Pascal Bruckner ou la victimisation illusoire

17 février 2017

L’édition d’aujourd’hui du Devoir publie un texte d’un ses collaborateurs à Paris qui vante la parution du livre Un racisme imaginaire — Islamophobie et culpabilité de Pascal Bruckner.

L’extrait disponible sur l’internet illustre parfaitement le talent de cet intellectuel à échafauder de brillantes constructions intellectuelles à partir de matériaux empruntés au réel mais où, au final, le fantasme fait figure de réalité.

Dans cet extrait, l’auteur s’attaque à une manie de la Gauche — la rectitude politique — pour justifier son point de vue. En vertu d’une logique élastique, M. Bruckner en vient à soutenir que le ‘politiquement abject’ de Donald Trump ne pouvait l’amener à prendre le pouvoir qu’en raison des abus du ‘politiquement correct’ de la Gauche américaine.

Essentiellement, M. Brucker souffre de myopie.

En Occident et ailleurs, le fondamentalisme islamiste se propage grâce aux sommes colossales qu’y consacre l’Arabie saoudite.

Cette expansion s’est faite avec la complicité du grand capital. En effet, celui-ci cultive ses liens avec la dictature saoudienne en raison des lucratifs contrats d’armement qu’elle accorde et en raison de la fuite des capitaux orchestrée dans les pétromonarchies au profit de nos économies.

On estime, par exemple, que la dynastie saoudienne et de grands entrepreneurs de ce pays possèdent collectivement environ huit pour cent de l’économie américaine, soit bien davantage que les fortunes combinées de Warren Buffett et de Bill Gates.

Or parallèlement à cette amitié entre le grand capital et l’Arabie saoudite, se déploie une collusion entre le désir hégémonique régional de la dictature saoudienne et le désir américain de priver la Russie de ses alliés dans le mode arabe (Tunisie, Irak et Syrie). D’où les guerres régionales qu’on y a livrées.

Au sein des pays occidentaux, les mouvements de Droite instrumentalisent la crainte légitime d’attentats terroristes alors que dans les faits, le djihadisme se nourrit de l’indignation provoquée dans les pays arabes par la guerre coloniale menée par Israël en Palestine et par la série de guerres prédatrices de l’Occident dans des pays producteurs de pétrole.

C’est donc avec beaucoup de scepticisme que je prends connaissance de la thèse simpliste de Pascal Bruckner.

Ce que je reproche à M. Bruckner, c’est de ne pas réaliser que la propagande haineuse dirigée contre les Musulmans de nos pays — propagande haineuse qu’il condamne — s’alimente d’un discours victimisant auquel il contribue.

Selon la thèse de M. Bruckner, le terme d’islamophobie anéantit toute parole critique envers l’islam. Il a pour but de bâillonner les Occidentaux.

S’il est vrai que certains imams radicaux ont tenté de museler ceux qui les critiquent en les accusant d’islamophobie, il faut préciser que cette tactique n’a jamais réussi.

Le quotidien parisien Le Monde souligne plutôt que la jurisprudence française est du côté de la liberté d’expression et même du droit au blasphème et non du côté des ‘islamo-gauchistes’.

De plus, des millions de personnes alimentent déjà les médias sociaux de propos haineux à l’égard de l’Islam et des Musulmans. Au point que certains d’entre nous se sentent investis de la mission de les ‘punir’ pour ce qu’on leur reproche.

Si M. Bruckner se sent muselé par les accusations d’islamophobie, c’est son problème à lui et non le nôtre.

De plus, selon le chroniqueur du Devoir, « l’intérêt principal de ce livre réside dans le brio avec lequel l’auteur démontre à quel point ce crime d’islamophobie sert d’abord à condamner ceux qui, de l’intérieur même de l’islam, cherchent à réformer cette religion.»

En réalité, dans les pays où la charia a force de loi, ceux qui s’opposent au fondamentalisme ne sont pas condamnés pour islamophobie — ce qui serait ridicule puisque l’Islam y est omniprésent — mais pour apostasie ou pour insulte à l’Islam, ce qui est très différent.

