Embourgeoisement des villes : l’échec des utopies

20 novembre 2017

Rares sont les villes qui se développent uniformément. Les périodes de gloire et de déclin laissent successivement leurs marques. Les unes par le foisonnement de leurs témoignages : les autres, par leur rareté.

Et ces couches historiques inégales, amputées par quelques catastrophes que sont les guerres et les incendies, forgent habituellement la personnalité architecturale des villes.

Montréal n’échappe pas à cette règle.

Contrairement à Paris — où le remodelage urbain sous la férule de l’État a joué un rôle important — c’est l’étalage urbain qui fut la principale caractéristique du développement de la métropole.

Secondairement, plus que les incendies, ce sont des intérêts privés qui refaçonnent le bâti montréalais et sont donc responsables de la rénovation urbaine.

Lorsque les ‘riches’ s’achètent un condo, ils abandonnent leurs logements antérieurs qui devient alors disponibles à d’autres. Ces derniers libèrent les leurs. Et dans ce jeu de chaises musicales, en fin de compte, des logements deviennent disponibles pour des gens à faible revenu. Voilà comment Montréal se développe et vit depuis des décennies.

De nos jours, Hochelaga-Maisonneuve est précisément le résultat de ce jeu de chaises musicales; par exemple, les logements cossus construits autrefois pour héberger les ingénieurs anglais de la Vickers et les employés syndiqués du constructeur naval sont aujourd’hui habités par des gens moins fortunés qu’eux.

Toutefois l’excellent documentaire Quartiers sous tension de Carole Laganière permet de comprendre ce qui a provoqué la naissance d’un mouvement d’hostilité à l’égard de l’embourgeoisement de ce quartier.

Personne n’a d’objection à ce qu’une famille de jeunes professionnels aménage dans un logement laissé vacant par une personne décédée ou par un locataire qui a trouvé un logement qui lui convient mieux ailleurs.

Malheureusement, la législation adoptée par les gouvernements du Parti québécois afin de donner plus de pouvoir aux locataires a été érodée par de nouvelles tactiques qui permettent de contourner leurs droits.

De nos jours, pour 135$, un propriétaire n’a qu’à se procurer un permis municipal pour agrandissement ou subdivision. Ce document lui donne automatiquement le droit de mettre à la rue ses locataires, sans avoir même à donner suite à ce permis.

En d’autres mots, jamais la Régie du logement ne demandera à voir des contrats signés auprès d’entrepreneurs pour juger du sérieux de l’intention à rénover ou agrandir. Comme preuve, le permis suffit.

Des locataires qui ont vécu des décennies au même endroit sont donc sommés d’abandonner leur logement en quelques semaines.

Ceux qui ont le droit d’y rester — les locataires âgés de 70 ans ou plus — sont harcelés par des coupures intempestives d’eau, d’électricité ou de chauffage jusqu’à ce que, de guerre lasse, ils quittent les lieux.

Or l’accessibilité économique à la Justice fait défaut depuis que le système judiciaire tout entier a été pris en otage par une caste juridique qui l’a transformé en machine à sous pour servir ses propres intérêts.

Le résultat est que le peuple est à la merci de la rapacité de certains entrepreneurs. Voilà le problème.

Ce qui m’a stupéfait à l’écoute du documentaire dont j’ai parlé plus tôt, c’est la naïveté des anarchistes qui luttent contre l’embourgeoisement du quartier.

Comme moyen de s’y opposer, ces derniers ont choisi de s’attaquer à des petits marchands, perçus comme des « collaborateurs de la gentrification ».

Aucune banque au monde ne finance l’ouverture d’un commerce si la demande de prêt ne s’appuie pas sur une étude de marché. En d’autres mots, il faut d’abord l’établissement de bourgeois pour qu’on vienne ensuite offrir des biens et des services qui leur sont destinés.

Il y a deux solutions à ce problème; des changements législatifs afin d’éviter les abus et une politique de construction de logements sociaux.

Or ni l’une ni l’autre de ces mesures ne sont envisageables tant que nous serons gouvernés par des partis de droite. Or c’est le cas au fédéral, au provincial et au municipal (jusqu’à récemment) depuis presque deux décennies.

Le dernier grand projet municipal de construction de logements sociaux date du Plan Dozois (1957-1961).

Ceux qui luttent contre l’embourgeoisement de mon quartier se refusent à considérer l’action politique. Ils font partie d’une génération qui s’imagine que tous les politiciens sont interchangeables parce que c’est tout ce qu’ils ont connu depuis vingt ans.

Pour eux, seul compte l’action directe. Or leurs méfaits ne sont que des faits divers qu’on oublie le lendemain. La leçon est déjà évidente; le terrorisme utopique est voué à l’échec.

Il ne leur vient pas à l’esprit que les partis politiques sont des coquilles vides que chacun d’entre nous peut envahir et façonner à sa manière.

Lutter contre l’embourgeoisement d’un quartier est l’équivalent de lutter contre le vent. Veut-on réellement qu’Hochelaga-Maisonneuve devienne un ghetto de pauvres ? Ou veut-on qu’il redevienne un repère de drogués et de prostituées ?

Ce qui est important, c’est de lutter contre les abus de l’embourgeoisement. Cela est faisable. Il suffit de prendre les bons moyens. Ce qui veut dire, cesser d’élire des gouvernements de droite et façonner à notre manière les partis centristes ou de gauche.

C’est un peu plus long que de casser les vitrines d’un commerce, mais quand on ne veut pas simplement se défouler contre la propriété d’autrui, on prend les vrais moyens.

Sur le même sujet :
La noyade d’Archimède
Les quartiers disparus de Montréal : la mise en œuvre du plan Dozois dans le Red Light. 1957.
Non au terrorisme utopiste

Paru depuis :
Logement social: le gouvernement fédéral en fera davantage (2017-11-22)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Quand on s’oppose à la légalisation du cannabis

18 novembre 2017

— « Chérie, veux-tu aller reconduire les enfants à la garderie; je n’ai pas fini mon joint.»
— « Trouve-toi pas des prétextes. Finis ton joint et va reconduire les enfants.»

Voilà le scénario du très mauvais téléroman qui pourrait être écrit par nos politiciens québécois ces jours-ci.

Comme une bonne partie de la population québécoise, le gouvernement Couillard est contre la légalisation du cannabis et cherche des motifs pour retarder son entrée en vigueur.

Toutes les provinces seront prêtes mais il se pourrait que le Québec ne le soit pas.

On comprend donc l’image des Québécois dans le reste du pays; des gens inefficaces, toujours en retard, des plaignards, qui préfèrent boire leur bière payée par la péréquation canadienne.

La ministre Lucie Charlebois, responsable du dossier du cannabis, est une des meilleures ministres du gouvernement Couillard. Je l’aime bien.

« Donnons-nous le temps de bien faire les choses », répète-t-elle ad nauseam. Ceci, pour justifier sa demande de nouveaux délais à Ottawa.

Une ministre ne peut pas tout savoir. Ce qu’elle ignore, c’est que le cannabis est déjà commercialisé; n’importe quel adolescent majeur peut s’en procurer très facilement.

Le fantasme apocalyptique selon lequel toute légalisation condamnerait notre belle jeunesse à la fainéantise, que les conducteurs prendraient soudainement l’habitude de fumer un joint avant de prendre le volant, est parfaitement ridicule.

Ils ne le font pas déjà; pourquoi se mettraient-ils à le faire ?

