La laïcité républicaine

10 avril 2018

Introduction

Dans les pays où s’exerce une séparation entre l’État et l’Église, deux conceptions de la laïcité s’opposent.

Il y a la laïcité républicaine (d’influence française) et la neutralité religieuse de l’État (d’influence anglo-saxonne).

La première vise à reléguer la pratique religieuse à la sphère domestique. La seconde proclame l’indifférence de l’État face aux pratiques religieuses des citoyens.

En réalité, les choses ne sont pas aussi tranchées.

Les deux pays qui constituent les modèles de la laïcité anglo-saxonne sont les États-Unis et la Grande-Bretagne.

Dans le premier cas, ce pays possède comme devise officielle ‘En Dieu nous avons confiance’ (imprimée sur les billets de banque) alors que ses politiciens terminent habituellement leurs discours par la formule de politesse ‘Que Dieu vous bénisse’.

Tout cela n’indique pas d’appartenance à une confession religieuse particulière. Mais ce sont des témoignages publics répétés de la foi en un Être Suprême.

Quant à la Grande-Bretagne, le chef de l’État y est également le chef de l’Église anglicane. Sa devise est ‘Dieu et mon droit’ (en français).

Au Québec, beaucoup de personnes défendent, au contraire, la laïcité républicaine. Très souvent, elles le font sans savoir précisément ce dont il s’agit.

Aujourd’hui, le quotidien Le Monde propose à ces lecteurs un questionnaire qui vise à vérifier leurs connaissances à ce sujet.

Le texte qui suit est principalement basé sur les bonnes réponses à ce questionnaire.

Évolution de la laïcité républicaine

En France, la laïcité est un principe constitutionnel qui repose sur une loi votée en 1905.

À la fin de l’Ancien régime, le catholicisme était la religion d’État de la France.

Au tout début de la Révolution, en 1789, la Déclaration des droits de la personne et du citoyen établissait la liberté de religion pour tous.

Toutefois, sous la Terreur, les églises sont officiellement confisquées, de nombreux religieux sont guillotinés et des moines sont massacrés, dont 115 carmes déchaux dans le jardin de leur monastère parisien, le 2 septembre 1792.

Dans les villes gagnées par la ferveur révolutionnaire, plus personne n’ose porter de signes d’appartenance religieuse, même les plus discrets. Cette déchristianisation atteint son apogée à l’an II de la Révolution.

Sous Bonaparte, le Concordat de 1801 (il y en a eu plusieurs) reconnaissait officiellement les confessions chrétiennes et juive, en rémunérant les prêtres, les pasteurs et les rabbins, de même qu’en finançant les lieux de culte.

Dès la restauration, en 1814, la France adopte une charte constitutionnelle dont l’article 6 proclame que la religion catholique, apostolique et romaine redevient la religion de l’État français. Toutefois, cette reconnaissance ne signifie pas l’interdiction de la pratique des autres religions dans le royaume.

Historiquement, cette charte ne fait pas partie de l’évolution de la laïcité républicaine puisque la France n’est plus alors une république.

Cela entraina que les signes religieux refirent leur apparition là où on n’osait plus les porter. Précisons que dans de nombreux coins de la France — en particulier, là où l’Église constitutionnelle (d’origine révolutionnaire) avait eu peu d’impact — la foi catholique ne s’était pas atténuée; les citoyens n’y ont jamais cessé de manifester leur foi.

La loi de 1905 avait comme objectif principal de révoquer le Concordat de 1801 en faisant cesser les subventions publiques aux cultes religieux. Implicitement, cette loi consacrait définitivement la séparation entre l’État et l’Église, instaurée à la Révolution mais atténuée au XIXe siècle.

Croix du Panthéon

De manière incidente, cette loi interdit également les signes ou emblèmes religieux sur les monuments publics, sauf les édifices religieux, cimetières ou musées. La seule exception à cette règle est le Panthéon de Paris, prévu pour servir d’église, mais qui ne fut jamais consacrée. Le fronton fut refait mais la croix resta là.

Et c’est cet interdit concernant les monuments publics qui, beaucoup plus tard, créera un imbroglio suggérant que la laïcité interdit aux citoyens le port de signes religieux, ce qui n’est pas le cas.

Au contraire, jusqu’à ce que la France se sépare de ses colonies du Maghreb, au début des années 1960, leurs représentants au Parlement français n’hésitaient pas à porter des tuniques berbères et des turbans blancs.

L’abbé Félix-Adrien Kir — qui donna son nom à une boisson célèbre — fut le dernier prêtre élu à l’Assemblée nationale française. De 1945 à 1967, il siégeait en portant la soutane catholique.

C’est en 2004 que la laïcité républicaine prend un nouveau sens. Le président Jacques Chirac fait alors adopter la Loi sur l’interdiction de signes religieux à l’école. Cette loi s’applique aux écoles, aux collèges et aux lycées publics (mais ni aux maisons d’enseignement privé ni aux universités).

Elle interdit tous les types de voiles, les kippas, les turbans, et les grosses croix.

En 2012, une circulaire adoptée sous Nicolas Sarkosy étendait cet interdit aux mères qui accompagnaient leurs enfants lors des sorties scolaires.

Voile_islamique
 
Deux ans plus tôt, en 2010, la Loi sur la dissimulation du visage interdit le niqab et la burka dans l’espace public mais permet le foulard islamique et le chador. Cette loi, toujours en vigueur, est très peu appliquée.

Toutes ces contraintes ne s’appliquent pas aux entreprises privées puisque la liberté religieuse y est la règle, sous réserve de la nature des tâches à y accomplir.

Cette portée nouvelle donnée à la laïcité républicaine fut ultimement étendue en 2016 à la tenue musulmane de plage (le burkini) par les villes de Nice, de Cannes et d’une trentaine d’autres villes avant que cela ne soit invalidé par les tribunaux français et dénoncé par l’ONU.

Financement religieux et laïcité républicaine

Les Églises chrétiennes ont trois sources de revenus en France; la quête lors des offices, les dons et les legs de particuliers.

À Paris, la plupart des édifices religieux ont une valeur patrimoniale. Ils appartiennent à la ville qui les attribue aux confessions religieuses en vertu d’un pouvoir discrétionnaire.

C’est ainsi qu’une église catholique peut devenir, du jour au lendemain, temple protestant. Et cela peut prendre des années avant que ce lieu, nommé en l’honneur d’un saint catholique, soit renommé par la ville sous une appellation plus acceptable aux yeux du culte protestant.

Sur l’ensemble du territoire français, la majorité des églises catholiques sont la propriété de leurs fidèles. Les collectivités locales assument leurs frais de fonctionnement et d’entretien. Mais elles ne sont pas autorisées à construire de nouveaux lieux de culte.

L’immense majorité des 2 449 mosquées françaises ont été payées par la communauté musulmane. Toutefois, la vingtaine de mosquées qui sont financées de l’Étranger exercent une influence considérable en France par le biais de la redistribution de ce financement.

Si l’État français ne finance plus directement les lieux de culte religieux, il les finance indirectement, comme au Québec, en faisant en sorte que l’argent versé par les fidèles aux Églises (sauf lors de la quête) soit déductible d’impôt.

En vertu de la loi de 1905, tous les aumôniers de l’armée et des établissements publics (asiles, écoles, hospices, et prisons) sont exceptionnellement rémunérés par l’État.

Dans l’armée, il existe des aumôniers catholiques, protestants, juifs et musulmans.

Accommodements religieux et laïcité républicaine

Sur les onze jours fériés définis par le Code du travail français, six sont des fêtes religieuses (Pâques, Ascension, Pentecôte, Assomption, Toussaint et Noël).

