Modifier la Loi 101 et l’effet domino

28 août 2017


 
Le français, une langue assiégée

Sous le titre ‘Coup dur pour la Loi 101’, le quotidien Le Devoir révélait samedi dernier les résultats d’un sondage de la firme Léger & Léger effectué entre 10 et le 13 juillet dernier auprès de 1 006 personnes.

Si on exclut les indécis, 66% des Québécois — dont 58% des répondants francophones — souhaitent qu’on permette un accès plus facile aux écoles anglaises du primaire et du secondaire à ceux qui n’y ont pas droit en vertu de la Loi 101.

Le principe fondamental de la Loi 101 est simple : seule l’école publique française est gratuite au Québec. Comme seule l’école publique italienne est gratuite en Italie. L’allemande en Allemagne. Etc.

La seule exception à cette règle, ce sont les angloQuébécois qui ont un droit constitutionnel à l’école publique anglaise. Cette dernière est donc une école d’exception alors que l’école publique française est la règle.

Le Québec a déjà fait l’expérience de la liberté de choix de la langue d’enseignement. En 1969, le gouvernement de l’Union nationale (un parti politique aujourd’hui disparu) adoptait une loi qui laissait aux parents le libre choix de la langue d’enseignement de leurs enfants.

Le résultat fut immédiat; 90% des néoQuébécois choisirent d’envoyer leurs enfants à l’école publique anglaise. Devant la menace d’une anglicisation rapide du Québec, les gouvernements libéral et péquiste adoptèrent diverses mesures correctives. Ce fut la loi 22 du PLQ puis finalement la Loi 101 du PQ, adoptée en 1977.

Pour contrer la Loi 101, l’ethnie dominante du Canada adopta cinq ans plus tard une nouvelle constitution à l’issue d’une séance ultime de négociation à laquelle le Québec ne fut pas invité.

Dans un de ses jugements, la Cour suprême du Canada a reconnu que l’article 23 de la Canadian Constitution visait à conter les dispositions linguistiques de la Loi 101.

Depuis 1982, les tribunaux utilisent tous les prétextes pour invalider des pans entiers de la Loi 101.

Aujourd’hui, on ne peut pas permettre l’accès à l’école anglaise aux francoQuébécois sans le permettre également aux néoQuébécois. Sinon, la Loi 101 sera jugée discriminatoire, donc anticonstitutionnelle. Avec les conséquences catastrophiques que cela entrainerait.

Ceci étant dit, il y a un écart entre les principes et l’application des principes. Si de nombreux francoQuébécois veulent que leurs enfants aient une meilleure connaissance de l’anglais, on peut très bien enrichir l’enseignement de l’anglais à l’école française.

La manipulation de l’opinion publique

Paradoxalement, selon ce même sondage, seulement 15% des répondants francophones souhaitent un assouplissement général de la Loi 101. Et 61%, son renforcement.

D’où la question : Comment les francoQuébécois peuvent-ils être pour une chose et son contraire ? Peut-être n’y voient-ils pas de contradiction.

Mais pour répondre véritablement à cette question, il faut se rappeler que ce sondage a été effectué avant la publication des données linguistiques du recensement de 2016.

Quel était l’état de l’opinion publique avant que soient connus les résultats de ce recensement ?

Dans les mois qui ont précédé le 35e congrès des jeunes libéraux (qui s’est tenu les 12 et 13 aout dernier), les associations des comtés anglophones ont fait savoir qu’elles se proposaient de faire adopter une résolution demandant un assouplissement de l’accès aux écoles primaires et secondaires anglaises.

Afin de stopper la montée de la CAQ dans les intentions de vote des angloQuébécois, les dirigeants du PLQ voyaient d’un bon œil l’adoption de cette résolution favorable aux angloQuébécois sans qu’il s’agisse d’un engagement formel du PLQ.

Afin de préparer le terrain, le ministre Jean-Marc Fournier (responsable de la propagande libérale) multipliait les déclarations jovialistes au sujet de la situation de français au Québec et au Canada, dissipant toute inquiétude à ce sujet.

Parallèlement, le gouvernement Couillard se disait préoccupé par le déclin démographique des angloQuébécois en région.

Bref, la table était mise pour l’adoption de cette résolution.

Et comme le gouvernement jouit d’un accès aux médias beaucoup plus facile que les partis d’opposition, cet exercice de propagande a eu pour résultat d’amener de nombreux francoQuébécois à croire que ce serait une bonne idée.

Mais voilà que Statistique Canada publie ses données originelles, très inquiétantes, au sujet de français au Québec à quelques jours du congrès des jeunes libéraux. Avec le résultat que ceux-ci rejetèrent avec sagesse les propositions des comtés anglophones. Un rejet bien accueilli par les dirigeants du PLQ, conscients que prétendre le contraire était devenu indéfendable.

La peur de faire des vagues

Les résultats de ce sondage ne montrent pas seulement la puissance de la machine de propagande libérale. Devant le silence intéressé de la Coalition Avenir Québec, aucun des partis indépendantistes n’a réussi à faire réaliser aux francoQuébécois qu’on ne doit pas toucher à la Loi 101.

Pourtant, il suffit de dix secondes aux actualités télévisées pour passer le message suivant : « Si on ouvre l’école publique anglaise aux francoQuébécois, il faut l’ouvrir aux néoQuébécois. Et si on fait ça, c’en est fini du français au Québec

La firme Léger & Léger ne manque jamais une occasion de répéter que ‘les Québécois haïssent la chicane’. Ce qu’elle oublie de dire c’est que si Camille Laurin (le père de la Loi 101) avait craint cet avertissement, le Québec serait probablement devenu majoritairement anglophone aujourd’hui. On ne fait pas d’omelettes sans casser d’œufs.

À craindre la controverse, les partis indépendantistes se condamnent à la castration idéologique.

Nos voisins du Sud doivent nous servir d’exemple; ils acceptent que des leurs meurent sous les drapeaux à l’Étranger lorsqu’on leur fait croire que c’est pour défendre la Liberté.

Il est temps qu’on nous dise qu’il y a un prix à payer pour la défense de notre langue et notre culture.

Références :
De ROC et de francophonie
La sage décision des jeunes Libéraux
Les Québécois veulent élargir l’accès à l’école anglaise
Québec inquiet de voir des communautés anglophones assimilées
Sondage Léger-Le Devoir au sujet de la Charte de la langue française

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La sage décision des jeunes Libéraux

16 août 2017

Introduction

Réunis en congrès la fin de semaine dernière, les jeunes Libéraux du Québec ont rejeté une proposition destinée à ouvrir la Loi 101 de manière à permettre l’accès d’un certain nombre de francoQuébécois à l’école primaire anglaise.

Dans le concert de reproches adressés aux jeunes Libéraux pour avoir osé suggérer d’affaiblir la Loi 101, ce qui est frappant, c’est qu’on a oublié l’essentiel; cette proposition a été rejetée.

À mon avis, les jeunes Libéraux doivent être félicités pour cette sage décision.

Mais voyons d’abord pourquoi elle a été présentée.

Les motifs favorables à l’idée

L’organisation d’un congrès politique exige une longue préparation.

Les idées des membres sont présentées aux associations locales qui les adoptent ou les rejettent.

Les suggestions retenues sont ensuite soumises à des congrès régionaux ou nationaux.

Depuis plusieurs mois, le ministre libéral Jean-Marc Fournier vantait dans Le Devoir les immenses progrès de l’usage du français au Québec et dans le reste du Canada.

Parallèlement à cela, certains jeunes Libéraux anglophones constatent un déclin des inscriptions aux écoles anglophones du Québec, au point que certaines d’entre elles sont menacées de fermeture.