Quant à l’argument, rapporté par le chroniqueur du Devoir, selon lequel «…si l’Europe est si islamophobe, pourquoi vient-on s’y réfugier par millions ?», je ne peux pas croire ni M. Bruckner ni le chroniqueur du Devoir n’ont réalisé que la crise migratoire en Europe tire sa source des guerres que nos pays ont provoquées ou qu’ils ont laissé faire si près de leurs frontières.

De plus, je note l’accusation adressée à «…une Gauche exténuée en mal de prolétariat…». La formule est amusante mais tourne à l’aveuglement.

La xénophobie et l’intolérance sont des caractéristiques fondamentales de tout mouvement de Droite.

Au Québec, le discours haineux vient des radiopoubelles (également hostiles à la ‘gogauche’). Or ce discours fleurit dans les régions du Québec où prospère l’idéologie de Droite.

La Droite utilise les peurs sécuritaires représentées par des mouvements terroristes en exagérant la dangerosité des Musulmans occidentalisés et pacifiques qui habitent nos pays et en bloquant toute ouverture à l’autre au nom des valeurs traditionnelles en péril.

De tout temps, la Droite est au service des possédants. Or le 1% ne peut dominer une Démocratie que s’il peut s’appuyer sur suffisamment d’électeurs pour porter au pouvoir ceux qui sont à son service. Pour ce faire, il faut dresser le peuple contre lui-même.

Alors que la majorité de la nouvelle richesse est accaparée par le 1% et que stagnent les revenus des classes moyennes, il faut convaincre celles-ci que c’est à cause du poids fiscal des assistés sociaux et des impôts qui servent à payer une fonction publique hypertrophiée. Et non à cause de l’évasion fiscale qui cache au fisc des milliers de milliards$ à travers le monde.

Et pour détourner la colère du peuple, quoi de mieux également que cette recette séculaire qui consiste à pointer du doigt une minorité ethnique ou religieuse…

Qui a accordé la citoyenneté canadienne à l’imam Charkaoui ? Le gouvernement de Droite de Stephen Harper. Qui a accordé la citoyenneté canadienne à des milliers de femmes niqabées ? Ce même gouvernement.

Pourquoi ? Parce que la Droite a besoin d’épouvantails qui alimenteront la xénophobie qui lui permet de dominer le peuple.

Références :
Islamophobie — Un racisme imaginaire ?
Le prosélytisme de l’Arabie saoudite
Pour Pascal Bruckner, l’« islamophobie » relève de l’illusion

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Crimes haineux dans 21 villes canadiennes en 2014

16 février 2017

Par 100 000 personnes, voici le taux de crimes haineux rapportés dans 21 villes canadiennes.

Précisons que ces données sous-estiment l’ampleur réelle des crimes haineux. Une étude effectuée en 2009 a révélé qu’environ les deux tiers des victimes d’un incident au cours des douze mois précédents n’ont pas signalé l’incident en question à la police.

Plus des deux tiers (69 %) des crimes haineux sont de nature non violente (par exemple, des méfaits contre des biens religieux).

Sont considérés comme violents, les crimes impliquant des voies de fait, des menaces adressées directement à la victime, et du harcèlement criminel.

Les auteurs des crimes haineux sont principalement des jeunes (57% de moins de 25 ans) et de sexe masculin (84%).

Références :
Attentat de Québec : des leçons à tirer de Peterborough?
Crimes haineux

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le désert de l’amour

14 février 2017

Le taux de natalité au Japon est le 224e au monde. Par mille personnes, on y compte plus de morts (9,6) que de naissances (7,8).

En plus, son imperméabilité à l’immigration fait en sorte que son taux de croissance démographique est au 214e rang mondial. Depuis une décennie, sa population décroit.

En 2012, le taux de fertilité avait légèrement augmenté mais le nombre des naissances avait diminué. Ce paradoxe s’explique par la diminution du nombre des femmes en âge d’enfanter (sur lesquelles serait calculé le taux de fertilité); l’âge moyen de la mère à la naissance de son premier enfant est de 30,2 ans.

C’est également en 2012 que pour la première fois au Japon, les ventes de couches pour adulte ont dépassé celles des couches pour bébé.

Le ratio des retraités vs la population active représente une menace pour les finances publiques, de loin les plus endettées au monde (230% du PIB).