Tant dans le secteur public que privé, l’employeur est obligé d’autoriser l’employé qui le désire à s’absenter en raison d’une fête religieuse dans la mesure où cette absence est compatible avec le fonctionnement normal du service ou de l’entreprise.

Dans le secteur privé, cette obligation découle d’une directive émise en 2007 par la Haute autorité de lutte contre les discriminations et l’égalité. Dans le secteur public, l’obligation faite aux chefs de service vient d’un circulaire émise par l’État en 1967.

Depuis le 9 novembre 2016, en vertu d’une directive du Conseil d’État, une crèche de Noël ne peut être installée dans un bâtiment public qu’à la condition de présenter un caractère culturel, artistique ou ‘festif’. En raison de l’ambigüité de cette directive, celle-ci a donné lieu à quelques procès dont les issues ont toutes été dans le sens de l’interdit.

En France, les cantines scolaires peuvent offrir des menus de substitution pour accommoder les élèves soumis à des restrictions alimentaires religieuses. Mais cela n’est pas obligatoire, selon une circulaire ministérielle de 2011.

La plupart des cantines scolaires le font volontairement. Les quelques restaurants scolaires poursuivis pour leur refus de le faire ont tous gagné leur cause devant les tribunaux français.

Les écoles doivent permettre aux enfants qui le souhaitent d’apporter leur repas à la condition de respecter des règles d’entreposage hygiénique. Ces repas peuvent être consommés à la cantine parmi les autres élèves.

Il n’y a pas de cours de religion proprement dit dans les écoles publiques françaises. Toutefois l’émergence historique des trois principales religions monothéistes est obligatoirement enseignée.

Conséquences et conclusion

Les attentats terroristes du 11 septembre 2001 à New York ont eu une profonde influence sur la manière avec laquelle l’Islam est perçu en Occident, passant de religion démographiquement secondaire au sein de nos pays, à menace.

En France, les gouvernements de droite — tant à Paris qu’au niveau municipal — ont considérablement durci la teneur de la laïcité républicaine.

Il faut donc distinguer la laïcité républicaine ‘classique’ de 1905, de cette nouvelle laïcité française, ciblée et beaucoup plus exigeante, qui évolue depuis 2004.

Ce durcissement a probablement contribué à l’ostracisme (réel ou imaginé) dont se croient victimes certains jeunes Français de religion musulmane.

En créant chez ces derniers un schisme entre ‘La France et nous’, cela a probablement contribué au caractère antisocial de certains d’entre eux.

Reste à savoir dans quelle mesure cet ostracisme est responsable du fait que de tous les pays occidentaux, la France est celui qui a été le plus victime d’attentats terroristes causés par un petit nombre de ses propres citoyens.

Aussi outrageante que peut sembler cette question, il est clair que cette hypothèse doit être envisagée dans notre appréciation des vertus de la laïcité républicaine d’aujourd’hui en comparaison avec celle de 1905.

Contribue-t-elle à la cohésion sociale (son objectif principal), ou est-elle contre-productive ?

Références :
Arrêtés «anti-burkini» : l’ONU dénonce une «stigmatisation»
Charte constitutionnelle du 4 juin 1814
Déchristianisation (Révolution française)
Église constitutionnelle
«La loi sur l’interdiction de signes religieux à l’école n’a pas réglé les problèmes»
Les arrêtés anti-burkini pris en France favorisent la « stigmatisation » des musulmans, selon l’ONU
Le prosélytisme de l’Arabie saoudite
Quand la soutane et la gandoura siégeaient au Palais Bourbon
Quand la soutane siégeait à l’Assemblée nationale
Quiz : savez-vous ce qui est permis ou interdit au nom de la laïcité ?

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Du code vestimentaire à l’uniforme

29 mars 2018

Quelques adolescentes de la région de Québec s’opposent aux codes vestimentaires imposés à leur école.

Celles-ci souhaitent pouvoir porter des culottes courtes qui montent jusqu’aux cuisses; des pantalons moulants sans devoir cacher les fesses d’un chandail; des camisoles à bretelles et des chandails qui révèlent les épaules et le dos.

Les élèves veulent aussi que le vêtement porté au thorax et le pantalon ne soient plus obligés de se superposer, ce qui permettrait de laisser une partie de ventre à découvert. Elles revendiquent également le droit de ne pas porter de brassières ou de laisser paraître les bretelles du soutien-gorge.

Selon Célestine Uhde (une des protestataires), le fait de cacher certaines des parties du corps de la femme — par exemple les seins, le ventre ou les jambes — c’est ce qui les sexualisent.

« Elles sont rendues taboues par la société. Tandis qu’au départ, il n’y a pas grand-chose de plus érotique dans une cuisse que dans un abdo de gars », dit-elle.

Évidemment, si on suit ce raisonnement, l’idéal serait que tout le monde soit tout nu.

Le reproche principal d’un code vestimentaire à l’école, c’est qu’il est toujours plus exigeant pour les filles que les garçons.

Selon une directrice d’école citée par Le Devoir : « Actuellement, la mode est aux gilets bedaine. […] Moi, j’ai vu des filles qui lorsqu’elles lèvent le bras en l’air, on voit leur soutien-gorge. Je ne peux pas accepter ça dans une école.»

Si on abolit le code vestimentaire, la seule alternative au laisser-faire, c’est l’uniforme.

Encore plus contraignant que le code vestimentaire, l’uniforme unisexe a l’avantage d’être juste pour tout le monde. Ou d’être injuste pour tous. C’est selon.

Toutefois, les tentatives d’implanter l’uniforme sans un large consensus des parents ont toujours échoué. Très majoritairement, les parents doivent y consentir. Sinon, c’est l’échec.

D’entrée de jeu, ils y sont habituellement opposés puisque l’uniforme est perçu comme une dépense supplémentaire. En réalité, l’uniforme coute moins cher que tous ces vêtements griffés que les adolescents insistent à porter.

Et on évite le ‘taxage’, c’est-à-dire le vol d’accessoires vestimentaires relativement dispendieux.

C’est d’ailleurs pourquoi les uniformes sont si populaires dans les pays en voie de développement et dans les pays occidentaux les plus pauvres.

Mais les pays riches n’ont pas le monopole des bonnes idées.

Paradoxalement, en imposant l’uniforme — ce qui empêche toute originalité dans la manière de s’habiller — l’école oriente le développement de la personnalité de l’élève autrement que par des artifices vestimentaires, du tatouage et du perçage. L’élève est forcé de se distinguer en développant ses qualités et ses compétences sociales.

Écoliers à La Havane

À Cuba, garçons et filles portent des uniformes semblables sans être parfaitement identiques. Les seules différence sont le col des chemises et la jupe des filles qui se distingue de la culotte courte des garçons.

Étudiants à Porto
Étudiants à Porto

À Porto — et, à quelques exceptions près, dans l’ensemble du Portugal — seule la jupe et les bas nylon noirs des filles les différentient. Précisons que l’uniforme comprend une cape.

J.K. Rowling ayant séjourné à Porto entre 1991 et 1993, cette ville lui a servi d’inspiration pour écrire la saga d’Harry Potter. On ne sera donc pas surpris que l’uniforme des étudiants de Porto aient une ressemblance avec celui porté par les élèves de l’école de sorcellerie de Poudlard…

Au Québec, si des écoles choisissent d’imposer un uniforme unisexe, plutôt que d’imposer soit le pantalon ou le kilt (et non la jupe) à tous, il peut être acceptable de laisser ce choix à chaque élève.

