Le Québec, paradis de l’exploration pétrolière

28 juillet 2017

Introduction

Avant d’aller plus loin, distinguons deux mots similaires : exploration et exploitation.

L’exploration pétrolière consiste à chercher du pétrole et, si on en trouve, à évaluer la quantité présente, de même que la profitabilité de son extraction.

L’exploitation pétrolière est l’extraction, le transport et la vente du pétrole trouvé.

Il faut un permis du gouvernement québécois pour procéder à l’exploration pétrolière et un autre pour l’exploitation pétrolière. L’obtention de l’un n’entraine pas automatiquement l’obtention de l’autre.

Si de nombreux permis de recherche d’hydrocarbures ont été accordés, aucune compagnie ne possède actuellement de permis d’exploitation d’un site pétrolier situé au Québec.

Lorsque les quotidiens La Presse et Le Devoir publient aujourd’hui des textes annonçant la fin de l’exploitation pétrolière à Anticosti, il s’agit d’une figure de style puisque l’exploitation pétrolière, à Anticosti comme ailleurs, n’a jamais débuté.

La fin de l’exploration pétrolière à Anticosti

Plus tôt aujourd’hui, on annonçait une entente intervenue entre l’État québécois et trois des cinq pétrolières qui possèdent des permis d’exploration sur l’ile.

En raison de la générosité des montants accordés, il y a lieu de croire qu’une entente similaire interviendra avec les deux autres pétrolières concernées.

L’entente met fin à une dispute commerciale née de la rupture unilatérale par le gouvernement Couillard du contrat d’investissement conclu entre le gouvernement Marois et les pétrolières.

Aujourd’hui, ces dernières renoncent à poursuivre l’État, cessent toute activité de prospection sur l’ile, et abandonnent implicitement tout espoir d’y extraire des hydrocarbures à des fins commerciales.

Cet abandon est d’autant plus facile pour elles que la commercialisation du pétrole d’Anticosti n’est pas rentable.

Absence de rentabilité des hydrocarbures d’Anticosti

À ce jour, l’exploration pétrolière a démontré que le sous-sol d’Anticosti renferme des dizaines de millions de barils de pétrole.

Ce pétrole est présent sous forme d’une multitude de gouttelettes dispersées dans le roc de l’ile. Toutefois, la concentration des hydrocarbures est trop faible pour qu’il soit rentable de briser cette roche pour en extraire le pétrole.

Les techniques actuelles ne permettent que de récupérer 1,2 % du pétrole qui s’y trouve. Pour en extraire 100 %, il faudrait réduire tout le sous-sol d’Anticosti en poudre, ce qui est impensable.

Même à 100$ du baril, extraire ce 1,2 % permettrait d’obtenir 50 milliards$ de pétrole. Sauf que cela couterait 120 milliards$ pour l’extraire.

Non seulement le pétrole serait extrait à perte mais il faudrait construire des milliers de kilomètres de pipelines pour acheminer ce pétrole déficitaire aux marchés.

Fondamentalement, ce qui protège Anticosti de l’exploitation commerciale de ses gisements pétroliers, c’est l’absence de rentabilité.

Paradoxalement, les millions$ que versera le gouvernement Couillard favorisent l’exploration pétrolière au Québec plutôt qu’ils ne le découragent.

L’État éponge les pertes des pétrolières

Le seul endroit au monde où l’État rembourse les pertes des pétrolières lorsque leur prospection s’avère non rentable, c’est au Québec.

Récapitulons.

En 2008, le gouvernement Charest ordonne à Hydro-Québec de cesser sa recherche infructueuse du pétrole à Anticosti et l’oblige à céder ses droits à Pétrolia en vertu d’une entente secrète.

Deux ans plus tard, Pétrolia annonce la découverte de l’équivalent de quarante-milliards de barils de pétrole à Anticosti.

Cette déclaration fracassante a donné naissance à la rumeur selon laquelle le gouvernement Charest avait vendu la poule aux œufs d’or pour une bouchée de pain à des pétrolières amies.