Ce déclin se produit aussi dans les écoles francophones, mais de manière moins dramatique. D’où l’idée d’ouvrir la Loi 101 afin que des enfants francophones puissent venir gonfler les effectifs des écoles anglophones et empêcher la fermeture de certaines d’entre elles.

Une mauvaise idée

La publication récente des données linguistiques du dernier recensement est venue refroidir la propagande jovialiste du ministre Fournier. En deux mots, la langue en péril au Québec, c’est le français et non l’anglais.

Même si les inscriptions à l’école anglaise chutent, même si de nombreux angloQuébécois quittent le Québec pour faire carrière ailleurs, l’attrait de l’anglais est tel que de nombreux Québécois s’anglicisent. Au point que l’importance démographique des angloQuébécois demeure stable ou s’accroit.

À titre d’exemple, 60% des néoQuébécois choisissent de s’assimiler à l’anglais, en dépit des cours de francisation à leur disposition.

En matière scolaire, le principe de la Loi 101 est simple; seule l’école publique française est gratuite au Québec. Comme seule l’école publique italienne est gratuite en Italie. L’allemande en Allemagne. Etc.

La seule exception à cette règle, ce sont les angloQuébécois qui ont un droit constitutionnel à l’école publique anglaise.

Si d’autres parents veulent envoyer leurs enfants à l’école anglaise, ce doit être à l’école privée anglaise, c’est-à-dire à leurs frais et non aux frais des contribuables.

Plus nous créons d’exceptions à cette règle, plus la Cour suprême du Canada dispose de prétextes pour invalider des pans entiers de la Loi 101 sous le motif qu’elle serait discriminatoire.

Dans la cause relative aux écoles passerelles, la Cour suprême du Canada a statué qu’en vertu du droit constitutionnel à la réunification des familles, si on donne à un enfant le droit d’aller à l’école anglaise, on le donne à tous ses frères et sœurs, oncles, tantes, cousins et cousines. Bref, on le donne à tout le clan familial et à tous leurs descendants.

Jamais en France, en Italie, ou en Allemagne, on ne verrait l’État payer l’instruction dans une autre langue que la langue nationale sous le prétexte qu’il faut soutenir les activités déclinantes d’écoles qui enseignent autre chose.

Voilà pourquoi on doit féliciter les jeunes Libéraux d’avoir refusé d’affaiblir la Loi 101.

Références :
Avis aux nostalgiques : le Québec et le Canada changent!
De ROC et de francophonie
Le Canada de 2017 toujours anti-francophones
L’inaction comme politique

La sage décision des jeunes Libéraux
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Données linguistiques de Montréal selon le recensement de 2016

3 août 2017


Mise en garde : Le texte qui suit est devenu caduc depuis que Statistique Canada a constaté une erreur survenue dans la saisie des données de son recensement de 2016.

Pour les données corrigées, datées du 17 aout 2016, voir le texte L’invraisemblance des nouvelles données de Statistique Canada.

C’est le 2 aout dernier que Statistique Canada dévoilait les données linguistiques de son recensement de 2016.

Selon les données du recensement précédent — celui de 2011 — la proportion des Francophones sur l’ile de Montréal et dans l’ensemble de la région métropolitaine a décliné d’environ un pour cent de 2006 à 2011.

Qu’en est-il depuis ?

Qu’est-ce qu’un Francophone ?

La langue maternelle

Traditionnellement, Statistique Canada définit un Francophone comme un citoyen dont la langue maternelle est le français.

La majorité des citoyens canadiens sont adultes. Dans leur cas, leur langue maternelle reflète une appartenance linguistique ancienne.

Par exemple, une personne née voilà longtemps de parents francophones, mais qui, de nos jours, lit principalement des textes en anglais, voit des films en version anglaise, écoute de la musique anglaise et surtout, parle exclusivement anglais à la maison, n’est plus un Francophone.

La première langue officielle apprise

Le Canada possède deux langues officielles : l’anglais et le français.

Pour les répondants de descendance québécoise, la première langue officielle apprise, c’est la langue maternelle.

Chez les néoQuébécois, les données au sujet de la première langue officielle apprise ne tiennent pas compte des transferts linguistiques. C’est ainsi que les personnes qui, par exemple, ont appris un français boiteux dans leurs cours de francisation mais qui ont finalement choisi de s’assimiler à l’anglais seront considérés comme des Francophones si on devait se baser sur ce critère.

La principale langue officielle utilisée à la maison

Parmi toutes les questions du recensement, celle qui permet le mieux d’apprécier l’appartenance linguistique actuelle du répondant, c’est celle qui concerne la langue utilisée dans le contexte intime de la famille.

Et c’est parce que les données obtenues sont les seules significatives, elles sont les seules analysées ici.

Résultats montréalais du recensement de 2016

Le sort du français au Québec se joue dans la région montréalaise.

Il y a plusieurs raisons à cela. La principale est que cette région est la porte d’entrée de l’immigration québécoise.

Le Québec accueille annuellement environ 50 000 néoQuébécois. Cela fait un demi-million de personnes par décennie. Et ce, sans compter les enfants auxquels ils donnent naissance dans les années qui suivent leur installation chez nous. Pour un peuple de huit-millions de citoyens, cet apport est considérable.

La deuxième raison est le fait qu’à Montréal, la présence d’institutions anglaises facilite les transferts linguistiques vers l’anglais.

Qu’en est-il à ce sujet ?


Données linguistiques de 2011 et de 2016 pour l’ile de Montréal
(Note : LNO signifie Langue non officielle)

Langue parlée à la maison Nombre en 2011 % en 2011 Nombre en 2016 % en 2016
         
Français 936 870 50,3 % 944 630 49,3 %
Français + LNO 59 940 3,2 % 77 410 4,0 %
Anglais 435 675 23,4 % 445 575 23,3 %
Anglais + LNO 31 595 1,7 % 38 280 2,0 %
Français et anglais 27 670 1,5 % 34 140 1,8 %
Français + anglais + LNO 18 410 1,0 % 24 810 1,3 %
Langue non officielle 352 040 18,9 % 349 920 18,3 %
Total 1 862 200 100,0 % 1 914 765 100,0 %

Données linguistiques de 2011 et en 2016 pour la région métropolitaine
(Note : LNO signifie Langue non officielle)

Langue parlée à la maison Nombre en 2011 % en 2011 Nombre en 2016 % en 2016
         
Français 2 502 410 66,1 % 2 646 275 65,3 %
Français + LNO 87 330 2,3 % 118 970 2,9 %
Anglais 606 910 16,0 % 643 425 15,9 %
Anglais + LNO 41 050 1,1 % 50 930 1,3 %
Français et anglais 48 610 1,3 % 60 735 1,5 %
Français + anglais + LNO 27 120 0,7 % 38 490 0,9 %
Langue non officielle 472 485 12,5 % 494 535 12,2 %
Total 3 785 915 100,0 % 4 053 360 100,0 %


 
Analyse comparative

Afin de lutter contre le déclin démographique du peuple francoQuébécois, le Québec a choisi de privilégier l’accueil de travailleurs qualifiés en provenance de pays francophones et notamment en provenance du Maghreb. Ce qu’on oublie, c’est que la langue maternelle des citoyens de ces pays est majoritairement le berbère ou l’arabe.

Conséquemment, une des conséquences inéluctables de l’immigration au Québec est de diminuer la proportion des citoyens dont la langue maternelle n’est pas une des langues officielles du pays.

On devra s’y faire. D’autant plus que cela n’est pas important.

Ce qui importe, c’est l’appartenance au peuple francoQuébécois, reflétée par l’usage du français à domicile.

On obtient les données à ce sujet en combinant la proportion des Québécois dont la seule langue utilisée à la maison est le français avec la proportion de ceux qui ont entrepris un transfert linguistique vers le français et qui parlent à la maison deux langues dont une seule officielle, soit le français. Ce sont les deux premiers groupes dans les tableaux ci-dessus.

