L’absence d’empathie du ministre Gaétan Barrette

7 février 2018

Ces jours-ci, le public québécois découvre l’ampleur du système de type esclavagiste que le ministre de la Santé du Québec a mis en place dans nos établissements de santé pour contraindre nos infirmières à travailler dans n’importe quelles conditions.

Puisque ce sujet est abondamment commenté, le texte qui suit porte sur sujet qui a moins attiré l’attention mais qui, à mon avis, est hautement significatif de l’incapacité du ministre de se mette à la place des autres.

Dans le Grand-Nord québécois, lorsqu’un enfant autochtone tombe à ce point malade qu’il doive d’urgence être transporté par avion à un hôpital situé dans le Sud, le ministre Barrette refuse que l’enfant soit accompagné de sa mère.

Imaginez le contexte. Un enfant blessé ou susceptible de mourir doit quitter le milieu naturel auquel il est habitué et prendre l’avion pour la première fois de sa vie sans la présence rassurante de sa maman.

À l’hôpital, si on s’aperçoit que la condition de l’enfant exige le recours à une procédure qui comporte un certain risque d’échec ou de conséquences graves, qui donnera le consentement éclairé ? Les parents dont l’iglou, le tipi ou la maison n’est peut-être pas raccordé à un système de téléphonie ? Ou qui, parallèlement, ont pris un avion commercial et qui sont donc dans l’impossibilité d’être rejoints en vol ?

À moins qu’on le demande directement à l’enfant.

Mais comment fait-on comprendre à un enfant de cinq ans qu’on doit absolument lui ouvrir le corps pour le sauver, mais qu’il a un risque de mourir de cette procédure chirurgicale ?

Et à la mère qui arrive à l’hôpital trop tard, alors que son enfant a succombé, lui dit-on qu’on est désolé, qu’on a tout fait, mais que ce n’est pas bien grave puisqu’il serait mort de toute façon si on l’avait pas amené… Est-ce de nature à la consoler de ne pas avoir partagé les derniers instants de la vie de son enfant ?

Depuis plus d’un siècle, les peuples autochtones du Canada sont soumis aux politiques génocidaires du gouvernement canadien.

Après les pensionnats autochtones où de nombreux jeunes ont été abusés sexuellement, d’où tous (abusés ou non) revenaient ignorants des tâches nécessaires à leur survie dans la nature sauvage canadienne, comment la séparation d’un enfant peut ne pas susciter les plus vives inquiétudes chez ses parents ?

Pressé par les sociétés canadienne et québécoise de pédiatrie, le ministre Barrette a fait savoir qu’il est en réflexion.

Pour tout observateur doté de la moindre dose d’empathie, il est évident que l’enfant doit être accompagné de sa mère et, si celle-ci ne parle ni français ni anglais, d’une personne capable de lui servir d’interprète.

Mais pour le ministre, cela n’est pas évident et nécessite sa réflexion. Cette réflexion dure depuis trois ans.

Signalons que le Québec est la seule province canadienne où il est strictement interdit aux parents d’accompagner leur enfant lors d’évacuations médicales aériennes d’urgence.

Références :
Aboriginal nutritional experiments had Ottawa’s approval
La destruction des Indiens des Plaines. Maladies, famines organisées, disparition du mode de vie autochtone
Les pédiatres pressent Québec de permettre la présence des parents dans les ambulances aériennes
Québec est interpellé au sujet des parents à bord des ambulances aériennes

L’absence d’empathie du ministre Gaétan Barrette
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Saoudiennes, que vous êtes chanceuses…

14 janvier 2018

Voile_islamique
 
Un vent de liberté souffle sur le sable chaud d’Arabie saoudite.

Cette semaine, nos quotidiens nous apprenaient la bonne nouvelle : les Saoudiennes seront enfin libre d’assister à des joutes sportives.

Évidemment, si leur père ou leur mari est d’accord, si elles sont accompagnées d’une vraie personne, et si elles vêtues correctement.

Cette remarquable avancée pour le droit des femmes nous fait presque oublier celles qui sont tuées quotidiennement au Yémen sous les bombardements saoudiens.

Parce qu’il faut bien se le dire; quand des dizaines, des centaines ou des milliers de ‘civils’ sont tués, il y a toujours la moitié d’entre eux qui sont des femmes.

Mais ne boudons pas notre plaisir pour si peu.

Protégées des rayons cuisants du soleil par leur chador ou, pour celles qui craignent encore plus de bronzer, leur niqab si décoratif, les Saoudiennes pourront enfin admirer la sueur virile d’athlètes en tenue légère.

Cette nouvelle s’ajoute à celle, incroyable, selon laquelle les Saoudiennes auront bientôt le droit de conduire.

Puisque la burka réduit sensiblement le champ de vision, on imagine mal une femme ainsi vêtue filer à 90 km sur une autoroute saoudienne.

Puisque cette mesure n’entre en vigueur qu’en juin prochain, il nous faudra attendre jusque là pour découvrir que, dans un premier temps, on leur permettra peut-être de conduire… un chameau.

Dans cinq ou dix ans, si l’expérience s’avère sécuritaire, on leur permettra sans doute de conduire le tricycle.

Une chose à la fois.

À ce rythme, le pays sera évolué dans quelques siècles.


Sur le même sujet:
Pour les Saoudiennes, «des réformes encourageantes, mais cosmétiques»

Saoudiennes, que vous êtes chanceuses…
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Écrit par Jean-Pierre Martel


#MeToo ou l’explosion de l’autocuiseur

10 janvier 2018

Le XXe siècle a connu deux grandes révolutions : la Révolution communiste et la Révolution féministe. La plus importante fut la seconde.

Sans remonter jusqu’aux Suffragettes, cette révolution s’est articulée autour de trois revendications principales :
• le droit pour une femme d’exercer le métier qu’elle veut
• le droit de faire ce qu’elle veut de son corps
• le droit d’obtenir, pour un travail égal, un salaire égal à celui d’un homme.

Limitée concrètement à l’Occident, cette révolution a fait progresser considérablement la condition féminine. Au point que beaucoup de jeunes femmes refusent aujourd’hui de se dire féministes, considérant, à tort, le féminisme comme un combat révolu, livré par leurs aïeules à une époque où il était justifié.

Devenu en français #MoiAussi (au Québec) et #BalanceTonPorc (en France), voilà que surgit le mouvement #MeToo qui redonne un second souffle à la Révolution féministe.

Ce mouvement consiste à dénoncer publiquement les responsables de violence sexuelle, généralement exercée contre des femmes. Et en dénonçant leurs agresseurs, ces femmes libèrent la parole d’autres victimes de celui-ci. Et tout cela fait boule de neige au point que l’accusé ne peut plus opposer sa crédibilité à celles de ses victimes, devenues trop nombreuses.

Dans les pays asiatiques, une femme qui porte plainte à la police pour viol risque d’être violée de nouveau, cette fois par les policiers auxquels elle se confie.

Au mieux, elle sera coupable d’avoir réveillé le désir irrépressible de son agresseur.

Au pire, on la condamnera à épouser son violeur (si elle est célibataire) ou à être lapidée pour adultère (si elle est mariée).

Dans les pays occidentaux, la femme victime de violence sexuelle ou de harcèlement fait face à d’autres contraintes lorsqu’elle veut porter plainte auprès des autorités.

Même lorsque les policiers la croient, tout procès opposera sa parole à celle de son agresseur. Conséquemment, on ne compte plus le nombre d’abuseurs innocentés pour insuffisance de preuve.

De plus, on ne doit jamais oublier que dans nos pays, l’accessibilité économique au système judiciaire laisse à désirer; depuis des décennies, la profession juridique a piraté l’appareil judiciaire pour le transformer en machine à sous au bénéfice de leur caste sociale.

Les médias sociaux permettent de libérer les victimes de ces contraintes.

Ces médias sont à la fois un mode de publication gratuit et un amplificateur de la rumeur publique. Comme le vent, celle-ci est irrépressible. Son bras vengeur est le Tribunal de l’opinion publique.

Ce dernier existe depuis des siècles. Toutefois, les médias sociaux ont considérablement accru le caractère expéditif de ses pouvoirs exécutoires.

Il suffit d’une calomnie ou d’une médisance pour qu’un tollé soit provoqué instantanément à l’encontre d’une entreprise ou d’une personnalité publique.

