Intégrisme et radicalisation : de retour à la case départ

26 mai 2016

La ministre de la Justice du Québec, Stéphanie Vallée, a annoncé aujourd’hui l’abandon de la partie 1 du projet de loi 59. Inefficace, cette la partie visait à combattre l’intégrisme et la radicalisation.

Faisant allusion au tollé de protestation qu’elle a suscité, la ministre a déclaré que le Québec n’est pas prêt à encadrer le discours haineux. Ce faisant, la ministre fait diversion.

En dépit de son titre, ce projet de loi n’a jamais eu pour but de s’attaquer au discours haineux (déjà réprimé par le Code civil).

Le projet de loi 59 était la solution du Parti libéral pour lutter contre le fanatisme religieux d’influence saoudienne; il avait été présenté à la suite des propos controversés de deux imams sunnites de Montréal.

Certains ont vu dans ce projet de loi une mesure liberticide. Je n’ai lu ce document que dans le but d’y trouver des mesures de lutte contre la radicalisation. Or à ce sujet — justement dans la partie 1 — il était totalement inefficace, comme je l’ai expliqué dans le texte Le projet de loi 59 est une passoire.

Ceci étant dit, il existe bien un centre de déradicalisation à Montréal. Celui-ci s’attaque à un processus de radicalisation déjà entamé. Mais le projet de loi 59 devait s’attaquer à la cause. En somme, il visait à prévenir la radicalisation.

Implicitement, ce dont il s’agit, c’est de la prédication islamiste radicale puisque de tous les extrémismes religieux, c’est le mieux financé (par des pétrodollars) et le plus meurtrier.

Parallèlement au projet de loi 59, le gouvernement Couillard a commandé un rapport sur la radicalisation au Collège Maisonneuve. Ce rapport a été rendu public plus tôt ce mois-ci. C’est le rapport le plus niais que j’ai lu de ma vie.

La solution est pourtant simple.

Dans l’édition de novembre 2015 de L’Action nationale, Marc Laroche — détenteur d’un diplôme d’études supérieures en sciences des religions — suggère l’encadrement législatif suivant :

Ne délivrer un permis de construction ou de location de tout lieu faisant office de lieu de culte que si les responsables de groupes religieux ou idéologiques s’engagent par écrit à ce qu’aucun passage incitant à la violence grave contenu dans leurs textes référentiels n’y soit professé.

Par la suite, s’il est démontré qu’un tel groupe contrevient à cet engagement, il sera condamné pour terrorisme et dissout. Et ses biens, meubles et immeubles seront confisqués par l’État.

Or voilà, il y a un problème; cela serait anticonstitutionnel.

La Canadian Constitution de 1982 a été rédigée il y a trente ans, à une époque ou le fanatisme religieux existait déjà mais n’était pas le risque sécuritaire majeur qu’il est devenu.

Et plutôt que d’invoquer la clause dérogatoire, le Parti libéral du Québec attache plus d’importance à ne pas heurter l’opinion publique canadienne-anglaise (opposée à toute dérogation constitutionnelle) qu’à protéger ses propres citoyens.

Attend-il qu’un attentat terroriste se produise au cours de la prochaine saison des festivals ?

Depuis le début de 2015, nous savons que de jeunes Québecois se font endoctriner au point de vouloir aller combattre au sein des milices de l’État islamique.

Simplement empêcher ces jeunes de quitter le pays n’est pas suffisant.

En Europe, les citoyens belges ou français impliqués dans des attentats terroristes ont un long passé de petite criminalité. Cette caractéristique les distingue du terroriste étranger et souvent, du simple djihadiste naïvement parti combattre en Syrie.

En somme, les terroristes natifs de Belgique ou de France sont souvent des êtres asociaux qui retournent leur colère contre la société d’accueil de leurs parents.

Puisqu’ils représentent une menace collective, qu’attend le gouvernement Couillard pour prévenir la radicalisation chez nous ? Pourrait-il se grouiller le derrière, SVP ?

Références :
Collège Maisonneuve : Le risque de radicalisation demeure
Le prosélytisme de l’Arabie saoudite
Québec abandonne l’encadrement du discours haineux

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La clarté et l’opacité du ministre Dion

14 avril 2016

Stéphane Dion est l’actuel ministre des Affaires étrangères du Canada.

Sous un précédent gouvernement, alors qu’il était ministre responsable de l’Unité canadienne, M. Dion avait parrainé la Loi sur la clarté référendaire, qui exige que pour être valable, tout référendum sur l’indépendance du Québec doive être basé sur une question claire et non équivoque.

Dans sa nouvelle fonction de ministre des Affaires étrangères, M. Dion est responsable du dossier des ventes d’armes canadiennes à l’Arabie saoudite.

Rappelons qu’en 2014, la dictature soutienne a commandé neuf-cents véhicules blindés à la firme ontarienne General Dynamics, pour une valeur de 15 milliards$. Le matériel doit être produit et livré sur une période de quinze ans. C’est le plus important contrat de vente de matériel militaire canadien conclu en temps de paix.

« C’est juste des jeeps »

À l’émission Tout le monde en parle, le chef du Parti libéral avait minimisé l’importance de son engagement à respecter le contrat conclu par le gouvernement conservateur en qualifiant de jeeps les véhicules produits pour l’Arabie saoudite.

Mais s’agit-il vraiment de jeeps ?


 
Le Light Armoured Vehicle III (ou Véhicule blindé léger III) est le modèle le plus récent d’une série développée et produite au Canada par la General Dynamics.

C’est le principal véhicule d’infanterie mécanisée du Canada. L’armée de terre des États-Unis utilise une version légèrement moins armée et blindée, dérivée du VBL III, portant le nom de Stryker. Le VBL III et le Stryker entrent dans la catégorie des chars d’assaut.

Le concept de la Conviction responsable


 
Afin d’atténuer la controverse persistante au sujet de ce contrat militaire, le ministre s’est justifié le mois dernier en invoquant une nouvelle doctrine, dite de la Conviction responsable.

Cette doctrine un peu prétentieuse se résume à peu de chose; le Canada croit à l’importance de la Démocratie, mais modérément, sans exagération, et de manière variable pour les autres pays.

Ce pragmatisme accommodant est partagé par de nombreux pays qui ne se donnent pas la peine de présenter cela comme une doctrine.

« Si ce n’est pas nous, ce sera quelqu’un d’autre »

De tous les arguments invoqués par le ministre, c’est à la fois le plus logique… et malheureusement, le plus faible.

