquoi Bruxelles?
Ratages et bon tuyau : comment les enquêteurs ont fini par débusquer Salah Abdeslam
Thalys: Ayoub El Khazzani est parti de la Chaussée de Gand, à Molenbeek
Vie et mort des assassins de Massoud
Why did the bombers target Belgium?

Parus depuis :
Où sévit le terrorisme islamiste dans le monde? La réponse en carte (2016-03-24)
La Belgique est accusée de négligence (2016-03-25)
La Belgique, foyer du djihadisme (2016-03-26)
Les trois lectures de la violence djihadiste (2016-03-26)
Molenbeek ou l’islamisme ordinaire (2016-04-01)

Détails techniques de la photo : Canon Powershot G6 — 1/320 sec. — F/3,5 — ISO 50 — 7,2 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le Burkina Faso et la colère d’une mère

19 janvier 2016

Introduction

Six Québécois ont été tués lors d’une attaque terroriste perpétrée vendredi dernier par Al-Qaida dans la capitale du Burkina Faso (un pays d’Afrique francophone situé au sud du Mali). À cette occasion, 29 personnes originaires de 18 pays différents ont péri.

Dans le cas des Québécois, il s’agissait de travailleurs humanitaires partis il y a trois semaines accomplir du bénévolat au bénéfice d’une communauté religieuse de ce pays.

En annonçant publiquement les condoléances officielles du Canada aux familles éprouvées, le nouveau premier ministre canadien a négligé d’ajouter les formules attendues indiquant que ces morts ne resteront pas impunies et que le pays sera impitoyable envers les coupables de ces assassinats.

De toute évidence, cet oubli a irrité au plus haut point Mme Camille Carrier, la mère d’une des victimes, réclamant plus de fermeté, plus précisément par l’envoi de troupes canadiennes venger la mort de sa fille.

Nous comprenons tous le chagrin de Mme Carrier. Toutefois, envoyer les troupes canadiennes combattre au Burkina Faso, cela signifie ajouter des dizaines ou des centaines de morts de militaires canadiens à la liste des six civils qui ont déjà péri à Ouagadougou.

C’est multiplier le nombre de veuves et de mères canadiennes éplorées, à l’image de Mme Carrier.

C’est à y penser deux fois.

Les causes immédiates

Les Islamistes du Sahel ont étendu leur dangerosité grâce aux armes que nos pays ont distribuées généreusement à tous ceux qui voulaient abattre le régime de Mouammar Kadhafi en Libye.

Une fois le dictateur abattu, les nomades sont retournés chez eux et ont vendu leurs armes aux terroristes de la région. Avec le résultat qu’on sait.

Par cet attentat, Al-Qaida veut démontrer qu’elle n’est pas cette organisation terroriste en déclin, discréditée par l’État islamique.

De plus, Al-Qaida veut démonter également que l’expédition française au Mali en 2013 n’aura provoqué que le repli temporaire des organisations terroristes, de retour en force après le départ des troupes étrangères.

Les conséquences pour le Canada

Le gouvernement canadien a favorisé l’obtention d’un contrat militaire de quatorze milliards$ qu’une entreprise canadienne a obtenu de l’Arabie saoudite. Par ailleurs, selon les dépêches diplomatiques américaines révélées par WikiLeaks, l’Arabie saoudite est la plaque tournante du financement du terrorisme international.

Le Canada ne peut pas défendre ce contrat au nom de la création d’emplois d’une part, et d’autre part voir ses citoyens se faire tuer par des milices financées par cette pétromonarchie. Une vie canadienne vaut combien d’emplois dans l’industrie de l’armement ? À quel moment est-ce payer trop cher ?

Les cyniques diront que précisément, grâce à ce contrat, les Saoudiens auront quatorze milliards$ de moins à dépenser pour le terrorisme. Toutefois, à l’inverse, rien ne nous garantit que ce matériel militaire ne servira pas à équiper des terroristes.