Sur l’ile de Montréal, de 2006 à 2011, la proportion de ceux-ci a décliné de 54,5% à 53,5%, soit un déclin d’un pour cent. Mais de 2011 à 2016, ce déclin s’est presque arrêté, passant de 53,5% à 53,3%, soit une différence de 0,2%.

De la même manière, dans l’ensemble de la région métropolitaine, cette proportion a décliné de 69,2% à 68,4% de 2006 à 2011. Toutefois, ce déclin a presque complètement été stoppé depuis, passant de 68,4% à 68,2% de 2011 à 2016.

Que s’est-il passé au cours de la dernière décennie ?

Sous le gouvernement Charest, le Québec a considérablement réduit les sommes consacrées à la francisation des immigrants. Il a toutefois augmenté celles destinées aux cours de francisation aux entreprises. Or il ne s’agit ici que de grandes entreprises puisqu’il était hors de question d’instituer des cours pour une petite entreprise dont le personnel compte seulement un ou deux néoQuébécois.

Le résultat a été immédiat, soit une chute des transferts linguistiques vers le français.

Sous le gouvernement Couillard, on a récemment rétabli en partie le budget des cours de francisation. Par contre, dans la région métropolitaine, on a créé des cours d’anglais dans le but d’augmenter l’employabilité des néoQuébécois qui ne connaissent pas suffisamment cette langue.

À Montréal et sa périphérie, le résultat de ces mesures opposées a été neutre.

Afin d’accroitre la francisation des immigrants sans affecter le trésor public, on a favorisé l’installation des immigrants ‘en province’, comptant sur le pouvoir assimilateur naturel de milieux presque totalement francophones.

Cette stratégie ‘passive’ a donné d’excellents résultats parmi la progéniture des immigrants installés en province puisque leurs enfants sont devenus francophones dans une proportion très élevée.

Chez leurs parents — qui représentent entre la moitié et le tiers des membres de ces familles — les résultats sont mitigés.

Des indices — notamment au sein de certaines communautés asiatiques dans la région de Québec — laissent penser qu’on s’est soumis à des cours de francisation pour la forme, avec l’intention réelle de s’assimiler à l’anglais et pour ce faire, de déménager en Ontario à la première occasion.

Voilà peut-être pourquoi on assiste à un déclin de la proportion de Francophones à l’extérieur de la région métropolitaine, déclin auquel il ne faut pas attacher plus d’importance qu’il n’en faut puisqu’il ne compromet pas la survie du français là où il a été constaté.

Précisons qu’il ne s’agit-là que d’une hypothèse. Toutefois, si elle est exacte, on devrait peaufiner nos politiques d’immigration afin d’éviter une immigration de transit qui représente un gaspillage de ressources.

Les correctifs

En dépit de l’analyse comparative ci-dessus, très centrée sur l’immigration, la place du français au Québec dépend de l’ensemble des mesures comprises dans une politique linguistique.

Il est illusoire de penser que le français peut se maintenir au Québec sans des mesures protectionnistes. Rappelons-nous que l’anglais est devenu la langue dominante au Canada grâce à une politique génocidaire à l’égard des premiers habitants de ce pays (les peuples autochtones) et une politique migratoire agressive dans l’ensemble du Canada.

Dans le cas du Québec, si la proportion des Francophones s’est presque maintenue de 2011 à 2016, elle décline depuis des décennies, y compris au cours des dix dernières années.

Ce déclin d’environ 1,2% en dix ans tire son importance de l’effet cumulatif de déclins antérieurs.

C’est nous, collectivement, qui décidons de notre avenir. Jusqu’où sommes-nous prêts à descendre ?

À mon avis, nous devons rétablir la place qu’occupait le français au Québec.

Pour ce faire, notre politique linguistique doit faire en sorte que les Québécois se sentent tout naturellement chez eux au Québec.

On doit pouvoir travailler en français. Cela implique que le supérieur hiérarchique anglophone doit s’adresser aux Francophones dans leur langue et non l’inverse. Comment a-t-on réagi au Canada anglais lorsqu’une minière a voulu imposer la connaissance du mandarin comme critère d’embauche sous le prétexte que les dirigeants de la compagnie étaient chinois ?

Quels que soient les avantages du bilinguisme (auxquels je souscris), il est inacceptable qu’on disqualifie à certains postes les candidats Francophones unilingues alors que la connaissance de l’anglais n’est pas nécessaire. Leur droit au travail doit être respecté. Ce qui signifie qu’on ne doit pas accepter comme définitif le biais interprétatif créé dans une cause récente à Gatineau.

Pour terminer au sujet de la langue au travail, il faut étendre l’obligation d’obtenir un certificat de francisation aux entreprises de 25 à 49 employés. Cette obligation existe déjà pour les entreprises de cinquante employés et plus.

En plus du droit au travail, on doit consacrer le droit d’être servi en français partout sur le territoire québécois. De la même manière, il est inacceptable qu’un tribunal ait rendu récemment un jugement en anglais au Québec dans une cause plaidée exclusivement en français et où l’accusé était unilingue français.

Dans le cas précis de notre politique migratoire, nous devons imiter la Grande-Bretagne. Dans ce pays, la connaissance préalable de la langue nationale par le requérant et son conjoint est un prérequis à l’acceptation d’une demande d’immigration.

Bref, après quinze de laisser-faire libéral, le français n’occupe pas la place qu’il devrait avoir chez nous à titre de langue nationale. Voilà pourquoi un certain nombre de correctifs s’imposent. Correctifs dont la nécessité nous est rappelée par les résultats du dernier recensement.

Conclusion

La grande différence entre les données des recensements de 2011 et de 2016, c’est que dans le premier cas, on pouvait y voir des signes encourageants ou non selon la définition du mot ‘Francophone’.

Avec celui de 2016, tous les voyants lumineux clignotent au rouge.

En analysant chacun de ces deux recensements, nous avons fait ici le choix de nous en tenir à la langue réellement parlée de nos jours par le répondant.

Ce point de vue possède l’avantage de suivre précisément un phénomène de fond, inéluctable depuis longtemps, et d’en tirer une conclusion qui ne surprendra personne; l’importance démographique du français décline inexorablement depuis des années au Québec et la protection de notre langue doit y être renforcée.

Références :
Controversy over Chinese miners in B.C. prompts review
Données linguistiques de Montréal selon le recensement de 2011
Être condamné dans une langue qu’on ne comprend pas
Immigrants’ spouses ‘must speak English before entering UK’
Le droit de travailler en français au Québec menacé
Le français, non merci
Le PQ et la francisation des immigrants
Données du recensement de 2016 : Montréal
Données du recensement de 2016 : région métropolitaine

Données linguistiques de Montréal selon le recensement de 2016
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les Chippendales du PQ ou l’art de déchirer sa chemise en public

14 janvier 2017


 
Dans une lettre ouverte publiée dans Le Devoir, cinq Indépendantistes influents critiquent certaines des modifications que M. Jean-François Lisée, chef du Parti québécois, se propose d’apporter au programme de sa formation politique.

Soumettre les CÉGEPs anglophones à la Loi 101

Selon les signataires, «…il est si essentiel que le champ d’application de la Charte de la langue française soit étendu au collégial, agissant ainsi en amont du monde du travail.»

En somme, ils veulent limiter l’accès des CÉGEPs anglophones aux seuls angloQuébécois. Il s’agit d’une mesure que ni René Lévesque, ni Jacques Parizeau, ni Lucien Bouchard, ni Bernard Landry, ni Pauline Marois n’ont entreprise.