Aux yeux du ministre, la nature a horreur du vide; si le Canada refusait de vendre des chars d’assaut à la dictature saoudienne, de nombreux pays seraient heureux de prendre la relève.

En somme, c’est la justification du pusher de drogue.

En mars 2015, la Suède a décidé de ne pas renouveler son accord de coopération militaire signé avec l’Arabie saoudite en raison du bilan peu reluisant de ce pays en matière des droits de l’Homme.

En février 2016, le Parlement européen adoptait une résolution réclamant l’arrêt des ventes d’armes à l’Arabie saoudite.

Jusqu’ici, cette résolution a eu peu d’impact auprès des grands exportateurs européens d’armements.

Toutefois, elle exprime le schisme profond entre la politique extérieure complaisante de nombreux États à l’égard de l’Arabie saoudite et l’hostilité croissant des Occidentaux — des gens comme vous et moi — qui ont réalisé que l’idéologie haineuse propagée par la dictature saoudienne est la cause profonde des attentats terroristes en Occident.

Annuler ce contrat expose le Canada à des pénalités sévères

Le Canada doit respecter ses engagements. L’annulation du contrat entrainerait des amendes importantes pour le Canada, selon le ministre, qui a toutefois refusé de préciser quel serait le montant de cette pénalité financière.

Depuis des mois, le ministre répète que ce n’est pas vraiment de sa faute, qu’il s’agit d’un contrat conclu par l’ancien gouvernement conservateur et qu’on ne peut pas remettre en question la parole de l’État.

Mais on vient d’apprendre que c’est tout dernièrement — plus précisément le 8 avril 2016 — que le ministre Dion a finalement accordé les licences d’exportation concernant 70% du matériel militaire canadien visé par le contrat avec l’Arabie saoudite.

En Angleterre, le puissant quotidien The Guardian s’interroge; le ministre a-t-il menti à la population canadienne ? Comment a-t-il pu prétendre que l’affaire était déjà conclue alors que ce n’était pas le cas ?

The Liberals have refused to cancel the sale since coming to power in November, saying it was a “done deal” that could not be broken off without possibly incurring significant penalties and job losses.

But documents released this week by the justice department in response to a lawsuit seeking to block the deal showed foreign minister Stéphane Dion signed crucial export permits only last Friday.

Tout cela est bien mystérieux.

Selon les experts, le partenaire d’affaires de l’Arabie saoudite n’est pas General Dynamics, mais le gouvernement canadien.

C’est la diplomatie canadienne qui a négocié le contrat et c’est le Fédéral qui assure le financement de l’entente et qui protège General Dynamics d’une rupture unilatérale de contrat par l’Arabie saoudite. Le cas échéant, les contribuables canadiens paieraient les chars d’assaut refusés par l’Arabie saoudite (et qui seraient alors refilés à l’armée canadienne).

Conséquemment, l’autorisation récente du ministre Dion serait simplement une formalité prévue à l’entente.

Toutefois, l’irréversibilité du contrat, alors qu’aucun char n’a été encore produit par la General Dynamics, que personne n’a probablement été embauché à cet effet, ne tient qu’aux pénalités hypothétiques prévues par un contrat demeuré secret.

Mais la question qu’on peut se poser est la suvante : s’il est si facile pour l’Arabie saoudite de s’approvisionner ailleurs, pourquoi aurait-elle exigée des pénalités importantes en cas de rupture de contrat par le Canada ?

Jusqu’ici, les arguments du gouvernement canadien pour justifier ce contrat sont un tissu de mensonges. Quelles sont les clauses de ce contrat ? Prévoit-il des pénalités en cas de rupture par l’Arabie saoudite ou par le Canada ? Si oui, lesquelles ?

Par ailleurs, le début de l’implication militaire du Canada en Syrie coïncide avec la signature de ce contrat. S’agit-il d’une coïncidence ou est-ce là une exigence contractuelle ?

Et puisque l’intervention militaire canadienne est couteuse, doit-on la prendre en considération dans l’analyse des retombées économiques du contrat militaire saoudien ?

Toutes ces questions sont légitimes et rendent souhaitable la divulgation de ce contrat demeuré secret jusqu’ici.

Aux yeux de l’opinion publique, il semble incohérent que l’apôtre de la clarté référendaire soit devenu l’apôtre du secret quand il s’agit d’armer une dictature qualifiée de plaque tournante du finalement du terrorisme international par les dépêches diplomatiques américaines révélées par WikiLeaks.

Si le ministre n’a pas l’intention de rendre public ce contrat, il aurait intérêt à cesser de se justifier en invoquant des clauses secrètes, voire inexistantes, de ce contrat controversé.

Références :
Contrat avec Riyad: au nom de la «conviction responsable», justifie Dion
La Suède met fin à sa coopération militaire avec l’Arabie saoudite au nom des droits de l’homme
Le ministre Dion défend sa décision d’approuver la vente de blindés à l’Arabie saoudite
Le Parlement européen réclame un embargo sur les ventes d’armes à l’Arabie saoudite
Les jeeps de Justin
Loi sur la clarté référendaire
Stéphane Dion
The Saudi arms deal: What we’ve learned so far, and what could happen next
Trudeau ne stopperait pas la vente de «Jeeps» à l’Arabie saoudite
VBL III

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les courbettes de l’État français à l’Arabie saoudite

7 mars 2016

Monsieur Nicolas Chapuis, ambassadeur
Ambassade de France au Canada
42 promenade Sussex,
Ottawa, ON K1M 2C9

Par courriel à webmestre@ambafrance-ca.org

Monsieur l’Ambassadeur,

On apprenait récemment la décision du gouvernement français d’accorder en catimini la Légion d’honneur au prince héritier d’Arabie saoudite, son excellence le prince Mohammed Ben Nayef.

Celui-ci occupe le redoutable poste de ministre de l’Intérieur. À ce titre, il est responsable de la répression politique au sein de la dictature saoudienne, notamment de l’arrestation, de la torture et de la mise à mort des dissidents politiques de ce pays.

À l’heure actuelle, la France possède un des taux de chômage les plus élevés de l’Union européenne. On peut donc comprendre — sans toutefois approuver — la vente de matériel militaire français à ce pays au nom de l’emploi.

En tant que Canadien, c’est-à-dire de citoyen d’un pays qui vend également du matériel militaire à cette dictature, il m’est difficile de lancer la première pierre à votre grand pays.

Toutefois, je n’arrive pas à comprendre comment l’argumentaire économique peut justifier ce zèle à la limite de l’assujettissement, en accordant une des plus prestigieuses récompenses de l’État français à un tyran au sommet de la plus puissante machine de propagande haineuse dirigée contre les valeurs républicaines qu’incarne la France.