Le Canada peut invoquer des engagements secrets de l’Arabie à ce sujet. Mais une fois placé devant le fait accompli, le Canada sera impuissant à y changer quoi que ce soit, comme il l’est face au cas de Raïf Badawi.

Tôt ou tard, pour faire cesser le terrorisme, nos gouvernements devront aller à la cause, ce qui signifie le renversement de la dictature saoudienne.

Or la vente d’armements à ce pays découle d’une politique à courte vue; l’arsenal saoudien obtenu du Canada compliquera la tâche de pacifier cette région une fois que les soldats de nos pays auront entrepris l’inévitable.

Références :
Burkina Faso – Une mère affligée attaque Trudeau
Six coopérants de la région de Québec tués par des terroristes au Burkina Faso
Six Québécois tués dans l’attaque terroriste à Ouagadougou
Why did Burkina Faso become al-Qaida’s latest target?


Post scriptum : Ce texte a paru dans l’édition du 21 janvier 2016 du quotidien Le Devoir, à la suite de quoi les commentaires suivants ont été publiés dans l’édition électronique de ce quotidien.

Couper les vivres : les armes ! par Claire Lavigne

Le moyen le plus pacifiste!. Évitons d’envoyer nos soldats, de futures cibles !

Le bouc-émissaire ! par Michel Lebel

…la cause du terrorisme serait l’Arabie saoudite.

Il me semble que la question est beaucoup plus complexe. Autrement, elle serait réglée depuis longtemps ! Ici comme ailleurs, on cherche la cause, la seule cause. Illusion idéologique!

Réplique de Jean-Pierre Grisé

On ne dit pas que l’Arabie Saoudite est la seule cause du terrorisme, mais elle en est une grande, énorme, construisant partout en Afrique et ailleurs des mosquées avec des prêcheurs de haine. Or donc par conséquent, doublons, triplons les contrats ontariens ou suivons l’exemple de la Suède.

Le Canada me déçoit tellement…

Un autre moyen de lutter contre le terrorisme par Jean-Paul Michon

L’Arabie saoudite n’est seulement le pays qui finance le terrorisme, c’est le pays que répand le Wahhabisme, cette idéologie antioccidentale à travers le monde.

Une des bonnes façons de lutter contre le terrorisme serait de dénoncer les idées véhiculées par cette idéologie.

Seulement, cette idéologie est protégée sous couvert de religion.

La famille Trudeau a toujours mis les religions au-dessus de la démocratie.

À la façon dont Justin Trudeau continue de s’afficher avec la religion qui prône ces idéologies, ce n’est pas demain la veille que l’on va éradiquer ces idéologies destructrices à l’origine du terrorisme.

Alors, éviter de parler d’armes et autres milliards de dollars, mais parlons des vraies choses qui nuisent à la paix dans le monde.

La colère d’une mère par Jean Lafleur

Quel raisonnement tordu ! L’armée n’est pas là pour venger, elle est là pour défendre et les djihadistes attaquent le monde civilisé en ne suivant aucune règle.

Bien que j’admire le pacifisme de M. Martel et souscrit à son idée de couper les vivres aux fournisseurs d’armes comme le Canada, je crois qu’il faut prendre tous les moyens pour se débarrasser de cette vermine.

Réplique de René Bezeau

Je comprend la colère légitime de cette mère, mais le pouvoir militaire du Canada est si infime et le peu d’influence politique dans la fameuse coalition contre l’EI et autres terroristes de tout acabits. On peut se fâcher, oui !

Pas des troupes, mais des ‘protecteurs’ par Jean-Pierre Roy

Je ne pense pas qu’il soit nécessaire d’envoyer des troupes militaires traditionnelles.

Je suggère plutôt des “protecteurs” (‘special ops’, selon la terminologie en langue anglaise bien connue) pour accomagner les travailleurs humanitaires.