Au rythme actuel, sa population actuelle de 126 millions de personnes aura diminué du tiers en 2060.

Dans ce pays, les adolescentes et les femmes de moins de 25 ans adoptent des tenues vestimentaires à l’allure virginale et prépubère, agissant comme un repoussoir auprès des garçons de leur âge.

Comme des moines, les jeunes hommes japonais apprécient la beauté féminine mais ont appris à vivre sans relation sexuelle, la vie de couple étant estimée trop compliquée pour eux.

Des treize millions de célibataires qui vivent chez leurs parents, trois-millions ont plus de 35 ans.

61% des hommes et 49% des femmes y sont non seulement célibataires, mais libres de toute attache sentimentale. Bref, le Japon est le désert de l’amour.

La soumission à l’autorité fait en sorte que les employeurs s’attendent à ce que les employés acceptent toute demande d’heures supplémentaires et toute modification de l’horaire de travail.

Ces contraintes sont lourdes à supporter pour les femmes qui ont des responsabilités familiales. De plus, environ 70% des Japonaises quittent leur emploi à la naissance de leur premier enfant.

Voilà pourquoi, dans les grandes entreprises japonaises, un certain nombre de travailleurs masculins forment le cœur de la force de travail permanente, auquel se greffe une force d’appui temporaire composée de quelques autres travailleurs masculins mais surtout de femmes.

Dans le pays, le taux d’activité professionnelle des femmes est de 50% (comparativement à 78% pour les hommes). Seules 55% des femmes ont un emploi jugé régulier, comparativement à 87% chez les hommes.

Au sein de la société patriarcale japonaise, cette discrimination crée une pression indue chez les femmes soucieuses de conserver leur autonomie financière ou désireuses de poursuivre une vie professionnelle. Celles-ci en viennent donc à considérer sans enthousiasme la perspective d’une vie de famille.

On estime que 40% des jeunes Japonaises ne connaitront jamais la maternité.

Parallèlement à la montée du célibat, les nouveaux appartements sont de plus en plus petits, les restaurants où les clients mangent debout se multiplient, et les portions uniques à l’épicerie deviennent la norme.

Mais j’y pense : quel drôle de texte pour la Saint-Valentin…

Références :
CIA World FactBook
Japan’s fertility rate logs 16-year high, hitting 1.41
Les mutations du marché du travail japonais
et ses conséquences sur le modèle de
croissance

Why have young people in Japan stopped having sex?

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Écrit par Jean-Pierre Martel


C’est quoi, être Québécois ?

10 février 2017

N’étant pas sociologue, ni diplômé en psychologie sociale, je vous avoue candidement que je n’ai jamais très bien compris ce qu’est un ‘débat identitaire’ et encore moins un ‘repli identitaire’.

Pourtant, depuis quelques années, je rencontre quotidiennement l’une ou l’autre de ces expressions en parcourant l’actualité.

D’après ce que j’ai compris, un débat identitaire vise à répondre à la question : « Qui sommes-nous ?»

Voici ma petite réponse à cette intimidante question existentielle.

Pour moi, un Québécois est toute personne qui aime le Québec, qui y vit ou qui y a vécu, et qui se considère comme tel.

Donc, quelle que soit la couleur de sa peau, le nom qu’on donne au Dieu qu’on adore, la langue qu’on parle, on est québécois si on pense l’être.

Dans ses discours à la Convention nationale, Louis XVI ne parlait pas du peuple français, mais des peuples de France.

Il en est ainsi du Québec. Juridiquement, je conçois qu’on puisse parler du ‘peuple québécois’. Mais dans les faits, ce n’est pas le cas.

Mon peuple à moi, ce sont les Francophones du Québec. C’est à lui que je m’identifie.

Les différents peuples autochtones du Québec sont d’autres peuples; chacun de leurs membres est québécois, sur un même pied d’égalité que moi.

On a donc tort d’attacher une connotation péjorative au qualificatif ‘ethnique’. Ce n’est pas parce que quelqu’un possède des caractéristiques ethniques différentes qu’il faut les ignorer par rectitude politique.

De la même manière, reconnaître cette différence n’est pas du racisme. Le racisme, c’est d’attacher une supériorité à la possession d’une caractéristique ethnique.