Peut-être serait-il temps que la France réalise que les attentats du 13 novembre 2015 tirent leur origine profonde dans cette idéologie haineuse et que la France devra un jour faire un choix entre les courbettes diplomatiques et les valeurs qu’elle représente.

Veuillez agréer, Monsieur l’Ambassadeur, l’expression de ma plus vive indignation.

Jean-Pierre Martel, blogueur

Références :
Arabie saoudite, la légion de la Honte
La France décore le prince héritier d’Arabie saoudite de la Légion d’honneur
Le gouvernement se justifie sur la Légion d’honneur remise au prince héritier d’Arabie saoudite

Parus depuis :
La véritable histoire de la Légion d’honneur du prince héritier saoudien (2016-03-10)
Où sévit le terrorisme islamiste dans le monde? La réponse en carte (2016-03-24)

Compléments de lecture :
L’affaire Raïf Badawi : le toupet de l’Arabie saoudite
L’amateurisme de la décapitation en Arabie saoudite
Le prosélytisme de l’Arabie saoudite

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le prosélytisme de l’Arabie saoudite

15 février 2016
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Le prosélytisme se définit comme un zèle ardent à recruter des adeptes.

Le wahhabisme est la religion d’État de l’Arabie saoudite. Il s’agit d’un mouvement polico-religieux fondamentaliste qui propose une interprétation rigoriste de l’Islam.

Sans renoncer à la technologie moderne — électricité, télévision, ordinateurs, etc.— le wahhabisme croit que les problèmes actuels du monde arabe ont pris naissance du fait qu’on se serait éloigné de la pureté originelle du monde islamique.

D’où la nécessité de retourner à ses sources, notamment en encadrant la société par des règles de droit et en épousant les coutumes qui prévalaient en Arabie au temps de Mahomet.

Ali Mohammed al-Nimr
 
Coupable d’avoir manifesté pour la Démocratie dans son pays, un jeune saoudien chiite (ci-dessus) a été condamné à être décapité alors que son cadavre sera crucifié et exposé publiquement jusqu’à la décomposition évidente des chairs. Ceci est un exemple des châtiments saoudiens qui tirent leur justification du fait qu’ils étaient coutumiers à l’époque de Mahomet ou dans les premiers siècles qui ont suivi son décès.

La barbarie de l’Arabie saoudite montre la similarité de son idéologie avec celle de l’État islamique : ce qui a fait dire à certains observateurs que l’Arabie saoudite est simplement un État islamique qui a réussi.

Depuis le premier choc pétrolier de 1973, la dictature saoudienne dépense annuellement des milliards de dollars pour propager le wahhabisme.

Dans un rapport datant de 2003, le Comité sénatorial américain sur le terrorisme, la technologie et la sécurité nationale publiait les témoignages d’experts venus témoigner devant lui. En voici quelques extraits :

Le problème auquel nous faisons face aujourd’hui est (…) le financement étatique d’une idéologie extrémiste qui constitue le terreau fertile à l’émergence (…) du terrorisme international. Cette idéologie extrémiste est le wahhabisme, une force majeure derrière des groupes terroristes comme Al-Qaida…
(…)
Les revenus pétroliers ont permis aux Saoudiens de propager cette interprétation fanatique et destructrice de l’Islam partout dans le monde musulman et notamment parmi les Musulmans occidentaux.
(…)
Al-Qaida et les terroristes du 11 septembre 2001 sont les produits du système de valeurs haineux et intolérant du wahhabisme.
(…)
Même si nous détruisions complètement Al-Qaida, une autre Al-Qaida surgirait si nous ne prenons pas soin de détruire également les racines de l’extrémisme musulman.

Selon les documents officiels d’Arabie saoudite, celle-ci a dépensé 281 milliards de riyals (environ 70 milliards de dollars américains) entre 1975 et 2002 à des activités dites islamiques, c’est-à-dire la promotion de son idéologie.

C’est 2,5 fois les sommes que l’URSS, ensuite la Russie, dépensaient au cours de la même période pour propager l’idéologie communiste.

Cet argent saoudien a servi à la construction de 1 359 mosquées, 210 centres islamiques, des dizaines d’écoles coraniques et à prendre le contrôle des quatre cinquièmes de toutes les maisons d’édition musulmane à travers le monde.

Selon le même comité sénatorial, le contrôle saoudien des mosquées signifie le contrôle des droits de propriété de l’édifice, de la formation et l’embauche d’imams, du contenu des prêches — par le biais de la télécopie des sermons en arabe expédiés à partir de la capitale saoudienne — le contrôle des feuillets imprimés distribués aux fidèles, des messages affichés aux babillards, et des livres vendus aux librairies des mosquées.

L’équivalent de la messe du dimanche pour les Chrétiens se déroule le vendredi chez les Musulmans. Au cours du ‘Printemps arabe’, c’est ce jour-là, plus précisément au sortir des mosquées sunnites, qu’ont eu lieu les Vendredis de la dignité, c’est-à-dire ces grandes protestations en Égypte et en Syrie contre les dirigeants de ces pays.

Cela n’est pas une coïncidence. C’est par les prêches incendiaires saoudiens, expédiés électroniquement au clergé sunnite, que l’Arabie saoudite est en mesure d’inciter à la révolte des millions de Musulmans qui, réagissant comme un seul homme, protestent contre leurs dirigeants, contre Charlie Hebdo, contre la destruction par le feu d’un exemplaire du Coran, etc.

Ces protestations surviennent le même jour, simultanément dans une multitude de villes ou de pays, parce qu’elles sont orchestrées.

En France, au début des années 1990, la construction de la mosquée de Lyon a bénéficié d’un don saoudien de 2,9 millions$. Selon les dépêches diplomatiques américaines révélées en 2011 par Wikileaks, cette mosquée serait un des centres de recrutement d’Al-Qaida en Europe.

Les largesses saoudiennes comprennent 5 millions$ au Centre culturel islamique de Belgique à Bruxelles, 5 millions$ annuellement au Centre islamique de Genève, 7,1 millions$ au Centro Cultural Islámico de Madrid et 70% des couts de construction du Centro islamico culturale d’Italia à Rome.

En 2013, la famille royale saoudienne a versé un don personnel de 681 millions$ au premier ministre de Malaisie.

Ce pays est connu pour ses lois discriminatoires à l’égard des minorités religieuses. Grâce à celles-ci, la proportion de Musulmans en Malaisie pays est passée d’environ 45 à 49% au début des années 1990, à plus de 60% de nos jours.