Et une réputation flatteuse —  soigneusement entretenue par des campagnes de relations publiques ou par un mécénat ostentatoire — peut être anéantie en un éclair par le déchainement de milliers de messages haineux sur l’internet.

Mais si le Tribunal de l’opinion publique peut être impitoyable pour ceux qui vivent de l’estime du public (notamment les artistes), il est inefficace contre les chefs d’État et ceux dont le pouvoir peut difficilement être révoqué.

Le milieu artistique est donc la pointe d’iceberg d’un phénomène social dont l’importance a été révélée par le mouvement #MeToo.

En 1996, j’ai réalisé une étude qui portait, entre autres, sur le harcèlement sexuel au travail auquel étaient soumis les pharmaciens salariés de pratique privée au Québec.


Avez-vous été victime de harcèlement sexuel au cours des douze derniers mois ?

Femmes Hommes
Oui, de la part du patron 0,3 % 0,0 %
Oui, de la part d’un collègue 0,0 % 0,0 %
Oui, de la part d’un commis 0,5 % 1,2 %
Oui, de la part d’un patient 2,4 % 1,7 %
Non 96,8 % 97,1 %


 
Jusque là, les études à ce sujet avaient été réalisées dans des lieux de travail auxquels le grand public n’avait pas accès.

Contrairement à ce qu’on croyait à l’époque, notre étude démontrait que le harceleur n’était pas nécessairement une personne en position d’autorité : chez les femmes, il ne l’était que dans le dixième des cas.

De plus, on apprenait que le harcèlement sexuel affectait également les salariés masculins, une chose qui nous semble évidente aujourd’hui mais qui l’était beaucoup moins à l’époque.

Les résultats tranchent avec des études récentes réalisées en milieu universitaire où la définition de la ‘violence sexuelle’ englobe tous les aspects de la quête amoureuse. Conséquemment, à la lecture du questionnaire de ces études, on s’étonne que le taux de ‘violence sexuelle’, ainsi définie, ne soit pas de 100%.

C’est contre cette confusion qu’une centaine de femmes — dont Catherine Deneuve — publiaient hier dans le quotidien Le Monde un texte qui accusait le mouvement #BalanceTonPorc de donner lieu à des dérives qui «…loin d’aider les femmes à s’autonomiser, sert en réalité les intérêts des ennemis de la liberté sexuelle, des extrémistes religieux, des pires réactionnaires et de ceux qui estiment (…) que les femmes sont (…) des enfants à visage d’adulte, réclamant d’être protégées

À mon avis, ce plaidoyer est maladroit autant dans sa forme que dans son essence. Aux oreilles québécoises, la défense de la liberté d’importuner les femmes étonne.

Pour paraphraser François Masseau, abonné du Devoir, on pourrait répondre qu’il est probablement moins risqué pour l’élite artistique parisienne de se faire taponner les fesses qu’une femme de ménage portugaise.

Aussi sincère qu’elle soit, cette dénonciation des dérives du mouvement #MeToo est inappropriée.

Aux FrancoFolies de 2013

Jusqu’à maintenant, les victimes de harcèlement sexuel ont été sans voix. Maintenant leur colère s’exprime.

Ce que les signataires n’ont pas compris, c’est que la Révolution féministe entraine des abus qui sont inhérents à toute révolution. À titre d’exemple, la Révolution française a accouché de la Terreur. Sans Robespierre, un autre tyran aurait émergé du lot, porté par la ferveur révolutionnaire.

Sans excès, une révolution n’est qu’une réforme.

Or une réforme ne peut provoquer des changements de mentalité que si on persiste à l’appliquer pendant longtemps. Une révolution instaure une cassure; il y a un avant la révolution et il y a un après.

Comme un autocuiseur qui explose, le mouvement #MeToo aura une fin. Il ne suffit pas d’une seule dénonciation pour que l’accusé démissionne de son poste : il faut que cette dénonciation soit suive d’une multitude d’autres concernant cette même personne.

Une fois que ces dizaines, voire des centaines, de prédateurs sexuels auront remis leur démission, on manquera d’accusations pour maintenir la pression.

Cela ne sera pas grave; le but est de changer des mentalités. Or les mentalités changeront.

Mais ce qui ne changera pas, c’est la sollicitation sexuelle. Une femme qui déteste le regard insistant de ceux qui ont le béguin pour elle, qui déteste qu’on lui ouvre la porte parce qu’elle peut très bien le faire elle-même, qui ne veut pas qu’on l’invite à prendre un café, aurait intérêt à choisir la vie monastique plutôt que la vie civile.

Parce que tant que des êtres humains seront à la recherche d’une âme-sœur, il sentiront le besoin de le faire savoir autrement que par des petites annonces dans des quotidiens que plus personne ne lit.

Références :
Doit-on fermer l’université Laval ?
La campagne #MoiAussi divise les femmes en France
« Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle »
Suffragette
Une centaine de femmes françaises dénoncent les dérives de l’après-#MoiAussi

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif M.Zuiko 40-150mm R — 1/50 sec. — F/9,0 — ISO 6400 — 40 mm

#MeToo ou l’explosion de l’autocuiseur
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Doit-on fermer l’université Laval ?

29 novembre 2017

Introduction

Situé dans la ville de Québec, le campus de l’université Laval accueille quarante-huit-mille étudiants.

Près de deux-mille d’entre eux ont participé à un sondage effectué sur l’internet dont les résultats ont été dévoilés hier.

L’étude révèle que 41,7% des étudiants de l’université Laval ont été victimes de violence sexuelle depuis leur admission, dont 26,7% au cours des douze mois qui ont précédé l’enquête.

Aucun parent digne de ce nom ne peut confier ses enfants à une institution où sévit une violence tellement généralisée qu’on peut la qualifier de systémique.

Ce qualificatif est d’autant plus approprié que le tiers du personnel de cette institution déclare avoir reçu les confidences des victimes sans qu’on ait tenté de châtier les coupables ou de modifier leurs comportements violents.

Par exemple, près du quart des personnes qui se sont adressées au Centre de prévention et d’intervention en matière de harcèlement se disent très insatisfaites du soutien obtenu.

Près d’une victime sur dix rapporte vivre du stress post-traumatique.

17% des victimes de sexe féminin et 13% des victimes de sexe masculin ont éprouvé des difficultés à poursuivre leurs activités à l’université.

De plus, 19% des femmes et 16% des hommes ont éprouvé des difficultés dans leur vie affective, intime et sexuelle en raison de ce qu’ils ont subi à l’université.

Quand plus de vingt-mille victimes de violence sexuelle se concentrent dans un territoire aussi restreint que celui du campus de Laval, ce lieu doit être immédiatement investi par les forces policières et interdit au public

D’où la question : doit-on fermer l’université Laval ?

Recommandations du rapport

Face à la situation inquiétante qu’elles ont observée, on aurait pu s’attendre à ce que les auteures du rapport suggèrent une série de mesures urgentes destinées à faire cesser la violence faite aux étudiants.

Les auteures recommandent plutôt qu’on forme un comité et qu’on poursuive la réflexion à ce sujet.

Ou bien cette étude est une plaisanterie et conséquemment, il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Ou bien l’étude décrit une situation alarmante à laquelle on doit s’attaquer sans délai.

Qu’en est-il exactement ?

Qu’est-ce que la violence sexuelle ?

L’étude révèle trois types de violence sévissant dans le contexte universitaire depuis l’admission :
• un taux de 37,3% de harcèlement sexuel,
• un taux de 22,3% de comportements sexuels non désirés et
• un taux de 3,0% de coercition sexuelle.

Puisque certains répondants ont été victimes de plusieurs types de violence, le taux total de violence sexuelle est de 41,7%. Presque un étudiant sur deux.

35,8% des victimes déclarent ne pas avoir dévoilé l’incident, le jugeant pas assez grave ou voulant l’oublier. Plusieurs victimes mentionnent également ne pas avoir voulu dénoncer de peur de ne pas être crues, par crainte de représailles ou par peur d’un manque de confidentialité dans le traitement de la plainte.

Pour comprendre le manque de motivation des répondants à combattre la violence exercée contre eux, il faut analyser le questionnaire afin de comprendre la gravité de ce qui est considéré comme violent par les auteures.

Les cas concrets donnés dans le rapport nous donnent une idée de la variabilité de ce qui est considéré comme tel.