Si tous les alcooliques sur Terre abandonnaient l’alcool pour le cannabis, on assisterait à une réduction dramatique des cirrhoses à travers le monde en contrepartie d’une petite augmentation des cancers du poumon. Quant au reste, être stone ou être ivre, c’est pareil.

On peut mourir d’une intoxication aigüe à l’alcool. Mais on s’endort avant d’avoir fumé une dose mortelle de cannabis.

Quant au danger du cannabis par voie orale, la Commission LeDain écrivait à la page 114 de son rapport : « Le cannabis compte donc parmi les drogues qui comportent le moins de risque d’intoxication mortelle, qu’il serve à des fins thérapeutiques ou autres

Pour ce qui est du danger d’accidents automobile, la consommation de toute substance qui affecte la vigilance est dangereuse, que ce soit le cannabis, l’alcool ou les psychotropes.

On s’inquiète du fait que les policiers ne seraient pas équipés d’instruments permettant de mesurer l’intoxication au cannabis. Cela est également vrai des psychotropes.

Pourtant, ils font passer des tests simples — toucher le bout de son nez, marcher en ligne droite — qui leur permettent d’appréhender le conducteur intoxiqué par des médicaments. Ce sera pareil avec le cannabis.

Bref, la véritable protection de nos jeunes, ce n’est pas de prolonger sous divers prétextes une prohibition qu’ils contournent facilement, c’est au contraire de hâter la légalisation afin qu’ils cessent de consommer la cochonnerie que la pègre ajoute au cannabis de contrebande.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Violence policière, port du masque et démocratie

9 novembre 2017

Introduction

Plus tôt cette semaine, le Service de police de la ville de Montréal a été condamné à verser la somme de 175 000$ (plus les intérêts), pour un incident survenu lors d’une des premières manifestations du Printemps érable.

À cette occasion, une grenade assourdissante a explosé beaucoup trop bas et a causé une perte d’acuité visuelle presque totale de l’œil droit de Francis Grenier, alors âgé de 22 ans.

Dans son jugement de 86 pages, les reproches du juge Steve J. Reimnitz, adressés aux forces policières, sont les suivantes :
• le refus aveugle de tenir compte des mises en garde du fabricant au sujet de la létalité possible des grenades assourdissantes (paragraphes 405 à 428),
• la méconnaissance de leur puissance (par. 444-50),
• l’absence de mode d’emploi (par. 461-3) et conséquemment le fait que chaque policier avait sa propre méthode de les utiliser (par. 466-70),
• l’imprécision de la trajectoire suivie par ces grenades, de même que de la vitesse de leur descente sur une foule (par. 566-78, 619)
• l’utilisation superflue d’autres grenades assourdissantes après que les précédentes aient atteint leur objectif (par. 526-44).

L’interdiction du port du masque

À plusieurs reprises sur ce blogue, je me suis exprimé en faveur de l’interdiction du port du masque sur la voie publique… à moins que cela soit justifié par des raisons climatiques (le froid), médicales (des pansements chirurgicaux) ou sécuritaires (un casque de moto).

Il est rare que je change d’avis après avoir longuement réfléchi sur un sujet. C’est le cas cette fois-ci.

Au cours du Printemps érable, le gouvernement libéral de Jean Charest a autorisé les forces policières à recourir à des outils de répression d’une violence considérable.

Ces armes ont rendu borgnes Francis Grenier à Montréal et Maxence Valade à Victoriaville, en plus de fracturer la mâchoire, casser des dents et causer une commotion cérébrale chez d’autres manifestants.

Confronté au désastre de leur utilisation, le gouvernement Charest a refusé d’en interdire l’usage, se contentant de suggérer aux blessés de s’adresser aux organismes de déontologie policière.

Ce sont donc les tribunaux qui se voient aujourd’hui obligés de se dresser contre les dérives autoritaires de l’État. La cause de Francis Grenier est la première à connaitre son aboutissement. D’autres suivront.

À différence de la manifestation à Victoriaville (qui a tourné à l’émeute), celle au cours de laquelle Francis Grenier a été mutilé fut une manifestation essentiellement pacifique.

Comme le rappelle le juge Reimnitz, le droit de manifester est un droit constitutionnel. Ce n’est pas parce qu’une minorité de manifestants bloquaient illégalement l’accès d’un immeuble que les policiers étaient justifiés d’interdire l’ensemble de la protestation et surtout, de s’attaquer aux manifestants alors qu’ils étaient justement en train d’obéir à l’ordre de dispersion.

Par des agissements dignes d’un pays totalitaire, les forces répressives de l’État ont démontré qu’il est parfois indispensable de porter un casque de protection afin d’exercer un droit démocratique, soit celui de manifester.

Conséquemment, ils ont rendu impossible l’adoption d’une législation interdisant le port du masque sur la voie publique.

L’autoritarisme de l’État

La grande majorité des mutilations subies au cours du Printemps érable sont survenues au cours de la manifestation à Victoriaville. Celle-ci a tourné à l’émeute, justifiant l’usage de la force.

La question fondamentale à se poser est la suivante : dans quelle démocratie voulons-nous vivre ?

Oublions le cas particulier du Printemps érable.

Voulons-nous vivre dans un État où le gouvernement peut librement adopter des mesures très impopulaires et les imposer par la force, au prix d’une violence extrême ?

Regardons les moyens dont se dotent les municipalités américaines, qui vont jusqu’à l’achat de chars d’assaut. Cela est rendu nécessaire par la généralisation du port des armes par les citoyens, un système judiciaire dominé par des suprémacistes blancs et une société presque complètement dépourvue de justice sociale.

Après qu’il eut consenti à des réductions d’impôts ou offert des échappatoires fiscales aux gens fortunés, voulons-nous laisser l’État démanteler notre filet de protection sociale au nom de la nécessité d’équilibrer le budget tout en nous privant de tout moyen de nous y opposer ?

Ou, au contraire, voulons-nous, comme les Islandais, vivre dans un pays où la faiblesse des moyens répressifs de l’État est telle qu’elle oblige le gouvernement tenir compte de l’acceptabilité sociale de ses politiques et à servir humblement le peuple ?

Il ne s’agit pas ici de rendre l’État impotent mais de l’obliger, dans l’allocation de ses ressources, à privilégier la justice sociale et le développement économique plutôt que le respect de la loi et de l’ordre établi.

Références :
Décision du juge Steve J. Reimnitz
Manifestations étudiantes : un jeune blessé à l’œil obtient gain de cause

Sur le même sujet :
Tirs de balles de plastique : attend-on de tuer quelqu’un ?

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les services à visage découvert et les droits constitutionnels

14 septembre 2017

Voile_islamique
 
Lors de la cause célèbre de Zunera Ishaq, les tribunaux canadiens ont établi qu’une personne peut prêter le serment d’allégeance au pays en portant le niqab, à la condition qu’elle se soit dument identifiée au préalable.

Depuis ce temps, on sait que le port du niqab est un droit constitutionnel. Mais s’agit-il d’un droit fondamental ?

La réponse est oui si on pense que rien n’est plus fondamental qu’un droit constitutionnel.

Mais si on croit que seuls les droits de l’Homme universels sont des droits fondamentaux, la réponse est différente.

Le port du niqab et de la burka est un droit constitutionnel au Canada. Mais ce n’est pas un droit constitutionnel en France. Ce n’est pas un droit constitutionnel en Belgique. Ce n’est pas un droit constitutionnel en Allemagne. Et ce n’est même pas un droit constitutionnel au Maroc, pourtant pays musulman.

Essentiellement, les idéologues qui ont rédigé la Canadian Constitution voulaient consacrer la suprématie absolue des droits individuels pour deux raisons.