De plus, l’erreur, c’est de définir le citoyen sur la base de ses caractéristiques ethniques. Parler d’un ‘Musulman du Québec’, ce n’est pas la même chose que de parler d’un ‘Québécois musulman’. L’un suggère qu’il s’agit d’un corps étranger; l’autre, qu’il est des nôtres. Donc, les mots comptent.

De manière analogue, il n’y a pas de honte à dire que la Canadian Constitution est une loi ethnique puisqu’en effet, elle a été adoptée par une ethnie (le Canada anglais) et imposée à mon peuple à l’issue d’une séance de négociation à laquelle le Québec n’a pas été invité.

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Lettre à Jean-François Lisée au sujet des Québécois musulmans

4 février 2017

Aux funérailles montréalaises de trois des victimes de l’attentat antimusulman de Québec, tenues à l’aréna Maurice-Richard, les ministres du gouvernement Couillard et les chefs des partis d’opposition n’ont pas été invités à prendre la parole.

Si on vous avait permis de la faire, je ne suis pas convaincu que l’accueil de la foule à votre égard — où à l’égard de M. Legault, s’il y avait été présent — aurait été plus chaleureux que celui accordé aux premiers ministres du Canada et du Québec.

En effet, même s’il est de bon ton aujourd’hui pour les dirigeants du Parti québécois de prendre leurs distances à l’égard de la Charte de la laïcité, ce projet leur a aliéné de nombreux Québécois de religion musulmane.

C’est ce que soutiennent aujourd’hui MM. Gérard Bouchard et Charles Taylor dans une entrevue au Devoir.

Ceux-ci déclarent : « Les musulmans, ce qui leur a fait le plus mal, c’est la charte des valeurs. Ça les a blessés, humiliés et dressés contre la majorité. C’était une erreur magistrale de ce point de vue là.»

Je suis de cet avis.

Afin de rétablir les ponts avec la communauté musulmane du Québec, j’aimerais que le PQ s’illustre contre la xénophobie de la Droite québécoise. Une Droite que se disputent la CAQ et le PLQ. Et que le PQ a courtisée en vain sous Mme Marois.

Sur les médias sociaux et dans les commentaires publiés sur les sites web de différents quotidiens, il est jugé acceptable d’insinuer que les Musulmans sont en train de prendre le contrôle du Québec; que les Musulmans veulent pervertir nos valeurs fondamentales; que les Musulmans sont tous des cellules dormantes de groupes terroristes; ou que les Musulmans se réjouissent tous secrètement des attentats commis par leurs coreligionnaires à l’Étranger. Jamais un commentaire dans ce sens n’est censuré.

Dans tous ces cas, il s’agit d’une stigmatisation. Or cette stigmatisation est au cœur de la propagande haineuse de la Droite québécoise; ces Québécois sont présentés d’abord comme des Musulmans (ce qui insinue des ‘étrangers’) et non comme des concitoyens.

Il m’est arrivé moi-même d’utiliser l’expression ‘Musulmans d’ici’ pour parler d’eux : je me rends compte que j’ai eu tort et je m’en excuse publiquement.

Je suggère donc que dans toutes ses communications écrites et, si possible, dans les discours de ses élus, le PQ s’engage à utiliser l’expression ‘Québécois musulmans’ et non ‘Musulmans’ ni ‘Musulmans du Québec’. Ici, l’accent est mis sur ‘Québécois’ et non sur ‘Musulmans’. Parce que nous sommes tous des Québécois.

Une telle mesure suscitera évidemment les accusations de récupération politique et l’hostilité de ceux qui sont déjà acquis à d’autres formations politiques.

Mais les membres de la communauté musulmane, eux, y seront sensibles.

De plus, je suggère que le Parti québécois promette, s’il est élu, de consacrer des sommes d’argent aux cimetières du Québec qui voudront devenir multiconfessionnels, sous réserve de différents critères, dont celui de l’acceptabilité sociale dans leurs milieux respectifs. Cela les obligera à travailler eux-mêmes à cette acceptabilité s’il veulent bénéficier de cette subvention.