Références :
10 questions pour comprendre qui sont les imams en France
Évolution des prix du baril de pétrole
Grande mosquée de Lyon
La charia en Malaisie: impact sur les non musulmans
Le don saoudien de 681 millions au premier ministre malaisien
Les imams se verront bientôt délivrer des « certifications »
Terrorism: Growing Wahhabi Influence in the United States
Le scandale des ventes d’armes canadiennes à l’Arabie saoudite
L’État islamique : un trou noir
On a testé… suivre les conseils de « l’imam Google » pour se convertir à l’islam
The battle for Islam
Wahhabisme

Parus depuis :
Où sévit le terrorisme islamiste dans le monde? La réponse en carte (2016-03-24)
La Belgique, foyer du djihadisme (2016-03-26)
Les trois lectures de la violence djihadiste (2016-03-26)
« Un islam à la dérive » (2016-05-21)
1MDB: The inside story of the world’s biggest financial scandal (2016-07-28)
Pour un nouvel islam de France (2016-08-02)
Saudis and Extremism: ‘Both the Arsonists and the Firefighters’ (2016-08-25)
L’Arabie saoudite dévoilée (2016-11-15)
Saudi Arabia and Gulf states ‘support Islamic extremism in Germany,’ intelligence report finds (2016-12-14)

Le prosélytisme de l’Arabie saoudite
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Parenthèse canadienne : armement vs matériel militaire

12 octobre 2015

Préambule : Un des avantages de posséder son propre blogue, c’est qu’on est libre de publier ce qu’on veut.

Ce matin, j’ai pris quelques instants pour écrire un commentaire à la suite de la parution d’un article dans quotidien québécois Le Devoir (que je lis en vacances afin de demeurer informé ce ce qui se passe dans mon pays).

Cet article nous informait que le Parti libéral du Canada entend honorer le contrat de véhicules blindés qu’une compagnie canadienne fabriquera pour l’Arabie saoudite.

Selon le chef libéral, ces véhicules ne sont que des jeeps et ne constituent donc pas de l’armement.

Pour des raisons certainement très valables, mon commentaire a été refusé par Le Devoir. Le voici donc ci-dessous.


 
Que ce soit des véhicules blindés ou des hélicoptères, cela demeure du matériel militaire.

Or dans tous les pays du monde, on ne peut exporter du matériel militaire sans l’autorisation des dirigeants du pays puisque cela a une incidence directe sur la politique extérieure de ce pays.

Le contrat de la General Dynamics ne peut avoir été signé sans la permission explicite et secrète du gouvernement Harper.

En accordant cette permission, le gouvernement Harper a violé la loi canadienne. Mais une loi, ça se change. Surtout lorsqu’on est fermement décidé à militariser le pays, comme c’est le cas du gouvernement Harper.

Au-delà de son aspect moral, ce contrat est surtout un marché de dupes.

L’Arabie saoudite possède une longue tradition d’asservir à ses intérêts géostratégiques les armées des pays bénéficiaires de ses contrats lucratifs.

En d’autres mots, par ses contrats, l’Arabie saoudite transforme les soldats étrangers en mercenaires involontaires de ses intérêts.

Après avoir soutenu financièrement les milices de l’État islamique pendant des années, l’Arabie saoudite s’est retourné contre lui le jour où il s’est mis à vendre le pétrole extrait du territoire qu’il contrôle à 10$ le baril, devenant ainsi un concurrent déloyal.

La contrepartie secrète de ce contrat — qui vaut entre 760 millions et 1,5 milliard$ par année — l’Arabie saoudite exige que le Canada bombarde l’État islamique.

Donc pour un contrat au bénéfice d’une compagnie privée (dont les profits seront probablement exportés dans un paradis fiscal), les contribuables canadiens doivent financer des bombardements qui leur coutent plus de 500 millions par année.

Faites le calcul, c’est un marché de dupes.

Mais la question fondamentale est la suivante : dans quel pays voulons-nous vivre ?

Dès qu’on accepte que notre économie repose de manière importante sur la vente d’armements, nous devenons un pays dont les dirigeants ont le devoir de semer la guerre afin de soutenir notre économie.

Parus depuis :
Londres se retire d’un appel d’offres saoudien pour une question de principe (2015-09-14)
Les jeeps de Justin – Le «deal» avec Riyad fait éclater la vitrine morale d’Ottawa (2016-02-18)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’affaire Raïf Badawi : le toupet de l’Arabie saoudite

1 avril 2015
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Introduction

Le 11 février 2015, l’Assemblée nationale du Québec adoptait une motion réclamant la libération du blogueur saoudien Raïf Badawi, dont l’épouse et les trois enfants sont réfugiés à Sherbrooke, au Québec.

On apprend aujourd’hui que l’ambassadeur d’Arabie saoudite a officiellement protesté, le 10 mars suivant, contre cette motion, la qualifiant d’ingérence dans les affaires intérieures de son pays.

L’ingérence mondiale de l’Arabie saoudite

L’Arabie saoudite s’est mêlée des affaires intérieures de l’Irak en commanditant la guerre qui a renversé Saddam Hussain.

En Syrie, elle finance des milices ayant pour objectif le renversement de Bachar el-Assad, président de ce pays.

Au Yémen, elle se mêle de la guerre civile qui s’y déroule en y bombardant les milices chiites.

L’Arabie saoudite se mêle de la politique énergétique de l’Iran en s’opposant vigoureusement à son programme nucléaire.

Mais il y a plus.

Selon les dépêches secrètes des ambassadeurs américains révélées par WikiLeaks, l’Arabie saoudite est la plaque tournante du financement du terrorisme international.

Financé entre autres par des princes saoudiens et leurs épouses, Al-Qaida possède des camps d’entrainement qui visent à former spécifiquement des combattants afin qu’ils commettent des actes terroristes partout à travers le monde.

Bref, l’Arabie saoudite est une menace pour tous les citoyens canadiens, où que nous soyons.

Et ce pays, qui a l’audace de semer la mort partout où il le juge approprié, qui répand sournoisement son fondamentalisme religieux arriéré par le biais d’imams voués à son idéologie rétrograde, a l’audace de nous sommer de nous mêler de nos affaires ?

La nature de la monarchie saoudienne

L’Arabie saoudite n’est pas une monarchie constitutionnelle comme l’est la Grande-Bretagne. C’est une monarchie absolue. En d’autres mots, c’est une dictature monarchique.

Ce pays n’a même pas de constitution. La Charia y fait office de code pénal.

L’ordre social qui y règne permet à des milliers de princes saoudiens de s’en mettre plein les poches. De fait, ceux-ci comptent parmi les hommes les plus riches au monde.