Ils vont du viol (ce qui est un acte criminel), au cas de l’étudiant masculin qui déclare à sa professeure qu’il était « disponible à faire n’importe quoi en échange pour sa note préférée ».

Il s’agit-là de deux exemples de ‘violence’; la première évidente, l’autre beaucoup plus typique d’une simple sollicitation sexuelle de mauvais gout. De plus, dans ce dernier cas, on ne doit pas oublier que c’est l’enseignante qui est en situation de pouvoir. On peut également se demander s’il y a une limite à toujours présenter les femmes comme des victimes.

Les questions relatives au harcèlement sexuel

Des huit questions à ce sujet, celle qui a recueilli le plus grand nombre de réponses positives est celle qui demandait au répondant si on l’avait dévisagé ou déshabillé du regard d’une manière qui l’avait rendu mal à l’aise.

25% des étudiantes et 7% des étudiants de sexe masculin ont vécu cette situation à au moins une occasion depuis leur admission à l’université.

Qui n’a jamais été regardé au moins une fois dans sa vie de manière insistante par quelqu’un qui ne nous intéressait absolument pas ?

Il est normal qu’une jeune personne puisse éprouver un certain inconfort à être un sujet de convoitise. Apprendre à ignorer ces gens et détourner le regard fait partie de l’apprentissage de la vie.

Lorsque ce comportement est répétitif, il suffit de confronter la personne et de lui dire : « Tu me lâches. Tu ne m’intéresses pas.». Après, si ce comportement se poursuit, cela devient du harcèlement. Et les autorités de l’université doivent alors réprimer ce comportement.

Les sept autres questions concernent 
• les plaisanteries sexuelles (18% et 13%),
• les interpellations sexuelles, par exemple être sifflée (17% et 4%),
• les discussions à caractère sexuel (16% et 10%),
• les remarques désobligeantes au sujet de l’apparence physique ou des activités sexuelles du répondant (14% et 12%)
• les gestes vulgaires ou offensants (14% et 5%)
• les commentaires insultants à caractère sexuel (12% et 8%)
• l’imposition de sa nudité ou d’une tenue vestimentaire suggestive (6% et 4%)

À toutes ces questions, le répondant donnait une réponse positive si cela s’était produit à au moins une occasion depuis son admission à l’université.

Ce qu’on peut reprocher à cette étude, c’est son manque de nuance. Ne peut-on pas distinguer entre être offensée par une plaisanterie ou remarque désobligeante de la part d’un jeune boutonneux et être constamment le sujet de ses blagues ?

Des jeunes se suicident à force d’être les boucs émissaires de leurs harceleurs. Mais le fait d’entendre une seule plaisanterie sexiste, est-ce que cela fait de vous une victime de ‘violence sexuelle’.

Il y a plusieurs décennies, les hommes québécois ont cessé de siffler les femmes (comme on siffle un chien). Je comprends très bien qu’une femme en soit insultée. Mais l’étudiant qui, de nos jours, commet cette indélicatesse, fait-il preuve de violence à l’égard de celle qu’il trouve de son gout ?

Les questions relatives aux comportements sexuels inappropriés

Dans cette section, on trouvait le viol (3% et 1%), les tentatives de viol (5% et 2%) et d’autres situations plus fréquentes qui — à une exception — sont autant répréhensibles.

Dans tous les cas, leur fréquence importe peu; une tentative de viol est de trop même si elle ne survient qu’une seule fois au cours d’études universitaires.

Lorsque j’étais étudiant, si quelqu’un m’avait envoyé la photo de ses organes génitaux par courriel, je l’aurais imprimée, j’y aurais ajouté son nom et je l’aurais collée à la porte d’entrée de notre classe pour que les autres gars se moquent de lui.

L’exception dont je parlais plus tôt concerne le cas de celui qui réitère une invitation à prendre un verre ou à sortir pour manger, malgré un premier refus. C’est le plus fréquent de tous les comportements ‘sexuels’ non désirés (16% et 3%).

Comment peut-on parler de violence faite aux femmes lorsqu’un gars invite pour la deuxième fois durant sa formation universitaire la fille pour laquelle il a le béguin alors qu’elle lui a déjà dit non une première fois quelques années plus tôt ?

Les questions relatives à la coercition sexuelle

Étonnamment, ce n’est pas dans cette section qu’on abordait le viol et les tentatives de viol.

Ici, il était principalement question des menaces afin d’obtenir des faveurs sexuelles. Cela concernait environ 3% des filles et 1% des gars.

Conclusion

Un étudiant qui a le béguin pour une fille et qui s’entête à ne pas voir qu’elle n’est pas intéressée, cela est certainement du harcèlement. Mais il est facile de faire cesser un tel comportement.

La violence faite aux femmes, la vraie, doit être punie.

Mais doit-on sanctionner le fait d’inviter une deuxième fois une femme au restaurant après avoir essuyé un refus quelques semaines plus tôt parce qu’occupée ce jour-là ?

Pourtant cela fait partie de la ‘violence sexuelle’ en milieu universitaire selon les auteurs féministes, au même titre qu’un viol.

Si une quête amoureuse maladroite correspond à de la violence sexuelle, on comprend pourquoi tant de femmes ont de la difficulté à se trouver un partenaire. Parce que dès qu’un regard trop insistant se pose sur elles, cela peut être jugé comme de la violence sexuelle. Tout dépendant de la réaction inconfortable (ou non) de la personne regardée.

Nous sommes ici dans l’arbitraire et le subjectif. Et tout cela est qualifié dramatiquement de ‘violence faite aux femmes’.

Cette étude est le fruit de la marchandisation du féminisme; de nos jours, à partir des fonds publics, on peut faire de l’argent en exploitant démagogiquement la crainte légitime des abus sexuels.

À crier au loup pour tout et pour rien, on se discrédite. Je regrette de le dire, mais à mon avis, cette étude ne vaut rien.

Conséquemment, on peut laisser ouverte l’université Laval encore pour quelque temps…

Référence :
Violences sexuelles en milieu universitaire, résultats de l’Enquête Sexualité, Sécurité et Interactions en Milieu Universitaire (ESSIMU) : Portrait de la situation à l’Université Laval

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le peuple québécois n’existe pas

23 novembre 2017

Introduction

La manière de désigner les collectivités humaines a varié avec le temps.

L’intellectuel québécois le plus influent de la première moitié du XXe siècle fut le chanoine Lionel Groulx. Dans ses écrits, celui-ci parle de la ‘race canadienne-française’. Comme d’autres parlaient fièrement de leur appartenance à la ‘race britannique’.

Depuis, le mot ‘race’ a mal vieilli. L’horreur des crimes nazis a rendu suspecte toute utilisation de ce mot pour distinguer autre chose que des êtres humains dotés de pigmentations de la peau différentes.

Le chanoine Groulx est typique de son époque.

Les paroles de l’hymne national canadien ont été écrites en 1880. La première strophe de l’Ô Canada est connue de tous. Mais on ignore généralement que la version officielle de ce chant comprend trois autres paragraphes.

L’une d’elles parle du Canadien — né d’une race fière — qui grandit près d’un fleuve géant. Ce fleuve est le Saint-Laurent. Il n’y a pas de fleuve géant qui traverse l’ensemble du Canada actuel.

C’est donc à dire que l’Ô Canada est un chant patriotique conçu spécifiquement pour les habitants de la vallée du Saint-Laurent, à une époque où ils se considéraient comme des ‘Canayens’.

Le peuple québécois

De nos jours, on parle couramment du ‘peuple québécois’ pour désigner l’ensemble des personnes qui habitent le territoire du Québec.

S’il en est ainsi, on doit considérer les Québécois francophones comme un ‘groupe ethnique’ ou comme une ‘communauté culturelle’ à l’intérieur de ce peuple.

Le problème, c’est que le mot ‘ethnie’ se charge de plus en plus d’une connotation péjorative en raison de son utilisation courante dans des expressions comme ‘conflit ethnique’ (analogue à une guerre tribale), ‘épuration ethnique’, etc.

Dans la lutte idéologique que se livrent au Québec les indépendantistes et les fédéralistes, il est devenu suspect de parler de notre attachement à ceux avec lesquels nous partageons une même caractéristique ethnique (la langue).