Fourberie planétaire d’Yvan Harnois

Selon les dépêches diplomatiques américaines révélées par Wikileaks, l’Arabie Saoudite est la plaque tournante du financement du terrorisme international.

Le Canada et tous les pays qui vendent des armes à l’Arabie Saoudite seraient donc complices du terrorisme international. Quelle fourberie planétaire !

Léonel Plasse par Léonel Plasse

C’est la cause principale. Que font-ils au Yémen ?

Pas rapport par Maryse Azzaria

C’est avec soulagement que je lis vos propos Monsieur Martel.

Je m’interroge sur la couverture des médias face à ce drame horrible. Doit-on publier intégralement les propos d’une personne en état de choc ?

Je déplore aussi la récupération que les va-t-en-guerre font de ce cet événement.

Pour venger ce crime, on voudrait que le gouvernement canaden continue de bombarder l’État islamique en Iraq et en Syrie, alors que c’est Al-Quaïda qui est l’auteur du massacre de Ougadougou. Pas rapport, comme dirait l’autre.

Il faudrait que l’Occident boycotte cet état voyou par Nadia Alexan

Je suis d’accord qu’il ne faut pas envoyer nos armes à l’Arabie Saoudite, cet État voyou qui sème la haine et le terrorisme, partout dans le monde, à travers ses mosquées qui propagent la radicalisation des jeunes par le biais du Wahabisme/Salafisme.

Il faudrait que l’Occident boycotte cet état médiéval comme on a fait avec l’Afrique du Sud pour arrêter l’apartheid.

Les formules de qui? par Richard Génois-Chalifoux

…le nouveau premier ministre canadien a négligé d’ajouter les formules attendues indiquant que ces morts ne resteront pas impunies et que le pays sera impitoyable envers les coupables de ces assassinats.

Pourquoi vouloir mettre dans la bouche de Trudeau les paroles de François Hollande alors que ce dernier parlait au peuple français à qui on venait de déclarer la guerre. Au Burkina Faso, ce n’était ni le Canada ni le Québec qui étaient ciblés mais les occidentaux.

Quand on veut faire de l’aide humanitaire en zone de guerre, on y va sous la bannière de la Croix Rouge et non pas au nom d’une communauté religieuse qui carbure à l’angélisme.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les propos haineux d’un père

10 décembre 2015

Interrogé par le quotidien Le Parisien, le père du troisième membre du commando terroriste qui causé le carnage au Bataclan a déclaré : « Si j’avais su qu’il commettrait un jour une chose comme ça, je l’aurais tué avant.»

À mon avis, cette déclaration doit être interprétée de manière littérale.

En vertu de la Charia, l’homicide est punissable de la peine de mort sauf quand il s’agit du mari qui tue sa femme ou du père qui tue son enfant.

Ce témoignage du père suggère que le fils a grandi à Strasbourg dans un milieu familial où règne une conception rigoriste de la religion. Or justement, ce rigorisme fut probablement un terreau fertile à la radicalisation ultérieure du fils.

En comparaison, lorsqu’un père québécois apprend que son fils est un criminel, ses réactions sont le déni (‘mon fils n’est pas comme ça’), la déculpabilisation du fils (‘il s’est laissé influencer’), ou la honte.

Mais réagir en disant qu’on aurait préféré le tuer, cela trahit un sens aigu de l’honneur familial, aujourd’hui à peu près complètement disparu chez nous, mais jugé sacré dans d’autres sociétés.

Dans une famille où règne le fondamentalisme religieux, le pas à franchir pour commettre un attentat terroriste est plus facile (sans toutefois être inéluctable) : que ce soit un attentat contre une clinique d’avortement américaine (s’il s’agit du fondamentalisme chrétien) ou contre les symboles de la dépravation occidentale (s’il s’agit du wahhabisme).

Il est important de se rappeler que le terrorisme religieux n’est pas une exclusivité musulmane; elle est associée à tous les milieux qui se croient investis de la mission divine de réaliser la Colère de Dieu.