Dans les pays occidentaux, les juges sont nommés par le pouvoir politique selon un processus qui se veut impartial (mais qui ne l’est pas toujours, si on se rappelle des ‘Post-it Notes’ du gouvernement Charest).

L’Arabie saoudite étant une dictature, les juges sont évidemment les valets des tyrans du pays. La justice qui s’y pratique est une farce.

Dans ce pays, prêcher la laïcité et la Démocratie — comme le fait Raïf Badawi — remet en question cet ordre social profitable aux tyrans du pays. Pour ces derniers, Raïf Badawi doit se taire.

Mais pour continuer à tuer les opposants sous différents prétextes, l’Arabie saoudite a besoin de le faire à l’abri de l’attention publique. Il est donc important qu’on cesse de parler de cette affaire.

Pourquoi défendre Raïf Badawi plus qu’un autre ?

Premièrement, on possède une copie des écrits publiés sur son blogue. Elle est dans la cache des moteurs de recherche.

On sait donc que les accusations portées contre lui sont ridicules. Dans bien d’autres cas, on ne connait pas avec certitude la preuve présentée en cour : l’Arabie saoudite peut jouer sur le doute. Pas dans le cas de Badawi.

Deuxièmement, Badawi a réussi à placer sa femme et ses enfants en sécurité au Québec. Ils se sont réfugiés à Sherbrooke. Ils sont parmi nous. Ce sont des nôtres.

Troisièmement, on ne peut pas se tromper. Raïf Badawi n’est pas une boite à surprise. Ce que pense Raïf Badawi, on le sait déjà. Il a écrit. Ses idées sont progressistes et modernes. Il aurait pu y renoncer sous la torture des coups de fouet. Il a choisi de se tenir debout. Ce n’est pas seulement une victime; c’est un grand homme.

Quatrièmement, son cas est cautionné par des autorités internationales. Le parlement européen s’est prononcé pour sa libération inconditionnelle le lendemain de la motion québécoise. La Suède a mis fin à sa coopération militaire avec l’Arabie saoudite dans la foulée du cas Badawi.

Le combat en faveur de Badawi n’est rien d’autre qu’un combat contre un système juridique barbare qui est une façade à la tyrannie des dirigeants de ce pays.

Contrer l’influence obscurantiste de l’Arabie saoudite

L’Autriche a récemment adopté une loi qui interdit tout financement étranger de ses mosquées (tant pour la construction que pour leur fonctionnement).

Cela empêche l’Arabie saoudite d’y diffuser sa conception arriérée de l’Islam. C’est par le biais d’imams radicaux — qu’elle subventionne et qui lui sont fidèles — que l’Arabie saoudite répand sournoisement son influence.

En protestant contre le sort réservé à Raïf Badawi, on prépare l’opinion publique québécoise à l’adoption d’une législation comme celle de l’Autriche.

Ce n’est pas gagné d’avance. Rappelons que le gouvernement Couillard n’est opposé qu’au radicalisme violent. Pas de violence, pas de problème.

Les imams radicaux financés par l’Arabie saoudite ont donc de beaux jours devant eux au Québec. Mais ceci pourrait changer sous la pression de l’opinion publique. D’où l’importance de poursuivre cette lutte.

Références :
Affaire Badawi : l’Arabie saoudite demande à Québec de se mêler de ses affaires
Couillard combattra la radicalisation
Droits de l’Homme: Raif Badawi; fosses communes à Chypre; Bob Rugurika
L’Arabie saoudite lance des frappes aériennes au Yémen
La Suède met fin à la coopération militaire avec l’Arabie saoudite
L’Autriche adopte une nouvelle loi pour encadrer l’islam
Raïf Badawi : une motion adoptée à l’Assemblée nationale
Syrie : une guerre par procuration entre l’Iran et l’Arabie saoudite

Parus depuis :
Oui, l’islamisme radical existe ici (2015-09-14)
Où sévit le terrorisme islamiste dans le monde? La réponse en carte (2016-03-24)
L’Arabie saoudite dévoilée (2016-11-15)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le contrat de l’Arabie saoudite au Canada : les soupçons…

18 février 2015

Mon texte d’hier fut écrit après avoir lu un article sur le site web de Radio-Canada relativement aux coûts de l’implication militaire du Canada contre les milices de l’État islamique.

À la suite de la publication de mon texte, je me suis rendu aussitôt sur le site de Radio-Canada pour en publier un résumé qui fut censuré sans que je sache exactement pourquoi.

Puis, quelques instants plus tard, j’ai résumé le tout encore plus brièvement, en réponse à une intervention d’un autre participant à la discussion (voir ci-dessous, la première des deux répliques).

Secret

Ce message a également été censuré. Ici « Contenu désactivé » est un euphémisme. L’auteur du message peut le voir à l’écran mais il est le seul.

Croyant que Radio-Canada, par crainte de poursuite, ne voulait pas qu’on nomme la compagnie General Dynamics, j’ai donc publié de nouveau ce message, cette fois en évitant de nommer cette compagnie. Nouvelle censure.

Conclusion : il est tabou de dire que le gouvernement Harper utilise l’armée canadienne à protéger l’Arabie saoudite en contrepartie de contrats d’armements.

À bien y penser, ce qu’il y a d’étrange, relativement à ce contrat, c’est la discrétion du gouvernement Harper à son sujet.

En deux mots, l’Arabie saoudite dépensera dix milliards$ sur quatorze ans pour acheter des véhicules blindés conçus et fabriqués dans une ville ontarienne.

Même pour un pays industrialisé, un contrat de dix milliards$, c’est important. Surtout quand ce pays possède la taille du Canada.

Normalement, le gouvernement Harper devrait se péter les bretelles — c’est une expression québécoise signifiant être fier de soi — et nous répéter à quel point il crée de l’emploi et fait prospérer l’économie canadienne. En somme, à quel point il mérite d’être reporté au pouvoir.

Étonnamment, après une annonce publique faite avec un minimum de décorum, le contrat est disparu de la propagande du gouvernement conservateur.

Lorsqu’on y pense comme il faut, 10 milliards$ sur quatorze ans, cela représente 714 millions$ par année. Et si, en contrepartie, il faut dépenser annuellement entre 242 et 351 millions$ pour protéger l’Arabie saoudite de l’État islamique, se peut-il que le gouvernement Harper se soit fait roulé ?

Par ailleurs, quand on pense que le contrat des F-35 représente une dépense de 45 milliards$ dont seulement 1% (un pour cent) sera dépensé au Canada, on doit conclure que le gouvernement Harper n’est vraiment pas très habile en concluant des contrats d’armements.