Références :
Au chapitre de l’uniforme scolaire – Une hypersexualisation du vêtement
La révolte de coton: à l’assaut des codes vestimentaires au secondaire
Place aux Carrés jaunes dans les écoles

Détails techniques : Olympus OM-D, objectif M.Zuiko 12-40 mm F/2,8
1re photo : 1/400 sec. — F/4,0 — ISO 200 — 27 mm
2e  photo : 1/200 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 12 mm
3e  photo : 1/1000 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 19 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les grandeurs et les misères de la Démocratie

21 mars 2018

Introduction

On dit généralement que l’Histoire n’a pas de sens. En réalité, la marche de l’Histoire est erratique. Mais à trop l’observer de près, on finit par perdre de vue l’essentiel.

Si vous et moi n’avions vu de La Joconde de Léonard de Vinci que des photos prises au microscope électronique, personne ne devinerait que ce tableau représente une femme.

L’Histoire, c’est La Joconde. Et l’actualité, ce sont ces photos au microscope électronique.

Le sabotage électoral

Selon l’économiste Paul Collier, la Démocratie amplifie le risque, déjà important, de violences (assassinats, émeutes, guérillas, guerre civile, etc.) dans les pays les plus démunis.

Le seuil de tolérance est un revenu annuel autour de 2 700$ par personne. Au-delà, la Démocratie parlementaire est un actif. En dessous, elle est dangereuse.

Malheureusement, la majorité des pays africains se trouve sous ce seuil de tolérance.

Dans les pays ‘intermédiaires’ (en matière de richesse), de plus en plus de chefs d’État élus se transforment en tyrans au fur et à mesure de leur exercice du pouvoir.

On emprisonne les dissidents. On transforme la presse en encensoir du régime. Et quand arrive le scrutin, le peuple en vient béatement à réélire le ‘père de la Nation’.

Les pays riches ne sont guère mieux.

Des entreprises comme Cambridge Analytica collectent les caractéristiques de millions d’utilisateurs des médias sociaux afin de les manipuler à voter selon ce que souhaitent ses clients.

À l’Étranger, on crée des centres de propagande secrets où des centaines d’employés ont le mandat d’argumenter sur les médias sociaux et les sites web de divers quotidiens en vue d’orienter l’opinion des lecteurs.

À cette fin, ils disposent d’une banque d’arguments préparés par des idéologues, et qu’ils utilisent par couper-coller. Ce qui favorise leur efficacité.

De plus, dans presque tous les pays démocratiques, le financement politique n’est rien d’autre que de la corruption légalisée.

Théoriquement, la personne politique est mandataire du peuple. C’est précisément parce que le peuple a voté pour cette personne que celle-ci a été élue.

Mais en réalité, l’élu est redevable à ceux qui lui ont donné les moyens financiers de convaincre son électorat.

C’est à donc à dire que la Révolution française — qui a remplacé les dirigeants héréditaires par des dirigeants élus par le peuple — est une révolution incomplète.

À quoi sert le pouvoir de choisir ses dirigeants si, dès qu’ils sont élus, on découvre qu’ils sont à la solde d’intérêts particuliers ?

Voilà pourquoi les lois qui encadrent le financement des partis politiques — comme c’est le cas à Québec et à Ottawa — sont les compléments indispensables à la Révolution française.

La démocratie directe

En 2016, des chercheurs de l’université Harvard avaient découvert que beaucoup de Milléniaux — ces jeunes occidentaux nés entre 1980 et 2000 — ne croient plus en la valeur de la Démocratie.

Un coup d’État dans un pays démocratique n’est condamnable qu’aux yeux de 19% des Milléniaux américains et de 36% de ceux en Europe.

En 1995, seulement 16% des jeunes Américains jugeaient que la démocratie était un mauvais système politique pour leur pays. Vingt ans plus tard, 26% des Milléniaux américains jugent sans importance le droit de choisir ses dirigeants politiques.

Après avoir longtemps limité l’utilisation des médias sociaux à des fins narcissiques ou au développement des relations interpersonnelles, on a dernièrement découvert qu’ils sont de formidables outils de démocratie directe.

Alors que pendant des décennies, les tribunaux civils ont été impuissants à punir les comportements sexuels inappropriés, il aura suffi de quelques mois au mouvement #MeToo (en français #BalanceTonPorc et #MoiAussi) pour provoquer la déchéance immédiate de piliers du milieu des arts et du spectacle.

Contrairement aux tribunaux civils, le mouvement #MeToo n’oppose pas simplement la parole d’une victime à celle de son agresseur. Devant le Tribunal de l’opinion publique, ce qui rend la preuve accablante, c’est le poids cumulatif du témoignage de toutes ces victimes qui sortent soudainement de l’ombre et qui pointent unanimement un doigt accusateur vers le même accusé.

De la même manière, les étudiants d’un lycée américain ont, grâce au mouvement #NeverAgain, fait trembler le socle du plus puissant lobby d’armes américain. Du jamais vu.

Grisées par la découverte de l’impact politique des médias sociaux, beaucoup de personnes en viennent à croire que l’action directe est plus efficace pour réaliser la volonté populaire que d’attendre auprès des élus pour ce faire.

En réalité, si le Tribunal de l’opinion publique peut être impitoyable pour ceux qui vivent de l’estime du public (notamment les artistes), il est inefficace contre les chefs d’État et ceux dont le pouvoir peut difficilement être révoqué.

C’est ainsi que même si des centaines de femmes accuseraient Donald Trump de les avoir agressées sexuellement, beaucoup de ses admirateurs n’y verraient qu’un complot politique orchestré par ses adversaires. Qui en Russie croit que Poutine est un despote ? Qui en Turquie le pense d’Erdoğan ? Et qui en Égypte le pense du général al-Sissi ?

Aussi redoutable soit-il, le Tribunal de l’opinion publique est impuissant contre l’aveuglement volontaire.

La Démocratie en perspective historique

Depuis sa naissance dans l’Antiquité, la Démocratie fut un long travail en cours d’élaboration. Une élaboration chaotique, marquée par de longues périodes obscurantistes contrastant avec de soudaines avancées.

Dans la Grèce antique, seuls les citoyens avaient le droit de vote. Ce qui excluait les femmes et les esclaves.

Entre la démocratie grecque et la création de la république des Provinces-Unies (en 1581), que d’asservissements sous le joug d’innombrables tyrans. Pourtant, la Révolution française raviva l’espoir que le peuple pouvait décider de son sort.

Si la défaite napoléonienne fut une occasion de célébrer pour l’aristocratie et la haute bourgeoisie financière européennes, la Révolution russe fit accéder au pouvoir une proportion beaucoup plus grande de la population que ne l’avait fait la Révolution française.

Alors que les mouvements anarchistes et les grèves se multiplient en Europe, une haute bourgeoisie se laisse convaincre d’améliorer les conditions de vie des ouvriers réduits à la misère par l’industrialisation. Plutôt que de compter sur la charité des institutions religieuses, on laissera les États se doter d’un pouvoir de redistribution de la richesse. C’est la naissance de l’État-providence.

Mais beaucoup plus tard, l’effondrement du bloc communiste fit disparaitre l’épée de Damoclès qui menaçait les possédants de nos sociétés. C’est le retour du chacun pour soi. Et le chacun pour soi, c’est toujours la victoire du plus fort sur le plus faible.

Profitant du fait que les achats de titres financiers ne sont pas taxés (contrairement à tout autre achat), le grand capital instaure une fluidité des capitaux qui lui permet d’exacerber la concurrence entre les États et d’obtenir des avantages qui, dans les faits, le soustraient des charges de l’État, de plus en plus supportées exclusivement par la classe moyenne de nos sociétés.