Pour terminer, les pratiques funéraires musulmanes sont interdites au Québec puisque seuls l’incinération ou l’ensevelissement à la suite d’un embaumement sont permis. Je suggère que cela soit corrigé.

Il s’agit de trois mesures simples que ni la CAQ ni le PLQ ne peuvent adopter sans indisposer une partie de leur base électorale. Tout au plus, le PQ pourrait s’attirer les foudres de ceux qui, de toute façon, ne voteraient pas pour lui, en contrepartie de l’appui massif des Québécois musulmans, heureux de constater que le PQ est dans de meilleures dispositions à leur égard.

Travailler à la cohésion sociale du Québec exige un peu d’effort de chacun d’entre nous et je crois que ces trois mesures iraient dans la bonne direction.

Sur le même sujet :
La Charte de la laïcité : un mauvais départ

Lettre à Jean-François Lisée au sujet des Québécois musulmans
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Nous sommes tous des éponges

3 février 2017

Tous les attentats terroristes sont commis par des personnes exposées à de la propagande haineuse.

Or l’intolérance et la haine ont des degrés : l’envie de tuer est la forme extrême de la haine. Il n’y a pas pire.

La tuerie à l’Assemblée nationale en 1984 et celle au Métropolis en 2012 sont des actes terroristes commis par des personnes exposées à la propagande haineuse ‘antiséparatiste’.

L’attentat terroriste de Polytechnique en 1989 est l’aboutissement de l’exposition du jeune tueur à la misogynie paternelle.

En somme, le discours haineux est à la source de tout acte terroriste. Cette exposition peut être sociale ou limitée au cercle familial.

Dans le cas de la tuerie à l’université Concordia en 1992, il peut résulter d’un délire paranoïaque. Dans ce cas, l’exposition est interne, lié à des hallucinations suscitées par la maladie mentale.

À la suite de l’attentat antimusulman de Québec, il est insuffisant de pointer du doigt les propos d’un petit nombre de personnalités journalistiques ou politiques. Le problème est plus vaste.

Le discours dominant à Québec, dans la région de la Vieille capitale et même dans une bonne partie du Québec profond, est un discours d’intolérance suscité par la Droite québécoise. Une Droite influencée par l’idéologie haineuse républicaine incarnée par Donald Trump.

À l’international, on ne mettra jamais fin au terrorisme sans s’attaquer à l’idéologie haineuse de la dictature saoudienne.

Ce qui est vrai à l’international l’est aussi au Québec. Sauf que les relais de l’idéologie atimusulmane chez nous sont omniprésents puisqu’elle s’est infiltrée dans chacun d’entre nous.

Il suffit de lire attentivement les commentaires publiés sur le site du quotidien montréalais Le Devoir — je présume que c’est pire sur les médias sociaux — pour trouver de nombreux exemples suggérant que les Musulmans sont en train de prendre le contrôle du Québec et de pervertir ses valeurs fondamentales. Ou que les Musulmans d’ici sont soit des cellules dormantes de groupes terroristes ou soit des gens qui se réjouissent secrètement de leurs attentats à l’Étranger.

Dans la fable, le loup se convainc que la brebis trouble son breuvage. Ainsi, il se victimise afin de se justifier à attaquer sa proie. Voilà l’essence du discours contre la minorité musulmane d’ici.

L’attentat antimusulman de Québec a été un électrochoc. Depuis plusieurs jours les médias québécois effectuent un travail admirable pour donner la parole aux Musulmans, pour présenter les victimes et leurs familles, et surtout pour incarner ce que sont les Québécois musulmans.

Je souhaite que cette campagne de sensibilisation se poursuive parce des mentalités bien encrées ne changent pas du jour au lendemain; il suffirait d’un attentat ‘vengeur’ d’Al-Qaida et de l’État islamique pour que le naturel antimusulman revienne au galop.

Sur le même sujet :
La tuerie de Charlie Hebdo : les lacunes du renseignement (2e partie)

Paru depuis :
La haine, cette bombe (2017-02-04)

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Le Féminisme de chiffon

1 février 2017

L’attentat terroriste antiislamique de Québec est l’aboutissement d’un discours démagogique et xénophobe qui prévaut dans certains milieux depuis plusieurs années.

