La tuerie de Charlie Hebdo : les lacunes du renseignement (4e partie)

19 janvier 2015

Longtemps encouragé et financé par différents pays (dont les États-Unis), le terrorisme est devenu une préoccupation des pays occidentaux quand ils sont eux-mêmes devenus les cibles d’attentats terroristes.

Depuis les événements du 11 septembre 2001, on a fait appel aux talents de milliers d’experts pour améliorer les systèmes en place. Après toute attaque réussie (comme celle de Charlie Hebdo), les gouvernements déplorent les failles à la sécurité des organismes responsables et s’engagent à leur accorder plus de pouvoirs et de nouveaux moyens.

Et comme personne n’a le monopole des bonnes idées, les gouvernements, à juste titre, s’inspirent les uns des autres.

Si bien que depuis une décennie, on accumule couche par dessus couche de protection. Même quand ces mesures sont limitées dans le temps (comme le Patriot Act américain), ces mesures sont reconduites automatiquement. Plutôt que de courir le risque d’être accusés d’avoir placé le pays en état de vulnérabilité, les parlementaires préfèrent maintenir les dispositifs déjà en place, tout en les renforçant constamment.

Ces mesures se divisent en deux groupes : la surveillance planétaire et les mesures ciblées.

La surveillance planétaire

Avant même les attentats de 2001, les gouvernements des pays anglo-saxons — les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande — avaient mis sur pied un vaste réseau d’espionnage qui filtrait tous les courriels, textes, et conversations téléphoniques de la planète. De plus, grâce au géolocaliseur des téléphones multifonctionnels, on était en mesure d’épier tous les déplacements de leurs propriétaires.

Évidemment, il n’a jamais été question d’écouter chacun de milliards d’appels téléphoniques, ni de lire tous les documents expédiés par voie électronique. Cela nécessiterait des ressources humaines qu’aucun pays ne peut se permettre.

Ce qu’on a développé, ce sont des logiciels de reconnaissance vocale et de recherche textuelle dont le rôle est de déceler l’utilisation de mots suspects. La liste de ces mots-clés est évidemment secrète. Mais ce qu’on peut présumer, c’est que ce réseau indique comme inquiétants les messages qui ont une teneur particulièrement élevée de mots ou de verbes apparaissant sur cette liste.

Puis, une fois ces messages inquiétants découverts, on place sur surveillance particulière leurs expéditeurs et leurs récipiendaires, présumés potentiels comploteurs.

Ce réseau d’espionnage n’a été conçu spécifiquement comme mesure antiterroriste. Il sert donc également à l’espionnage conventionnel. C’est ainsi que les États-Unis ont espionné attentivement les appels de la chancelière allemande et de ses conseillers.

Selon Wikipédia, les données recueillies par ce réseau sur le territoire américain sont partagées avec l’Agence de lutte contre la drogue, le ministère du Revenu, ainsi qu’avec d’autres agences chargées de faire respecter la loi.

On peut donc présumer qu’il serait imprudent pour les ingénieurs de Bombardier ou de Dassault Aviation d’expédier des devis techniques par voie électronique puisqu’il est certain que ces documents ultra-secrets se retrouveraient chez leurs concurrents américains de la même manière que les États-Unis ont toujours aidé leurs industriels à découvrir les secrets de leurs concurrents étrangers.

Le problème majeur avec la surveillance planétaire, c’est qu’elle génère une somme de renseignements colossale qu’on n’arrive pas à traiter.

Afin de découvrir les liens qui unissent différentes personnes sur lesquelles ne pesait aucun soupçon, dans une seule journée de 2012, on a ramassé les données des carnets d’adresses électroniques de 22 881 comptes Gmail, 82 857 comptes Facebook, 105 068 comptes Hotmail et 444 742 comptes Yahoo.

Même s’il n’est pas exclu que la minuscule partie qu’on parvient à analyser donne un jour accidentellement des résultats, il ne semble pas qu’un seul complot ait été déjoué jusqu’ici par ce moyen. Ce qui pose la question de l’allocation des ressources.

Les mesures ciblées

La torture

Pendant des années, l’administration Busch a justifié l’utilisation de la torture au nom de la protection des vies américaines.

L’analyse minutieuse des informations obtenues sous la torture n’a trouvé aucune preuve indiquant que ces interrogatoires ont permis de déjouer des complots imminents. Après avoir épluché près de six millions de documents fournis par la CIA, les enquêteurs du Sénat américain n’ont découvert aucun cas d’information inédite ayant permis de sauver des vies américaines et ce, en dépit de méthodes qui ont laissé certains détenus dans un état suicidaire et en proie à des hallucinations.

L’analyse des listes de passagers des vols aériens

Aucun avion ne peut décoller d’un aéroport occidental ou à destination de nos pays sans que la compagnie aérienne ait au préalable divulgué la liste des passagers et que les services de renseignement aient eu le temps de vérifier qu’aucun passager n’est interdit de vol.

Cette mesure simple a fait en sorte qu’aucune organisation terroriste n’a été capable de perpétrer le moindre attentat terroriste par voie aérienne depuis 2001.

Dans les transports en commun, les seuls attentats survenus depuis ont été par train (Madrid en 2004), puis dans le métro et dans un autobus londoniens en 2005, parce que toujours aussi vulnérables.