Et le complexe militaro-industriel, grand financier des caisses électorales des dirigeants politiques des pays les plus puissants, incite ces derniers à faire la guerre aux pays qui s’opposent à l’ouverture de leur marché et au pillage de leurs ressources.

Pour se soustraire à la colère du peuple exclu du partage de la richesse, on dévie cette colère contre des boucs émissaires incapables de se défendre : les immigrants, les femmes musulmanes, et les assistés sociaux.

Pour consolider un ordre social de plus en plus défavorable au peuple, les États acquièrent des moyens de surveillance et de contrôle inouïs sous le prétexte de la lutte au terrorisme. Parallèlement, l’extrême droite anglo-saxonne se dote des outils informatiques nécessaires à la manipulation de l’opinion publique.

Il est donc facile d’en conclure que la démocratie est menacée. Il est indéniable qu’elle l’est.

Toutefois, nos États modernes sont des colosses aux pieds d’argile. Privés des revenus qui leur échappent par la réduction de la fiscalité des entreprises et l’évitement fiscal qu’ils ont autorisé, nos dirigeants se sont soumis d’eux-mêmes à une cure d’austérité qui les prive des bras et de la compétence des employés du secteur public.

De plus, ils ont saboté la confiance que les citoyens leur portent et qui incite ceux-ci à la passivité. Donald Trump par ses propos outranciers. Justin Trudeau en se ridiculisant à l’occasion d’un voyage en Inde. Theresa May par son impuissance à dominer les querelles intestines de son cabinet au sujet du Brexit. Et ainsi de suite.

Par contre, jamais la population de nos pays n’a été autant éduquée. De plus, jamais n’a-t-elle disposé de moyens aussi puissants et aussi simples de se mobiliser instantanément. Il faut être aveugle pour ne pas réaliser le potentiel explosif de la situation dans laquelle nous vivons.

À mon avis, les mouvements #MeToo et #NeverAgain sont annonciateurs d’un nouvel ordre social où les populations de nos pays deviendront sourdes à la propagande de nos dirigeants politiques et à celle des médias traditionnels, pour ne compter que sur le gros bon sens.

Or rien n’est plus imprévisible qu’un peuple guidé par son gros bon sens…

Références :
« Dans les pays africains les plus démunis, la démocratie amplifie le risque de violences »
Harvard research suggests that an entire global generation has lost faith in democracy
Histoire de la démocratie
Have millennials given up on democracy?
La démocratie, qu’ossa donne?
#MeToo ou l’explosion de l’autocuiseur
Petite histoire de l’État moderne
What is Cambridge Analytica? The firm at the centre of Facebook’s data breach
The Russian troll factory at the heart of the meddling allegations

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le plaisir de vivre en Scandinavie

16 mars 2018

Selon l’ONU, les Finlandais sont devenus cette année le peuple le plus heureux sur Terre.

Dans le palmarès onusien, les sept premières places sont occupées par :
• la Finlande
• la Norvège
• le Danemark
• l’Islande
• la Suisse
• les Pays-Bas
• le Canada

Si la Russie n’était pas au 59e rang, on aurait pu croire que le froid fait le bonheur.

Pour les curieux, précisions que l’Allemagne est au 15e rang, les États-Unis au 18e, le Royaume-Uni au 19e, la France au 23e, et l’Italie au 47e.

En Finlande, la capitale est située dans la partie la plus au sud et la plus chaude du pays. En dépit de cela, il y fait une température maximale moyenne de 23°C au mois de juillet (avec des nuits fraiches à 14°C).

L’ensoleillement est bien meilleur que le suggère la situation géographique du pays. Dans les deux tiers les plus nordiques, l’ensoleillement s’apparente à celui de la Belgique et du nord de la France. Dans le reste de la Finlande, c’est comme le centre de la France. Exceptionnellement, la capitale jouit d’un microclimat aussi lumineux que celui du midi de la France (la température en moins).

86% de la Finlande est recouvert de forêt l’été et 100% du pays est recouvert de neige l’hiver. Une biodiversité moindre qu’en Europe centrale. Il y a peu de sols arables à cultiver.

Il y a exactement 150 ans, c’est dans ce pays que survint la dernière grande famine ayant des causes naturelles en Europe (plus d’une décennie après celle en Irlande).

D’où la question : qu’est-ce qui rend les Finlandais si joyeux ?

Selon l’ONU et d’autres organismes qui ont analysé la Finlande, les critères qui ont propulsé ce pays au premier rang mondial sont :
• le revenu familial
• l’espérance de vie en santé
• le filet de protection sociale
• des inégalités de revenus plus faibles qu’ailleurs
• la confiance dans le système juridique et dans la police
• la liberté et l’indépendance individuelles
• la générosité des uns envers les autres, et
• l’absence presque totale de criminalité organisée.

Selon l’ONU, la Finlande est le pays le plus stable, le plus sécuritaire et le mieux gouverné sur Terre.

Le taux d’alphabétisation y est très élevé et l’enseignement universitaire y est gratuit.

C’est un des pays les plus taxés au monde mais où les contribuables sont les plus convaincus d’en avoir pour leur argent.

Références :
Famine en Finlande de 1866-1868
Finlande
Finland is the happiest country in the world, says UN report
Safe, happy and free: does Finland have all the answers?
World Happiness Report 2018

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les suites de la tuerie au lycée de Parkland

25 février 2018

On ignore pourquoi le policier dépêché pour arrêter la tuerie au lycée de Parkland ne n’a pas fait. Il est possible qu’il ne soit pas intervenu parce qu’il savait que le meurtrier était considérablement mieux armé que lui et que son intervention n’aurait réussi qu’à ajouter son nom parmi la liste des victimes.

Il est donc permis de douter qu’armer le corps professoral — comme le suggère Donald Trump —soit une solution aux tueries de masse dans les lycées américains.

Non seulement les professeurs devraient disposer d’un armement supérieur à tout ce qu’un meurtrier peut se procurer, mais il faut tenir compte de la possibilité que, confronté au danger, il puisse être paralysé par la peur.

Sachant que les professeurs sont armés, les tueurs préfèreront cibler prioritairement le professeur. Puis, une fois qu’il aura été abattu, ils retourneront leurs armes contre les élèves.

Après l’insuccès prévisible de l’armement des professeurs, Donald Trump en viendra peut-être à suggérer qu’on abaisse l’âge minimal pour détenir une arme, de manière à permettre l’armement des adolescents. Qui sait jusqu’où son bon jugement peut aller ?

Le taux d’homicides aux États-Unis est le triple de celui au Canada. Et le taux en Floride est environ le triple de celui de la moyenne américaine.

Pourtant la Floride est un des États américains où le nombre d’armes en circulation est le plus élevé. Or ces armes visent non seulement à protéger les citoyens, mais également à dissuader les malfaiteurs. Ce qui, de toute évidence, ne fonctionne pas.

À mon avis, les États-Unis ont besoin d’une révolte destinée à changer radicalement l’ordre établi.

Cette révolte pourrait venir des jeunes Américains, las d’être les cibles de tireurs fous. Or cela tombe bien; les lycéens de Parkland ont des porte-paroles bien décidés à faire changer les choses.

Leur inexpérience ne fait pas obstacle à leur aisance à s’exprimer devant les caméras et à interpeler les politiciens corrompus auxquels ils s’adressent.

Avant l’apparition des médias sociaux, il était possible de manipuler l’opinion publique américaine en lui faisant croire, par exemple, qu’un tyran possédait des armes de destruction massive. Il suffisait de le répéter ad nauseam pour que cela finisse par devenir évident.