Pour en avoir le cœur net, le gouvernement péquiste de Mme Marois s’est engagé à investir 56,7 millions de dollars (sur les 115 millions$ originellement prévus) dans le capital-actions de Pétrolia à la condition que cet argent serve exclusivement à la recherche d’énergie fossile (et non à payer des augmentations de salaire à ses dirigeants).

De plus, en vertu de cette entente, la collectivité québécoise recueillerait 60 % des bénéfices d’une éventuelle exploitation si celle-ci s’avérait être rentable.

Mais de retour au pouvoir, les Libéraux en ont décidé autrement. Présumant à juste titre que les nouveaux forages ne révèleraient rien de plus que ce qu’on savait déjà, le gouvernement Couillard rompt le contrat, s’exposant ainsi à des poursuites, ce qui fut le cas.

Plutôt que de dépenser 56,7 millions$ comme le prévoyait le gouvernement Marois à fixer une fois pour toutes le potentiel pétrolier de l’ile (ce qui fait travailler les ouvriers de ce secteur industriel), le gouvernement Couillard dépensera une somme équivalente ou supérieure qui ira dans les coffres des pétrolières afin de régler un conflit qu’il a provoqué.

Conclusion

Si l’État québécois avait laissé les pétrolières moisir dans leur jus, celles-ci y penseraient deux fois avant d’entreprendre de nouvelles activités de prospection en sol québécois. Mais en épongeant leurs pertes, le gouvernement Couillard diminue le risque spéculatif de la recherche d’hydrocarbures au Québec.

En d’autres mots, l’entente intervenue est un brillant exercice de manipulation de l’opinion publique, applaudie unanimement par les groupes environnementaux. En réalité, sous le voile de la protection d’Anticosti, le gouvernement Couillard assume la recherche d’hydrocarbures au Québec lorsque celle-ci s’avère non rentable.

Finalement, tout comme les sommes versées à Bombardier, rien n’empêchera les dirigeants des pétrolières de s’accorder de généreuses primes à partir de l’argent public.

Lorsque cette entente sera étendue aux deux autres pétrolières, on estime qu’entre 100 et 200 millions$ de l’argent des contribuables auront été dépensés dans ce dossier.

La saga de la recherche pétrolière à Anticosti aura été une longue succession de magouilles et de gaspillage des fonds publics. Sa conclusion n’y fait pas exception.

Dans le cas de certaines des pétrolières concernées, celles-ci ont obtenu des permis d’exploration sans se livrer à aucune activité de prospection. En revendant leurs permis inutilisés, elles réalisent un pourcentage de profit faramineux.

Cette saga se résume en deux phrases. En 2008, le gouvernement libéral de Jean Charest accorde des permis d’exploration sur Anticosti pour une bouchée de pain : neuf ans plus tard, le gouvernement libéral de Philippe Couillard les rachète à prix d’or après qu’ils se soient avérés sans valeur.

Références :
Anticosti : payer 200 millions$ pour une pétrolière qui vaut 16,5 millions$
Finie l’exploitation pétrolière à Anticosti
Finis les projets d’exploitation pétrolière et gazière sur l’île d’Anticosti
L’ABC du pétrole d’Anticosti
Pétrole sur Anticosti : c’est officiellement la fin

Le Québec, paradis de l’exploration pétrolière
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Anticosti : payer 200 millions$ pour une pétrolière qui vaut 16,5 millions$

7 avril 2017

Introduction

Le ministre des Finances du Québec, M. Carlos Leitão, a révélé mercredi dernier que le gouvernement Couillard négocie présentement la fin des forages à Anticosti.

Pétrolia et ses partenaires détiennent les permis nécessaires pour mener trois forages exploratoires sur l’ile cet été. Aucune de ces compagnies ne possède de permis pour procéder à l’exploitation commerciale du pétrole qu’ils pourraient y découvrir.

Il semble que Pétrolia et Corridor Resources réclament une compensation de 200 millions$ pour renoncer au potentiel pétrolier et gazier de l’ile.

À cela le ministre se fait rassurant : « Nous avons des marges nécessaires pour renégocier ce contrat-là, qui était d’ailleurs un très mauvais contrat depuis le départ.»