Pourquoi aucun gouvernement péquiste n’a osé faire cela jusqu’ici ? Parce que le problème était moins important, répondent les signataires.

Le fond de l’histoire, c’est que M. Lisée veut enlever du programme du PQ une disposition qui permettrait aux Libéraux de crier au loup. Une mesure qui, de toute manière, ne serait mise en application ni par lui ni par personne d’autre.

Au niveau collégial, 23% des parents québécois jugent — à tort ou à raison — que leurs adolescents devraient suivre leurs cours en anglais.

J’inviterais les protestataires à se demander pourquoi tant de parents pensent ainsi. Promouvoir un programme électoral de type ‘punitif’ pour corriger le peuple de ses défauts n’est pas très vendeur.

En contrepartie, au niveau des CÉGEPs anglophones, M. Lisée propose que tous les finissants réussissent un examen de français avant de recevoir leur diplôme. Conséquemment, le français devient alors l’équivalent d’une matière obligatoire.

Même auprès des parents angloQuébécois, cela se justifie au nom de l’employabilité. De plus, c’est une mesure facile à mettre en application et qui a l’avantage indiscutable d’être mieux que rien.

Les cours de francisation aux immigrants

Les auteurs de la lettre ouverte écrivent : « …étant donné qu’encore aujourd’hui, plus de 200 000 Québécois issus de l’immigration ne parlent pas un mot de français, les cours de francisation devraient être obligatoires et les allocations pour ce faire, bonifiées.»

Les cours de francisation demeureront nécessaires dans le cas des réfugiés. M. Lisée se propose de les maintenir et de les rémunérer.

Mais les signataires radotent au sujet des travailleurs qualifiés. Ce que M. Lisée propose à leur sujet est beaucoup plus radical et beaucoup plus efficace : le candidat à l’immigration et son conjoint devront démontrer une connaissance intermédiaire ou avancée du français, sinon ils ne recevront pas de certificat de sélection.

En d’autres mots, un travailleur qualifié ne pourra pas mettre le pied au Québec s’il ne connait pas déjà le français. Peut-on trouver une meilleure motivation à apprendre notre langue ?

Fini les excuses des néoQuébécois qui ont renoncé à apprendre le français au Québec sous le prétexte que c’était trop difficile.

L’unilinguisme français de l’État québécois

Les signataires écrivent : «…il faut considérer comme prioritaire de mettre fin au bilinguisme institutionnel dans les services gouvernementaux.»

Qualifiant cette mesure de vexatoire et de mesquine, M. Raymond Labelle réplique : « Refuser de parler anglais au citoyen unilingue anglais qui cherche à payer ses impôts, se fait soigner, va au CLSC ou demande des renseignements sur son permis de conduire ne se fait pas en pratique de toute façon – c’est pour ça que ça n’arrivait pas même sous les gouvernements du PQ.»

Je ne saurais pas dire mieux.

Conclusion

Depuis des décennies, j’assiste impuissant à l’anglicisation de Montréal pendant que le PQ — qui devrait nous protéger — se déchire dans des débats futiles. Cette lettre publiée dans Le Devoir en est un exemple.

Le PQ est né d’un mouvement politique, le Mouvement Souveraineté-Association. Il a malheureusement conservé les attributs d’un simple mouvement politique, notamment un programme truffé de mesures ‘décoratives’.

Sont décoratives les mesures que personne n’a l’intention de mettre en application, qu’aucun gouvernement péquiste n’a implantées alors qu’il était au pouvoir, mais qui demeurent dans le programme parce que cela fait joli.

Or un programme politique se définit comme un ensemble de mesures qu’un parti s’engage à mettre en place une fois élu.

Retirer du programme des mesures indéfendables et les remplacer par d’autres, simples et efficaces, voilà ce que proposent les nouveaux dirigeants du PQ. Et voilà justement ce qui m’a incité à adhérer au PQ; voir ce parti renouveler son idéologie vieillissante, pleine de belles résolutions creuses.

Au cours des mois qui viennent, les propositions présentées aujourd’hui feront l’objet de discussions parmi les membres de chaque circonscription. Et ces propositions, amendées ou non, seront soumises à un congrès en septembre 2017 pour approbation finale.

Pour les signataires de cette lettre ouverte, qu’est-ce qui justifiait l’urgence de déchirer leurs chemises sur la place publique ? Sont-ils à ce point désespérés de ne pouvoir se faire entendre de la direction du PQ ?

Je suggèrerais à nos Chippendales de se rhabiller et d’en discuter calmement, entre amis, devant les diverses instances du PQ.

Références :
Langue française: Lisée rencontre de la résistance
La proposition de Jean-François Lisée est insuffisante
Le PQ et la francisation des immigrants

Les Chippendales du PQ ou l’art de déchirer sa chemise en public
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Être condamné dans une langue qu’on ne comprend pas

11 juillet 2016

Introduction

Un article de La Presse paru vendredi dernier a remis dans l’actualité une histoire qui remonte à 2013.

Il s’agit du cas d’un avocat de la défense qui a protesté parce qu’une cause entièrement plaidée en français a abouti à un jugement écrit en anglais.

Tout cela revient dans l’actualité parce que cet avocat vient d’être condamné par le Comité de discipline de son ordre professionnel pour avoir osé protester à ce sujet.

Les détails

Jacques Caya exerce le métier de conseiller en sécurité financière. En 2009, il a été condamné sous divers chefs d’accusation par la Chambre de la sécurité financière.

En 2013, il perd également une cause qui l’oppose à l’Autorité des marchés financiers. Cette condamnation est portée en appel devant la Cour Supérieure du Québec, une cour où tous les juges sont nommés par le gouvernement fédéral.

C’est là que les choses se gâtent.

L’appel est entendu en avril 2014 par la juge fédérale Karen Kear-Jodoin. Celle-ci est bilingue mais est beaucoup plus familière avec l’anglais.

En effet, c’est en anglais, sa langue maternelle, que cette juge rend presque tous ses jugements. Elle doit au ministre fédéral Rob Nicholson, unilingue anglais, sa promotion à la magistrature.

Devant la Cour supérieure, lors de l’audition de la cause en question, tous les avocats sont francophones et le procès se déroule exclusivement en français. L’appelant — qui est l’accusé en première instance — est unilingue français.

À la fin des procédures, la juge Karen Kear-Jodoin informe les avocats des deux parties qu’elle rendra son jugement en anglais. L’avocat de M. Caya est absent et est représenté par une collègue qui négligera d’en informer son confrère.

En janvier 2015, par un courriel rédigé en anglais, la secrétaire de la juge anglophone informe l’avocat de la défense que le jugement a été finalement rendu. C’est en prenant connaissance de ce jugement de huit pages que celui-ci découvre qu’il est rédigé en anglais.

Ce dernier s’empresse d’écrire une lettre de protestation à la juge Karen Kear-Jodoin, avec copie conforme au juge en chef de la Cour supérieure.

Celui-ci porte l’affaire à l’attention du syndic du Barreau qui fait alors condamner l’avocat protestataire par son Comité de disciple en mai 2016 pour défaut de soutenir l’autorité des tribunaux.

Contrairement aux avocats, vous et moi ne sommes pas obligés de faire des courbettes à un magistrat lorsqu’il manque de jugement.

Au Québec, il y a une multitude de secrétaires juridiques qui sont également traductrices. Au lieu, comme elle l’a fait, d’avoir engagé une secrétaire anglophone plus ou moins bilingue, si la juge Karen Kear-Jodoin avait embauché une secrétaire parfaitement bilingue, personne ne soupçonnerait les lacunes de son français écrit.

De plus, c’est un grossier manque de jugement que d’accepter d’entendre une cause dans une langue dont on ne maitrise pas toutes les subtilités.