Référence :
Le père du troisième kamikaze du Bataclan : «Si j’avais su, je l’aurais tué avant»

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Belgique : le syndrome de l’huitre

25 novembre 2015

Alertée de la probabilité d’un attentat terroriste, la Belgique a décidé de se refermer comme une huitre.

Depuis plusieurs jours, les écoles sont fermées, le métro ne fonctionne plus et l’activité économique du pays tourne au ralenti.

Peu à peu, ces mesures seront levées prochainement.

La question que tous les Belges se posent est la suivante : ces précautions, ont-elles prévenu la commission d’un attentat ou l’ont-elles reportée à plus tard ?

À défaut d’avoir identifié les personnes qui se proposent de commettre un attentat et d’avoir procédé à leur arrestation préventive, tout ce qu’on a fait, c’est de forcer les comploteurs à différer leur méfait.

Cela démontre deux choses.

Premièrement, en dépit de la masse colossale de données que les agences de renseignements accumulent à notre sujet, ils n’arrivent pas à les interpréter de manière à prévenir des attentats terroristes.

Ils sont convaincus — probablement à juste titre — qu’un attentat est imminent en Belgique. Mais où ? Comment ? Par qui ? Ils ne savent pas.

Après qu’un attentat ait été commis, les services de renseignements peuvent consulter ces données et remonter dans le temps à la recherche de complices et de lieux où les malfaiteurs se cacheraient encore. Après un attentat, ils sont très efficaces. Avant…

Deuxièmement, on réalise qu’il y a incompatibilité totale entre sécurité et liberté.

Si on désire la protection absolue contre le danger, on ne traverse plus les rues par peur d’un accident automobile, on ne sort plus de chez soi par crainte des malfaiteurs, on ne mange plus ceci ou cela à cause du contenu en cholestérol, des résidus de pesticides, des OGM, etc. Bref, on se laisse mourir de faim ou d’ennui.

Conséquemment, vivre c’est prendre des risques.

En entr’ouvrant sa coquille, la Belgique devient inévitablement vulnérable. Si effectivement un attentat se préparait et n’était qu’en attente d’être commis, beaucoup de personnes rendront les dirigeants du pays responsables de ce drame.

D’avance, ils ont tort.

Les coupables des attentats sont toujours ceux qui les commettent et ceux qui les financent.

S’il y a négligence, elle a été commise par ceux qui dirigeaient le pays dans le passé et qui ont tardé à s’attaquer à la racine du mal, soit la promotion de la haine.

Pour l’instant, craindre le pire est normal. Mais se laisser envahir par le syndrome de l’huitre, c’est céder la victoire aux terroristes.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le terrorisme nouveau

17 novembre 2015

Jusqu’au carnage récent à Paris, l’État islamique (ÉI) et Al-Qaida se distinguaient par deux choses.

Al-Qaida n’a jamais cherché à conquérir un territoire. Disposer de quelques bases d’entrainement ici et là en Asie et en Afrique lui suffisait. Au contraire, la possession d’un territoire afin d’y assoir un califat est à la base des ambitions de l’État islamique.

De plus, Al-Qaida entrainait des combattants à commettre des attentats à l’étranger, ce qui n’était pas le cas de l’ÉI. Du moins jusqu’ici.

Sur ce dernier point, ce n’est plus vrai.

Ce qui est beaucoup plus grave, c’est que l’ÉI a ‘démocratisé’ le terrorisme.

Al-Qaida a mené un grand nombre d’attentats à travers le monde. Mais ce qui l’a fait naître aux yeux du grand public, ce qui a fait sa gloire auprès de ses financiers, ce sont les attentats du 11 septembre 2001. Ceux-ci se caractérisent par l’importance des ressources mises en œuvre.