Mais depuis l’apparition de l’internet et des médias sociaux, beaucoup de citoyens américains ne croient plus les quotidiens qui leur disent le contraire de ce qu’ils pensent; ils croient l’opinion de ceux qui leur ressemblent et qui pensent comme eux.

Ce qui, évidemment, contribue à ancrer les préjugés.

En contrepartie, cela contribue à la puissance du tribunal de l’opinion publique; il est imperméable aux plaidoiries que le peuple ne veut pas entendre.

Cet aveuglement fait en sorte qu’une indignation se répand comme une trainée de poudre et peut donner naissance à un climat insurrectionnel. D’où la fragilité des institutions garantes du maintien de l’ordre établi.

À la suite de la tuerie de Parkland, la vaste majorité des jeunes Américains ont été scandalisés par le peu d’empathie de la National Rifle Association (NRA).

Instantanément, ce puissant lobby des propriétaires d’armes est devenu la bête noire des protestataires.

Au pieux mouvement #NeverAgain se sont greffés deux mouvements beaucoup plus agressifs; #BoycottNRA et #ThrowThemOut.

Le premier cible le financement de la NRA tandis que le second (soutenu par l’organisme Everytown.org) vise à prévenir la réélection des congressistes américains corrompus par ce lobby.

Dénonciation des contributions politiques de la NRA

En seulement deux semaines, Everytown.org a reçu l’appui de millions de personnes. Grâce à leurs dons, il a fait paraitre dans le New York Times une réclame de deux pages qui dresse (ci-dessus, à droite) la liste des congressistes qui ont accepté de l’agent de la NRA, le montant reçu et le numéro de téléphone du politicien.

Quant à #BoycottNRA, elle fait pression pour que les grandes entreprises américaines cessent d’accorder des rabais et des offres préférentielles aux membres de la NRA.

Déjà les chaines hôtelières Best Western et Wyndham ont coupé les ponts avec la NRA. Cela est également vrai de la firme de location de voitures Rent-A-Car, propriétaire des marques Alamo et National.

Il y a deux jours, sur Twitter, Hertz a publié un message annonçant avoir avisé la NRA qu’il cessait son programme de location de voitures à rabais en faveur des membres de ce lobby.

De plus, l’assureur Chubb a cessé d’offrir la police NRA Carry Guard insurance dont le but était de couvrir les frais juridiques des membres de la NRA accusés d’homicides qui invoquaient la légitime défense.

Note : Cela ne veut pas dire qu’une telle protection ne sera pas offerte, mais qu’elle le sera autrement que par le biais de la NRA.

Quant à elle, la Bank of Omaha cessera d’offrir une carte VISA à tous les nouveaux membres de la NRA.

Menacés par les jeunes, Delta et United Airlines ont cessé d’offrir des vols à rabais aux membres de la NRA.

Même chose pour les éditeurs de logiciels Norton et Symantec.

Par ailleurs, le groupe Moms Demand Action for Gun Sense in America fait pression sur Apple, Amazon and Google pour que ces diffuseurs suppriment la chaîne NRA-TV de leurs plateformes de diffusion en continu.

Selon les écoles, la semaine de relâche printanière est répartie tout au cours du mois prochain. Normalement, la Floride est alors une destination de choix.

Pour quelques jours, des millions de collégiens ont l’habitude de faire la fête sur les plages de la Floride au grand déplaisir des habitants de cet État qui se plaignent de leur manque de civisme.

Mais pour l’industrie hôtelière, ils représentent une mine d’or.

Puisque le gouverneur républicain de la Floride est un partisan de la NRA, des voix commencent à s’élever pour que les collégiens prennent ailleurs la semaine de relâche.

Dans un pays où l’argent est dieu, la prise de conscience des jeunes que leur pouvoir de dépenser peut faire changer les choses, est de nature à provoquer de profonds bouleversements dans les années qui viennent.

C’est à suivre…

Références :
Armer les enseignants: l’idée stupide de Trump
Combien d’enfants doivent tomber sous les balles ?
Gun inequality: US study charts rise of hardcore super owners
La carte des homicides dans le monde
NRA calls companies’ Florida shooting boycott ‘political and civic cowardice’
NRA under mounting pressure as companies cut ties with gun lobby
Pourquoi la tuerie de Parkland pourrait être celle qui fait enfin bouger les États-Unis sur le contrôle des armes
The N.R.A. Can Be Beat
Thoughts and Prayers and N.R.A. Funding

Parus depuis :
John Paul Stevens: Repeal the Second Amendment (2018-03-27)
Etats-Unis : un ex-juge de la Cour suprême plaide pour l’abrogation du deuxième amendement (2018-03-28)

Les suites de la tuerie au lycée de Parkland
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le fiasco de l’utilisation des armes à projectiles à mortalité réduite

22 février 2018

 

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La vidéo ci-dessus est le réquisitoire de l’émission Enquête de Radio-Canada contre l’utilisation des armes à projectiles à mortalité réduite.

Lors de la crise étudiante de 2012, l’utilisation de ces armes s’est soldée par des commotions cérébrales, des yeux crevés, des dents cassées, des mâchoires fracturées et conséquemment, des handicaps permanents infligés à des adolescentes et jeunes adultes québécois.

À l’époque, j’avais écrit le texte ‘Tirs de balles de plastique : attend-on de tuer quelqu’un ?’. Ce texte concluait que ces outils de répression n’avaient aucune place dans l’arsenal policier d’un pays démocratique.

Implicitement, c’est également à cette conclusion que sont arrivés les journalistes d’Enquête.

Ces incidents ont fait l’objet de plusieurs poursuites judiciaires. Dans tous les cas où un jugement a été rendu, les tribunaux ont unanimement donné raison aux plaignants et blâmé les forces policières pour leur manque de prudence.

Or cette imprudence a été facilitée par les lacunes dans la formation reçue par les policiers.

Mais voilà que pour se justifier, l’École nationale de police du Québec vient de publier un rapport intitulé ‘Actualisation de l’étude sur les armes intermédiaires d’impact à projectiles’.

Ce rapport conclut que les données sur la gravité des blessures causées par les armes à létalité réduite sont insuffisantes et que davantage de recherche serait nécessaire.

À mon avis, la recherche relative à l’innocuité d’une substance ou d’un dispositif doit se faire avant sa commercialisation et non après.

Si les données sont insuffisantes pour juger de son innocuité, la prudence élémentaire exige qu’on évite son emploi.

Dans le cas des autorités policières, celles-ci ont négligemment minimisé les mises en garde des fabricants, les comparant aux avertissements qu’on peut lire sur les boites de céréales.

Quant à l’expérience irremplaçable acquise sur le terrain (tant à Montréal qu’à Victoriaville), les analystes de l’École nationale de police du Québec ne semblent pas en tirer de leçon.

On peut donc en conclure qu’il n’y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.

Ceci étant dit, si des policiers veulent qu’on effectue plus de recherche, je n’y vois pas d’objection à la condition qu’ils servent eux-mêmes de sujets d’expérience.

Sur une base volontaire, les policiers pourraient s’inscrire à des expériences où seraient analysées chez eux les conséquences de l’impact des projectiles à mortalité réduite selon la distance.

On pourrait ainsi calculer les lésions et les handicaps permanents infligés chez ces braves volontaires (les dents cassés, les yeux crevés, etc.), dresser des tableaux, décorer le rapport de magnifiques graphiques en couleur, et ainsi de suite.