Le conformisme juridique face au colonialisme canadian

En 1760, aucun juge de la Nouvelle-France récemment conquise n’était familier avec le Common Law. C’est pourtant le cadre juridique anglais qui s’appliquait dorénavant dans les affaires criminelles de la colonie. Le nouveau pouvoir colonial fut donc obligé de nommer urgemment des juges anglais pour traiter des affaires criminelles courantes.

Voilà pourquoi le conquérant a imposé à ses nouveaux sujets le droit du juge de rendre ses décisions dans la langue de son choix puisque ces nouveaux juges ne parlaient pas français.

Chez un peuple conquis militairement — comme ce fut notre cas en 1760 — tout jugement rendu dans la langue du conquérant est une offense aux yeux du conquis et le rappel de son assujettissement.

De constitution en constitution, cette situation perdure depuis.

Le British North America Act de 1867 permettait également aux tribunaux de rendre un jugement dans la langue de leur choix.

Et ce droit discrétionnaire a été reconduit par la Canadian Constitution, adoptée en 1982 par l’ethnie dominante du Canada à l’issue d’une séance ultime de négociation à laquelle le Québec n’a pas été invité. Tout comme une colonie ne décide pas de la manière avec laquelle le pouvoir colonial exerce son autorité sur elle.

Dans les faits, aucun juge ne condamne un Anglophone en français. Mais à l’inverse, jusqu’au XXe siècle, il était fréquent que des tribunaux canadiens condamnent en anglais des Francophones. Heureusement, de nos jours, cela est devenu très rare.

Le jugement de la magistrate Karen Kear-Jodoin est donc un cas exceptionnel. Mais il tire son importance du fait qu’il est révélateur de l’état d’assujettissement du peuple francoQuébécois à l’ordre colonial canadien.

Dans la majorité des pays, le droit d’être jugé dans sa langue est considéré comme un droit fondamental. En d’autres mots, il s’agit d’un droit de l’homme.

L’accusé, surtout s’il perd sa cause, doit comprendre pourquoi il est condamné. Peut-on lui garantir une justice équitable lorsqu’il lui est facile d’imaginer que le tribunal n’a pas très bien compris la preuve présentée devant lui ? La crédibilité du système juridique exige le respect de ce droit fondamental. Lorsque les deux parties parlent une langue différente, la primauté devrait aller à celle de l’accusé.

Mais ce n’est pas le cas au Canada, où prime le droit constitutionnel du juge : cette primauté est un reliquat du passé colonial du pays.

En dépit de l’indélicatesse de l’avocat contestataire, le syndic du Barreau n’était pas obligé de soumettre son cas devant son Comité de discipline. Mais il a préféré rappeler à l’ensemble de la profession juridique son statut de subalterne à l’ordre colonial canadien.

Et pour pallier à cela, la Charte québécoise de la langue française (la Loi 101) prévoit que tout jugement rendu par un tribunal soit traduit gratuitement en français ou en anglais, à la demande d’une partie. Voilà pourquoi l’avocat de M. Caya a finalement obtenu une traduction gratuite du jugement après en avoir fait la demande.

Toutefois, on doit se rappeler que ces frais de traduction, à la charge des contribuables, ne seraient pas nécessaires dans bien des cas si les tribunaux respectaient nos droits fondamentaux au lieu d’être bafoués par des magistrats qui, comme la juge Karen Kear-Jodoin, incarnent le colonialisme canadien.

Références :
Décision de la Chambre de la sécurité financière
Français au tribunal: plainte contre le juge en chef
Judgment by the Honourable Karen Kear-Jodoin
La nomination de Rob Nicholson aux Affaires étrangères critiquée à Québec
Le juge en chef de la Cour supérieure clarifie ses motifs
Le ministre de la Justice annonce la nomination d’une autre associée de RSS à la magistrature
Lettre de Me Allali
Un avocat sanctionné après s’être plaint d’avoir reçu un jugement en anglais
Une décision en français svp

Parus depuis :
Les faux procès (2016-07-14)
L’article controversé de la loi sur la neutralité religieuse est suspendu (2017-12-02)

Être condamné dans une langue qu’on ne comprend pas
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Écrit par Jean-Pierre Martel


La liste noire de l’Office de la langue française

26 mai 2015

La Charte québécoise de la langue française — c’est-à-dire la Loi 101 — comporte des dispositions qui visent à faire du français la langue d’usage normale et habituelle du travail, du commerce et des affaires au Québec.

En d’autres mots, la Loi 101 vise à faire en sorte que les Québécois francophones se sentent chez eux dans leur propre pays.

Pour les entreprises qui emploient cinquante personnes ou plus au Québec, la loi propose une démarche et des délais pour que l’implantation du français soit au cœur des activités de ces entreprises.

Toutefois, un certain nombre d’entreprises refusent obstinément de le faire. Rappelons que cette exigence ne s’applique pas aux petites entreprises familiales qui, pour des raisons bien légitimes, peuvent décider de travailleur dans une autre langue que le français, voire même dans une langue qui n’est ni le français ni l’anglais.

L’Office de la langue française publie donc une liste des entreprises multirécidivistes qui comptent au moins cinquante employés.

Celles qui sont sur cette liste noire ne peuvent recevoir aucun contrat gouvernemental, aucune subvention, aucun avantage de quelque nature que ce soit de la part de l’État québécois.

Cette liste comprend les 23 entreprises suivantes :

Astra Coffrage
41, rue Gaston-Dumoulin
Blainville (Québec) J7C 6B4

Concept S.G.A.
3160, boulevard des Entreprises
Terrebonne (Québec) J6X 4J8

Connecteurs électriques Weco
18050, autoroute Transcanadienne
Kirkland (Québec) H9J 4A1

Corporation de technologies GSC
160, rue Vanier
Saint-Jean-sur-Richelieu (Québec) J3B 3R4

Corporation La Senza
1608, boulevard Saint-Régis
Dorval (Québec) H9P 1H6

Danson Décor
3425, rue Douglas-B.-Floreani
Saint-Laurent (Québec) H4S 1Y6

Les Développements Rekern
333, boulevard Décarie, 5e étage
Saint-Laurent (Québec) H4N 3M9

La compagnie Flying J Canada
10, boulevard de la Gare
Vaudreuil-Dorion (Québec) J7V 9J5

Garde confort
186, place Sutton, bureau 135
Beaconsfield (Québec) H9W 5S3

Hilton Garden Inn Montréal Centre-Ville
380, rue Sherbrooke Ouest
Montréal (Québec) H3A 0B1

Les Industries C.P.S.
30, chemin de l’Aviation
Pointe-Claire (Québec) H9R 5M6

Industries Lela
5315, boulevard Saint-Laurent
Montréal (Québec) H2T 1S5

Industries Lynx
175, rue Upper Edison
Saint-Lambert (Québec) J4R 2R3

Literie Primo
7000, rue Hochelaga
Montréal (Québec) H1N 1Y7

Maison Condelle (3291316 Canada)
2935, rue De Rouen
Montréal (Québec) H2K 1N9

Métal Leetwo
7800, route Transcanadienne
Pointe-Claire (Québec) H9R 1C6

Montréal Auto Prix
4900, boulevard Métropolitain Est
Montréal (Québec) H1S 3A4

Les Pavillons LaSalle
400, rue Louis-Fortier
LaSalle (Québec) H8R 0A8

Polinex Plastiques
2850, rue Botham
Saint-Laurent (Québec) H4S 1J1

Produits de fils de fer Laurentian
10500, rue Sécant
Saint-Léonard (Québec) H1J 1S3

Sir Winston Churchill Pub
1459, rue Crescent
Montréal (Québec) H3G 2B2

Systèmes David Brown
20375, avenue Clark-Graham
Baie-D’Urfé (Québec) H9X 3T5

TI Titanium
5055, rue Lévy
Saint-Laurent (Québec) H4R 2N9

Si vous reconnaissez une compagnie qui vous est familière, je vous invite à diffuser son nom par les médias sociaux afin que tous ses clients potentiels sachent qu’elle figure sur la liste noire de l’Office de la langue française.