Ce que l’ÉI a prouvé à Paris, c’est qu’on pouvait organiser un attentat terroriste qui frappe autant l’esprit, avec presque rien; il suffit de quelques kalachnikovs et d’une automobile pour commettre un carnage dont toute la planète parlera.

En fait, ce type d’attentats n’est pas nouveau. Il suffit de consulter l’histoire des guerres d’indépendance au Maghreb ou des guerres civiles au Proche-Orient pour trouver des antécédents de foules mitraillées soudainement sur la voie publique sans autre raison que celle d’être des cibles faciles.

Mais depuis longtemps, la trace de ces drames n’a été conservée que dans des livres d’histoire ensevelis sous la poussière de nos bibliothèques.

L’ÉI a donc remis au goût du jour ce terrorisme facile et l’a exporté en Occident. Comme le Beaujolais, on découvre donc ce terrorisme nouveau, léger et frais.

Il est donc certain que de pareils attentats se répéteront bientôt ailleurs parce qu’ils sont presque impossibles à prévenir et parce qu’ils sont indécelables sur le radar des services de renseignements (comme on l’a vu à Paris).

Et puisque nous en parlons, j’aimerais aborder deux questions que tout le monde se pose.

Pourquoi Paris ?

On peut trouver des indices de réponse dans le communiqué publié par l’État islamique, celui dans lequel le califat revendiquait la responsabilité du carnage du 13 novembre 2015.

« Dans une attaque bénie, (…) un groupe de croyants des soldats du Califat (…) a pris pour cible la capitale des abominations et de la perversion (…), Paris.

Huit frères (…) ont pris pour cible des endroits choisis minutieusement à l’avance au cœur de la capitale française; le stade de France lors du match de deux pays (en croisade contre nous,) la France et l’Allemagne (…), le Bataclan où étaient rassemblés des centaines d’idolâtres dans une fête de perversité ainsi que d’autres cibles dans le dixième, le onzième et le dix-huitième arrondissement et ce, simultanément. »

À leurs yeux, Paris est la capitale des abominations et de la perversion. Paris est comme cette femme fière et libre dont la joie resplendissante est une offense aux yeux de la bigote qui s’enferme dans le malheur en se privant de tous les plaisirs du monde.

En somme, Paris est une ville symbolique. C’est d’ailleurs pourquoi un attentat dans cette ville a plus d’impact médiatique qu’un attentat survenu à Beyrouth ou ailleurs.

Mais je crois qu’il y a aussi une autre raison, plus pratique.

J’ai visité Paris en 2003, en 2004, en 2014 et le mois dernier. Ce qui m’a frappé, c’est à quel point Paris est peuplé. Non pas que la densité urbaine y atteigne des records, mais il y a foule souvent, partout.

En comparaison avec mes visites antérieures, il y a une décennie, j’ai l’impression qu’il y a deux fois plus de voitures dans ses rues. Le métro, bondé à Montparnasse il y a une décennie, est bondé sur plusieurs lignes principales de nos jours en dépit du fait que ses trains s’y succèdent aux deux minutes.

Le moindre obstacle à la sortie du métro (ici la mendiante, là une personne arrêtée à répondre à son téléphone portable sans se soucier des autres, plus loin ce vélo stationné au mauvais endroit) crée des goulots d’étranglement et fait en sorte que la journée à Paris ressemble souvent à une course à obstacles.

Et surtout, les terrasses de ses cafés et restaurants y sont noires de monde dès qu’il fait beau.

Conséquemment, n’importe quel terroriste y trouvera partout des cibles nombreuses contres lesquelles assouvir sa haine.

Et c’est une ville touristique qui accueille des millions de personnes par année. Aucun étranger — et à plus forte, raison aucun terroriste français — n’y attire l’attention.

À quoi devrait-on s’attendre ?

Tous ceux qui connaissent bien l’histoire de la France depuis la guerre d’Algérie savent que la réponse de l’État français aux milieux terroristes sera foudroyante, tant au Moyen-Orient, que sur le territoire national. En deux mots, la récréation est terminée. Du moins, pour quelques mois.