Si cela était convenu, je serais prêt à parier qu’on n’entendrait plus jamais l’École nationale de police du Québec réclamer plus d’études à ce sujet…

Références :
Actualisation de l’étude sur les armes intermédiaires d’impact à projectiles
En Grande-Bretagne, les « bobbies » n’ont pas d’armes à feu
L’usage des armes intermédiaires comporte des risques méconnus

Le fiasco de l’utilisation des armes à projectiles à mortalité réduite
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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’absence d’empathie du ministre Gaétan Barrette

7 février 2018

Ces jours-ci, le public québécois découvre l’ampleur du système de type esclavagiste que le ministre de la Santé du Québec a mis en place dans nos établissements de santé pour contraindre nos infirmières à travailler dans n’importe quelles conditions.

Puisque ce sujet est abondamment commenté, le texte qui suit porte sur sujet qui a moins attiré l’attention mais qui, à mon avis, est hautement significatif de l’incapacité du ministre de se mette à la place des autres.

Dans le Grand-Nord québécois, lorsqu’un enfant autochtone tombe à ce point malade qu’il doive d’urgence être transporté par avion à un hôpital situé dans le Sud, le ministre Barrette refuse que l’enfant soit accompagné de sa mère.

Imaginez le contexte. Un enfant blessé ou susceptible de mourir doit quitter le milieu naturel auquel il est habitué et prendre l’avion pour la première fois de sa vie sans la présence rassurante de sa maman.

À l’hôpital, si on s’aperçoit que la condition de l’enfant exige le recours à une procédure qui comporte un certain risque d’échec ou de conséquences graves, qui donnera le consentement éclairé ? Les parents dont l’iglou, le tipi ou la maison n’est peut-être pas raccordé à un système de téléphonie ? Ou qui, parallèlement, ont pris un avion commercial et qui sont donc dans l’impossibilité d’être rejoints en vol ?

À moins qu’on le demande directement à l’enfant.

Mais comment fait-on comprendre à un enfant de cinq ans qu’on doit absolument lui ouvrir le corps pour le sauver, mais qu’il a un risque de mourir de cette procédure chirurgicale ?

Et à la mère qui arrive à l’hôpital trop tard, alors que son enfant a succombé, lui dit-on qu’on est désolé, qu’on a tout fait, mais que ce n’est pas bien grave puisqu’il serait mort de toute façon si on l’avait pas amené… Est-ce de nature à la consoler de ne pas avoir partagé les derniers instants de la vie de son enfant ?

Depuis plus d’un siècle, les peuples autochtones du Canada sont soumis aux politiques génocidaires du gouvernement canadien.

Après les pensionnats autochtones où de nombreux jeunes ont été abusés sexuellement, d’où tous (abusés ou non) revenaient ignorants des tâches nécessaires à leur survie dans la nature sauvage canadienne, comment la séparation d’un enfant peut ne pas susciter les plus vives inquiétudes chez ses parents ?

Pressé par les sociétés canadienne et québécoise de pédiatrie, le ministre Barrette a fait savoir qu’il est en réflexion.

Pour tout observateur doté de la moindre dose d’empathie, il est évident que l’enfant doit être accompagné de sa mère et, si celle-ci ne parle ni français ni anglais, d’une personne capable de lui servir d’interprète.

Mais pour le ministre, cela n’est pas évident et nécessite sa réflexion. Cette réflexion dure depuis trois ans.

Signalons que le Québec est la seule province canadienne où il est strictement interdit aux parents d’accompagner leur enfant lors d’évacuations médicales aériennes d’urgence.

Références :
Aboriginal nutritional experiments had Ottawa’s approval
La destruction des Indiens des Plaines. Maladies, famines organisées, disparition du mode de vie autochtone
Les pédiatres pressent Québec de permettre la présence des parents dans les ambulances aériennes
Québec est interpellé au sujet des parents à bord des ambulances aériennes

L’absence d’empathie du ministre Gaétan Barrette
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Saoudiennes, que vous êtes chanceuses…

14 janvier 2018

Voile_islamique
 
Un vent de liberté souffle sur le sable chaud d’Arabie saoudite.

Cette semaine, nos quotidiens nous apprenaient la bonne nouvelle : les Saoudiennes seront enfin libre d’assister à des joutes sportives.

Évidemment, si leur père ou leur mari est d’accord, si elles sont accompagnées d’une vraie personne, et si elles vêtues correctement.

Cette remarquable avancée pour le droit des femmes nous fait presque oublier celles qui sont tuées quotidiennement au Yémen sous les bombardements saoudiens.

Parce qu’il faut bien se le dire; quand des dizaines, des centaines ou des milliers de ‘civils’ sont tués, il y a toujours la moitié d’entre eux qui sont des femmes.

Mais ne boudons pas notre plaisir pour si peu.

Protégées des rayons cuisants du soleil par leur chador ou, pour celles qui craignent encore plus de bronzer, leur niqab si décoratif, les Saoudiennes pourront enfin admirer la sueur virile d’athlètes en tenue légère.

Cette nouvelle s’ajoute à celle, incroyable, selon laquelle les Saoudiennes auront bientôt le droit de conduire.

Puisque la burka réduit sensiblement le champ de vision, on imagine mal une femme ainsi vêtue filer à 90 km sur une autoroute saoudienne.

Puisque cette mesure n’entre en vigueur qu’en juin prochain, il nous faudra attendre jusque là pour découvrir que, dans un premier temps, on leur permettra peut-être de conduire… un chameau.

Dans cinq ou dix ans, si l’expérience s’avère sécuritaire, on leur permettra sans doute de conduire le tricycle.

Une chose à la fois.

À ce rythme, le pays sera évolué dans quelques siècles.


Sur le même sujet:
Pour les Saoudiennes, «des réformes encourageantes, mais cosmétiques»

Saoudiennes, que vous êtes chanceuses…
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Écrit par Jean-Pierre Martel


#MeToo ou l’explosion de l’autocuiseur

10 janvier 2018

Le XXe siècle a connu deux grandes révolutions : la Révolution communiste et la Révolution féministe. La plus importante fut la seconde.

Sans remonter jusqu’aux Suffragettes, cette révolution s’est articulée autour de trois revendications principales :
• le droit pour une femme d’exercer le métier qu’elle veut
• le droit de faire ce qu’elle veut de son corps
• le droit d’obtenir, pour un travail égal, un salaire égal à celui d’un homme.

Limitée concrètement à l’Occident, cette révolution a fait progresser considérablement la condition féminine. Au point que beaucoup de jeunes femmes refusent aujourd’hui de se dire féministes, considérant, à tort, le féminisme comme un combat révolu, livré par leurs aïeules à une époque où il était justifié.

Devenu en français #MoiAussi (au Québec) et #BalanceTonPorc (en France), voilà que surgit le mouvement #MeToo qui redonne un second souffle à la Révolution féministe.

Ce mouvement consiste à dénoncer publiquement les responsables de violence sexuelle, généralement exercée contre des femmes. Et en dénonçant leurs agresseurs, ces femmes libèrent la parole d’autres victimes de celui-ci. Et tout cela fait boule de neige au point que l’accusé ne peut plus opposer sa crédibilité à celles de ses victimes, devenues trop nombreuses.

Dans les pays asiatiques, une femme qui porte plainte à la police pour viol risque d’être violée de nouveau, cette fois par les policiers auxquels elle se confie.

Au mieux, elle sera coupable d’avoir réveillé le désir irrépressible de son agresseur.

Au pire, on la condamnera à épouser son violeur (si elle est célibataire) ou à être lapidée pour adultère (si elle est mariée).

Dans les pays occidentaux, la femme victime de violence sexuelle ou de harcèlement fait face à d’autres contraintes lorsqu’elle veut porter plainte auprès des autorités.

Même lorsque les policiers la croient, tout procès opposera sa parole à celle de son agresseur. Conséquemment, on ne compte plus le nombre d’abuseurs innocentés pour insuffisance de preuve.