Premièrement, parce que cela permettait d’ajuster le système juridique canadien au néolibéralisme triomphant de l’époque.

Et secondairement, parce que cela permettait de bloquer une loi québécoise révolutionnaire basée, au contraire, sur la suprématie des droits collectifs, soit la Loi 101.

Ce faisant, ces idéologues n’ont pas su prévoir la montée de l’intégrisme musulman. L’intégrisme religieux a toujours existé mais le wahhabisme a pris en Occident une influence considérable, grâce aux sommes colossales que la dictature saoudienne consacre à sa promotion.

Par son projet de loi 62, le gouvernement Couillard se propose d’obliger que la demande et que la fourniture de services gouvernementaux soient faites à visage découvert.

Lorsqu’on accuse le Québec de brimer ainsi les droits constitutionnels des femmes niqabées et de celles qui portent la burka, ce qu’on fait, c’est qu’on exige la soumission du Québec à l’ordre constitutionnel dicté par le Canada anglais.

On ne se demande pas si l’interdiction du niqab et le la burka est justifiée : on constate simplement que cette interdiction est contraire à la Canadian Constitution et on voudrait que nous nous inclinions béatement devant cette dernière.

Comme s’il s’agissait d’un texte sacré que l’ancien premier ministre Pierre-Elliott Trudeau — tel Moïse descendant de la colline Parlementaire — aurait confié à son peuple de la part de Dieu.

Au contraire, la Canadian Constitution est une loi ethnique votée par l’ethnie dominante du Canada à l’issue d’une séance ultime de négociation à laquelle le Québec n’a pas été invité.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que le Canada est un pays colonial. Mais à la différence des autres — qui ont leurs colonies au loin, sous les tropiques — le Canada a les siennes dispersées sur son territoire.

Ce sont des poches autochtones régies par un apartheid juridique dont le but est leur lente extermination et le Québec dont on soutire 50 milliards$ de taxes et d’impôts en contrepartie de 9 à 12 milliards$ de péréquation s’il se tient tranquille.

Cette loi ethnique fut adoptée sans nous de la même manière qu’une colonie ne décide pas des lois que la métropole désire lui imposer.

Que l’ethnie dominante ait pu en catimini négocier une nouvelle constitution et l’adopter sans le Québec dit tout de notre statut au sein de ce pays dont les politiques multiculturelles n’arrivent pas à masquer la nature profondément raciste de ses institutions.

Dans le texte de cette constitution, il y a une clause dérogatoire. Elle peut être invoquée pour tout sauf l’article 23 qui, très précisément, est celui qui prescrit la lente extinction linguistique du Québec.

Mais on peut invoquer cette clause dérogatoire pour tout le reste. Nous serions stupides de nous en priver.

Et si les élites canadiennes anglaises ne sont pas d’accord, c’est leur problème et non le nôtre.

Dans tous les cas, il est clair qu’un Québec indépendant aura la liberté de se doter d’une constitution d’inspiration européenne plutôt que d’être enchainé à la constitution absurde adoptée par le Canada anglais en 1982.

Références :
La burka au volant : est-on devenu fou ?
Énergie au Québec
L’Allemagne interdit le voile intégral dans la fonction publique
Le Canada, un projet colonial réussi
Le Maroc interdit la fabrication et la vente de la burqa
Le prosélytisme de l’Arabie saoudite
Zunera Ishaq, who challenged ban on niqab, takes citizenship oath wearing it

Parus depuis :
Sondage: les Canadiens et les Québécois favorables au projet de loi 62 (2017-10-27)
Le Danemark veut interdire le voile intégral dans les lieux publics (2018-01-06)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Analyse de la haine antimusulmane au Québec

31 août 2017

Introduction

Littéralement, ‘islamophobie’ signifie peur de l’islam. Dans les faits, on utilise ce mot pour parler de l’hostilité à l’endroit de la religion musulmane ou de ceux qui la pratiquent. Or peur et hostilité sont deux choses bien différentes.

Dans nos sociétés, il est parfaitement légitime de ne pas aimer une religion ou d’être hostile à ses préceptes. Voilà pourquoi le texte qui suit préfèrera utiliser l’adjectif ‘antimusulman’ qui lui, concerne spécifiquement les adeptes de cette religion.

La haine

On ne peut combattre un phénomène qu’on refuse de nommer.

La haine se définit comme un sentiment violent qui pousse à désirer le malheur de quelqu’un ou à lui faire du mal. De son côté, le logiciel Antidote parle d’un sentiment qui donne envie de commettre des actions agressives envers une autre personne ou de se réjouir de sa souffrance.

Il y a donc divers degrés à la haine. Depuis la tuerie de Québec, tout le registre de la haine est couvert, de son expression la plus anodine (le manque d’empathie) à sa forme extrême (l’homicide), en passant par toutes les étapes intermédiaires (dont le vandalisme).

Sans les manifestations extrêmes de la haine, on pourrait éviter l’utilisation de ce mot en préférant des euphémismes comme ‘animosité’, ‘agressivité’, ou même ‘hostilité’. Mais depuis l’attentat de Québec, il faut appeler les choses par leur nom.

Lorsqu’on tue des Québécois musulmans en prière ou qu’on incendie l’auto d’un responsable musulman moins de deux jours après l’annonce de la création d’un cimetière musulman, c’est qu’on a affaire à de la haine.

À l’intérieur de cette gamme de sentiments à caractère haineux, il n’existe pas de seuil au-delà duquel la haine passe d’anodine à intolérable.

Comme tout être social, chacun d’entre nous est sensible au discours ambiant. Toute personne est donc susceptible d’évoluer dans un sens comme dans l’autre dans toute la gamme des sentiments d’hostilité à l’égard de quelqu’un.

La crainte de l’Islam en Occident est alimentée par le terrorisme international financé par la dictature saoudienne et véhiculé par l’idéologie haineuse qu’elle propage. Au Québec, le discours antimusulman s’est répandu lors des controverses relatives aux accommodements raisonnables ou au port de signes religieux.

À la lecture des nombreux commentaires publiés par les médias, on peut distinguer quatre manières de diaboliser les Québécois musulmans. Ce sont :
• la victimisation de la majorité,
• la culpabilisation de la minorité
• le déni et la banalisation de l’intolérance
• la dangerosité par association

La victimisation de la majorité

Il faut être sourd aux leçons de l’Histoire pour ne pas réaliser que rien n’est plus dangereux que de faire croire à la majorité qu’elle est victime d’une de ses minorités religieuses ou ethniques.

Dans la fable Le Loup et l’agneau, le loup justifie son agressivité envers l’agneau en accusant ce dernier de troubler son breuvage.

La diabolisation des Québécois musulmans exige que ce soit eux les agresseurs et nous les victimes, de manière à justifier nos représailles, à l’instar de celles du loup.

La victimisation de la majorité est au cœur de la propagande toxique diffusée à pleine radio dans la Vieille capitale. Or ces radios ne font que participer à cette défense des ‘valeurs nationales’ défendues par tous les mouvements de Droite à travers le monde; au Québec, en France, aux Pays-Bas, en Allemagne, notamment.

C’est ainsi que le port d’un vêtement distinctif est présenté comme un acte de provocation. Ce vêtement — surtout s’il est féminin — témoigne d’un mépris des valeurs auxquelles, évidemment, la minorité refuse d’adhérer.

De la même manière, toute demande d’accommodement devient le symbole du complot de la minorité destiné à pervertir la société d’accueil.