Mais tous ces moyens n’arrêteront pas le terrorisme. Pas plus qu’un mur n’arrête le vent.

Les gens sont fascinés par le succès. Quand un film est immensément populaire, on cherche à lui donner une suite.

C’est la même chose pour le terrorisme. L’ÉI a montré comment c’était facile de tuer une centaine de personnes. Attendons-nous à ce que les attentats de Paris fassent tache d’huile.

Ce qui m’amène à répéter : on ne peut prévenir le terrorisme par des moyens militaires ou par des services de renseignements. Il faut aller à la cause du terrorisme. Or le terrorisme n’est rien d’autre que la concrétisation de la haine.

Cette haine se nourrit du ressentiment des Musulmans à l’égard des pays occidentaux. Ce contentieux est la sève du djihadisme. Il s’articule autour de deux pôles : la guerre coloniale d’Israël en Palestine et la multiplication des guerres suscitées par les pays occidentaux dans des pays musulmans.

Tout près de l’Europe, on ne peut pas propager la guerre et le malheur sans que cela se répercute en Occident sous forme de vagues migratoires et d’attentats terroristes.

Au-delà des bombes françaises qui tomberont sur le califat parce que le carnage de Paris ne peut rester impuni, il faudra bien réaliser que ce sont d’autres bombes occidentales qui ont créé le fiasco duquel est né l’ÉI.

Puissions-nous un jour apprendre à agir autrement.

Références :
Communiqué de l’État islamique
L’État islamique : un trou noir
Nous payons les inconséquences de la politique française au Moyen-Orient

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le carnage du 13 novembre 2015 à Paris

14 novembre 2015

En janvier dernier, ceux qui avaient tendance à trouver des justifications à la tuerie de Charlie Hebdo doivent se rendre à l’évidence; les victimes d’attentats terroristes ne méritent jamais leur sort.

Les personnes tuées hier soir à Paris étaient des gens comme vous et moi, attablés paisiblement à des terrasses de café ou écoutant un concert rock.

L’horreur de cette barbarie nous aide à comprendre pourquoi des millions de Syriens quittent à regret leur pays natal afin de tenter de trouver refuge ailleurs; cette barbarie, ils la quittent après l’avoir vécue quotidiennement depuis des semaines, des mois et parfois, des années.

En vue de l’attentat d’hier soir, les terroristes ont été capables de la planifier soigneusement et de la coordonner sans que les forces de l’ordre aient l’ombre d’un soupçon de ce qui allait arriver.

Et ce, en dépit du fait que la France possède un des meilleurs services de renseignements au monde.

Dans une série d’articles intitulés La tuerie de Charlie Hebdo : les lacunes du renseignement, je disais en substance que les seuls attentats terroristes évités jusqu’ici l’ont été par des moyens conventionnels; à la suite d’une dénonciation, grâce à la perspicacité d’une douanière ou à cause de l’implication physique des passagers d’un train.

Dans les faits, l’utilité des forces de l’ordre est donc de forcer les terroristes à choisir des cibles plus faciles ou de faire cesser les attentats en cours.

Hier soir à Paris, les cibles n’étaient pas ces sites touristiques très bien protégés, mais plutôt les terrasses de restaurants et une salle de concert.

De tels attentats pourraient se répéter partout où on peut se procurer aisément quelques armes automatiques.

Je crois deviner qu’au Stade de France, les kamikazes se sont fait exploser à l’extérieur parce qu’il n’ont pas réussi à y pénétrer.

Tous les moyens militaires et technologiques mis en œuvre pour combattre le terrorisme (autres que l’inspection des bagages) n’ont jamais démontré leur efficacité.

Ils servent à donner l’impression que les autorités font tout pour nous protéger; dans les faits, ils n’ont pas prévenu les attentats de New York, de Madrid, de Londres, de Copenhague et maintenant de Paris.