Selon les chantres du fédéralisme, ce serait symptomatique d’un ‘repli identitaire’, d’une ‘régression identitaire’, voire d’un ‘blocage identitaire’.

En hésitant à nous désigner comme un ‘groupe ethnique’, il ne reste plus qu’à nous concevoir comme une ‘communauté culturelle’.

C’est une manière de nous reléguer au rang insignifiant d’une de ces innombrables minorités canadiennes qui sont engagées dans un lent processus d’assimilation au groupe ethnique dominant du pays.

D’où l’idée de redéfinir la portée de certains mots dans le but, notamment, d’ennoblir le sentiment d’appartenance à l’ensemble des Québécois francophones.

Le peuple français

Dans ses discours, le président de la République française parle du peuple français.

Pourtant, devant la Convention nationale, Louis XVI parlait de ses peuples et des peuples de France.

Pourquoi est-on passé du pluriel au singulier ?

C’est que sous l’Ancien régime, plusieurs langues étaient parlées sur le territoire national; le breton, le catalan, le basque, l’occitan, en plus du français. Or ces langues étaient de forts marqueurs identitaires.

Tout comme l’instruction publique, l’arrivée de la radio et surtout de la télévision ont achevé l’homogénéisation linguistique de la France, ne laissant essentiellement que des patois et des accents. Nos lecteurs corses pourraient ici différer d’opinion.

Voilà pourquoi aujourd’hui le président de la République française peut parler du peuple français au singulier.

La nation québécoise

Au Québec, assoyez à une même table un unilingue francophone et un unilingue anglophone et ces deux personnes ne se comprennent pas : ils font partie de peuples différents. Exactement comme en France sous l’Ancien régime.

C’est donc à dire que la nation québécoise est la collection des peuples qui habitent le territoire national.

Cette nation est donc formée des francoQuébécois, des angloQuébécois, de même que de onze peuples autochtones.

Peuples et autodétermination

Si les angloQuébécois forment un peuple, n’auraient-ils pas droit à faire sécession du Québec si celui-ci accédait à l’indépendance ?

Contrairement à ce qu’on pense généralement, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ne signifie pas nécessairement qu’ils ont droit à l’indépendance. Ce sont deux choses différentes.

Parmi les nombreux critères juridiques qui déterminent le droit à la sécession, il y a le fait qu’une aspiration à l’indépendance doit s’appuyer sur des frontières reconnues.

Si le gouvernement québécois a très mal accepté en 1927 la décision du Conseil privée de Londres de confier le Labrador à Terre-Neuve (alors colonie britannique), cet arrêt juridique possède l’immense avantage d’avoir établi de manière presque définitive les frontières du Québec.

Je dis presque définitive puisqu’en cas d’accession à l’indépendance, le Québec gagnera une zone maritime dans la Baie et le Détroit d’Hudson alors que sa frontière actuelle s’arrête à la rive (changeante selon les marées). De plus, tous les ports du Québec passeront sous la juridiction du Québec.

Si la nation québécoise possède le droit indéniable à l’indépendance, le peuple angloQuébécois en est privé parce qu’il n’a pas de frontière reconnue.

Toutefois, dans l’éventualité où l’ile de Montréal deviendrait majoritairement anglophone, ce peuple acquerrait automatiquement le droit de faire sécession du reste du Québec.

D’où la mollesse du ‘Parti des Anglais’ à combattre l’anglicisation de Montréal.

D’ici là, le peuple angloQuébécois a droit à l’autodétermination, mais pas à l’indépendance.

Dans la mesure où il possède déjà ses propres commissions scolaires et ses universités, contrôle certaines municipalités, possède ses périodiques, ses postes de radio et de télévision, de même que ses théâtres, on voit mal comment ce peuple — un des plus choyés au monde — pourrait se faire octroyer plus de pouvoir par un tribunal international.

En somme, le droit international ne lui donne rien de plus que ce qu’il a déjà.

Pour ce qui est des peuples autochtones, l’accession du Québec à l’indépendance ne change rien à leurs droits actuels. Ils possèdent déjà le droit à l’autodétermination. Quant aux bases juridiques d’un droit à l’indépendance, elles ne changent pas, que le Québec soit indépendant ou non.

Conclusion

Le peuple québécois n’existe pas. Pas plus que le peuple canadien ou le peuple américain.

S’il en était autrement, les peuples autochtones, le peuple québécois et le peuple canadien seraient comme des poupées russes qui s’emboitent les unes dans les autres. Conséquemment, le mot ‘peuple’ ne voudrait plus rien dire.

Quant à ‘nation’, ce mot désigne une collection de peuples. La nation américaine, la nation canadienne et la nation québécoise sont la somme des peuples qui habitent leurs territoires respectifs.

Contrairement au Canada — duquel le Québec peut faire sécession — la nation québécoise est une et indivisible, sous réserve des droits des Autochtones.

Références :
Autochtones du Québec
C’est quoi, être Québécois ?
Droit des peuples à disposer d’eux-mêmes
Le parti des Anglais
Ô Canada

Le peuple québécois n’existe pas
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Embourgeoisement des villes : l’échec des utopies

20 novembre 2017

Rares sont les villes qui se développent uniformément. Les périodes de gloire et de déclin laissent successivement leurs marques. Les unes par le foisonnement de leurs témoignages : les autres, par leur rareté.

Et ces couches historiques inégales, amputées par quelques catastrophes que sont les guerres et les incendies, forgent habituellement la personnalité architecturale des villes.

Montréal n’échappe pas à cette règle.

Contrairement à Paris — où le remodelage urbain sous la férule de l’État a joué un rôle important — c’est l’étalage urbain qui fut la principale caractéristique du développement de la métropole.

Secondairement, plus que les incendies, ce sont des intérêts privés qui refaçonnent le bâti montréalais et sont donc responsables de la rénovation urbaine.

Lorsque les ‘riches’ s’achètent un condo, ils abandonnent leurs logements antérieurs qui devient alors disponibles à d’autres. Ces derniers libèrent les leurs. Et dans ce jeu de chaises musicales, en fin de compte, des logements deviennent disponibles pour des gens à faible revenu. Voilà comment Montréal se développe et vit depuis des décennies.

De nos jours, Hochelaga-Maisonneuve est précisément le résultat de ce jeu de chaises musicales; par exemple, les logements cossus construits autrefois pour héberger les ingénieurs anglais de la Vickers et les employés syndiqués du constructeur naval sont aujourd’hui habités par des gens moins fortunés qu’eux.

Toutefois l’excellent documentaire Quartiers sous tension de Carole Laganière permet de comprendre ce qui a provoqué la naissance d’un mouvement d’hostilité à l’égard de l’embourgeoisement de ce quartier.

Personne n’a d’objection à ce qu’une famille de jeunes professionnels aménage dans un logement laissé vacant par une personne décédée ou par un locataire qui a trouvé un logement qui lui convient mieux ailleurs.

Malheureusement, la législation adoptée par les gouvernements du Parti québécois afin de donner plus de pouvoir aux locataires a été érodée par de nouvelles tactiques qui permettent de contourner leurs droits.

De nos jours, pour 135$, un propriétaire n’a qu’à se procurer un permis municipal pour agrandissement ou subdivision. Ce document lui donne automatiquement le droit de mettre à la rue ses locataires, sans avoir même à donner suite à ce permis.

En d’autres mots, jamais la Régie du logement ne demandera à voir des contrats signés auprès d’entrepreneurs pour juger du sérieux de l’intention à rénover ou agrandir. Comme preuve, le permis suffit.

Des locataires qui ont vécu des décennies au même endroit sont donc sommés d’abandonner leur logement en quelques semaines.

Ceux qui ont le droit d’y rester — les locataires âgés de 70 ans ou plus — sont harcelés par des coupures intempestives d’eau, d’électricité ou de chauffage jusqu’à ce que, de guerre lasse, ils quittent les lieux.

Or l’accessibilité économique à la Justice fait défaut depuis que le système judiciaire tout entier a été pris en otage par une caste juridique qui l’a transformé en machine à sous pour servir ses propres intérêts.

Le résultat est que le peuple est à la merci de la rapacité de certains entrepreneurs. Voilà le problème.

Ce qui m’a stupéfait à l’écoute du documentaire dont j’ai parlé plus tôt, c’est la naïveté des anarchistes qui luttent contre l’embourgeoisement du quartier.