En réalité, lorsqu’il est raisonnable, l’accommodement signifie ‘Vivre et laissez-vivre’; il consiste à laisser quelques-uns vivre à leur manière à eux, tout en laissant le reste de la société vivre comme elle l’entend.

Toute exagération du préjudice subi par un accommodement fait partie de ce processus de fausse victimisation qui sert d’écran à la persécution.

Voilà pourquoi, lorsqu’on arrive mal à comprendre l’importance concrète du préjudice subi, c’est qu’on a affaire à une théâtralisation d’un préjudice insignifiant.

Par exemple, on s’indignera parce qu’une piscine publique est réservée quatre heures par semaine à la baignade non mixte (deux heures pour chaque sexe). Pour s’y opposer, on invoquera le caractère sacré, dit-on, de la mixité. Or la mixité n’a jamais fait consensus au Québec; on possède des écoles primaires qui ne sont pas mixtes, des clubs sportifs, des prisons, et des toilettes.

Le scandale suscité par l’accommodement insignifiant sert donc de paravent à l’intolérance. Un paravent placardé de principes creux.

La culpabilisation de la minorité

Imaginez une personne qui oserait prétendre que les femmes victimes d’un viol ont couru après. Que si elles n’avaient pas porté des robes aussi courtes, des vêtements aussi moulants, adopté des démarches aussi provocantes, tout cela ne serait pas arrivé.

Pourtant, c’est ce qu’on entend au sujet des causes de la tuerie de Québec.

Un lecteur du Devoir écrit :

Et si vous arrêtiez de traiter les femmes comme des citoyennes de deuxième ordre en sachant fort bien que cela nous choque profondément ?

Et si les femmes musulmanes arrêtaient de porter ce foulard islamique ostentatoire qui est perçu ici comme de la provocation ?

Ça fait plus de vingt ans qu’on vous le demande et vous refusez catégoriquement.

À la lecture de ces reproches, on comprend que les Québécois tués à la mosquée méritaient leur sort. Même s’il n’est pas certain que leurs épouses à eux portaient le voile. En effet, seule une minorité des Musulmanes portent le voile au Québec. Donc rien n’indique que les victimes étaient les époux de femmes voilées. Mais peu importe.

De la même manière, on reprochera aux Québécois musulmans de ne pas condamner publiquement les attentats terroristes commis par des coreligionnaires à l’Étranger.

La question à se poser est la suivante : y a-t-il des silences désapprobateurs ou est-ce que tout silence est complice ?

Chacun d’entre nous a-t-il le devoir de se dissocier de tout méfait commis par des inconnus avec lesquels nous partageons certaines caractéristiques. Par exemple, ai-je l’obligation de condamner publiquement chacun des crimes (par exemple, chaque viol) commis par un autre homme parce qu’autrement, mon silence serait complice ?

En réalité, les Québécois musulmans ne sentent pas le besoin de se dissocier d’un attentat islamiste tout simplement parce qu’ils n’en éprouvent pas de culpabilité. Et ceux qui, au contraire, veulent les tenir responsables pavent la voie aux représailles dont ils pourraient faire l’objet.

Le déni et la banalisation de l’intolérance

Comme beaucoup d’autres, les Québécois aiment croire qu’ils constituent un peuple gentil et bon, imperméable au sexisme, au racisme et aux intolérances de toutes sortes.

Il y a quelques jours, la Coalition Avenir Québec estimait qu’il n’y a pas de montée de l’extrême Droite au Québec.

À la suite de la tuerie de Québec, une lectrice du Devoir écrivait :

Ce texte parle de racisme, d’intolérance de l’autre, d’islamophobie, alors que c’est loin d’être le cas dans cette tuerie.

Ce à quoi je répondais :

À partir de combien de morts de Musulmans peut-on, selon vous, parler d’intolérance et d’islamophobie ?

Loin d’être un cas isolé, cette lectrice du Devoir représente la tendance de nombreux Québécois à nier les évidences qui nous obligeraient à faire une introspection douloureuse et à remettre en question l’image flatteuse que nous cultivons de nous-mêmes.

La dangerosité par association

Depuis les évènements new-yorkais du 11 septembre 2001, l’actualité nous rapporte presque quotidiennement de nouveaux attentats commis par des groupements islamistes à l’Étranger.

À force de répétition, ceux qui ne connaissent personnellement aucun Québécois musulman finissent par être envahis par l’appréhension de ce qu’ils ignorent. Or la peur ne se contrôle pas.

Voilà pourquoi on ne peut l’atténuer par des arguments rationnels : on l’atténue par des mesures rassurantes.

Si on exclut la création d’un centre de déradicalisation dont l’efficacité reste à démontrer, rien n’a été fait jusqu’ici au Québec à ce sujet.

Dans tous les cas où il aurait pu circonscrire la dangerosité d’éléments radicaux au sein de la communauté musulmane (certains imams montréalais, notamment), le gouvernement Couillard a négligé d’intervenir.

Comme si sa priorité n’était pas d’assurer la paix sociale au Québec. Il se comporte plutôt comme s’il cherchait à entretenir des débats identitaires stériles afin de tendre un piège à ses adversaires politiques, accusés de ne pas s’intéresser ‘aux vraies affaires’.

On trouvera à la fin du présent texte un ensemble de mesures inspirées de la loi autrichienne sur l’Islam et qui visent à garantir la liberté de l’exercice de la religion musulmane tout en encadrant la formation des imams de manière à rassurer l’ensemble de la population à ce sujet.

Au-delà de la controverse que suscitera sa mise en application — qui nécessitera sans doute l’invocation de la clause dérogatoire de la Canadian Constitution — on peut s’attendre à ce que ce plan ambitieux instaure à moyen terme un climat d’harmonie interreligieuse au Québec.

La responsabilité des ‘élites’

Les quatre moyens de diaboliser les Québécois musulmans — la victimisation de la majorité, la culpabilisation de la minorité, la banalisation de l’intolérance, et la dangerosité par association — sont utilisés jour après jour par les radios-poubelles de la ville de Québec depuis des années. Doit-on surprendre que leur idéologie toxique se répande ?

Détenteur de l’autorité morale, le haut-clergé catholique de la ville de Québec prêche la charité chrétienne et condamne à la fois la calomnie et la médisance sans qu’il lui vienne à l’esprit que l’excommunication est un bon moyen de faire réfléchir ceux qui répandent des comportements aux antipodes du message de tolérance de Jésus de Nazareth.

Les hommes politiques du Québec ont évidemment leur part de responsabilité. Au panthéon des coupables se trouve le premier ministre du Québec.

M. Couillard ne sait pas gouverner. Mais il sait comment en donner l’impression.

Lisez attentivement le discours type de M. Couillard à chaque fois qu’il est question d’islamophobie : « Le Québec est accueillant. Nous, les Québécois, sommes un peuple tolérant. Et ce sont ces valeurs d’humanisme, de tolérance et de respect des autres qui sont au cœur de ce que défend le Parti libéral

Tout ceci glorifie l’image d’un chef d’État noble et généreux.

Mais lorsqu’une majorité se croit à tort menacée, la dernière chose qu’elle veut entendre, c’est que l’État ne fera rien pour la protéger. Or c’est précisément ce à quoi se résume ce message dans l’esprit des gens inquiets. D’où l’idée, pour eux, de se faire justice.

Au contraire, il faut rassurer. Et pour ce faire, il faut dire trois choses :
• prouver que la menace est exagérée,
• qu’aussi faible soit-elle, l’État la combattra,
• et que par ailleurs, l’État est garant du droit à la différence (et, entre autres, du droit des femmes de porter le foulard musulman si elles le veulent).