À des fins de propagande, l’instrumentalisation du féminisme s’est avérée être l’outil le plus efficace dans la lutte antimusulmane au Québec.

Essentiellement, il consiste à soutenir qu’il est du devoir de toute femme de combattre la religion islamique, perçue comme misogyne.

Le traitement des femmes qui vivent dans des pays où la charia a force de loi devient l’exemple du danger qui guette les pays occidentaux si les Musulmans devaient un jour y exercer une influence déterminante.

Les Musulmans ne représentent que trois pour cent de la population québécoise. De plus, la croissance démographique de la communauté musulmane, même si elle est plus rapide la moyenne, n’est pas de nature à bouleverser la composition ethnique du Québec dans un avenir prévisible.

Beaucoup de personnes sont persuadées du contraire en raison de la visibilité soudaine du voile islamique, notamment chez les étudiantes musulmanes. Un engouement qui, dans les faits, s’estompe à leur arrivée sur le marché du travail.

Et c’est à l’égard du voile que la rhétorique antimusulmane est la plus belliqueuse.

En dépit du fait que dans la majorité des cas, le port du voile semble être volontaire, un certain nombre de personnes sont incapables de concevoir qu’il puisse en être ainsi. Elles projettent leur propre répulsion du voile sur les autres et présument que chez ces dernières, l’aversion est réprimée violemment par leur entourage familial.

Manipulées, ces féministes se croient investies de la mission de délivrer leurs consœurs de l’oppression présumée dont elles seraient victimes.

C’est ainsi qu’on comparera le voile islamique à l’étoile de David que les Nazis faisaient porter aux Juifs pour les reconnaitre. Comme si les Musulmans avaient de la difficulté, autrement, à distinguer entre eux les personnes de sexe féminin.

De manière aussi excessive, on qualifiera le voile islamique de violence faite aux femmes. Consciemment ou non, on suggère ainsi que des actes haineux antimusulmans sont légitimes puisqu’ils servent à les punir des sévices qu’ils feraient subir aux femmes.

À des fins de discussion, présumons que le voile islamique est le signe d’une soumission contrainte.

Suffirait-il de forcer ces femmes à s’habiller autrement faire cesser la ‘violence’ dont elles sont l’objet ?

Conséquemment, s’attaquer à un bout de chiffon qui couvre la tête de certaines Musulmanes et s’attaquer à l’exploitation dont elles seraient victimes, sont deux choses complètement différentes.

La révolution féministe a été un fait marquant du XXe siècle en Occident.

Fondamentalement, le féminisme n’est que libérateur. Il a consisté à accorder aux femmes un statut juridique et des droits égaux aux hommes, de permettre aux femmes de mener leur vie comme elles l’entendent, et d’obtenir un salaire égal à travail égal. Sur ce dernier point, il est évident qu’il reste du travail à faire.

Parallèlement à ce féminisme ‘libérateur’ (on me pardonnera ce pléonasme), s’est greffée un féminisme contraignant. Celui-ci vise à soumettre certaines femmes (essentiellement des Musulmanes) au dogme vestimentaire décidé par d’autres femmes.

Face à la futilité du but recherché — contraindre des femmes à s’habiller autrement — les partisans de ce féminisme de chiffon ont le devoir aujourd’hui s’interroger sur leur instrumentalisation à des fins de propagande haineuse dirigée contre la communauté musulmane.

Références :
La polémique reprend
Le terreau fertile d’une extrême droite bien de chez nous
Scission au sein de la Fédération des femmes

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La veillée en hommage aux victimes de l’attentat de Québec

31 janvier 2017
Foule à la station Berri-UQÀM

Hier soir à 18h, la population montréalaise était invitée à une veillée en hommage aux victimes de l’attentat terroriste antimusulman de Québec.

Dès la station de métro Berri-UQÀM, la foule présente ce lundi soir permettait d’anticiper une participation importante à cette manifestation.

À la station de métro du Parc

En raison du fait que les gens trébuchaient les uns sur les autres au haut des escaliers mécaniques, les forces de sécurité ont dû faire cesser leur fonctionnement à la station du Parc, ce qui a contribué à l’engorgement au sortir des quais du métro.