Comme moyen de s’y opposer, ces derniers ont choisi de s’attaquer à des petits marchands, perçus comme des « collaborateurs de la gentrification ».

Aucune banque au monde ne finance l’ouverture d’un commerce si la demande de prêt ne s’appuie pas sur une étude de marché. En d’autres mots, il faut d’abord l’établissement de bourgeois pour qu’on vienne ensuite offrir des biens et des services qui leur sont destinés.

Il y a deux solutions à ce problème; des changements législatifs afin d’éviter les abus et une politique de construction de logements sociaux.

Or ni l’une ni l’autre de ces mesures ne sont envisageables tant que nous serons gouvernés par des partis de droite. Or c’est le cas au fédéral, au provincial et au municipal (jusqu’à récemment) depuis presque deux décennies.

Le dernier grand projet municipal de construction de logements sociaux date du Plan Dozois (1957-1961).

Ceux qui luttent contre l’embourgeoisement de mon quartier se refusent à considérer l’action politique. Ils font partie d’une génération qui s’imagine que tous les politiciens sont interchangeables parce que c’est tout ce qu’ils ont connu depuis vingt ans.

Pour eux, seul compte l’action directe. Or leurs méfaits ne sont que des faits divers qu’on oublie le lendemain. La leçon est déjà évidente; le terrorisme utopique est voué à l’échec.

Il ne leur vient pas à l’esprit que les partis politiques sont des coquilles vides que chacun d’entre nous peut envahir et façonner à sa manière.

Lutter contre l’embourgeoisement d’un quartier est l’équivalent de lutter contre le vent. Veut-on réellement qu’Hochelaga-Maisonneuve devienne un ghetto de pauvres ? Ou veut-on qu’il redevienne un repère de drogués et de prostituées ?

Ce qui est important, c’est de lutter contre les abus de l’embourgeoisement. Cela est faisable. Il suffit de prendre les bons moyens. Ce qui veut dire, cesser d’élire des gouvernements de droite et façonner à notre manière les partis centristes ou de gauche.

C’est un peu plus long que de casser les vitrines d’un commerce, mais quand on ne veut pas simplement se défouler contre la propriété d’autrui, on prend les vrais moyens.

Sur le même sujet :
La noyade d’Archimède
Les quartiers disparus de Montréal : la mise en œuvre du plan Dozois dans le Red Light. 1957.
Non au terrorisme utopiste

Paru depuis :
Logement social: le gouvernement fédéral en fera davantage (2017-11-22)

Embourgeoisement des villes : l’échec des utopies
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Quand on s’oppose à la légalisation du cannabis

18 novembre 2017

— « Chérie, veux-tu aller reconduire les enfants à la garderie; je n’ai pas fini mon joint.»
— « Trouve-toi pas des prétextes. Finis ton joint et va reconduire les enfants.»

Voilà le scénario du très mauvais téléroman qui pourrait être écrit par nos politiciens québécois ces jours-ci.

Comme une bonne partie de la population québécoise, le gouvernement Couillard est contre la légalisation du cannabis et cherche des motifs pour retarder son entrée en vigueur.

Toutes les provinces seront prêtes mais il se pourrait que le Québec ne le soit pas.

On comprend donc l’image des Québécois dans le reste du pays; des gens inefficaces, toujours en retard, des plaignards, qui préfèrent boire leur bière payée par la péréquation canadienne.

La ministre Lucie Charlebois, responsable du dossier du cannabis, est une des meilleures ministres du gouvernement Couillard. Je l’aime bien.

« Donnons-nous le temps de bien faire les choses », répète-t-elle ad nauseam. Ceci, pour justifier sa demande de nouveaux délais à Ottawa.

Une ministre ne peut pas tout savoir. Ce qu’elle ignore, c’est que le cannabis est déjà commercialisé; n’importe quel adolescent majeur peut s’en procurer très facilement.

Le fantasme apocalyptique selon lequel toute légalisation condamnerait notre belle jeunesse à la fainéantise, que les conducteurs prendraient soudainement l’habitude de fumer un joint avant de prendre le volant, est parfaitement ridicule.

Ils ne le font pas déjà; pourquoi se mettraient-ils à le faire ?

Si tous les alcooliques sur terre abandonnaient l’alcool pour le cannabis, on assisterait à une réduction dramatique des cirrhoses à travers le monde en contrepartie d’une petite augmentation des cancers du poumon. Quant au reste, être stone ou être ivre, c’est pareil.

On peut mourir d’une intoxication aigüe à l’alcool. Mais on s’endort avant d’avoir fumé une dose mortelle de cannabis.

Quant au danger du cannabis par voie orale, la Commission LeDain écrivait à la page 114 de son rapport : « Le cannabis compte donc parmi les drogues qui comportent le moins de risque d’intoxication mortelle, qu’il serve à des fins thérapeutiques ou autres

Pour ce qui est du danger d’accidents automobile, la consommation de toute substance qui affecte la vigilance est dangereuse, que ce soit le cannabis, l’alcool ou les psychotropes.

On s’inquiète du fait que les policiers ne seraient pas équipés d’instruments permettant de mesurer l’intoxication au cannabis. Cela est également vrai des psychotropes.

Pourtant, ils font passer des tests simples — toucher le bout de son nez, marcher en ligne droite — qui leur permettent d’appréhender le conducteur intoxiqué par des médicaments. Ce sera pareil avec le cannabis.

Bref, la véritable protection de nos jeunes, ce n’est pas de prolonger sous divers prétextes une prohibition qu’ils contournent facilement, c’est au contraire de hâter la légalisation afin qu’ils cessent de consommer la cochonnerie que la pègre ajoute au cannabis de contrebande.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Violence policière, port du masque et démocratie

9 novembre 2017

Introduction

Plus tôt cette semaine, le Service de police de la ville de Montréal a été condamné à verser la somme de 175 000$ (plus les intérêts), pour un incident survenu lors d’une des premières manifestations du Printemps érable.

À cette occasion, une grenade assourdissante a explosé beaucoup trop bas et a causé une perte d’acuité visuelle presque totale de l’œil droit de Francis Grenier, alors âgé de 22 ans.

Dans son jugement de 86 pages, les reproches du juge Steve J. Reimnitz, adressés aux forces policières, sont les suivantes :
• le refus aveugle de tenir compte des mises en garde du fabricant au sujet de la létalité possible des grenades assourdissantes (paragraphes 405 à 428),
• la méconnaissance de leur puissance (par. 444-50),
• l’absence de mode d’emploi (par. 461-3) et conséquemment le fait que chaque policier avait sa propre méthode de les utiliser (par. 466-70),
• l’imprécision de la trajectoire suivie par ces grenades, de même que de la vitesse de leur descente sur une foule (par. 566-78, 619)
• l’utilisation superflue d’autres grenades assourdissantes après que les précédentes aient atteint leur objectif (par. 526-44).

L’interdiction du port du masque

À plusieurs reprises sur ce blogue, je me suis exprimé en faveur de l’interdiction du port du masque sur la voie publique… à moins que cela soit justifié par des raisons climatiques (le froid), médicales (des pansements chirurgicaux) ou sécuritaires (un casque de moto).

Il est rare que je change d’avis après avoir longuement réfléchi sur un sujet. C’est le cas cette fois-ci.

Au cours du Printemps érable, le gouvernement libéral de Jean Charest a autorisé les forces policières à recourir à des outils de répression d’une violence considérable.

Ces armes ont rendu borgnes Francis Grenier à Montréal et Maxence Valade à Victoriaville, en plus de fracturer la mâchoire, casser des dents et causer une commotion cérébrale chez d’autres manifestants.

Confronté au désastre de leur utilisation, le gouvernement Charest a refusé d’en interdire l’usage, se contentant de suggérer aux blessés de s’adresser aux organismes de déontologie policière.

Ce sont donc les tribunaux qui se voient aujourd’hui obligés de se dresser contre les dérives autoritaires de l’État. La cause de Francis Grenier est la première à connaitre son aboutissement. D’autres suivront.

À différence de la manifestation à Victoriaville (qui a tourné à l’émeute), celle au cours de laquelle Francis Grenier a été mutilé fut une manifestation essentiellement pacifique.