On peut également consulter cette liste, directement sur le site de l’Office, en cliquant sur ceci

La liste noire de l’Office de la langue française
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Pourquoi le PQ veut-il l’indépendance du Québec ?

20 mars 2015

Introduction

Hier, M. Pierre-Karl Péladeau, aspirant à la chefferie du Parti Québécois, a déclenché une vive controverse après avoir déclaré : « On n’aura pas 25 ans devant nous pour réaliser l’indépendance. Avec la démographie, avec l’immigration, c’est certain qu’on perd un comté à chaque année. On souhaiterait pouvoir mieux les contrôler, mais ne nous faisons pas d’illusion. (…) Qui prend en charge les immigrés qui viennent s’installer ici au Québec ? C’est le gouvernement fédéral. »

Par souci de rectitude politique, les autres candidats à la chefferie se sont empressés de corriger M. Péladeau en soulignant que le projet indépendantiste du Parti Québécois devait rallier tous les Québécois, et que les néoQuébécois constituaient une richesse pour le Québec.

Les porte-paroles des autres formations politiques, dont le Premier ministre du Québec, ont accusé le Parti Québécois d’être animé par un nationalisme ethnique, et d’être un parti sectaire et xénophobe.

Désapprouvé de toutes parts, M. Péladeau a finalement présenté ses excuses.

Les faits

Déclin de l’appui à l’indépendance du Québec depuis une décennie

Depuis une décennie, l’appui à l’indépendance du Québec est passé d’environ 50% à environ 39% de l’ensemble de la population québécoise.

Si on tient compte du fait que la minorité anglophone du Québec est demeurée tout aussi opposée à l’indépendance, il peut conclure que ce déclin est essentiellement lié à une diminution de la ferveur indépendantiste des Francophones eux-mêmes.

Selon Statistique Canada, de 2006 à 2011, le pourcentage de Francophones sur l’île de Montréal est passé de 54,5% en 2006 à 53,3% en 2011 et, dans l’ensemble de la région montréalaise, de 69,2% à 68,4%.

Le déclin de 1% des Francophones montréalais en seulement cinq ans — aussi inquiétant que soit cette tendance à long terme quant à la survie de la majorité francophone au Québec — compte secondairement sur le déclin de l’option indépendantiste dans l’ensemble de la population québécoise depuis une décennie. La cause principale est sa perte de popularité chez les Francophones dits « de souche ».

Nationalisme ethnique vs nationalisme linguistique

Aussi maladroits qu’aient été les propos de M. Péladeau, ceux-ci reflètent une inquiétude sincère chez lui quant à l’avenir du français au Québec, préoccupation partagée par une bonne partie des Montréalais francophones, témoins quotidiens de l’anglicisation de la métropole.

Face aux accusations libérales d’ethnocentrisme et de xénophobie, les autres candidats à la chefferie ont raté une occasion de réitérer que la raison d’être fondamentale du Parti Québécois est la lutte pour la pérennité du caractère majoritairement francophone de la Nation québécoise; en effet, rien d’autre ne justifie l’indépendance du Québec et les risques entrainés par la sécession du Canada.

On a tort de penser qu’on pourra motiver les Québécois à faire l’indépendance pour des raisons aussi abstraites que le désir de voir le Québec écrire son nom dans le grand livre de l’histoire des peuples ou dans le but d’avoir sa propre voix à l’ONU. Même l’argument du chevauchement des juridictions entre le fédéral et le provincial justifie autant la souveraineté du Québec que son contraire, soit la centralisation de tous les pouvoirs à Ottawa.

En diluant son programme afin de le rendre acceptable au plus grand nombre et le rendre aussi inoffensif que des granules homéopathiques, le Parti Québécois a perdu de vue les raisons qui justifient la création d’un pays appelé Québec. Il ne suffit pas de prêter allégeance à la cause souverainiste : le PQ doit expliquer ce qui justifie le partage du Canada.

La cuisante défaite de ce parti aux dernières élections aurait dû provoquer une profonde remise en question de son idéologie. Au contraire, afin d’éviter des déchirements internes, les rescapés du naufrage vivent depuis dans le déni.

Les programmes des candidats à la chefferie péquiste comportent des idées certes intéressantes, mais majoritairement réalisables à l’intérieur du cadre constitutionnel canadien. À titre d’exemple, a-t-on besoin de faire l’indépendance pour favoriser l’électrification des transports ?

Ces idées servent donc de paravent à la soumission à une idéologie qui a fait long feu et qui colle de moins en moins aux préoccupations actuelles des Québécois.

Seul le principal candidat dans cette course — se comportant parfois comme un cheval fou trop à l’étroit dans son enclos — laisse présager, en dépit de ses maladresses, qu’il est le seul qui ait l’envergure, la volonté et la poigne pour amener ce parti à de douloureuses mais nécessaires remises en question.

Références :
Déclin de l’option souverainiste: les immigrants n’y sont pour rien, dit un chercheur
Données linguistiques de Montréal selon le recensement de 2011
L’immigration menace le projet souverainiste, selon Péladeau
Péladeau sur l’immigration: dérive vers le «nationalisme ethnique», selon Couillard
Programme du Parti québécois

Compléments de lecture :
Jacques Parizeau radote
La Charte de la laïcité : un mauvais départ
Parti Québécois : une décennie de dysfonctionnement électoral

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’injustice et la peur

23 septembre 2014

Le moteur des révolutions est le sentiment d’injustice.

En Tunisie, un vendeur voit son étal de fruits confisqué arbitrairement par la police. Dans son esprit, la perte de son unique gagne-pain condamne ses enfants à mourir de faim. Il s’immole par le feu pour dénoncer cette injustice et son sacrifice déclenche le Printemps arabe.

Aux États-Unis en 1764, une taxe jugée injuste sur le thé déclenche une révolte — animée par le slogan « No taxation without representation » — qui mène à la Révolution américaine.

En 1789, la misère du peuple et le faste de la cour entrainent la France sur la voie de la Révolution française.

Après près de 1,7 million de morts au cours de la Première Guerre mondiale — causés par une aristocratie militaire incompétente — il faudra un hiver rude et des pénuries alimentaires pour déclencher des émeutes (sévèrement réprimées) menant à la Révolution russe.

Sans qu’il s’agisse d’une révolution, rappelons que l’accession au pouvoir du Parti Québécois en 1976 a été favorisée par un fait divers; la suspension, par la Canadian Air Traffic Control Association, de pilotes et contrôleurs canadiens-français pour avoir parlé entre eux en français.

À l’opposé, le meilleur moyen d’étouffer une révolte, c’est la peur. La peur de la mitraille ou la peur des conséquences d’un bouleversement politique ou économique. De manière absurde, il faut que même le pauvre se dise : « J’ai rien mais je ne veux pas tout perdre. »

Voilà pourquoi la peur a été utilisée contre les indépendantistes d’Écosse et ceux du Québec. Elle le sera contre les indépendantistes de Catalogne.

Certains s’en offusquent. Moi, je trouve cela normal. Le recours à la peur est légitime de la part de ceux qui s’opposent au changement parce qu’ultimement, c’est le seul moyen qui marche. Or, lorsqu’il s’agit de la raison d’État, la fin justifie toujours les moyens.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le colloque destiNation

21 septembre 2014

Hier et aujourd’hui, j’ai participé au colloque indépendantiste « destiNation : Nouvelles idées » organisé par le Conseil de la souveraineté du Québec.