Aux fins de ces négociations, le gouvernement Couillard a accepté de payer des honoraires professionnels de 600 000$ aux avocats chargés de le représenter.

On doit savoir que tant qu’elles ne sont pas extraites du sol québécois, toutes les richesses qui s’y trouvent appartiennent au peuple du Québec. Une compagnie ne possède que les richesses qu’elle extrait du sol.

En d’autres mots, même si Pétrolia prétend être assise sur une fortune pétrolière, elle n’a droit à rien puisque tout ce qui est sous elle ne lui appartient pas.

Rappel historique

Au début de 2008, Hydro-Québec cédait ses droits d’exploration à Anticosti à l’entreprise Pétrolia en vertu d’une entente secrète.

Les travaux d’exploration de Pétrolia commencèrent à l’été de 2010.

Quelques mois plus tard, le président de cette compagnie déclarait fièrement que le sous-sol d’Anticosti possédait le potentiel pétrolier terrestre le plus élevé au Québec; l’équivalent de 40 milliards de barils de pétrole. Wow !

Cette déclaration fracassante a donné naissance à la rumeur selon laquelle le gouvernement de Jean Charest avait vendu la poule aux œufs d’or pour une bouchée de pain à des pétrolières amies.

Pour en avoir le cœur net, le gouvernement péquiste de Mme Marois s’est engagé à investir 56,7 millions de dollars (sur les 115 millions$ originellement prévus) dans le capital-action de la pétrolière à la condition que cet argent serve exclusivement à la recherche d’énergie fossile (et non à payer des augmentations de salaire à ses dirigeants).

Au lieu de s’associer avec ces compagnies, le gouvernement aurait pu les étatiser. À l’annonce du contrat intervenu avec le gouvernement Marois, l’appréciation boursière soudaine des deux plus grosses entreprises concernées (Pétrolia et Junex) avait fait grimper la valeur capitalisée de ces deux compagnies à 113 millions$. Mais en étatisant ces compagnies, on aurait acheté du vieux stock. De plus, on n’aurait rien su de plus sur le potentiel pétrolier de l’ile.

Pour 56,7 millions$, cet investissement spéculatif du gouvernement Marois donnait l’assurance que si Anticosti était riche en hydrocarbures, le peuple du Québec aurait obtenu une part appréciable des profits d’une éventuelle exploitation.

Or il s’avère que même à 100$ du baril, l’exploitation du pétrole de schiste d’Anticosti n’est pas rentable.

Ce pétrole est présent sous forme d’une multitude de gouttelettes dispersées dans le roc de l’ile. Malheureusement, cette dispersion est telle que la concentration du pétrole est trop faible pour qu’il soit rentable de briser cette roche pour l’extraire.

Les techniques actuelles ne permettent que de récupérer 1,2% du pétrole qui s’y trouve. Même à 100$ du baril, extraire ce 1,2% nous permettrait d’obtenir 50 milliards$ de pétrole. Sauf que cela couterait 120 milliards$ pour l’extraire. Non seulement le pétrole serait extrait à perte mais il faudrait construire des milliers de kilomètres de pipelines pour acheminer ce pétrole déficitaire aux marchés.

En somme, la pétrolière est dans de beaux draps; laissée à elle même, son avenir est très incertain.

Mais le Parti libéral du Québec ne peut se résoudre à abandonner ses amis pétrifiés dans le pétrin, faute de pétrole.

Le 15 juin 2016, le ministre de l’Environnement David Heurtel autorisait Pétrolia à puiser trente-millions de litres d’eau cristalline des rivières à saumon d’Anticosti aux fins de la prospection. Pour y ajouter du benzène, du sable et d’autres produits chimiques nécessaires à la fracturation hydraulique.

Comme prévu, la population de l’ensemble du Québec fut indignée. Le gouvernement Couillard plaida l’impuissance, lié disait-il par ce ‘mauvais’ contrat signé sous Mme Marois, un contrat dont il lui était impossible de révéler la teneur mais dont il avait l’obligation stricte de respecter les dispositions.