Premièrement, le chef de l’État doit donc dire et répéter à chaque fois qu’il en a l’occasion que les Québécois musulmans ne forment que trois pour cent de la population québécoise et qu’il est impossible qu’aussi peu de gens obligent le Québec à devenir ce qu’il ne veut pas être.

Deuxièmement, il faut instaurer des mesures susceptibles de rassurer à la fois les adeptes de la religion musulmane et la population en général (voir le plan à la fin du texte). Or rien à ce sujet n’a été fait depuis trois ans.

Et troisièmement, il doit combattre le féminisme de chiffon, principal moyen utilisé par la Droite pour susciter l’animosité contre les Québécois musulmans.

De tous les partis politiques québécois, la Coalition Avenir Québec est le plus à Droite. Pourquoi les politiciens issus de cette formation politique ne sont-ils pas davantage responsables de la propagation de la haine antimusulmane au Québec que le premier ministre ?

C’est qu’à lui seul, le premier ministre jouit d’un accès aux médias plus important que tous les députés caquistes réunis.

De plus, les députés reflètent leurs commettants. Lorsque ce n’est pas le cas, la population en choisit d’autres.

Si la CAQ se faisait harakiri aujourd’hui, ses députés seraient remplacés demain par d’autres politiciens véhiculant la même l’idéologie.

De la même manière, si toutes les radios-poubelles de Québec perdaient leur permis d’exploitation, le débat haineux se déplacerait clandestinement sur les médias sociaux.

Au lieu d’accuser ses adversaires politiques de souffler sur les braises de l’intolérance (pour reprendre son expression), le premier ministre doit combattre la mentalité qui prévaut là où la CAQ est populaire, c’est-à-dire s’attaquer à la racine du discours haineux.

En somme, il s’agit d’un combat idéologique. Ce que n’a pas compris le premier ministre. Et ce qui explique le sombre bilan social de ses années de pouvoir.

Conclusion

La Nature a horreur du vide.

Tout comme les Américains sont les responsables involontaires de la naissance de l’État islamique, l’inaction absolue du gouvernement Couillard dans ce dossier est responsable de l’apparition et de la montée de groupuscules d’extrême Droite au Québec. Ces groupes n’existaient pas avant lui.

Dans tous les pays du monde, le chef de l’État est le responsable ultime de la paix sociale.

Cela est particulièrement évident dans les monarchies constitutionnelles, où le roi ou la reine représente le ciment de la nation.

Dans ce cas-ci, tout se résume à une question de leadeurship. Le premier ministre avait le choix.

Il pouvait se dire qu’un certain nombre de Québécois n’aiment pas les Musulmans et choisir de ne pas s’en mêler.

Ou se dire qu’il est de son devoir de chef d’État de combattre le discours haineux contre une partie de son peuple. Avec le risque, s’il échoue, d’en payer le prix politique.

Il a choisi de se limiter à cultiver son image de marque sans poser le moindre geste concret susceptible de contribuer à la paix sociale.

Tout comme le KKK tuait des Noirs ou brulait leurs maisons afin de les intimider, le QQQ — appellation générique de l’extrême Droite québécoise — tue des Québécois musulmans en prière et brule leurs biens. Voilà où nous a conduits l’immobilisme narcissique du premier ministre.

Il est probable que l’Histoire ne retiendra pas grand-chose de ce brillant professionnel de la Santé qui n’a appris de la noblesse que l’art d’en donner l’impression.

Références :
«Aidez-nous à comprendre» l’attentat de Québec
Attentat à Québec — Devant la mosquée, la consternation
Baignades non mixtes à Côte-des-Neiges – À la défense des prudes
De nombreux appels à la haine sur la page Facebook de Bernard « Rambo » Gauthier
La Charte de la laïcité : un mauvais départ
La CAQ estime qu’il n’y a pas de montée de l’extrême droite au Québec
La classe politique québécoise s’émeut après le crime commis contre un leader musulman
La Meute, un groupe contre «l’invasion de l’islam»
Le Centre de prévention de la radicalisation visé par l’extrême droite
Le Féminisme de chiffon
Le Québec face à l’islamophobie
Les braises de l’intolérance
Pour qu’ils ne soient pas morts en vain
43 000 membres pour le groupe d’extrême droite la Meute
Radicalisme : Couillard s’en lave les mains
Une lettre pour Alexandre Bissonnette

Parus depuis :
La droite identitaire, plus dangereuse que l’islam radical (2017-09-14)
Attentat de Québec: de la haine est née la fraternité (2018-01-20)
Les crimes haineux sont en hausse depuis l’attentat de la mosquée de Québec (2018-01-29)


Annexe : Plan visant à consacrer la neutralité religieuse de l’État québécois, à encadrer la formation des imams, à assurer le qualité de l’exercice de l’imanat, et à garantir la liberté de l’exercice de la religion musulmane :

A) l’obligation d’offrir et de recevoir des services de l’État à visage découvert (ce que le gouvernement Couillard dit vouloir faire depuis des années sans jamais le faire),

B) le retrait de tout signe religieux amovible sur les murs de tous les édifices appartenant à l’État.

C) l’obligation des imams de parler la langue du pays,

D) l’interdiction du financement étranger quant aux frais de construction et de fonctionnement des institutions confessionnelles,

E) l’obligation pour les municipalités de dresser des règles d’urbanisme claires relativement à la construction des lieux de culte et l’interdiction de les modifier afin de faire obstacle à la construction d’un de ces lieux,

F) la modification des lois entourant les pratiques funéraires de manière à légaliser les pratiques musulmanes, comme l’a fait la France,

G) la subvention aux cimetières du Québec qui voudront devenir multiconfessionnels,

H) la création d’une école coranique de niveau universitaire basée sur des préceptes modernes :

  • l’œcuménisme, c’est-à-dire ouverte à toutes les confessions musulmanes,
  • la parité sexuelle stricte du corps professoral, y compris au niveau de la direction,
  • l’obligation du corps professoral de publier le résultat de leurs recherches au sujet des textes sacrés,
  • la création d’une bibliothèque électronique accessible par l’internet qui permet la consultation des publications et des avis religieux (fatwas) émis par les professeurs,
  • l’interdiction formelle de tout avis religieux (fatwa) qui, directement ou indirectement, suggèrerait que quelqu’un devrait être mis à mort,
  • la mixité des élèves et leur disposition en classe qui ne suggère aucune subordination sexuelle,
  • l’interdiction de tout financement étranger tant pour la création de l’école que pour son fonctionnement, et
  • l’émission d’un diplôme d’attestation de réussite qui pourrait éventuellement servir de base à la certification des imams au Québec.
Analyse de la haine antimusulmane au Québec
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le Patio culturel de Maisonneuve

15 août 2017

Inaugurée en 1981, la Maison de la culture Maisonneuve fut la première à Montréal. À l’origine, elle logeait dans la bibliothèque située au coin des rues Ontario et Pie-IX.

Maison de la culture Maisonneuve

En 2005, elle déménagea tout près, dans l’édifice de l’ancienne caserne de pompier situé de l’autre côté de la rue Desjardins.

Cet édifice a été construit en 1906-1907 par l’architecte Charles-Aimé Reeves (1872-1948) dont la nouvelle demeure était tout près.

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À droite de la Maison de la culture, on a placé l’armoire vitrée nommée ‘Au plaisir des mots’, alimentée par les citoyens du quartier désireux de se départir de livres au profit de ceux qui seraient intéressés.