De plus, on ne doit jamais oublier que dans nos pays, l’accessibilité économique au système judiciaire laisse à désirer; depuis des décennies, la profession juridique a piraté l’appareil judiciaire pour le transformer en machine à sous au bénéfice de leur caste sociale.

Les médias sociaux permettent de libérer les victimes de ces contraintes.

Ces médias sont à la fois un mode de publication gratuit et un amplificateur de la rumeur publique. Comme le vent, celle-ci est irrépressible. Son bras vengeur est le Tribunal de l’opinion publique.

Ce dernier existe depuis des siècles. Toutefois, les médias sociaux ont considérablement accru le caractère expéditif de ses pouvoirs exécutoires.

Il suffit d’une calomnie ou d’une médisance pour qu’un tollé soit provoqué instantanément à l’encontre d’une entreprise ou d’une personnalité publique.

Et une réputation flatteuse —  soigneusement entretenue par des campagnes de relations publiques ou par un mécénat ostentatoire — peut être anéantie en un éclair par le déchainement de milliers de messages haineux sur l’internet.

Mais si le Tribunal de l’opinion publique peut être impitoyable pour ceux qui vivent de l’estime du public (notamment les artistes), il est inefficace contre les chefs d’État et ceux dont le pouvoir peut difficilement être révoqué.

Le milieu artistique est donc la pointe d’iceberg d’un phénomène social dont l’importance a été révélée par le mouvement #MeToo.

En 1996, j’ai réalisé une étude qui portait, entre autres, sur le harcèlement sexuel au travail auquel étaient soumis les pharmaciens salariés de pratique privée au Québec.


Avez-vous été victime de harcèlement sexuel au cours des douze derniers mois ?

Femmes Hommes
Oui, de la part du patron 0,3 % 0,0 %
Oui, de la part d’un collègue 0,0 % 0,0 %
Oui, de la part d’un commis 0,5 % 1,2 %
Oui, de la part d’un patient 2,4 % 1,7 %
Non 96,8 % 97,1 %


 
Jusque là, les études à ce sujet avaient été réalisées dans des lieux de travail auxquels le grand public n’avait pas accès.

Contrairement à ce qu’on croyait à l’époque, notre étude démontrait que le harceleur n’était pas nécessairement une personne en position d’autorité : chez les femmes, il ne l’était que dans le dixième des cas.

De plus, on apprenait que le harcèlement sexuel affectait également les salariés masculins, une chose qui nous semble évidente aujourd’hui mais qui l’était beaucoup moins à l’époque.

Les résultats tranchent avec des études récentes réalisées en milieu universitaire où la définition de la ‘violence sexuelle’ englobe tous les aspects de la quête amoureuse. Conséquemment, à la lecture du questionnaire de ces études, on s’étonne que le taux de ‘violence sexuelle’, ainsi définie, ne soit pas de 100%.

C’est contre cette confusion qu’une centaine de femmes — dont Catherine Deneuve — publiaient hier dans le quotidien Le Monde un texte qui accusait le mouvement #BalanceTonPorc de donner lieu à des dérives qui «…loin d’aider les femmes à s’autonomiser, sert en réalité les intérêts des ennemis de la liberté sexuelle, des extrémistes religieux, des pires réactionnaires et de ceux qui estiment (…) que les femmes sont (…) des enfants à visage d’adulte, réclamant d’être protégées

À mon avis, ce plaidoyer est maladroit autant dans sa forme que dans son essence. Aux oreilles québécoises, la défense de la liberté d’importuner les femmes étonne.

Pour paraphraser François Masseau, abonné du Devoir, on pourrait répondre qu’il est probablement moins risqué pour l’élite artistique parisienne de se faire taponner les fesses qu’une femme de ménage portugaise.

Aussi sincère qu’elle soit, cette dénonciation des dérives du mouvement #MeToo est inappropriée.

Aux FrancoFolies de 2013

Jusqu’à maintenant, les victimes de harcèlement sexuel ont été sans voix. Maintenant leur colère s’exprime.

Ce que les signataires n’ont pas compris, c’est que la Révolution féministe entraine des abus qui sont inhérents à toute révolution. À titre d’exemple, la Révolution française a accouché de la Terreur. Sans Robespierre, un autre tyran aurait émergé du lot, porté par la ferveur révolutionnaire.

Sans excès, une révolution n’est qu’une réforme.

Or une réforme ne peut provoquer des changements de mentalité que si on persiste à l’appliquer pendant longtemps. Une révolution instaure une cassure; il y a un avant la révolution et il y a un après.

Comme un autocuiseur qui explose, le mouvement #MeToo aura une fin. Il ne suffit pas d’une seule dénonciation pour que l’accusé démissionne de son poste : il faut que cette dénonciation soit suive d’une multitude d’autres concernant cette même personne.

Une fois que ces dizaines, voire des centaines, de prédateurs sexuels auront remis leur démission, on manquera d’accusations pour maintenir la pression.

Cela ne sera pas grave; le but est de changer des mentalités. Or les mentalités changeront.

Mais ce qui ne changera pas, c’est la sollicitation sexuelle. Une femme qui déteste le regard insistant de ceux qui ont le béguin pour elle, qui déteste qu’on lui ouvre la porte parce qu’elle peut très bien le faire elle-même, qui ne veut pas qu’on l’invite à prendre un café, aurait intérêt à choisir la vie monastique plutôt que la vie civile.

Parce que tant que des êtres humains seront à la recherche d’une âme-sœur, il sentiront le besoin de le faire savoir autrement que par des petites annonces dans des quotidiens que plus personne ne lit.

Références :
Doit-on fermer l’université Laval ?
La campagne #MoiAussi divise les femmes en France
« Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle »
Suffragette
Une centaine de femmes françaises dénoncent les dérives de l’après-#MoiAussi

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif M.Zuiko 40-150mm R — 1/50 sec. — F/9,0 — ISO 6400 — 40 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Doit-on fermer l’université Laval ?

29 novembre 2017

Introduction

Situé dans la ville de Québec, le campus de l’université Laval accueille quarante-huit-mille étudiants.

Près de deux-mille d’entre eux ont participé à un sondage effectué sur l’internet dont les résultats ont été dévoilés hier.

L’étude révèle que 41,7% des étudiants de l’université Laval ont été victimes de violence sexuelle depuis leur admission, dont 26,7% au cours des douze mois qui ont précédé l’enquête.

Aucun parent digne de ce nom ne peut confier ses enfants à une institution où sévit une violence tellement généralisée qu’on peut la qualifier de systémique.

Ce qualificatif est d’autant plus approprié que le tiers du personnel de cette institution déclare avoir reçu les confidences des victimes sans qu’on ait tenté de châtier les coupables ou de modifier leurs comportements violents.

Par exemple, près du quart des personnes qui se sont adressées au Centre de prévention et d’intervention en matière de harcèlement se disent très insatisfaites du soutien obtenu.

Près d’une victime sur dix rapporte vivre du stress post-traumatique.

17% des victimes de sexe féminin et 13% des victimes de sexe masculin ont éprouvé des difficultés à poursuivre leurs activités à l’université.

De plus, 19% des femmes et 16% des hommes ont éprouvé des difficultés dans leur vie affective, intime et sexuelle en raison de ce qu’ils ont subi à l’université.

Quand plus de vingt-mille victimes de violence sexuelle se concentrent dans un territoire aussi restreint que celui du campus de Laval, ce lieu doit être immédiatement investi par les forces policières et interdit au public

D’où la question : doit-on fermer l’université Laval ?

Recommandations du rapport

Face à la situation inquiétante qu’elles ont observée, on aurait pu s’attendre à ce que les auteures du rapport suggèrent une série de mesures urgentes destinées à faire cesser la violence faite aux étudiants.