Puis, il fait volteface en annonçant qu’il violera les clauses du contrat qui l’obligent à contribuer au financement des trois forages prévus à des fins de prospection.

Ce faisant, Philippe Couillard expose le gouvernement à des poursuites pour rupture de contrat. En somme, il offre une occasion extraordinaire aux dirigeants de Pétrolia de faire payer l’État pour les déboires financiers de leur compagnie.

Menacé de poursuite, le gouvernement Couillard négocie ensuite une entente à l’amiable.

La valeur de Pétrolia

Cliquer sur le graphique pour l’agrandir

Au 30 juin 2011, alors que Pétrolia criait bingo en annonçant le formidable potentiel pétrolier de l’ile, la valeur unitaire de ses actions atteignait un sommet de 2,52$.

Six ans plus tard, avant que le ministre des Finances déclare publiquement ses dispositions favorables à la compagnie, ses actions s’échangeaient à 0,14$ le 4 avril dernier. Le baume du ministre sur le cœur meurtri de la pétrolière a fait bondir l’action à 0,18$ le lendemain. Au moment où ces lignes sont écrites, à 0,17$, cela correspond à une valeur capitalisée de 16,5 millions$.

Donc, si on comprend bien, le bon ministre Leitão, après nous avoir saignés à blanc depuis trois ans, après avoir fait chuter le revenu par personne des Québécois au dernier rang des provinces canadiennes, il pourrait accepter un règlement à l’amiable atteignant 200 millions$ pour une compagnie qu’il pourrait très bien acheter pour seulement 16,5 millions$.

Pourquoi ne pas la laisser moisir dans son jus ? Cela ne nous couterait rien.

Références :
Eaux d’Anticosti : Couillard s’en mêle… ou s’emmêle
L’ABC du pétrole d’Anticosti
Le gouvernement Couillard a les moyens d’indemniser Pétrolia, soutient Leitao
Québec a les moyens de dédommager Pétrolia, dit Leitão

Anticosti : payer 200 millions$ pour une pétrolière qui vaut 16,5 millions$
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Écrit par Jean-Pierre Martel


La malhonnêteté intellectuelle du ministre Arcand

5 juillet 2016

L’édition d’hier du quotidien Le Devoir nous apprenait que le gouvernement Couillard avait autorisé les pétrolières à puiser trente-millions d’eaux des rivières d’Anticosti afin de réaliser trois forages hydrauliques destinés à évaluer le potentiel énergétique de l’ile.

Les eaux des rivières d’Anticosti sont parmi les plus pures du Québec. Deux des rivières en question —  la Jupiter et la Sainte-Marie — abritent des populations de saumon considérées officiellement comme étant en voie de disparition.

À l’eau ainsi pompée, les pétrolières ajouteront du benzène, du sable et d’autres additifs chimiques nécessaires à la fracturation hydraulique du schiste de l’ile.

Une fois utilisés, les millions de litres d’eau souillés seront décontaminés selon un procédé inconnu et rejetés dans le fleuve Saint-Laurent.

Cette autorisation a été accordée le 15 juin par le ministre de l’Environnement du Québec, David Heurtel (qualifié par les environnementalistes de ‘paillasson des pétrolières’).

Au lieu d’obliger les pétrolières à puiser l’eau du fleuve, de qualité médiocre, le ministre Heurtel a préféré leur permettre de souiller les eaux cristallines des rivières à saumon d’Anticosti.

C’est ce même ministre Heurtel qui avait autorisé récemment la construction d’un complexe résidentiel dans un refuge de la Rainette Faux-grillon (une espèce menacée), contre l’avis de plusieurs experts. Une autorisation qui fut ultérieurement bloquée (à juste titre) par le gouvernement fédéral.

Puisque le coupable est le ministre Heurtel, que vient faire le ministre Arcand dans cette histoire ?