Ouvert à tous, ce colloque réunissait un millier de participants invités à entendre des conférenciers le matin et, en après-midi, à discuter de sujets précis en ateliers. Je me suis inscrit à celui relatif à la langue et à la culture. Le lendemain, les propositions adoptées en atelier étaient soumises pour adoption finale lors d’une plénière.

Parmi les conférenciers, quelques-uns furent plutôt bien. Mais la majorité des exposés furent exceptionnellement bons, présentés par des conférenciers brillants que j’entendais pour la première fois.

En atelier, les participants étaient invités à discuter de deux projets de propositions (susceptibles d’être amendées) et, si approprié, à soumettre de nouvelles propositions.

En plénière, les seules propositions retenues en atelier qui furent soumises à l’assemblée étaient celles qui apparaissaient originellement dans le cahier de propositions (à quelques détails près).

Globalement, il s’agissait de vœux pieux et dans certains cas, de propositions tellement ambitieuses qu’elles dépassent les capacités organisationnelles du Conseil de la souveraineté du Québec.

En effet, cet organisme est financé par les cotisations de quelques centaines de membres et par les profits réalisés lors d’événements-bénéfices (exemple : des méchouis).

Bref, n’importe quel stratège hostile à l’idéologie de cet organisme aurait très bien pu voter en faveur de certaines de ses résolutions dans l’espoir machiavélique qu’il se disperse dans tous les sens et épuise ses bénévoles à des projets mobilisateurs trop ambitieux.

Toutes les propositions ont été adoptées sauf une. Personnellement, j’ai voté contre un petit nombre d’entre elles.

Les propositions de l’atelier sur la langue et la culture

Les projets de propositions soumises à notre attention visaient quatre objectifs. Premièrement, réaffirmer l’importance de la défense du français. Deuxièmement, se prononcer en faveur du soutien de l’État aux industries culturelles. Troisièmement, inviter ces industries à réfléchir sur la manière de mieux orienter l’action du mouvement indépendantiste sur les enjeux culturels. Et dernièrement, inviter les artistes à promouvoir le mouvement indépendantiste.

Bref, rien de concret. De belles propositions charmantes et inoffensives, délicates comme de la dentelle et aussi consistantes que du Jell-O.

En lisant et relisant les résolutions de mon comité, l’image qui me venait constamment à l’esprit, c’est celle d’une famille qui se réveille alors que leur maison est en feu. Au lieu d’appeler les pompiers ou de se précipiter à l’extérieur afin d’éviter d’être brulés vifs, les membres de cette famille décidaient plutôt de se réunir autour de la table de la cuisine afin de discuter d’une proposition visant à sensibiliser les pompiers à l’importance d’éteindre les feux.

Bref, dans 500 ans, si des anthropologues devaient creuser le sol de Montréal dans le but d’essayer de comprendre comment la société québécoise s’est éteinte, il leur suffira de découvrir les résolutions dont ses élites discutaient alors que leur maison était en feu, pour comprendre pourquoi cette société a disparu.

L’erreur du Budget de l’An 1

J’ai également voté contre la proposition voulant «… que les organisations de la société civile entreprennent une réflexion sur la nécessité pour le Québec de mettre en œuvre une démarche constituante permettant aux Québécois de définir leur propre constitution ».

Ce charabia signifie que le petit nombre d’organismes qui soutiennent le Conseil s’uniraient à lui pour former une Assemblée constituante — à l’image de celle de 1789, au début de la Révolution française — qui s’attellerait à la tâche de rédiger, au nom du peuple québécois, la constitution hypothétique d’un Québec indépendant.

J’ai voté contre parce qu’il est extrêmement prétentieux pour le Conseil, représentatif d’un minuscule pourcentage du peuple québécois, de se donner le mandat de diriger les travaux menant à la rédaction de la constitution d’un pays à venir.

Au cours des deux référendums précédents, personne n’a demandé de voir la future Constitution du Québec avant de voter.

Pour le mouvement indépendantiste, il est donc imprudent de risquer que la stratégie de la future campagne référendaire dérape au sujet d’un obscur article d’un texte constitutionnel hypothétique et répéter ainsi l’erreur du « Budget de l’an 1 » du Parti Québécois.

D’où vient cette manie de créer des vulnérabilités inutilement ? De toute évidence, certains indépendantistes ne tirent jamais de leçon des erreurs du passé.

Les référendums-suicides

De plus, j’ai voté contre la résolution voulant qu’on tienne, dès que possible, un référendum sur l’indépendance du Québec.

La veille, un conférencier est venu expliquer que l’appui du peuple québécois à l’indépendance est en lent déclin depuis des années.

Déclin de l’appui à l’indépendance du Québec depuis une décennie

Depuis les deux référendums sur l’indépendance, battus de justesse, le Québec accueille annuellement 50 000 personnes, ce qui fait un demi-million d’immigrants par décennie.

À 60%, ceux-ci choisissent de s’angliciser. Au contraire, le Québec est francophone à 80%. Cet apport humain de néoQuébécois entraine donc un bouleversement démographique.

Au sein d’une population déchirée à se sujet, la diminution du pourcentage des Francophones qui habitent Montréal et sa périphérie entre 2006 et 2011 s’opère dans un contexte où chaque fraction de pourcentage compte.

Le seul groupe linguistique majoritairement favorable à l’indépendance, ce sont les Québécois francophones (de souche ou non). Or leur ferveur indépendantiste diminue depuis une décennie.

Il est donc impossible que le peuple québécois vote majoritairement pour l’indépendance tant et aussi longtemps que le pourcentage de Francophones à Montréal continuera de péricliter et tant qu’on n’aura pas convaincu davantage de Francophones à l’option indépendantiste.

À vouloir imposer aux gens un référendum dont ils ne veulent pas, certains Québécois en sont rendus à faire de l’urticaire simplement à entendre prononcer le mot « référendum » alors qu’il n’y a rien de plus démocratique que de donner au peuple le pouvoir de décider des enjeux importants qui le concernent.

L’aveuglement idéologique du Conseil explique à la fois sa volonté de promouvoir la tenue de référendums-suicides, et l’insignifiance des propositions qui nous ont été soumises à l’atelier sur la langue et la culture.

Conclusion

À la suite de la défaite électorale cuisante des deux principaux partis politiques indépendantistes — le Bloc Québécois sur la scène fédérale et le Parti Québécois sur la scène provinciale — les partis et mouvements indépendantistes sont plus que jamais ouverts aux idées nouvelles.

Toutefois, elles ont encore conservé les mécanismes de défense qu’elles ont mis en place depuis des décennies afin de se protéger des hurluberlus et des fanatiques.

Mais en dépit de ces réflexes défensifs, ces organisations ont perdu la suffisance qu’elles affichaient du temps de leurs heures de gloire. Même si les idées que j’ai exprimées dans l’atelier auquel je me suis inscrit n’ont pas été retenues et n’ont donc pas été présentées à l’assemblée du lendemain, ces idées — qui sont celles que j’exprime depuis quatre ans sur ce blogue — ont trouvé un autre terreau fertile et je suis convaincu qu’elles feront leur chemin.

Pour terminer, voici quelques photos prises à ce colloque.