Comme le rappelle le juge Reimnitz, le droit de manifester est un droit constitutionnel. Ce n’est pas parce qu’une minorité de manifestants bloquaient illégalement l’accès d’un immeuble que les policiers étaient justifiés d’interdire l’ensemble de la protestation et surtout, de s’attaquer aux manifestants alors qu’ils étaient justement en train d’obéir à l’ordre de dispersion.

Par des agissements dignes d’un pays totalitaire, les forces répressives de l’État ont démontré qu’il est parfois indispensable de porter un casque de protection afin d’exercer un droit démocratique, soit celui de manifester.

Conséquemment, ils ont rendu impossible l’adoption d’une législation interdisant le port du masque sur la voie publique.

L’autoritarisme de l’État

La grande majorité des mutilations subies au cours du Printemps érable sont survenues au cours de la manifestation à Victoriaville. Celle-ci a tourné à l’émeute, justifiant l’usage de la force.

La question fondamentale à se poser est la suivante : dans quelle démocratie voulons-nous vivre ?

Oublions le cas particulier du Printemps érable.

Voulons-nous vivre dans un État où le gouvernement peut librement adopter des mesures très impopulaires et les imposer par la force, au prix d’une violence extrême ?

Regardons les moyens dont se dotent les municipalités américaines, qui vont jusqu’à l’achat de chars d’assaut. Cela est rendu nécessaire par la généralisation du port des armes par les citoyens, un système judiciaire dominé par des suprémacistes blancs et une société presque complètement dépourvue de justice sociale.

Après qu’il eut consenti à des réductions d’impôts ou offert des échappatoires fiscales aux gens fortunés, voulons-nous laisser l’État démanteler notre filet de protection sociale au nom de la nécessité d’équilibrer le budget tout en nous privant de tout moyen de nous y opposer ?

Ou, au contraire, voulons-nous, comme les Islandais, vivre dans un pays où la faiblesse des moyens répressifs de l’État est telle qu’elle oblige le gouvernement tenir compte de l’acceptabilité sociale de ses politiques et à servir humblement le peuple ?

Il ne s’agit pas ici de rendre l’État impotent mais de l’obliger, dans l’allocation de ses ressources, à privilégier la justice sociale et le développement économique plutôt que le respect de la loi et de l’ordre établi.

Références :
Décision du juge Steve J. Reimnitz
Manifestations étudiantes : un jeune blessé à l’œil obtient gain de cause

Sur le même sujet :
Tirs de balles de caoutchouc : attend-on de tuer quelqu’un ?

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les services à visage découvert et les droits constitutionnels

14 septembre 2017

Voile_islamique
 
Lors de la cause célèbre de Zunera Ishaq, les tribunaux ont établi qu’une personne peut prêter le serment d’allégeance au pays en portant le niqab, à la condition qu’elle se soit dument identifiée au préalable.

Depuis ce temps, on sait que le port du niqab est un droit constitutionnel. Mais s’agit-il d’un droit fondamental ?

La réponse est oui si on pense que rien n’est plus fondamental qu’un droit constitutionnel.

Mais si on croit que seuls les droits de l’Homme universels sont des droits fondamentaux, la réponse est différente.

Le port du niqab et de la burka est un droit constitutionnel au Canada. Mais ce n’est pas un droit constitutionnel en France. Ce n’est pas un droit constitutionnel en Belgique. Ce n’est pas un droit constitutionnel en Allemagne. Et ce n’est même pas un droit constitutionnel au Maroc, pourtant pays musulman.

Essentiellement, les idéologues qui ont rédigé la Canadian Constitution voulaient consacrer la suprématie absolue des droits individuels pour deux raisons.

Premièrement, parce que cela permettait d’ajuster le système juridique canadien au néolibéralisme triomphant de l’époque.

Et secondairement, parce que cela permettait de bloquer une loi québécoise révolutionnaire basée, au contraire, sur la suprématie des droits collectifs, soit la Loi 101.

Ce faisant, ces idéologues n’ont pas su prévoir la montée de l’intégrisme musulman. L’intégrisme religieux a toujours existé mais le wahhabisme a pris en Occident une influence considérable, grâce aux sommes colossales que la dictature saoudienne consacre à sa promotion.

Par son projet de loi 62, le gouvernement Couillard se propose d’obliger que la demande et que la fourniture de services gouvernementaux soient faites à visage découvert.

Lorsqu’on accuse le Québec de brimer ainsi les droits constitutionnels des femmes niqabées et de celles qui portent la burka, ce qu’on fait, c’est qu’on exige la soumission du Québec à l’ordre constitutionnel dicté par le Canada anglais.

On ne se demande pas si l’interdiction du niqab et le la burka est justifiée : on constate simplement que cette interdiction est contraire à la Canadian Constitution et on voudrait que nous nous inclinions béatement devant cette dernière.

Comme s’il s’agissait d’un texte sacré que l’ancien premier ministre Pierre-Elliott Trudeau — tel Moïse descendant de la colline Parlementaire — aurait confié à son peuple de la part de Dieu.

Au contraire, la Canadian Constitution est une loi ethnique votée par l’ethnie dominante du Canada à l’issue d’une séance ultime de négociation à laquelle le Québec n’a pas été invité.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que le Canada est un pays colonial. Mais à la différence des autres — qui ont leurs colonies au loin, sous les tropiques — le Canada a les siennes dispersées sur son territoire.

Ce sont des poches autochtones régies par un apartheid juridique dont le but est leur lente extermination et le Québec dont on soutire 50 milliards$ de taxes et d’impôts en contrepartie de 9 à 12 milliards$ de péréquation s’il se tient tranquille.

Cette loi ethnique fut adoptée sans nous de la même manière qu’une colonie ne décide pas des lois que la métropole désire lui imposer.

Que l’ethnie dominante ait pu en catimini négocier une nouvelle constitution et l’adopter sans le Québec dit tout de notre statut au sein de ce pays dont les politiques multiculturelles n’arrivent pas à masquer la nature profondément raciste de ses institutions.

Dans le texte de cette constitution, il y a une clause dérogatoire. Elle peut être invoquée pour tout sauf l’article 23 qui, très précisément, est celui qui prescrit la lente extinction linguistique du Québec.

Mais on peut invoquer cette clause dérogatoire pour tout le reste. Nous serions stupides de nous en priver.

Et si les élites canadiennes anglaises ne sont pas d’accord, c’est leur problème et non le nôtre.

Références :
La burka au volant : est-on devenu fou ?
Énergie au Québec
L’Allemagne interdit le voile intégral dans la fonction publique
Le Canada, un projet colonial réussi
Le Maroc interdit la fabrication et la vente de la burqa
Le prosélytisme de l’Arabie saoudite
Zunera Ishaq, who challenged ban on niqab, takes citizenship oath wearing it

Parus depuis :
Sondage: les Canadiens et les Québécois favorables au projet de loi 62 (2017-10-27)
Le Danemark veut interdire le voile intégral dans les lieux publics (2018-01-06)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Analyse de la haine antimusulmane au Québec

31 août 2017

Introduction

Littéralement, ‘islamophobie’ signifie peur de l’islam. Dans les faits, on utilise ce mot pour parler de l’hostilité à l’endroit de la religion musulmane ou de ceux qui la pratiquent. Or peur et hostilité sont deux choses bien différentes.

Dans nos sociétés, il est parfaitement légitime de ne pas aimer une religion ou d’être hostile à ses préceptes. Voilà pourquoi le texte qui suit préfèrera utiliser l’adjectif ‘antimusulman’ qui lui, concerne spécifiquement les adeptes de cette religion.

La haine

On ne peut combattre un phénomène qu’on refuse de nommer.

La haine se définit comme un sentiment violent qui pousse à désirer le malheur de quelqu’un ou à lui faire du mal. De son côté, le logiciel Antidote parle d’un sentiment qui donne envie de commettre des actions agressives envers une autre personne ou de se réjouir de sa souffrance.

Il y a donc divers degrés à la haine. Depuis la tuerie de Québec, tout le registre de la haine est couvert, de son expression la plus anodine (le manque d’empathie) à sa forme extrême (l’homicide), en passant par toutes les étapes intermédiaires (dont le vandalisme).

Sans les manifestations extrêmes de la haine, on pourrait éviter l’utilisation de ce mot en préférant des euphémismes comme ‘animosité’, ‘agressivité’, ou même ‘hostilité’. Mais depuis l’attentat de Québec, il faut appeler les choses par leur nom.