Les auteures recommandent plutôt qu’on forme un comité et qu’on poursuive la réflexion à ce sujet.

Ou bien cette étude est une plaisanterie et conséquemment, il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Ou bien l’étude décrit une situation alarmante à laquelle on doit s’attaquer sans délai.

Qu’en est-il exactement ?

Qu’est-ce que la violence sexuelle ?

L’étude révèle trois types de violence sévissant dans le contexte universitaire depuis l’admission :
• un taux de 37,3% de harcèlement sexuel,
• un taux de 22,3% de comportements sexuels non désirés et
• un taux de 3,0% de coercition sexuelle.

Puisque certains répondants ont été victimes de plusieurs types de violence, le taux total de violence sexuelle est de 41,7%. Presque un étudiant sur deux.

35,8% des victimes déclarent ne pas avoir dévoilé l’incident, le jugeant pas assez grave ou voulant l’oublier. Plusieurs victimes mentionnent également ne pas avoir voulu dénoncer de peur de ne pas être crues, par crainte de représailles ou par peur d’un manque de confidentialité dans le traitement de la plainte.

Pour comprendre le manque de motivation des répondants à combattre la violence exercée contre eux, il faut analyser le questionnaire afin de comprendre la gravité de ce qui est considéré comme violent par les auteures.

Les cas concrets donnés dans le rapport nous donnent une idée de la variabilité de ce qui est considéré comme tel.

Ils vont du viol (ce qui est un acte criminel), au cas de l’étudiant masculin qui déclare à sa professeure qu’il était « disponible à faire n’importe quoi en échange pour sa note préférée ».

Il s’agit-là de deux exemples de ‘violence’; la première évidente, l’autre beaucoup plus typique d’une simple sollicitation sexuelle de mauvais gout. De plus, dans ce dernier cas, on ne doit pas oublier que c’est l’enseignante qui est en situation de pouvoir. On peut également se demander s’il y a une limite à toujours présenter les femmes comme des victimes.

Les questions relatives au harcèlement sexuel

Des huit questions à ce sujet, celle qui a recueilli le plus grand nombre de réponses positives est celle qui demandait au répondant si on l’avait dévisagé ou déshabillé du regard d’une manière qui l’avait rendu mal à l’aise.

25% des étudiantes et 7% des étudiants de sexe masculin ont vécu cette situation à au moins une occasion depuis leur admission à l’université.

Qui n’a jamais été regardé au moins une fois dans sa vie de manière insistante par quelqu’un qui ne nous intéressait absolument pas ?

Il est normal qu’une jeune personne puisse éprouver un certain inconfort à être un sujet de convoitise. Apprendre à ignorer ces gens et détourner le regard fait partie de l’apprentissage de la vie.

Lorsque ce comportement est répétitif, il suffit de confronter la personne et de lui dire : « Tu me lâches. Tu ne m’intéresses pas.». Après, si ce comportement se poursuit, cela devient du harcèlement. Et les autorités de l’université doivent alors réprimer ce comportement.

Les sept autres questions concernent 
• les plaisanteries sexuelles (18% et 13%),
• les interpellations sexuelles, par exemple être sifflée (17% et 4%),
• les discussions à caractère sexuel (16% et 10%),
• les remarques désobligeantes au sujet de l’apparence physique ou des activités sexuelles du répondant (14% et 12%)
• les gestes vulgaires ou offensants (14% et 5%)
• les commentaires insultants à caractère sexuel (12% et 8%)
• l’imposition de sa nudité ou d’une tenue vestimentaire suggestive (6% et 4%)

À toutes ces questions, le répondant donnait une réponse positive si cela s’était produit à au moins une occasion depuis son admission à l’université.

Ce qu’on peut reprocher à cette étude, c’est son manque de nuance. Ne peut-on pas distinguer entre être offensée par une plaisanterie ou remarque désobligeante de la part d’un jeune boutonneux et être constamment le sujet de ses blagues ?

Des jeunes se suicident à force d’être les boucs émissaires de leurs harceleurs. Mais le fait d’entendre une seule plaisanterie sexiste, est-ce que cela fait de vous une victime de ‘violence sexuelle’.

Il y a plusieurs décennies, les hommes québécois ont cessé de siffler les femmes (comme on siffle un chien). Je comprends très bien qu’une femme en soit insultée. Mais l’étudiant qui, de nos jours, commet cette indélicatesse, fait-il preuve de violence à l’égard de celle qu’il trouve de son gout ?

Les questions relatives aux comportements sexuels inappropriés

Dans cette section, on trouvait le viol (3% et 1%), les tentatives de viol (5% et 2%) et d’autres situations plus fréquentes qui — à une exception — sont autant répréhensibles.

Dans tous les cas, leur fréquence importe peu; une tentative de viol est de trop même si elle ne survient qu’une seule fois au cours d’études universitaires.

Lorsque j’étais étudiant, si quelqu’un m’avait envoyé la photo de ses organes génitaux par courriel, je l’aurais imprimée, j’y aurais ajouté son nom et je l’aurais collée à la porte d’entrée de notre classe pour que les autres gars se moquent de lui.

L’exception dont je parlais plus tôt concerne le cas de celui qui réitère une invitation à prendre un verre ou à sortir pour manger, malgré un premier refus. C’est le plus fréquent de tous les comportements ‘sexuels’ non désirés (16% et 3%).

Comment peut-on parler de violence faite aux femmes lorsqu’un gars invite pour la deuxième fois durant sa formation universitaire la fille pour laquelle il a le béguin alors qu’elle lui a déjà dit non une première fois quelques années plus tôt ?

Les questions relatives à la coercition sexuelle

Étonnamment, ce n’est pas dans cette section qu’on abordait le viol et les tentatives de viol.

Ici, il était principalement question des menaces afin d’obtenir des faveurs sexuelles. Cela concernait environ 3% des filles et 1% des gars.

Conclusion

Un étudiant qui a le béguin pour une fille et qui s’entête à ne pas voir qu’elle n’est pas intéressée, cela est certainement du harcèlement. Mais il est facile de faire cesser un tel comportement.

La violence faite aux femmes, la vraie, doit être punie.

Mais doit-on sanctionner le fait d’inviter une deuxième fois une femme au restaurant après avoir essuyé un refus quelques semaines plus tôt parce qu’occupée ce jour-là ?

Pourtant cela fait partie de la ‘violence sexuelle’ en milieu universitaire selon les auteurs féministes, au même titre qu’un viol.

Si une quête amoureuse maladroite correspond à de la violence sexuelle, on comprend pourquoi tant de femmes ont de la difficulté à se trouver un partenaire. Parce que dès qu’un regard trop insistant se pose sur elles, cela peut être jugé comme de la violence sexuelle. Tout dépendant de la réaction inconfortable (ou non) de la personne regardée.

Nous sommes ici dans l’arbitraire et le subjectif. Et tout cela est qualifié dramatiquement de ‘violence faite aux femmes’.

Cette étude est le fruit de la marchandisation du féminisme; de nos jours, à partir des fonds publics, on peut faire de l’argent en exploitant démagogiquement la crainte légitime des abus sexuels.

À crier au loup pour tout et pour rien, on se discrédite. Je regrette de le dire, mais à mon avis, cette étude ne vaut rien.

Conséquemment, on peut laisser ouverte l’université Laval encore pour quelque temps…

Référence :
Violences sexuelles en milieu universitaire, résultats de l’Enquête Sexualité, Sécurité et Interactions en Milieu Universitaire (ESSIMU) : Portrait de la situation à l’Université Laval

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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