L’animatrice Martine Desjardins et les conférenciers Pierre-Alain Cotnoir et Jean-François Nadeau
Flavie Payette-Renouf, Robert Laplante et Monique Pauzé
Danic Parenteau
Jean-Pierre Charbonneau
Jocelyn Caron
L’ex premier ministre Bernard Landry
Animateurs de mon atelier : Jean-François Payette, Simon-Pierre Savard-Tremblay, Maxime Laporte, Flavie Payette-Renouf Pierre Curzi et (hors champ) Andrée Feretti
Jason Brochu-Valcourt (vice-président) Gilbert Paquette (président) annonçant le changement de nom de « Conseil de la souveraineté du Québec » à « Organisations unies pour l’indépendance du Québec »
Clôture animée par des jeunes

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif M.Zuiko 40-150mm R
1re photo : 1/160 sec. — F/4,8 — ISO 1600 — 82 mm
2e  photo : 1/250 sec. — F/5,6 — ISO 1000 — 145 mm
3e  photo : 1/320 sec. — F/5,6 — ISO 2000 — 150 mm
4e  photo : 1/250 sec. — F/5,1 — ISO 2500 — 108 mm
5e  photo : 1/250 sec. — F/5,6 — ISO 2000 — 150 mm
6e  photo : 1/320 sec. — F/5,6 — ISO 1250 — 150 mm
7e  photo : 1/80 sec. — F/4,0 — ISO 1000 — 40 mm
8e  photo : 1/250 sec. — F/5,6 — ISO 1250 — 150 mm
9e  photo : 1/80 sec. — F/4,0 — ISO 320 — 40 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Données linguistiques de Montréal selon le recensement de 2011

18 mai 2013

Le 9 mai dernier, le quotidien La Presse titrait en manchette que le français gagnait du terrain à Montréal. Étonnamment, cette manchette était basée sur très peu de données factuelles.

Dans une province francophone à 80% — et dans une ville qui était francophone à 65% il n’y a pas si longtemps — le français ne peut « gagner du terrain » (pour reprendre l’expression de La Presse), que si le pourcentage de néoQuébécois qui choisissent ultimement de s’assimiler à la majorité francophone est de l’ordre de 65 à 80%. Autrement, les 50 000 immigrants que le Québec accueille annuellement contribuent, au contraire, à son déclin.

J’ai donc décidé d’aller à la source et d’obtenir les données de Statistiques Canada relativement aux langues parlées à la maison.

Pour moi, une personne qui habite le Québec, née de parents francophones, mais qui, de nos jours, lit principalement des textes en anglais, qui voit des films en version anglaise, qui écoute de la musique anglaise et surtout, qui parle anglais à la maison, n’est plus un Francophone.

De la même manière, les données relatives à la première langue officielle apprise sont trompeuses. En effet, dans le cas des néoQuébécois, ces données ne tiennent pas compte des transferts linguistiques, c’est à dire des personnes qui, par exemple, ont appris un français boiteux dans leurs cours de francisation mais qui ont finalement choisi de s’assimiler à l’anglais.

Donc à mon avis, la langue maternelle — sur laquelle Statistique Canada base essentiellement ses interprétations démographiques — représente le passé : ce qui importe, c’est la langue actuellement utilisée. Or celle parlée à la maison en est le meilleur indice.


Données linguistiques pour l’ile de Montréal en 2006 et en 2011
(Note : LNO signifie Langue non officielle)

Langue parlée à la maison Nombre en 2006 % en 2006 Nombre en 2011 % en 2011
         
Français 958 650 52,6 % 936 870 50,3 %
Français + LNO 34 395 1,9 % 59 940 3,2 %
Anglais 436 260 23,9 % 435 675 23,4 %
Anglais + LNO 19 950 1,1 % 31 595 1,7 %
Français et anglais 20 340 1,1 % 27 670 1,5 %
Français + anglais + LNO 8 245 0,5 % 18 410 1,0 %
Langue non officielle 346 065 19,0 % 352 040 18,9 %
Total 1 823 905 100,0 % 1 862 200 100,0 %

Données linguistiques pour la région métropolitaine en 2006 et en 2011
(Note : LNO signifie Langue non officielle)

Langue parlée à la maison Nombre en 2006 % en 2006 Nombre en 2011 % en 2011
         
Français 2 435 650 67,9 % 2 502 410 66,1 %
Français + LNO 47 340 1,3 % 87 330 2,3 %
Anglais 592 130 16,5 % 606 910 16,0 %
Anglais + LNO 25 005 0,7 % 41 050 1,1 %
Français et anglais 35 205 1,0 % 48 610 1,3 %
Français + anglais + LNO 11 115 0,3 % 27 120 0,7 %
Langue non officielle 442 080 12,3 % 472 485 12,5 %
Total 3 588 520 100,0 % 3 785 915 100,0 %


 
Lorsqu’on combine les pourcentages des personnes qui ne parlent que français à la maison avec ceux qui parlent le français et une langue non officielle, on obtient pour Montréal 54,5% en 2006 vs 53,5% en 2011, soit un déclin d’un pour cent en cinq ans. Pour l’ensemble de la région montréalaise, c’est 69,2% en 2006 vs 68,4% en 2011, soit un déclin semblable.

C’est donc à dire que le déclin du français à Montréal n’est pas causé par une migration des Francophones montréalais vers la banlieue (comme le prétendait l’Office de la langue française pour justifier son laxisme). Au contraire, il s’agit d’un déclin généralisé.

Lorsqu’on effectue la même opération mathématique pour l’anglais, c’est 25,0% vs 25,1% à Montréal et 17,1% vs 17,1% pour la région métropolitaine. Donc, à toutes fins pratiques, l’anglais aurait maintenu son importance secondaire depuis cinq ans.

La grande inconnue concerne le 19% des foyers à Montréal (12% en banlieue) au sein desquelles ni le français, ni l’anglais n’est parlé. Il s’agit de familles dont les deux conjoints ont une langue maternelle qui n’est aucune des deux langues officielles.

Leur assimilation sera fortement dépendante des politiques linguistiques qui influencent la langue au travail des parents (donc perçue comme étant essentielle à la réussite matérielle au Québec) et la langue apprise à l’école par les enfants.

En présence du déclin du français dans la région métropolitaine, rien ne justifie un quelconque affaiblissement de la Loi 101, comme le réclament certains extrémistes anglophones et la Coalition avenir Québec.

Pour terminer, je me dois de préciser ce qui suit. Les recensements de Statistique Canada sont à l’effet que seulement le quart ou le tiers des Montréalais parlent anglais. Si je me fie à ce que j’entends quotidiennement à Montréal, l’anglais est beaucoup plus présent que ce que suggèrent les données obtenues des recensements canadiens. Donc, ou bien j’hallucine ou bien il y a quelque chose qui cloche dans ces données.

Je ne veux pas laisser entendre que les recensements de Statistique Canada soient mal faits. Bien au contraire, je suis absolument convaincu du caractère irréprochable de leur méthodologie et de l’intégrité de ceux qui les font.

Toutefois, ce ne sont que des sondages. Je me suis déjà exprimé en faveur de la création d’un Registre national de la population québécoise, destiné à donner à l’État un outil scientifique lui permettant de connaitre en tout temps la démographie linguistique du Québec.

D’ici à ce que ce registre soit créé, les données de statistiques Canada révèlent un déclin du français dans la région métropolitaine, contrairement aux manchettes trompeuses du plus grand quotidien fédéraliste du Québec.

Références :
Le français gagne du terrain chez les immigrants de Montréal
Pour une réforme majeure de l’Office québécois de la langue française
Données du recensement de 2006 : Montréal
Données du recensement de 2006 : région métropolitaine
Données du recensement de 2011

Sur le même sujet :
La situation du français au Québec : l’étude Paillé
Le doux sommeil de l’Office de la langue française
Pour la francisation de toutes les entreprises québécoises de plus de cinq employés

Parus depuis :
Immigrants’ spouses must speak English before entering UK (2015-11-18)
Le français, non merci (2016-01-27)
L’intégration des immigrants en Grande-Bretagne (2017-01-05)


Pour consulter l’analyse des données obtenues lors du recensement de 2016, veuillez cliquer sur ceci

Données linguistiques de Montréal selon le recensement de 2011
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Écrit par Jean-Pierre Martel


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