Pour prévenir les attentats terroristes, il faut aller à la cause de ceux-ci. Or cette cause est idéologique. En d’autres mots, ce que nous devons craindre, ce ne sont pas les armes que possèdent les terroristes; c’est la haine qui les habite.

Mais de quoi se nourrit cette haine ?

Le contentieux entre Musulmans et pays occidentaux est connu depuis longtemps. Il s’articule autour de deux pôles : la guerre coloniale d’Israël en Palestine et la multiplication des guerres suscitées par les pays occidentaux dans des pays musulmans.

Il est fini le temps où les pays producteurs d’armements pouvaient semer la mort et la désolation à l’Étranger sans que cela ait des répercussions chez eux. La prévention du terrorisme passe donc par la revision de notre politique extérieure.

Plus précisément, les citoyens que nous sommes doivent réclamer la fin de la connivence de nos gouvernements avec ce qu’il est convenu d’appeler le complexe militaro-industriel. Répandre effrontément la mort à l’Étranger parce que cela crée des emplois, c’est inévitablement la voir surgir sournoisement chez nous.

Cette prévention passe également par la répression des idéologies qui diabolisent la modernité. Le combat contre le terrorisme est fondamentalement un combat idéologique.

Après l’effondrement du rideau de fer, l’Humanité a quitté un monde binaire où s’opposaient le communisme et le capitalisme, pour entrer dans un autre monde binaire où s’opposent le totalitarisme religieux et la liberté de conscience.

Ce totalitarisme religieux, ce n’est pas l’Islam. En Indonésie, au Liban, en Tunisie et en Turquie, l’Islam est compatible avec la Démocratie parlementaire. Et ce, il est vrai, avec les mêmes risques de dérive autoritaire (en Turquie, notamment) que ceux auxquels les Canadiens viennent d’échapper grâce à la répudiation du gouvernement despotique de Steven Harper.

Le totalitarisme religieux qu’il faut combattre, c’est celui de l’Arabie saoudite et des mouvements djihadistes qu’il finance au Moyen-Orient.

L’Arabie saoudite est littéralement la Mecque du terrorisme international. Grâce à Wikileaks, nous savons — de l’avis des ambassadeurs américains — que l’Arabie saoudite est la plaque tournante du financement du terrorisme.

Tout comme l’Autriche l’a déjà fait, il faut interdire le financement de la construction et du fonctionnement des mosquées par des intérêts étrangers (visant par là le financement par des pétromonarchies).

Quand un imam autoproclamé réussi à convaincre plusieurs de ses disciples d’aller combattre pour l’État islamique, c’est le signe que le dispositif sécuritaire mis en place a des lacunes.

Voilà pourquoi il faut rendre illégale la promotion de l’État islamique et de toute idéologie qui ressemble à la sienne, dont le wahhabisme (la religion d’État de l’Arabie saoudite).

De plus, il faut séculariser le Moyen-Orient. Ce que cette partie du monde a besoin, ce n’est pas d’abord la Démocratie parlementaire. Ce qui est prioritaire, c’est la séparation entre l’État et l’Église.

Au Moyen-Âge, les pays européens ont été le théâtre d’innombrables guerres civiles. Ils l’ont été aussi longtemps que l’appareil répressif de l’État a été au service du pouvoir religieux et, en contrepartie, tant que la foi a été utilisée pour justifier la rapacité des puissants.

Quand les pays occidentaux auront le courage de menacer d’interdire le retour chez eux de tous leurs citoyens qui effectuent le pèlerinage à la Mecque à moins que l’Arabie se sécularise, le Moyen-Orient sera le théâtre de guerres civiles financées par ses pétrodollars.

Et ces guerres incessantes propageront une misère qui se répercutera chez nous sous forme de vagues migratoires et d’attentats terroristes.

Le carnage du 13 novembre 2015 à Paris
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Écrit par Jean-Pierre Martel


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