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À deux pas, on a installé un babillard métallique plutôt bas, au niveau des enfants. Sur celui-ci sont affichés des dessins d’enfants (reproduits sur plaque métallique) illustrant des textes sur le thème de l’enfance.

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Au-dessus de tout cela, sur les vitres de la Maison de la culture, on a cité les cinq poètes québécois suivants : Anne Hébert, Gaston Miron, Marie Uguay et Gérald Godin.

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Entre la Maison de la culture et la Bibliothèque municipale, la rue Desjardins est interdite à la circulation durant l’été.

C’est à cet endroit qu’on a installé des tables, des chaises de jardin et une borne Wifi gratuite de manière à ce que des citoyens puissent y consulter des imprimés ou l’internet pendant que leurs enfants s’amusent dans des carrées de sable. Des séances d’écriture y sont organisées.

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Cet aire de repos se prolonge sur le terrain ombragé de la bibliothèque.

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Entre les rues La Fontaine et Ontario, les arbres de la rue Desjardins affichent des textes sélectionnés par un comité de 25 poètes québécois. J’ai choisi de montrer celui-ci en raison de ces modestes fleurs qu’un citoyen anonyme a ajouté.

Bref, la Maison de la culture Maisonneuve contribue à sa manière à ce plaisir de vivre tout simple qui rend la métropole si conviviale.

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectif M.Zuiko 12-40mm F/2,8
1re photo : 1/5000 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 40 mm
2e  photo : 1/1250 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 40 mm
3e  photo : 1/2500 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 18 mm
4e  photo : 1/1000 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 18 mm
5e  photo : 1/4000 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 12 mm
6e  photo : 1/2500 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 25 mm
7e  photo : 1/640 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 12 mm
8e  photo : 1/500 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 22 mm
9e  photo : 1/500 sec. — F/3,2 — ISO 200 — 31 mm

Le Patio culturel de Maisonneuve
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le référendum de Saint-Apollinaire

20 juillet 2017

Les problèmes pourrissent plus lentement que les dépouilles

Dimanche dernier, par un vote de 19 contre 16, des citoyens de la municipalité de Saint-Apollinaire ont refusé une modification de zonage qui aurait permis la création d’un cimetière musulman à proximité de leur domicile.

Après avoir lu de nombreux éditoriaux et commentaires publiés à ce sujet, j’en suis venu à la conclusion que ce fait divers est relativement sans importance.

Ce refus est certainement décevant pour le Centre culturel islamique de Québec (qui pilotait ce projet); si le ‘Oui’ l’avait emporté, cela réglait le problème des fidèles qui fréquentent sa mosquée.

Mais cela laissait intact le même problème vécu par presque tous les autres Musulmans du Québec.

En somme, un référendum positif n’aurait pas réglé grand-chose. Conséquemment, il est futile de chercher à savoir si le référendum a été rejeté pour les bonnes ou les mauvaises raisons.

En réalité, tout cela est devenu un ‘problème’ parce que les choses trainent.

On a un gouvernement prompt à nous assurer de son dévouement devant les caméras; on le voit donc la main sur le cœur — quand ce n’est pas la larme à l’œil — nous promettre d’agir promptement.

Mais quand vient ce temps d’agir, justement, il se traine les pieds.

Ceux qui regardent la retransmission télévisée de la période de questions de l’Assemblée nationale, constatent que l’excuse récurrente du gouvernement Couillard lorsqu’un dossier n’est toujours pas réglé, c’est que la faute en incombe au gouvernement Marois.

En réalité, le gouvernement Marois n’a été qu’un interlude de 18 mois dans les quinze ans de pouvoir presque ininterrompu de régime libéral. Évidemment, il n’a pas résolu tous les problèmes du Québec.

La question fondamentale à se poser est la suivante : comment se fait-il qu’après quinze ans, certains problèmes simples ne soient toujours pas réglés ?

Que les Québécois musulmans qui prennent racine au Québec veulent s’y faire enterrer, cela est légitime.

Or ce n’est pas d’hier que nous accueillons au Québec des Musulmans. Est-ce qu’il était écrit quelque part que nous les accueillions à la condition qu’ils changent de religion ? Non ? Alors qu’est-ce qu’on attend ?

Les correctifs

M. Philippe Couillard à l’aréna Maurice-Richard, le 2 février 2017

Le 2 février dernier, aux funérailles montréalaises des victimes de l’attentat terroriste de Québec, le premier ministre a appris (s’il ne le savait pas déjà) que ceux qui s’occupent ici des funérailles des Québécois musulmans rencontrent deux difficultés majeures.

A) La rareté des lieux de sépulture

La première difficulté, c’est qu’il y a très peu d’endroits au Québec où les Musulmans peuvent se faire enterrer.

La principale porte-parole des opposants à la création d’un cimetière musulman à Saint-Apollinaire justifiait son opposition en soutenant que les Québécois musulmans devaient plutôt choisir de se faire enterrer dans des cimetières multiconfessionnels.

Que les Québécois musulmans soient enterrés dans des cimetières qui leur sont exclusifs ou non, cela n’est pas important à nos yeux. Mais ce n’est pas à nous d’en juger.

Si certains Québécois musulmans en décident autrement, qui sommes-nous pour les forcer à modifier leurs préférences ?

Ceci étant dit, il faut réaliser que les milieux de droite ou d’extrême droite ont créé un climat toxique à l’égard des Québécois musulmans. Ce à quoi il faut s’attaquer, ce n’est pas aux radiopoubelles de Québec, aux partis politiques qui carburent à l’islamophobie, ni aux milices d’extrême droite comme La Meute; il faut combattre l’idéologue qui les anime.

Or changer des mentalités prend beaucoup de temps.

D’ici là, pour l’État québécois, la solution la plus simple est de consacrer des sommes d’argent aux cimetières du Québec qui voudront devenir multiconfessionnels, sous réserve de différents critères, dont celui de l’acceptabilité sociale dans leurs milieux respectifs. Cela les obligera à travailler eux-mêmes à cette acceptabilité s’ils veulent bénéficier de cette subvention.

Cela ne règle pas le problème des Québécois musulmans qui souhaitent que leurs proches soient enterrés dans un cimetière spécifiquement musulman. Mais cela règle, dans un premier temps, le problème des autres.

Une chose à la fois.

Dans tous les cas, imposer à une municipalité l’obligation d’accueillir un cimetière (confessionnel ou non) à l’encontre de la volonté de ses citoyens, cela entraine la mise sur pied de mesures répressives pour contrer la profanation des sépultures et le vandalisme des stèles ou des monuments funéraires. Concrètement, c’est l’équivalent de lutter contre le vent. Dans ce sens, ce référendum était une bonne chose.

Il y a plus de mille municipalités au Québec. Il n’est pas nécessaire que chacune d’elles ait son propre cimetière musulman ou multiconfessionnel. Il suffit que de tels cimetières se retrouvent çà et là sur l’ensemble du territoire national.

Pour ce faire, il ne faut qu’un seul prérequis; une volonté politique. Pas seulement de belles paroles.

B) L’obligation d’embaumer

Le rituel funéraire musulman a été établi dans des pays dont le climat est désertique, à une époque où la climatisation n’existait pas.

Selon ce rite, les corps sont simplement lavés et enveloppés dans un linceul avant l’enterrement. Ce linceul est composé d’un nombre impair de pièces de tissus. Quant à lui, l’enterrement doit avoir lieu dans les 24 heures qui suivent le décès.