D’où peut-être sa discrétion au sujet de ce qui semble être, du moins pour l’instant, à un attrape-nigaud de la part de l’Arabie saoudite.

La bienveillance du gouvernement Harper à l’égard de cette dictature s’exprime également par le faible appui que le blogueur saoudien Raïf Badawi a reçu de notre pays.

Sans remettre en cause l’à-propos de sa condamnation pour délit d’opinion, notre gouvernement a néanmoins exprimé des réserves quant à la sévérité de la sanction (dix ans de prison et mille coups de fouet, principalement). On ignore combien de coups de fouet et combien d’années d’emprisonnement auraient satisfait le Canada.

Le gouvernement Harper ne peut pas en faire davantage, dit-on, parce que M. Badawi n’est pas citoyen de notre pays.

Le 12 février 2015, le Parlement européen a réclamé la libération inconditionnelle de M. Badawi. Ce dernier n’est citoyen d’aucun pays européen.

La crainte de la résiliation du contrat avec l’Arabie saoudite expliquerait-il la domesticité du gouvernement Harper à son égard ?

Post-scriptum : Quatre mois après la publication du texte-ci-dessus, l’Agence France Presse écrit : « Le gouvernement Harper est pris entre l’arbre et l’écorce face à cet allié encombrant, qui vient d’acheter du matériel militaire d’une valeur de 15 milliards de dollars au Canada. »

Selon Marie-Joëlle Zahar, professeure au département de science politique de l’Université de Montréal, le cas Badawi illustre que le gouvernement canadien a pris fait et cause pour certains pays qui ont des problèmes du point de vue des droits de la personne, dont l’Arabie saoudite.

Références
Droits de l’Homme: Raif Badawi; fosses communes à Chypre; Bob Rugurika
General Dynamics: contrat de 10 milliards avec l’Arabie saoudite
Le Canada, serviteur de l’Arabie saoudite
Les miettes dorées du F-35

Paru depuis : L’économie avant les droits de la personne (2015-06-09)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le Canada, serviteur de l’Arabie saoudite

17 février 2015
© 2010 — Google Maps

On apprend aujourd’hui que le gouvernement Harper a dépensé entre 128 et 166 millions$ au cours des six premiers mois de la « mission canadienne » destinée à combattre les milices de l’État islamique en Irak.

Selon le rapport du Directeur parlementaire du budget, l’implication canadienne coutera entre 242 et 351 millions$ pour la première année.

En dépit de la répulsion que nous inspirent les pratiques barbares des milices de l’État islamique, le Canada n’est pas tenu en vertu d’un traité international à bombarder les installations des djihadistes.

De plus, le Canada n’a pas d’intérêts stratégiques à défendre; cette partie du monde ne produit pas de produits dont le manque paralyserait l’économie canadienne.

Tout au plus, est-il probable que le contrat de dix milliards$ que l’Arabie saoudite a accordé à la succursale canadienne de la compagnie américaine General Dynamics soit conditionnel à l’obligation secrète d’attaquer l’État islamique.

L’Arabie saoudite est dotée d’une armée très bien équipée (principalement par les Américains), mais qui ne possède aucune expérience de la guerre.

Par ses contrats militaires lucratifs de 285 milliards$ entre 2001 et 2008, l’Arabie saoudite asservit l’armée de différents pays à ses intérêts géostratégiques. Sans s’en douter, les soldats de ces pays deviennent donc, indirectement, des mercenaires de l’Arabie saoudite.

Les pays contractuels se chargent de convaincre leurs soldats qu’ils protègent la veuve et l’orphelin alors que leurs bombardements font souvent plus de victimes collatérales que parmi les rangs des d’insurgés. En effet, n’ayant que peu de soldats au sol, il est difficile de connaitre la nature exacte des cibles choisies.

L’État islamique est le résultat du gâchis abyssal de la politique américaine et britannique dans cette partie du monde.

Sous le principe naïf qu’il suffisait de renverser un tyran psychopathe (Saddam Hussein) en Irak pour semer la Démocratie parlementaire au coeur du monde arabe, les armées étrangères y ont provoqué la guerre civile.

Puis, désireuses d’abattre un allié de l’Iran (chiite), les pétromonarchies (sunnites), aidées de la Turquie et des États-Unis, ont provoqué la guerre civile dans le pays voisin, la Syrie.

Habilement, le régime de Bachar el-Assad s’en est pris aux insurgés syriens « modérés » afin de favoriser les insurgés radicaux et ainsi devenir la seule alternative raisonnable. Ces milices radicales se sont débarrassées de leurs rivaux affaiblis, leur ont pris leurs armes et sont devenus, tel que prévu, la seule vraie alternative à Bachar el-Assad.

L’État islamique a fédéré les rebelles radicaux en Syrie et est parti ensuite à la conquête d’une bonne partie du nord de l’Irak, s’emparant des armes laissées par l’armée irakienne apeurée.

Il y a quelques années, l’Arabie saoudite s’est fait prendre à verser 60 millions$ à Al-Qaida à partir des coffres de l’État. Lorsque cela a été découvert, les motifs invoqués étaient qu’Al-Qaida menaçait de commettre des attentats dans ce pays si celui-ci ne lui versait pas cette rançon.

En dépit de sa promesse de ne pas recommencer, ce pays est devenu officieusement la principale source mondiale du financement de groupes terroristes sunnites — tels qu’Al-Qaida et les talibans — selon les télégrammes diplomatiques révélés par WikiLeaks.

Il n’est donc pas exclu de penser que les princes saoudiens puissent verser secrètement des sommes à l’État islamique afin que celle-ci s’abstienne d’envahir le royaume.

En fait, les milices de l’État islamique mènent des attaques un peu partout en Irak — même dans les zones chiites — mais, jusqu’à maintenant, aucune dans la zone de 200km qui longe de territoire saoudien. Le tour de l’Arabie saoudite viendra ultérieurement, mais pas pour l’instant.

On pourrait donc découvrir un jour que l’État islamique tuait nos soldats grâce, entre autres, à du financement saoudien. Mais tout cela n’est qu’une hypothèse.

Compte tenu de la durée inconnue de la guerre contre les milices de l’État islamique, combien le Canada est prêt à dépenser afin de protéger l’Arabie saoudite ?

Plus précisément, quelles sont les retombées économiques canadiennes du contrat accordé à General Dynamics et quelle est la somme maximale que le Canada est prêt à dépenser en Irak ?

Malheureusement, le gouvernement Harper, toujours aussi cachotier, ne nous permet pas de connaître les réponses à ces questions.