Foule à la Place de la Gare Jean-Talon

En dépit du froid et du vent, un grand nombre de Montréalais sont venus manifester leur solidarité aux victimes de la tuerie de Québec.

Aucune des personnalités politiques présentes n’a été invitée à prendre la parole, la manifestation étant réservée aux citoyens.

Quelques participants

Rappelons les noms des victimes, tuées alors qu’elles priaient : Ibrahim Barry, Mamadou-Tanou Barry, Khaled Belkacemi, Karim Hassan, Azzedine Soufiane, et Aboubaker Thabti.

Références :
Azzedine, Khaled, Mamadou et les autres victimes de l’attentat de Québec
Le coup de crayon du 31 janvier
Une marée humaine à Montréal en solidarité pour les victimes de Québec

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif M.Zuiko 12-40mm
1re photo : 1/80 sec. — F/2,8 — ISO 4000 — 19 mm
2e  photo : 1/80 sec. — F/2,8 — ISO 2500 — 25 mm
3e  photo : 1/50 sec. — F/2,8 — ISO 6400 — 12 mm
4e  photo : 1/60 sec. — F/3,2 — ISO 2000 — 20 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La décriminalisation de la violence conjugale en Russie

26 janvier 2017


 
En Russie, environ 36 000 femmes sont battues et plus de 9 000 meurent chaque année de violence conjugale. Dans 60 à 75% des cas, l’agresseur est en ébriété.

Par million d’habitants, on dénombre environ vingt fois plus d’uxoricides — c’est-à-dire de meurtre d’une épouse — en Russie qu’aux États-Unis.

On estime que 40% des crimes violents russes — dont sont victimes surtout des femmes, mais aussi des enfants — se produisent en milieu familial.

Lorsque ces conflits ne sont pas mortels, la police intervient rarement, jugeant cela comme une affaire domestique et reprochant aux plaignantes de vouloir laver leur linge sale en public.

Quand la police intervient, seulement trois pour cent des enquêtes ouvertes débouchent sur une plainte devant les tribunaux.

En raison de la promiscuité des personnes en conflit, il est fréquent que la violence conjugale dégénère. Conséquemment, la plupart des pays traitent ces affrontements en vertu du droit criminel plutôt qu’en vertu du droit civil (comme le sont les conflits entre voisins, par exemple).

En effet, en droit criminel, c’est l’État qui porte plainte, libérant la victime des pressions qui pourraient s’exercer sur elle afin qu’elle retire sa plainte.

Mais l’Église orthodoxe et les autorités politiques russes estiment excessif de criminaliser les parents consciencieux qui ont recours de manière ‘modérée et judicieuse’ à la force physique dans l’éducation de leurs enfants.

Au nom de la préservation des valeurs traditionnelles familiales, les députés russes ont adopté hier, par 385 voix contre deux, de décriminaliser la première condamnation pour violence familiale lorsque l’incident n’a pas entrainé d’hospitalisation.

La première conviction serait alors punie d’une amende de 500$ ou d’un emprisonnement de quinze jours. Toutefois, lorsque l’agression a entrainé des contusions ou des fractures osseuses, ou lorsqu’il s’agit d’une récidive, elle pourrait faire l’objet de poursuites criminelles si les forces de l’ordre le jugent approprié.

Références :
Domestic violence in Russia
La Russie dépénalise les violences domestiques pour éviter la « destruction de la famille »
Russia Moves to Soften Domestic Violence Law

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif M.Zuiko 25mm F/1,2 — 1/60 sec. — F/1,2 — ISO 320 — 25 mm

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Le serment d’allégeance aux valeurs du pays

6 janvier 2017

Introduction

Parmi les douze recommandations du rapport Casey, deux concernent l’obligation de prêter allégeance à des valeurs nationales.

Depuis, ces recommandations ont reçu l’appui de Sajid Javid, le secrétaire britannique aux Communautés culturelles.

En Grande-Bretagne, ce serment serait l’équivalent moderne du Serment du Test.

Le Serment du Test

De 1673 à 1828, le Test Act assujettissait tous les fonctionnaires et officiers anglais à l’Église anglicane. Il avait pour but d’exclure les Catholiques romains de toutes les charges administratives du pays.