En France, les démarches administratives font en sorte que les délais pour l’enterrement sont un peu plus longs. Conséquemment, les cercueils y sont obligatoires pour des raisons sanitaires.

Après la rareté des lieux de sépulture, le deuxième problème au Québec, c’est que seuls l’incinération ou l’enterrement après embaumement sont permis. Après embaumement, cela signifie après avoir retiré le sang et les viscères de la dépouille.

Puisque l’embaumement est interdit par le rite musulman, cela oblige les Québécois musulmans qui en ont les moyens de rapatrier les corps à l’Étranger pour que l’enterrement se fasse selon les rites de leur religion.

Que faut-il faire pour corriger cela ? C’est simple.

On consulte la norme française à ce sujet. Par couper-coller, on en fait un projet de loi en y ajoutant le préambule commun à toutes les lois du Québec. Puis on le met au feuilleton de l’Assemblée nationale et on l’adopte. C’est tout.

Comment se fait-il que rien n’a été fait depuis février dernier ? Combien faut-il de mois ou d’années pour qu’un gouvernement élu sur la promesse de s’occuper des ‘vraies affaires’ se grouille le derrière ?

C’est un mystère…

Références :
Cimetière musulman: l’«histoire n’est pas terminée», dit Couillard
Funérailles montréalaises de trois des victimes de l’attentat de Québec

Le référendum de Saint-Apollinaire
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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’été de 1967

22 juin 2017

Introduction

Dans les mois qui viennent, on pourra voir à Montréal les expositions ‘À la recherche d’Expo 67’ (au musée d’Art contemporain), ‘Expo 67 — Rêver le monde’ (au musée Stewart), et ‘Mode Expo 67’ (au musée McCord).

En plus, le Musée des Beaux-Arts présente l’exposition britannique ‘Revolution’, qui porte sur l’effervescence artistique de la deuxième moitié des années 1960.

Trois mots expliquent cette période; jeunesse, fatalité et hédonisme.

Jeunesse

La deuxième moitié des années 1960 voit l’arrivée sur le marché du travail des Baby Boomers. On appelle ainsi ceux qui sont nés au cours des années suivant la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

Le pouvoir d’achat soudain d’une jeunesse dépensière issue de cette explosion démographique bouleverse la société de consommation occidentale de l’époque.

Depuis la fin de la guerre, la très grande majorité des biens achetés étaient des biens durables; voitures neuves, maisons, ameublement, et électroménagers (notamment des articles de robotisation des tâches domestiques).

Mais ces babyboumeurs ont un profil de consommation diamétralement opposé à celui de leurs parents.

Fatalité

À cette époque, le monde est divisé en deux clans ennemis représentés par les États-Unis et la Russie. Nous sommes au paroxysme de la Guerre froide.

Chacun de ces clans a accumulé un stock d’ogives nucléaires capable de détruire plusieurs fois toutes les villes de plus de cent-mille personnes du clan adverse.

Pourquoi plusieurs fois ? Au cas où la majorité de ces ogives seraient interceptées. On veut la certitude d’anéantir l’ennemi.

La probabilité que l’Humanité puisse survire à une autre guerre mondiale est nulle; personne ne pourrait échapper à l’intense radioactivité qui détruirait toute vie sur Terre à l’exception des bactéries et des insectes.

Hédonisme

Contrairement à leurs parents à leur âge, on ne rêve plus à cette petite famille qu’on fonde et élève dans une banlieue récemment plantée d’arbres, dans une maison unifamiliale qui abrite même l’auto de papa et devant laquelle les paysagistes s’affairent à installer le gazon acheté en rouleau.

Sous la menace de l’anéantissement de toute vie sur Terre, il ne sert à rien de penser à l’avenir : seul l’instant présent compte. Et il faut le vivre intensément.

Les artistes sont animés de l’urgence de créer pendant qu’ils le peuvent. On décore et s’habille de couleurs vives. La musique se fait bruyante et audacieuse : pour en maximiser l’impact, on voudra l’écouter au cours de messes qui réunissent des foules gigantesques. Les drogues permettent d’expérimenter des perceptions sensorielles impossibles autrement.

Et pour augmenter les chances de survie de l’espèce, on explore des modes d’organisation sociale où les enfants ne sont plus la propriété exclusive d’un couple, mais sont élevés collectivement. Où l’exclusivité sexuelle n’est plus la règle.

Rapidement, l’industrie s’ajuste à cette clientèle libre de toute tradition et ouverte autant à la vulgarité qu’au sublime.

Cinquante ans plus tard, ce que nos musées exposent, ce ne sont pas les artéfacts d’une période révolue. Leur véritable sujet est intangible; c’est l’hédonisme d’une époque caractérisée par une révolution esthétique aussi éphémère que fascinante.

Un évènement emblématique

Si les musées montréalais ont choisi de symboliser cette époque par l’Expo 67, c’est que cet évènement est emblématique.

Après le désistement-surprise de la Russie — qui avait été choisie à la place de Montréal pour tenir l’évènement — on demande à la ville perdante, Montréal, de prendre la relève.

Mais les délais sont trop courts. Devant le fiasco probable de l’entreprise, peu de gens qualifiés veulent risquer leur carrière à prendre en charge la tenue de l’exposition.

Les pouvoirs publics confient donc a une équipe de jeunes —  talentueux mais relativement inexpérimentés — la tâche de faire de leur mieux en organisant une exposition dont le Canada n’aurait pas trop honte.

Et alors que de très nombreux commentateurs (surtout au Canada anglais) critiquent l’irresponsabilité des pouvoirs publics, l’optimisme et l’enthousiasme des organisateurs viennent à bout de tous les obstacles. Ceux-ci mettent finalement sur pied, dans les délais prévus, la plus grande exposition universelle de tous les temps.

Et pour les millions de visiteurs émerveillés, l’été de 1967 demeurera imprégné dans leur mémoire comme étant l’époque où tous les rêves étaient possibles…

Sur le même sujet :
La leçon d’Expo67

L’été de 1967
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le Québec et la légalisation du cannabis

20 avril 2017

Depuis que le gouvernement fédéral a annoncé que la légalisation de la marijuana, certains observateurs s’inquiètent des risques de cette décision.

Au départ, précision que effets néfastes de cette drogue sur la santé sont moindres que ceux de l’alcool. Si tous les alcooliques abandonnaient l’alcool pour le cannabis, on verrait l’apparition de nouveaux problèmes mais la disparition complète des nouveaux cas de cirrhoses du foie, incurables même à l’arrêt de l’éthylisme.

Dans les États où on a légalisé le pot — notamment au Colorado et dans l’État de Washington — on a constaté une augmentation importante à la fois du nombre d’accidents de la route causés par des conducteurs sous l’effet du cannabis et du nombre d’hospitalisations résultant d’une surdose.

Sans nier la possibilité que cela puisse être observé au Québec, ce phénomène ne devrait pas être significatif.

En effet, les États-Unis ont mené pendant des décennies une ruineuse et inefficace lutte contre la drogue caractérisée par la sévérité des sanctions imposées aux contrevenants.

Au contraire, au Québec, la simple possession de cannabis est tolérée depuis des années. Ici, la consommation est entrée dans les mœurs et la très grande majorité de ses utilisateurs ont appris à en faire une consommation ‘responsable’.

De 2002 à 2012, le pourcentage de personnes ayant déjà consommé de la marijuana a diminué chez les 15 à 17 ans et les 18 à 24 ans. Cette consommation est toutefois demeurée stable chez les 25 à 44 ans et a augmenté dans les groupes d’âge plus avancé.