Lorsqu’on tue des Québécois musulmans en prière ou qu’on incendie l’auto d’un responsable musulman moins de deux jours après l’annonce de la création d’un cimetière musulman, c’est qu’on a affaire à de la haine.

À l’intérieur de cette gamme de sentiments à caractère haineux, il n’existe pas de seuil au-delà duquel la haine passe d’anodine à intolérable.

Comme tout être social, chacun d’entre nous est sensible au discours ambiant. Toute personne est donc susceptible d’évoluer dans un sens comme dans l’autre dans toute la gamme des sentiments d’hostilité à l’égard de quelqu’un.

La crainte de l’Islam en Occident est alimentée par le terrorisme international financé par la dictature saoudienne et véhiculé par l’idéologie haineuse qu’elle propage. Au Québec, le discours antimusulman s’est répandu lors des controverses relatives aux accommodements raisonnables ou au port de signes religieux.

À la lecture des nombreux commentaires publiés par les médias, on peut distinguer quatre manières de diaboliser les Québécois musulmans. Ce sont :
• la victimisation de la majorité,
• la culpabilisation de la minorité
• le déni et la banalisation de l’intolérance
• la dangerosité par association

La victimisation de la majorité

Il faut être sourd aux leçons de l’Histoire pour ne pas réaliser que rien n’est plus dangereux que de faire croire à la majorité qu’elle est victime d’une de ses minorités religieuses ou ethniques.

Dans la fable Le Loup et l’agneau, le loup justifie son agressivité envers l’agneau en accusant ce dernier de troubler son breuvage.

La diabolisation des Québécois musulmans exige que ce soit eux les agresseurs et nous les victimes, de manière à justifier nos représailles, à l’instar de celles du loup.

La victimisation de la majorité est au cœur de la propagande toxique diffusée à pleine radio dans la Vieille capitale. Or ces radios ne font que participer à cette défense des ‘valeurs nationales’ défendues par tous les mouvements de Droite à travers le monde; au Québec, en France, aux Pays-Bas, en Allemagne, notamment.

C’est ainsi que le port d’un vêtement distinctif est présenté comme un acte de provocation. Ce vêtement — surtout s’il est féminin — témoigne d’un mépris des valeurs auxquelles, évidemment, la minorité refuse d’adhérer.

De la même manière, toute demande d’accommodement devient le symbole du complot de la minorité destiné à pervertir la société d’accueil.

En réalité, lorsqu’il est raisonnable, l’accommodement signifie ‘Vivre et laissez-vivre’; il consiste à laisser quelques-uns vivre à leur manière à eux, tout en laissant le reste de la société vivre comme elle l’entend.

Toute exagération du préjudice subi par un accommodement fait partie de ce processus de fausse victimisation qui sert d’écran à la persécution.

Voilà pourquoi, lorsqu’on arrive mal à comprendre l’importance concrète du préjudice subi, c’est qu’on a affaire à une théâtralisation d’un préjudice insignifiant.

Par exemple, on s’indignera parce qu’une piscine publique est réservée quatre heures par semaine à la baignade non mixte (deux heures pour chaque sexe). Pour s’y opposer, on invoquera le caractère sacré, dit-on, de la mixité. Or la mixité n’a jamais fait consensus au Québec; on possède des écoles primaires qui ne sont pas mixtes, des clubs sportifs, des prisons, et des toilettes.

Le scandale suscité par l’accommodement insignifiant sert donc de paravent à l’intolérance. Un paravent placardé de principes creux.

La culpabilisation de la minorité

Imaginez une personne qui oserait prétendre que les femmes victimes d’un viol ont couru après. Que si elles n’avaient pas porté des robes aussi courtes, des vêtements aussi moulants, adopté des démarches aussi provocantes, tout cela ne serait pas arrivé.

Pourtant, c’est ce qu’on entend au sujet des causes de la tuerie de Québec.

Un lecteur du Devoir écrit :

Et si vous arrêtiez de traiter les femmes comme des citoyennes de deuxième ordre en sachant fort bien que cela nous choque profondément ?

Et si les femmes musulmanes arrêtaient de porter ce foulard islamique ostentatoire qui est perçu ici comme de la provocation ?

Ça fait plus de vingt ans qu’on vous le demande et vous refusez catégoriquement.

À la lecture de ces reproches, on comprend que les Québécois tués à la mosquée méritaient leur sort. Même s’il n’est pas certain que leurs épouses à eux portaient le voile. En effet, seule une minorité des Musulmanes portent le voile au Québec. Donc rien n’indique que les victimes étaient les époux de femmes voilées. Mais peu importe.

De la même manière, on reprochera aux Québécois musulmans de ne pas condamner publiquement les attentats terroristes commis par des coreligionnaires à l’Étranger.

La question à se poser est la suivante : y a-t-il des silences désapprobateurs ou est-ce que tout silence est complice ?

Chacun d’entre nous a-t-il le devoir de se dissocier de tout méfait commis par des inconnus avec lesquels nous partageons certaines caractéristiques. Par exemple, ai-je l’obligation de condamner publiquement chacun des crimes (par exemple, chaque viol) commis par un autre homme parce qu’autrement, mon silence serait complice ?

En réalité, les Québécois musulmans ne sentent pas le besoin de se dissocier d’un attentat islamiste tout simplement parce qu’ils n’en éprouvent pas de culpabilité. Et ceux qui, au contraire, veulent les tenir responsables pavent la voie aux représailles dont ils pourraient faire l’objet.

Le déni et la banalisation de l’intolérance

Comme beaucoup d’autres, les Québécois aiment croire qu’ils constituent un peuple gentil et bon, imperméable au sexisme, au racisme et aux intolérances de toutes sortes.

Il y a quelques jours, la Coalition Avenir Québec estimait qu’il n’y a pas de montée de l’extrême Droite au Québec.

À la suite de la tuerie de Québec, une lectrice du Devoir écrivait :

Ce texte parle de racisme, d’intolérance de l’autre, d’islamophobie, alors que c’est loin d’être le cas dans cette tuerie.

Ce à quoi je répondais :

À partir de combien de morts de Musulmans peut-on, selon vous, parler d’intolérance et d’islamophobie ?

Loin d’être un cas isolé, cette lectrice du Devoir représente la tendance de nombreux Québécois à nier les évidences qui nous obligeraient à faire une introspection douloureuse et à remettre en question l’image flatteuse que nous cultivons de nous-mêmes.

La dangerosité par association

Depuis les évènements new-yorkais du 11 septembre 2001, l’actualité nous rapporte presque quotidiennement de nouveaux attentats commis par des groupements islamistes à l’Étranger.

À force de répétition, ceux qui ne connaissent personnellement aucun Québécois musulman finissent par être envahis par l’appréhension de ce qu’ils ignorent. Or la peur ne se contrôle pas.

Voilà pourquoi on ne peut l’atténuer par des arguments rationnels : on l’atténue par des mesures rassurantes.

Si on exclut la création d’un centre de déradicalisation dont l’efficacité reste à démontrer, rien n’a été fait jusqu’ici au Québec à ce sujet.

Dans tous les cas où il aurait pu circonscrire la dangerosité d’éléments radicaux au sein de la communauté musulmane (certains imams montréalais, notamment), le gouvernement Couillard a négligé d’intervenir.

Comme si sa priorité n’était pas d’assurer la paix sociale au Québec. Il se comporte plutôt comme s’il cherchait à entretenir des débats identitaires stériles afin de tendre un piège à ses adversaires politiques, accusés de ne pas s’intéresser ‘aux vraies affaires’.

On trouvera à la fin du présent texte un ensemble de mesures inspirées de la loi autrichienne sur l’Islam et qui visent à garantir la liberté de l’exercice de la religion musulmane tout en encadrant la formation des imams de manière à rassurer l’ensemble de la population à ce sujet.

Au-delà de la controverse que suscitera sa mise en application — qui nécessitera sans doute l’invocation de la clause dérogatoire de la Canadian Constitution — on peut s’attendre à ce que ce plan ambitieux instaure à moyen terme un climat d’harmonie interreligieuse au Québec.

La responsabilité des ‘élites’

Les quatre moyens de diaboliser les Québécois musulmans — la victimisation de la majorité, la culpabilisation de la minorité, la banalisation de l’intolérance, et la dangerosité par association — sont utilisés jour après jour par les radios-poubelles de la ville de Québec depuis des années. Doit-on surprendre que leur idéologie toxique se répande ?