C’est que pour justifier la décision de son collègue, le ministre Arcand a déclaré sur les ondes de Radio-Canada : « Nous, on a un contrat. Un contrat qui a été signé par l’ancien gouvernement de Mme Marois. Nous, ce qu’on dit depuis le début, c’est qu’on respecte le contrat tel qu’il est

En d’autres mots, c’est la faute du gouvernement péquiste si les pétrolières sont autorisées à utiliser l’eau des rivières d’Anticosti.

En réalité, c’est ce que laisse entendre le ministre mais, techniquement, ce n’est pas ce qu’il a dit. Et pour cause. Parce que le fameux contrat dont il parle ne précise rien à ce sujet.

Retour en arrière.

Entre 2002 et 2007, Hydro-Québec avait investi 9,8 millions de dollars en travaux d’exploration pétrolière à Anticosti. Mais au début de 2008, la société d’État a cédé ses droits à l’entreprise Pétrolia en vertu d’une entente secrète.

Les travaux d’exploration de Pétrolia commencèrent à l’été de 2010.

Quelques mois plus tard, le président de cette compagnie déclarait fièrement que le sous-sol d’Anticosti possédait le potentiel pétrolier terrestre le plus élevé au Québec.

Cette déclaration a donné naissance à la rumeur selon laquelle le gouvernement corrompu de Jean Charest avait vendu la poule aux œufs d’or pour une bouchée de pain à des pétrolières amies.

En réalité, de 2002 à 2007, Hydro-Québec cherchait du pétrole conventionnel (en creusant un trou pour voir si le pétrole en jaillissait) alors que Pétrolia effectuait des forages et des analyses de la pierre en vue de l’extraction des hydrocarbures par fracturation hydraulique.

Cette dernière méthode consiste à injecter de l’eau (incompressible) sous pression afin de briser le schiste et en libérer les hydrocarbures emprisonnés dans la pierre.

Afin d’en savoir davantage sur le potentiel énergétique d’Anticosti, le gouvernement péquiste de Mme Marois a décidé d’un investissement de 115 millions de dollars dans le capital-action de la pétrolière à la condition que cet argent serve exclusivement à la recherche d’énergie fossile.

Cet investissement spéculatif donnait l’assurance que si Anticosti était riche en hydrocarbures, les Québécois bénéficieraient de cette richesse puisque, en vertu du contrat négocié par l’ex-ministre Martine Ouellet, le peuple du Québec aurait recueilli 60% des bénéfices d’une éventuelle exploitation… si cela était rentable.

Jusqu’ici, une vingtaine de puits ont été creusés. Si chacun d’eux avait nécessité la ponction de dix millions de litres d’eau des rivières d’Anticosti, les 200 millions de litres d’eau auraient déjà fait baisser substantiellement le niveau de l’eau des rivières de l’ile. Tous ses habitants d’Anticosti en auraient eu connaissance.

C’est donc à dire que le ministre Arcand ment effrontément.

Les Libéraux dirigent le Québec de manière presque continue depuis 2003. La seule grande décision économique qu’a eue le temps de prendre l’éphémère gouvernement Marois, c’est d’ordonner la fermeture de la centrale nucléaire Gentilly-II — une économie de quatre milliards$ pour les contribuables — dont la réfection avait été décidée en catimini par les Libéraux.

Voilà donc une manie libérale qui frise la misogynie que d’accuser continuellement une femme qui a été à la tête de l’État pendant 18 mois d’être responsable de tous les problèmes actuels du Québec alors qu’ils relèvent trop souvent de l’incompétence du gouvernement Couillard.

Le 7 juin dernier, le ministre Arcand présentait le projet de loi 106 dont un article cède aux pétrolières le droit d’expropriation.

Dans les faits, cela accorde à ces compagnies un pouvoir d’extorsion (sous la menace de l’expropriation) leur permettant de faire main basse sur n’importe quelle terre du Québec. Quel magnifique cadeau à TransCanada dont le pipeline Énergie-Est doit traverser le Québec.

C’est évidemment un scandale. Deux jours plus tard, j’ai réclamé publiquement sur ce blogue la démission du ministre Arcand.

Cette nouvelle déclaration du ministre le confirme; ce n’est qu’un scélérat — c’est-à-dire un être perfide et malhonnête — qui déshonore la respectabilité de la fonction qu’il occupe.