Références :
General Dynamics: contrat de 10 milliards avec l’Arabie saoudite
La Défense nationale « a retenu des informations » sur les coûts de la mission en Irak
L’Arabie saoudite et le financement d’Al-Qaida
Vente « record » d’armes à l’Arabie Saoudite
What ISIS Really Wants

Parus depuis :
La Suède met fin à sa coopération militaire avec l’Arabie saoudite au nom des droits de l’homme (2015-03-10)
Les jeeps de Justin – Le «deal» avec Riyad fait éclater la vitrine morale d’Ottawa (2016-02-18)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’amateurisme de la décapitation en Arabie saoudite

4 février 2015

Avertissement : le texte suivant s’adresse exclusivement aux adultes

En Arabie saoudite, la décapitation par sabre constitue le mode d’exécution de la peine capitale. En 2013, 78 personnes l’ont subie. En 2014, ce nombre a grimpé à 87. Pour le seul mois de janvier 2015, onze personnes y ont perdu la vie de cette manière.

Dans les pays où les tribunaux condamnent à la peine de mort, les reproches adressés aux autorités ont incité celles-ci à l’appliquer le plus humainement possible. Puisqu’il s’agit souvent d’événements publics, les exécutions disgracieuses placent l’assistance dans l’inconfort et suscitent la critique.

C’est ainsi qu’au XIXe siècle, dans l’Empire britannique, les fiascos de certaines pendaisons ont amené la mise au point de la pendaison dite « par longue chute » dont l’efficacité est identique à celle de la guillotine. Toutefois, ce mode d’exécution, même amélioré, a été abandonné au XXe siècle dans de nombreux pays dont le Canada.

Ce souci d’appliquer une mort instantanée ne s’est développé que dans les pays où règne la liberté d’expression. Là où ce n’est pas le cas — en Arabie saoudite, notamment — une telle préoccupation est inexistante. De plus, en raison de la fréquence de cette tâche, celle-ci devient rapidement une routine dont les bourreaux s’acquittent négligemment.

Cette situation est illustrée par un cas récent.

Il s’agit de Laila Bint Abdul Muttalib Basim. Celle-ci est une étrangère accusée d’avoir violé (à l’aide d’un manche à balai) et d’avoir tué une fillette de six ans que son mari a eue d’un autre mariage. La condamnée n’a cessé de clamer son innocence.

Une rumeur veut que les abus sexuels dont a été victime la fillette aient été plutôt l’oeuvre de son père qui aurait rejeté le blâme sur une de ses épouses afin de s’en débarrasser.

En Arabie saoudite, comme dans tous les pays où la Charia a force de loi, le témoignage d’une femme vaut la moitié de celui d’un homme.

Réalisée à l’aide d’un téléphone multifonctionnel, la vidéo de son exécution, bannie de YouTube, est encore disponible ailleurs. On y voit ce qui suit.

Nous sommes dans un espace ouvert, totalement minéral, où se trouve déjà la condamnée. Celle-ci est agenouillée, menottée, et vêtue de noir. Près d’elle, un bourreau et son assistant sont habillés de blanc. Une trentaine de militaires vont et viennent nonchalamment.

Le sol est peint de bandes blanches parallèles comme celles qui marquent les intersections de la voie publique.

La condamnée crie à répétition son innocence. On lui découvre la tête. Un militaire dégage et tire ce qui semble être une longue queue de cheveux noirs. Tout en continuant de crier, celle-ci s’incline de côté. Le militaire tente de l’en empêcher en lui tirant les cheveux. Le bourreau lui indique de laisser faire et choisit de la laisser s’étendre au sol sur le côté.

Lorsqu’une personne est agenouillée, il est possible de la décapiter instantanément d’un violent coup de sabre. Cela ne fonctionne pas toujours, mais c’est souvent le cas. Par opposition, lorsque la personne est couchée, le bourreau risque d’abimer son sabre en raison de la proximité du sol. Voilà pourquoi l’exécution de cette femme fut une boucherie.

En s’inclinant vers elle, le bourreau lui administre deux coups successifs. L’amplitude du geste est celle du boucher qui débite la carcasse d’une volaille. À cause de cela, ces deux coups ne suffisent pas à la décapiter.

Au premier de ces deux coups de sabre, surprise par l’intensité de la douleur, la condamnée prend une profonde inspiration, aussi soudaine que sonore.

Pendant que la femme est probablement évanouie, le bourreau se déplace lentement dans la direction opposée et lui administre — douze secondes après le premier coup — un troisième coup qui finalement la décapite.

Des ambulanciers approchent une civière et amènent le corps pendant que le bourreau essuie son sabre ensanglanté sur son uniforme jusque là immaculé.

En Arabie saoudite, la publication de cette vidéo a suscité de nombreux reproches à son auteur. C’est ainsi que la Société nationale pour les droits de l’Homme de ce pays — une société financée par la famille royale et qui lui sert d’alibi — a réclamé la punition de l’auteur de ce document en raison, dit-elle, du choc émotif que son visionnement pouvait causer aux parents et amis de la condamnée. Mais cet organisme s’est bien gardé de critiquer la manière avec laquelle cette mise à mort fut exécutée.

Conclusion

Le cas du blogueur Raïf Badawi illustre comment l’Arabie saoudite est un pays totalement hostile à la remise en question de la mentalité arriérée qui y prévaut.

À l’abri de la moindre remise en question, les officiers de cette dictature obscurantiste appliquent la peine capitale d’une manière qui vaudrait à n’importe quel vétérinaire québécois d’être cité à comparaitre devant le Comité de discipline de sa corporation professionnelle.

Il y a deux ans, la justice saoudienne a eu à traiter d’un autre cas d’infanticide, cette fois commis par un homme. En raison de son divorce, le père n’a pu rejeter le blâme sur son épouse puisqu’il vivait séparé d’elle. C’est donc lui qui fut accusé. On accèdera à la description de cette affaire en cliquant sur ceci.

La différence de traitement illustre la discrimination dont sont victimes les femmes en Arabie saoudite.

Références :
Man who filmed woman being publicly beheaded in Mecca reportedly arrested in Saudi Arabia
Pendaison de cinq Patriotes [Montréal, 15 février 1839]

Paru depuis : L’Arabie saoudite recrute huit bourreaux sur Internet (2015-05-19)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Décapitation et fouets en Arabie saoudite

20 janvier 2015

La décapitation de Laila Bint Abdul Muttalib Basim

Depuis le début de cette année, dix personnes ont été punies de la peine de mort en Arabie Saoudite. Le mode d’exécution dans ce pays est la décapitation par sabre.