Au Québec il fut en vigueur peu de temps après la conquête française. Toutefois en 1774, par l’Acte de Québec, il fut remplacé par un nouveau texte dépourvu de références spécifiquement anticatholiques mais qui conservait le serment d’allégeance au roi ou à la reine d’Angleterre (chef de l’Église anglicane).

De nos jours, c’est cette version adoucie du Serment du Test que prêtent les néoCanadiens lors de la cérémonie de citoyenneté.

Son texte est le suivant :

J’affirme solennellement que je serai fidèle et porterai sincère allégeance à Sa Majesté la Reine Élizabeth II, Reine du Canada, à ses héritiers et successeurs, que j’observerai fidèlement les lois du Canada et que je remplirai loyalement mes obligations de citoyen(ne) canadien(ne).

La signature du requérant au bas de ce document est nécessaire à l’obtention de la citoyenneté canadienne.

Survol international

En Australie, les références à la monarchie britannique ont été abandonnées sauf dans le cas des juges et des parlementaires.

Aux Pays-Bas, le serment d’allégeance est le suivant :

Je jure (ou déclare solennellement) allégeance au roi, aux statuts du Royaume des Pays-Bas, et à la constitution.

Je jure (ou déclare solennellement) que j’effectuerai loyalement les fonctions qui me seront assignées.

Ainsi aidez-moi Dieu Tout-Puissant ! (ceci que je déclare et affirme).

Depuis un an, la Belgique a institué une ‘déclaration de primo-arrivant’.

Toute personne qui ne possède pas déjà la citoyenneté européenne (sauf les étudiants et les demandeurs d’asile) doit prêter allégeance à la Convention européenne des droits de l’Homme s’il désire séjourner en Belgique pendant plus de trois mois.

Le refus de signer cette déclaration entraine l’interdiction de séjour. Une fois admis, ceux qui sont incapables de prouver qu’ils travaillent à leur intégration peuvent être déportés.

Contrairement aux autres pays, la Belgique a présumé que les requérants dont la culture est très éloignée de la sienne pouvaient avoir de la difficulté à saisir les implications concrètes d’un simple énoncé de principes.

Voilà pourquoi la déclaration à signer est plutôt un long texte explicatif. Note : on cliquera une ou deux fois sur le texte ci-dessous pour l’agrandir.

Suggestion d’un nouveau serment de citoyenneté canadienne

À l’analyse des différentes solutions proposées, je ne vous cacherai pas avoir été séduit par l’approche belge.

Si le texte de son serment d’allégeance est si long, c’est précisément pour faire réaliser les conséquences concrètes de l’adhésion du requérant aux valeurs du pays. Une adhésion facile pour nous qui partageons des valeurs identiques mais qui impliquent un profond changement de mentalité pour d’autres personnes.

Ceci étant dit, les moyens adoptés par ces pays ne sont pas mutuellement exclusifs.

On pourrait très bien faire en sorte que le dossier d’un requérant à l’immigration ne soit pas complet s’il n’a pas signé une déclaration d’adhésion aux valeurs du pays analogue à celle de la Belgique. En d’autres mots, à moins d’avoir signé un tel document, sa demande d’immigration ne serait même pas considérée.

Finalement, si sa demande d’immigration est acceptée, le requérant deviendrait officiellement citoyen canadien après avoir prêté un serment d’allégeance lors de la cérémonie d’assermentation. Ce court serment serait alors le suivant :

Je jure (ou déclare solennellement) mon allégeance aux valeurs du pays, c’est-à-dire l’égalité entre les sexes, la liberté d’opinion, la Démocratie, le respect du Droit et de la Justice, de même que le respect et la tolérance à l’égard de mes concitoyens.

Dans tous les cas, il est évident que le serment exigé depuis 1774 aux demandeurs de la citoyenneté canadienne n’est plus pertinent.

Références :
Assermentation des députés
Déclaration de primo-arrivant pour les étrangers qui souhaitent séjourner plus de trois mois en Belgique – Deuxième lecture
Sajid Javid proposes ‘British values oath’ in wake of Casey review of social integration
Serment d’allégeance
Serment du test
Serment du test
Test Act
The Casey Review — A review into opportunity and integration
Voici la lettre que les primo-arrivants devront signer pour résider en Belgique

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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