Conséquemment, je le réitère; ce ministre qui a appris l’intégrité morale de son maitre, Jean Charest, doit être démis de ses fonctions.

Références :
Anticosti: Hydro-Québec aurait cédé un trésor
Anticosti — 30 millions de litres d’eau pour 3 forages
L’ABC du pétrole d’Anticosti
Le mystère d’Anticosti
Projet de loi 106 : le ministre Arcand doit démissionner

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’ABC du pétrole d’Anticosti

21 février 2014

Localisation du pétrole et des nappes phréatiques

Située dans le golfe du Saint-Laurent et faiblement peuplée, Anticosti est la plus grande île du Québec. Sa superficie est de 7 900 km² dont 572 km² constituent un parc national.

Parmi les formations géologiques que renferme son sous-sol, il y a une couche de schiste mesurant de 18 à 173m d’épaisseur. Cette couche n’est pas horizontale, mais est enfouie de manière oblique.

Quant à la couche de sol qui la recouvre, elle varie de 300m — soit 100m à peine sous les nappes phréatiques — et à 2 300m.

De manière générale, plus le schiste est près de la surface du sol, plus sa couche est mince : plus il faut creuser pour le trouver, plus sa couche est épaisse.

Selon le docteur et ingénieur en géologie Marc Durand, pour être sécuritaire, toute fracturation hydraulique devrait se faire au-delà d’un kilomètre sous les nappes phréatiques.

Nappes_Anticosti
 
Si on prend en considération que les nappes phréatiques de l’île sont situées de 100m à 200m sous la surface, la séparation entre cette nappe et les couches de schiste sous-jacentes n’atteint le kilomètre que dans moins de 20% de la surface de l’île.

Mécanisme de formation des hydrocarbures de schiste

Le schiste d’Anticosti est formé de la sédimentation d’argile qui s’est durcie au cours des siècles. Renfermant des débris de végétaux ou d’animaux marins, ceux-ci se sont transformés en hydrocarbures sous l’action de microorganismes. Ils occupent des milliards de pores dans la roche. Ces pores comptent pour 2 à 3% du volume de la pierre.

Selon les conditions de température ou de pression qui ont mené à la formation du schiste, ces pores ne contiennent parfois que du gaz naturel sous pression. À Anticosti, elles contiennent principalement un mélange de pétrole et de gaz naturel sous forme liquide.

La porosité du schiste d’Anticosti étant très faible, les hydrocarbures n’ont pas pu s’en échapper et y sont prisonniers depuis 450 millions d’années.

Extraction pétrolière à Anticosti

Les hydrocarbures de schiste sont intimement liés à la roche. Si on pouvait broyer le schiste en fine poudre pour en extraire la totalité du pétrole, on en obtiendrait 40 milliards de barils.

Malheureusement, les choses ne sont pas aussi simples. Réduire de la roche en poudre, cela demande des meules puissantes, qui requièrent des quantités colossales d’énergie. Conséquemment, cela n’est pas rentable.

La technique utilisée de nos jours consiste à fracturer la roche en injectant un mélange constitué principalement d’eau et de sable. On peut alors recueillir le pétrole et le gaz naturel libérés par ces fractures d’environ un millimètre de largeur. Entre elles, ces fractures sont distantes de plusieurs mètres.

On est donc très loin de la pulvérisation de la roche. Voilà pourquoi le taux d’extraction est extrêmement faible, de l’ordre de 1,2% dans le cas du pétrole.

Pour obtenir une exploitation complète de l’île — y compris les zones à risque de contamination des nappes phréatiques — il faudrait 12 000 à 18 000 puits au coût unitaire de dix millions$. Bref, un coût d’au moins 120 milliards$. Et ce, sans compter les royautés à payer aux pétrolières qui possèdent les brevets sur ce mode d’extraction, ni le coût des routes et des oléoducs nécessaires à l’acheminement de ce pétrole vers les marchés de consommation.