Détenteur de l’autorité morale, le haut-clergé catholique de la ville de Québec prêche la charité chrétienne et condamne à la fois la calomnie et la médisance sans qu’il lui vienne à l’esprit que l’excommunication est un bon moyen de faire réfléchir ceux qui répandent des comportements aux antipodes du message de tolérance de Jésus de Nazareth.

Les hommes politiques du Québec ont évidemment leur part de responsabilité. Au panthéon des coupables se trouve le premier ministre du Québec.

M. Couillard ne sait pas gouverner. Mais il sait comment en donner l’impression.

Lisez attentivement le discours type de M. Couillard à chaque fois qu’il est question d’islamophobie : « Le Québec est accueillant. Nous, les Québécois, sommes un peuple tolérant. Et ce sont ces valeurs d’humanisme, de tolérance et de respect des autres qui sont au cœur de ce que défend le Parti libéral

Tout ceci glorifie l’image d’un chef d’État noble et généreux.

Mais lorsqu’une majorité se croit à tort menacée, la dernière chose qu’elle veut entendre, c’est que l’État ne fera rien pour la protéger. Or c’est précisément ce à quoi se résume ce message dans l’esprit des gens inquiets. D’où l’idée, pour eux, de se faire justice.

Au contraire, il faut rassurer. Et pour ce faire, il faut dire trois choses :
• prouver que la menace est exagérée,
• qu’aussi faible soit-elle, l’État la combattra,
• et que par ailleurs, l’État est garant du droit à la différence (et, entre autres, du droit des femmes de porter le foulard musulman si elles le veulent).

Premièrement, le chef de l’État doit donc dire et répéter à chaque fois qu’il en a l’occasion que les Québécois musulmans ne forment que trois pour cent de la population québécoise et qu’il est impossible qu’aussi peu de gens obligent le Québec à devenir ce qu’il ne veut pas être.

Deuxièmement, il faut instaurer des mesures susceptibles de rassurer à la fois les adeptes de la religion musulmane et la population en général (voir le plan à la fin du texte). Or rien à ce sujet n’a été fait depuis trois ans.

Et troisièmement, il doit combattre le féminisme de chiffon, principal moyen utilisé par la Droite pour susciter l’animosité contre les Québécois musulmans.

De tous les partis politiques québécois, la Coalition Avenir Québec est le plus à Droite. Pourquoi les politiciens issus de cette formation politique ne sont-ils pas davantage responsables de la propagation de la haine antimusulmane au Québec que le premier ministre ?

C’est qu’à lui seul, le premier ministre jouit d’un accès aux médias plus important que tous les députés caquistes réunis.

De plus, les députés reflètent leurs commettants. Lorsque ce n’est pas le cas, la population en choisit d’autres.

Si la CAQ se faisait harakiri aujourd’hui, ses députés seraient remplacés demain par d’autres politiciens véhiculant la même l’idéologie.

De la même manière, si toutes les radios-poubelles de Québec perdaient leur permis d’exploitation, le débat haineux se déplacerait clandestinement sur les médias sociaux.

Au lieu d’accuser ses adversaires politiques de souffler sur les braises de l’intolérance (pour reprendre son expression), le premier ministre doit combattre la mentalité qui prévaut là où la CAQ est populaire, c’est-à-dire s’attaquer à la racine du discours haineux.

En somme, il s’agit d’un combat idéologique. Ce que n’a pas compris le premier ministre. Et ce qui explique le sombre bilan social de ses années de pouvoir.

Conclusion

La Nature a horreur du vide.

Tout comme les Américains sont les responsables involontaires de la naissance de l’État islamique, l’inaction absolue du gouvernement Couillard dans ce dossier est responsable de l’apparition et de la montée de groupuscules d’extrême Droite au Québec. Ces groupes n’existaient pas avant lui.

Dans tous les pays du monde, le chef de l’État est le responsable ultime de la paix sociale.

Cela est particulièrement évident dans les monarchies constitutionnelles, où le roi ou la reine représente le ciment de la nation.

Dans ce cas-ci, tout se résume à une question de leadeurship. Le premier ministre avait le choix.

Il pouvait se dire qu’un certain nombre de Québécois n’aiment pas les Musulmans et choisir de ne pas s’en mêler.

Ou se dire qu’il est de son devoir de chef d’État de combattre le discours haineux contre une partie de son peuple. Avec le risque, s’il échoue, d’en payer le prix politique.

Il a choisi de se limiter à cultiver son image de marque sans poser le moindre geste concret susceptible de contribuer à la paix sociale.

Tout comme le KKK tuait des Noirs ou brulait leurs maisons afin de les intimider, le QQQ — appellation générique de l’extrême Droite québécoise — tue des Québécois musulmans en prière et brule leurs biens. Voilà où nous a conduits l’immobilisme narcissique du premier ministre.

Il est probable que l’Histoire ne retiendra pas grand-chose de ce brillant professionnel de la Santé qui n’a appris de la noblesse que l’art d’en donner l’impression.

Références :
«Aidez-nous à comprendre» l’attentat de Québec
Attentat à Québec — Devant la mosquée, la consternation
Baignades non mixtes à Côte-des-Neiges – À la défense des prudes
De nombreux appels à la haine sur la page Facebook de Bernard « Rambo » Gauthier
La Charte de la laïcité : un mauvais départ
La CAQ estime qu’il n’y a pas de montée de l’extrême droite au Québec
La classe politique québécoise s’émeut après le crime commis contre un leader musulman
La Meute, un groupe contre «l’invasion de l’islam»
Le Centre de prévention de la radicalisation visé par l’extrême droite
Le Féminisme de chiffon
Le Québec face à l’islamophobie
Les braises de l’intolérance
Pour qu’ils ne soient pas morts en vain
43 000 membres pour le groupe d’extrême droite la Meute
Radicalisme : Couillard s’en lave les mains
Une lettre pour Alexandre Bissonnette

Parus depuis :
La droite identitaire, plus dangereuse que l’islam radical (2017-09-14)
Attentat de Québec: de la haine est née la fraternité (2018-01-20)
Les crimes haineux sont en hausse depuis l’attentat de la mosquée de Québec (2018-01-29)


Annexe : Plan visant à consacrer la neutralité religieuse de l’État québécois, à encadrer la formation des imams, à assurer le qualité de l’exercice de l’imanat, et à garantir la liberté de l’exercice de la religion musulmane :

A) l’obligation d’offrir et de recevoir des services de l’État à visage découvert (ce que le gouvernement Couillard dit vouloir faire depuis des années sans jamais le faire),

B) le retrait de tout signe religieux amovible sur les murs de tous les édifices appartenant à l’État.

C) l’obligation des imams de parler la langue du pays,

D) l’interdiction du financement étranger quant aux frais de construction et de fonctionnement des institutions confessionnelles,

E) l’obligation pour les municipalités de dresser des règles d’urbanisme claires relativement à la construction des lieux de culte et l’interdiction de les modifier afin de faire obstacle à la construction d’un de ces lieux,

F) la modification des lois entourant les pratiques funéraires de manière à légaliser les pratiques musulmanes, comme l’a fait la France,

G) la subvention aux cimetières du Québec qui voudront devenir multiconfessionnels,

H) la création d’une école coranique de niveau universitaire basée sur des préceptes modernes :

  • l’œcuménisme, c’est-à-dire ouverte à toutes les confessions musulmanes,
  • la parité sexuelle stricte du corps professoral, y compris au niveau de la direction,
  • l’obligation du corps professoral de publier le résultat de leurs recherches au sujet des textes sacrés,
  • la création d’une bibliothèque électronique accessible par l’internet qui permet la consultation des publications et des avis religieux (fatwas) émis par les professeurs,
  • l’interdiction formelle de tout avis religieux (fatwa) qui, directement ou indirectement, suggèrerait que quelqu’un devrait être mis à mort,
  • la mixité des élèves et leur disposition en classe qui ne suggère aucune subordination sexuelle,
  • l’interdiction de tout financement étranger tant pour la création de l’école que pour son fonctionnement, et
  • l’émission d’un diplôme d’attestation de réussite qui pourrait éventuellement servir de base à la certification des imams au Québec.
Analyse de la haine antimusulmane au Québec
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Écrit par Jean-Pierre Martel


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