On croit que l’augmentation chez le groupe des 45 à 64 ans pourrait être le reflet du vieillissement de la cohorte de ceux qui se situaient dans le groupe des 25 à 44 ans en 2002.

En somme, chez les jeunes, le cannabis n’a plus l’attrait du fruit défendu.

La décision canadienne de ne pas autoriser les aliments à base de cannabis — permis dans les deux États américains mentionnés — devrait éviter les hospitalisations pour surdose (extrêmement rares chez les fumeurs).

On s’inquiète du fait que les policiers ne seraient pas équipés d’instruments permettant de mesurer l’intoxication au cannabis. Cela est également vrai des psychotropes.

Pourtant, ils font passer des tests simples — toucher le bout de son nez, marcher en ligne droite — qui leur permettent d’appréhender le conducteur intoxiqué par des médicaments. Ce sera pareil avec le cannabis.

Au-delà de la curiosité que susciteront au départ les commerces de cannabis et l’impact touristique de sa légalisation, il est à prévoir que les changements législatifs ne bouleverseront que sa distribution puisque dans les faits, sa consommation est déjà décriminalisée au Québec depuis plus d’une décennie.

Complément de lecture :
Portugal’s radical drugs policy is working. Why hasn’t the world copied it?

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le crucifix de l’incohérence

12 mars 2017

Introduction

L’Hôtel-Dieu de Québec ne suffisant plus à la demande, c’est en 1927 qu’est fondé l’hôpital du Saint-Sacrement.

À l’origine, l’établissement est confié aux Augustines, bientôt suivies par les sœurs de la Charité en juin 1927. Ces dernières en deviennent les propriétaires en 1936 et le demeureront jusqu’à ce que l’hôpital devienne public, quelques décennies plus tard.

Le mois dernier, à la suite de la plainte d’un patient, un crucifix accroché dans le hall d’entrée de l’hôpital a été retiré, puis réinstallé quelques jours plus tard après les protestations de milliers de personnes.

L’archevêque de Québec avait déclaré : « J’y vois plutôt un manque de sensibilité à l’endroit de notre peuple et de son histoire, ainsi qu’un manque de respect envers ces femmes religieuses qui ont fondé l’hôpital et qui y ont œuvré pendant plusieurs décennies.»

Le premier ministre du Québec a soutenu que ça ne dérangeait pas les gens ‘des autres cultures’ de voir le crucifix à l’Assemblée nationale ou dans un hôpital. Vraiment ?

C’est à la demande du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) que le crucifix a été réinstallé.

Dans la justification de sa volteface, le Centre hospitalier de Québec déclare : « Le MSSS considère qu’il ne s’agit pas ici de la neutralité religieuse de l’État mais du respect de l’histoire de l’hôpital, du caractère patrimonial religieux et surtout du respect et de la reconnaissance à avoir envers nos mères fondatrices, la communauté des Soeurs de la Charité.»

Le crucifix a été réinstallé avec une plaque explicative, comme le suggérait le diocèse.

L’incohérence du gouvernement Couillard

Le gouvernement Couillard se dit favorable à la neutralité religieuse de l’État.

Pour bien comprendre ce que cela veut dire, il faut distinguer la pierre et l’humain.

La neutralité signifie que tous les symboles religieux amovibles doivent disparaitre de la propriété de l’État. Ces symboles n’ont leur place que dans les institutions confessionnelles (lieux de culte, écoles privées, etc.) et les lieux privés.

On doit donc enlever toute la camelote religieuse que l’Église elle-même n’a pas cru bon retirer des murs de ses établissements hospitaliers ou scolaires lorsque ces édifices sont devenus des propriétés de l’État.

Ce qui n’est pas amovible reste là parce qu’il fait toujours partie du patrimoine architectural. Comme, à Paris, c’est le cas de la croix au sommet du Panthéon.

N’y a-t-il pas des objets amovibles qui ont également une valeur patrimoniale ? Sans doute. Mais il y a patrimoine et patrimoine.

Tout ce dont on hérite est patrimonial.

Lorsque des parents décèdent, toutes leurs possessions sont du patrimoine. Certains objets sont légués explicitement par testament. D’autres sont partagés entre les héritiers. Et ce qui reste est jeté au rebut.

Il en est de même des objets amovibles patrimoniaux. Ce qui mérite d’être conservé doit l’être. C’est ainsi que le crucifix de l’Assemblée nationale doit être retiré, puis confié à un musée.

Mais tous ces crucifix en plâtre peint ou en métal moulé, faits à la machine à des milliers d’exemplaires, doivent être offerts gratuitement à l’Église catholique. Ce dont elle ne voudra pas devra être jeté au rebut comme n’importe quelle camelote.

Ce qui ne veut pas dire qu’on doive renoncer à rendre hommage, par une plaque explicative, au dévouement des communautés religieuses dans les bâtiments qui leur ont déjà appartenus.

Pour ce qui est des gens, la neutralité de l’État signifie qu’ils sont libres de faire ce qu’ils veulent. Les manifestations extérieures de leur foi, cela ne regarde pas l’État.

Sur la place publique, certaines personnes jugent approprié de ne donner aucun indice de leur appartenance religieuse. D’autres personnes veulent le contraire. C’est leur droit.

Personne ne doit imposer aux autres comment ils doivent vivre leur religion, tant et aussi longtemps que leur liberté n’empiète pas sur le droit des autres de vivre différemment.

Bref, c’est vivre et laisser vivre.

D’autre part, le gouvernement Couillard se propose d’obliger la prestation et la demande de services gouvernementaux à visage découvert. Cela est évidemment discriminatoire à l’égard des femmes qui portent le niqab ou la burka. Mais c’est un choix de société; nous ne voulons pas de ces déguisements sur la voie publique. Voilà tout.

Conclusion

J’avoue avoir de moins en moins de patience à l’égard des débats qui n’en finissent plus au sujet de la place de la religion dans notre société.

Ces déchirements ne cesseront pas avec adoption d’une politique claire à ce sujet mais ils commenceront à s’estomper le jour où l’État cessera de se comporter comme une girouette et que les citoyens mécontents sauront que certains combats sont voués à l’échec. En somme, quand c’est ça qui est ça.

Le projet de loi 59 était la solution du Parti libéral pour lutter contre le fanatisme religieux d’influence saoudienne; il avait été présenté à la suite des propos controversés de deux imams sunnites de Montréal. Malheureusement, ce projet de loi était une passoire. Et il a été retiré parce que jugé liberticide.

En juin 2015, le gouvernement Couillard présentait le projet de loi 62 : celui-ci défendait le principe de la neutralité religieuse de l’État.

Mais arrive la controverse du crucifix de l’hôpital du Saint-Sacrement. Et voilà le gouvernement qui recule. Finalement, l’étude ultérieure du projet de loi est reportée à cet automne.

Bref, après plus d’une décennie de gouvernement libéral presque ininterrompu, on est toujours devant rien; ces débats interminables se poursuivent parce qu’on ne tourne jamais la page pour passer à autre chose.

D’où la question : le gouvernement croit-il sérieusement aux principes qu’il prétend défendre ? Si oui, où en est la preuve ?

Références :
Hôpital du Saint-Sacrement
Intégrisme et radicalisation : de retour à la case départ
Le crucifix de retour à l’Hôpital du Saint-Sacrement
Le crucifix «ressuscite» au CHU de Québec
Retrait du crucifix: le CHU de Québec est la cible de menaces

Le crucifix de l’incohérence
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Écrit par Jean-Pierre Martel


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