Or la ressource exploitable (le 1,2% du 40 milliards de barils), à 100$ le baril, ne vaut que 50 milliards$. En somme, on dépenserait 120 milliards$ pour en gagner 50, soit une perte de 70 milliards$ pour l’ensemble de l’île (et moins si on n’en exploite qu’une partie).

Quand au gaz naturel qui s’y trouve — et dont le taux d’extraction est de l’ordre de 20% — c’est un « déchet ». Présentement, le prix du gaz naturel est tellement bas, que cela ne vaut pas la peine de construite des gazoducs pour le transporter. Sur Anticosti, comme au Dakota, il serait brulé sur place par de hautes torches allumées jour et nuit.

Un investissement spéculatif du gouvernement

Il y a une semaine, le gouvernement Marois annonçait un investissement de 115 millions de dollars dans la recherche d’énergie fossile sur l’île d’Anticosti. Selon ce qui a été rendu public, l’entente serait un investissement de l’État dans le capital des entreprises qui ont obtenu des droits d’exploration sur l’île, en échange d’une promesse que cet argent servirait à la recherche d’hydrocarbures.

Si on tient compte de l’appréciation boursière soudaine des deux plus grosses entreprises concernées (Pétrolia et Junex, qui valent maintenant 113 millions$), la somme investie par l’État correspond à la totalité de la valeur capitalisée de ces entreprises. En d’autres mots, on aurait pu les étatiser pour le même prix. Mais si on avait fait cela, on aurait acheté du vieux stock.

L’investissement servira plutôt à connaître de manière définitive, le potentiel pétrolier de l’île : plus précisément, l’investissement permettra de doubler le nombre de puits creusés.

Si nous avions affaire à du pétrole conventionnel, de nouveaux puits pourraient faire toute la différence. À titre d’exemple, au Texas, on peut percer un puits et ne rien obtenir, puis en percer un autre 1km plus loin et bingo : le pétrole jaillit.

La vingtaine de puits qui, jusqu’ici, ont permis de comprendre les caractéristiques de la couche de schiste, ont laissé de grandes zones inexplorées. Mais puisqu’on a affaire à une formation géologique relativement homogène, on peut déjà extrapoler à partir de ce qu’on sait. Il est donc hautement probable que cela ne nous apprendra rien d’important.

Cet investissement modifie toutefois l’acceptabilité sociale de l’exploitation pétrolière à Anticosti puisque grâce à lui, la collectivité québécoise recueillerait 60% des bénéfices d’une éventuelle exploitation… si cela devait être rentable.


Post-scriptum du 2016-01-30 : Un commentaire de l’ingénieur Marc Durand paru aujourd’hui dans le Le Devoir, apporte la correction suivante relativement aux engagements de l’État québécois :

Les engagements ne sont pas de 115M$, mais plutôt 56,7M$. Cent quinze millions c’était annoncé en 2014 pour l’ensemble des ententes possibles. Or pour la partie sud de l’île, Junex n’a jamais trouvé de partenaire et il n’y a donc pas eu de fonds affectés à une prise de participation de Ressource Québec.

Québec s’est engagé avec 56,7M$ pour sa part des dépenses (57%) d’exploration de 100M$. Ca ne lui donnait cependant que 35% des parts d’hydrocarbures Anticosti S.E.C. On ne sait pas combien des 100M$ ont été dépensés pour 12 forages (2014 et 2015).

Références
Conférence de Marc Durand : L’hypothétique gisement d’hydrocarbures non conventionnels d’Anticosti
Conférence de Marc Durand : Les risques et enjeux de l’exploitation du pétrole de roche-mère d’Anticosti
Feu vert à l’exploration pétrolière
Les hypothétiques gisements d’hydrocarbures non conventionnels d’Anticosti – Risques et enjeux
Pas de salut sans exportation pour le gaz de schiste
Pétrole de schiste: Marc Durand précise ses propos
Pétrolia, Junex et Corridor tirent un profit immédiat
Québec enclenche l’exploration pétrolière sur Anticosti
Québec investira 115 millions sur Anticosti
Québec, «penny stock»

Complément de lecture : Le pétrole québécois

L’ABC du pétrole d’Anticosti
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le pétrole québécois

14 janvier 2014

Anticosti

Située dans le golfe du Saint-Laurent et faiblement peuplée, Anticosti est la plus grande île du Québec. Sa superficie est de 7 900 km² — soit à-peu-près la taille de la Corse — dont 572 km² constituent un parc national.