Le 12 janvier dernier, le bourreau a dû s’y reprendre à trois fois avant de finalement réussir à décapiter Laila Bint Abdul Muttalib Basim. Celle-ci est une étrangère accusée d’avoir violé (à l’aide d’un manche à balai) et d’avoir tué une fillette de six ans que son mari a eue d’un autre mariage. La condamnée n’a cessé de crier son innocence.

Mais une rumeur veut que les abus sexuels dont a été victime la fillette aient été plutôt l’oeuvre de son père qui aurait rejeté le blâme sur une de ses épouses afin de s’en débarrasser.

En Arabie saoudite, comme dans tous les pays où la Charia a force de loi, le témoignage d’une femme vaut la moitié de celui d’un homme.

La flagellation de Raïf Badawi

Né en 1984, Raïf Badawi est un écrivain libéral d’Arabie saoudite.

En 2008, il crée un blogue voué à la promotion de la liberté d’expression et de la laïcité dans son pays.

Mais l’Arabie saoudite est une monarchie obscurantiste dans laquelle il est interdit de construire des églises d’autres confessions et où prôner l’égalité entre les croyances équivaut à une hérésie.

Accusé d’avoir créé un site Web qui insulte l’Islam, il fuit son pays, puis y revient alors qu’il croit la plainte abandonnée. En 2009, il se voit interdire de quitter le pays. Son compte de banque est bloqué. Il est pris au piège.

En 2012, un premier tribunal le condamne à la peine de mort s’il ne se repentait pas devant Dieu et ne renonçait pas à ses convictions libérales.

Ayant refusé de se soumettre, son cas est transféré à une autre cour.

En janvier 2013, ce second juge rejette l’accusation d’apostasie après avoir convaincu M. Badawi de réciter devant lui une profession de foi musulmane. Mais ce magistrat se déclare incompétent à juger les autres chefs d’accusation. Le tout est transféré à un troisième tribunal.

Deux mois plus tard, un ecclésiastique près de la famille royale saoudienne lance fatwa contre lui, le considérant comme un apostat qu’il invite les Musulmans à assassiner s’il ne se repentait pas.

On trouvera à cette page Web, un résumé en anglais des écrits de Raïf Badawi.

Le troisième juge le condamne en mai 2014 à dix ans de prison, 1 000 coups de fouet, une amende de 266 000 dollars, et une interdiction de voyage de dix ans à l’expiration de sa peine de prison.

Son avocat a été condamné à quinze ans de prison pour avoir sapé le régime et ses officiels, et pour avoir insulté l’appareil judiciaire en le ridiculisant.

Raïf Badawi est lauréat en 2014 du prix Netizen décerné par Reporters sans frontières. Son épouse et leurs trois filles ont trouvé refuge au Québec, à Sherbrooke.

La réaction officielle du Canada

En février 2013, le gouvernement Harper mettait sur pied le Bureau de la liberté religieuse, rattaché au ministère des Affaires étrangères et du Commerce international, et dirigé par un officier qui a titre d’ambassadeur.

Son mandat est triple :
• protéger les minorités religieuses menacées et défendre leurs droits;
• lutter contre la diffusion de la haine et de l’intolérance fondées sur la religion;
• faire la promotion des valeurs canadiennes que sont le pluralisme et la tolérance.

Le 8 janvier dernier, l’ambassadeur canadien pour la liberté de religion a condamné la première séance de flagellation a laquelle a été soumis M. Badawi.

Le 14 janvier dernier, par voie de communiqué, le ministre des Affaires étrangères du Canada s’est mollement inquiété de la sévérité de la peine infligée au blogueur mais n’a pas remis en cause l’à-propos de sa condamnation pour délit d’opinion.

Ce sont les seules réactions officielles du gouvernement canadien jusqu’ici. Il semble que M. Harper hésite à se porter à la défense de M. Badawi parce que ce dernier n’est pas citoyen canadien.

Le premier ministre n’a pas ces scrupules lorsqu’il reproche à la Chine, à la Russie, et à Cuba, leurs violations des droits de l’Homme.

Pourquoi hésite-t-il aujourd’hui ? Tous deux producteurs de pétrole, le Canada et l’Arabie ne sont-ils pas des concurrents commerciaux ?

Le problème est que l’Arabie saoudite, assise sur une immense rente pétrolière, est immensément riche et se fout éperdument du Canada. Or le premier ministre, soucieux de son image, n’aime pas passer pour un perdant, surtout à un an des élections.

Il aimerait qu’il lui suffise de bomber le torse pour faire peur à l’Arabie. Puisqu’il semble manquer de moyens, donnons-lui une idée à laquelle il n’a peut-être pas pensé.

Si le Canada menaçait d’interdire la double citoyenneté saoudienne-canadienne au motif d’incompatibilité des valeurs démocratiques, cela forcerait les Saoudiens installés au pays à renoncer à leur citoyenneté saoudienne, ce que l’Arabie n’apprécierait probablement pas.

De plus, cela protègerait mieux toutes ces Canadiennes, tombées amoureuses de Saoudiens, et dont les enfants sont kidnappés par leur père dès que celui-ci réussit à les amener en Arabie, officiellement pour faire connaissance avec leurs grands-parents.

Entretemps, Amnistie Internationale organise une pétition en ligne qu’on peut signer en cliquant sur ceci. De plus, cet organisme vous permet d’adresser une lettre-type au ministre des Affaires étrangères du Canada en cliquant sur cela.

Références :
Abdul-Rahman al-Barrak
A look at the writings of Saudi blogger Raif Badawi – sentenced to 1,000 lashes
Arabie Saoudite : L’ONU pour la suspension de la flagellation de Raïf Badawi
Bureau de la liberté religieuse – Retour en arrière
L’Arabie saoudite et le financement d’Al-Qaida
Le blogueur saoudien Raif Badawi passible de la peine de mort
Le Canada dénonce la flagellation d’un militant saoudien
Le Canada est préoccupé par la peine infligée à un blogueur saoudien
Le prédicateur assassin
Myanmar woman screams innocence before Saudi beheading: video
Quatre questions sur Raif Badawi, le blogueur condamné à 1 000 coups de fouet en Arabie saoudite
Torturers, oppressors and executioners: remember to buy British
Raif Badawi

Publiés depuis :
Un sursis pour Raif Badawi (2015-01-23)
M. Baird, faites libérer Raïf Badawi! (2015-01-28)
La Suède met fin à sa coopération militaire avec l’Arabie saoudite au nom des droits de l’homme (2015-03-10)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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