Son sous-sol renferme 40 milliards de baril de pétrole de schiste. Les techniques actuelles d’extraction — basées sur la fracturation hydraulique de la pierre de schiste — ne permettent qu’un faible rendement, de l’ordre de 1,2 pourcent.

En supposant que le Québec permette le saccage de cette réserve faunique au nom du progrès, l’exploitation pétrolière complète de l’ile nécessiterait la mise en place de 12 000 puits d’extraction au coût unitaire de dix millions$, soit un coût total de 120 milliards$.

Or la ressource exploitable (le 1,2%), à 100$ le baril, ne vaut que 50 milliards$.

De plus, afin d’éviter la contamination des nappes phréatiques, il est préférable que la fracturation hydraulique se fasse à plus d’un km en dessous des sources d’eau potable. Malheureusement, la structure géologique du gisement Macasty frôle les nappes phréatiques à environ 400 mètres, ce qui nécessiterait l’établissement de normes environnementales complaisantes afin d’y permettre l’exploitation pétrolière.

La Gaspésie

L’analyse des formations géologiques du sous-sol gaspésien permet de croire qu’on pourrait y trouver du pétrole de schiste. Jusqu’à maintenant, l’exploration y a trouvé des indices de gisements mineurs.

Le projet de plus avancé entrevoit un gisement de 7,7 millions de barils situé en partie dans la ville de Gaspé. Un peu plus loin, le gisement de Galt renfermerait 300 millions de barils de pétrole de schiste, soit moins du dixième des réserves d’Anticosti.

Dans tous les cas, à moins d’une revision à la hausse de l’importance des gisements ou d’une amélioration substantielle de la productivité des méthodes d’extraction, la rentabilité de l’exploitation des gisements pétroliers gaspésiens est plus que douteuse.

Le gisement Old-Harry


 
Ce gisement chevauche la frontière qui sépare deux provinces : le Québec et Terre-Neuve. Il ne s’agit pas ici d’un pétrole dispersé sous forme d’une multitude de gouttelettes emprisonnées dans une structure géologique à fragmenter, mais plutôt d’un gisement conventionnel qu’il suffit d’atteindre pour que le pétrole en jaillisse.

On parle d’une réserve de 2 milliards de barils de pétrole conventionnel.

L’économie de Terre-Neuve-et-Labrador connaît depuis quelques années une croissance fulgurante, liée aux développements de l’exploitation pétrolière offshore. Le produit intérieur brut par habitant, longtemps au dernier rang des provinces canadiennes, se situe maintenant au deuxième rang, derrière l’Alberta. Renoncer à exploiter la portion québécoise du gisement Old-Harry équivaut à en donner le monopole à Terre-Neuve.

Quant aux risques d’un déversement massif de pétrole — sur l’industrie de la pêche et l’industrie touristique des Iles de la Madeleine — ils semblent insignifiants comparés aux revenus potentiels d’une exploitation pétrolière. Quant à la contamination des nappes phréatiques de l’archipel des Iles de la Madeleine (situé à 80km du gisement), elle est tout simplement impossible.

Lorsque l’Humanité sera passée aux énergies renouvelables — ce qui n’est pas pour demain — il sera trop tard pour tirer profit de ce qui dort chez nous au fond du golfe.

Références :
Les hypothétiques gisements d’hydrocarbures non conventionnels au Québec — Risques et enjeux
Pétrole: pour un contre-manifeste
Terre-Neuve-et-Labrador
Vendre la peau d’un ours qu’on n’a pas encore vu

Paru depuis :
Fracturation pétrolière: le règlement québécois «conçu pour l’industrie» (2016-02-06)

Le pétrole québécois
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Écrit par Jean-Pierre Martel


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