L’isolement des terroristes en prison

À l’exemple de la France, le gouvernement canadien compte exiger l’isolement carcéral individuel des personnes accusées ou condamnées pour terrorisme. Voilà une excellente mesure.

La guerre cybernétique

Si la Chine est capable d’ériger un coupe-feu qui isole sa population de la propagande occidentale, comment se fait-il que nous gouvernements soient incapables de faire de même à l’égard de la propagande djihadiste ?

De plus, les services de renseignements devraient scruter l’internet à la recherche des sites djihadistes. Ces sites devraient être rendus inopérants sur-le-champ : se contenter de surveiller ceux qui y ont accès est ridicule. Veut-on combattre le terrorisme, oui ou non ?

La surveillance de suspects

Toutes les personnes soupçonnées d’avoir combattu au sein des milices de l’État islamique sont sur surveillance policière.

Si cette surveillance a échoué à prévenir la tuerie de Charlie Hebdo et l’incendie du Hamburger Morgenpost cinq jours plus tard, elle semble avoir réussie en Belgique vendredi dernier par l’arrestation de trois comploteurs rentrés depuis peu de Syrie et qui préparaient un attentat imminent dans ce pays.

Une surveillance ciblée semble également avoir déjoué des projets d’attentats au Canada en 2006 et en 2013, de même que quatre ou cinq complots en Grande-Bretagne en 2014.

Il y a cinq ans, sur ce blogue, je me suis prononcé pour l’interdiction du port du masque en public (sauf pour des raisons climatiques ou médicales). Toute personne masquée devrait faire l’objet d’un contrôle d’identité.

Aujourd’hui, j’irais plus loin.

Une des caractéristiques vestimentaires des familles musulmanes intégristes, c’est que leurs femmes portent presque toujours le voile musulman intégral (celui qui couvre tout sauf les yeux). En dépit du proverbe voulant que l’habit ne fasse pas le moine, je dis plutôt que lorsque quelque chose a l’air d’un poisson, s’il sent le poisson et qu’il goûte le poisson, c’est probablement parce que c’est un poisson.

Cela ne veut pas dire qu’on doive présumer que tous les conjoints ou tous les fils d’une femme voilée intégralement sont des terroristes. Cela veut dire que le risque qu’ils le soient est considérablement plus élevé que dans la population en général.

Portaient le voile intégral, les femmes d’Oussama ben Laden, la soeur de Farid Benyettou, l’épouse en fuite d’Amedy Coulibaly, la mère et les soeurs d’Omar Khadr, entre autres.

De plus, toutes ces femmes appartiennent à des familles musulmanes de confession sunnite. Les épouses ou les mères des terroristes qui frappent les pays européens ou nord-américains ne sont jamais musulmanes de confession chiite. Tout simplement parce que le terrorisme international est financé principalement par l’Arabie saoudite, terre religieuse des Sunnites.

Par crainte d’être accusé de discrimination ou de persécution religieuse, aucun pays au monde ne possède de registre où sont inscrits tous les membres d’un clan familial sunnite où vit au moins une femme voilée intégralement.

Pourtant, au lieu de se diluer leurs ressources à espionner l’Humanité tout entière, les services de renseignements seraient mieux avisés de cibler ce qui est évident aux yeux de tous.

Mais qu’est-ce qui nous dit que les services de renseignements ne le font pas déjà ? Sont-ils obligés de tout nous dire ?

Pour être efficace, un tel registre doit être exhaustif. Et pour l’être, il ne peut être constitué que par des forces policières qui ont le pouvoir de demander l’identité à toute personne masquée sur la voie publique. Or ce pouvoir habilitant n’existe pas.

Disponibilité

Au moment où ces lignes sont écrites, le site Web du Service canadien du renseignement ne donne que le téléphone et le télécopieur comme moyens d’entrer en contact avec eux; aucune adresse électronique n’est précisée. Cela est un obstacle pour tout citoyen qui aimerait signaler l’adresse internet d’un site djihadiste.

Testé il y a quelques instants, le réceptionniste du bureau montréalais répond immédiatement lorsqu’un appel y est logé. Une telle disponibilité est excellente.

Conclusion

La lutte contre le terrorisme doit être axée sur la prévention et la surveillance. Si on en juge par les résultats, les efforts déployés sont nettement insuffisants. Or ce n’est pas une question de budget, mais de stratégie.

À juste titre, on isolera bientôt les prisonniers djihadistes en milieu carcéral. Mais la propagande haineuse des milieux terroristes circule encore trop facilement. À titre d’exemple, il est inconcevable que les milices de l’État islamique puissent recruter nos jeunes sur l’Internet.

De plus, la prévention passe également vers la revision de notre politique extérieure afin de tenir compte de la montée en puissance du ressentiment que cette politique crée et des dangers qu’elle fait subir à la population canadienne.

Quant aux services de renseignement, ils devraient cibler davantage les milieux fondamentalistes sunnites et cesser de disperser leurs énergies en épiant tout et n’importe quoi.

Références :
Attentats de Londres du 7 juillet 2005
Attentats de Madrid du 11 mars 2004
Belgique : deux djihadistes tués lors d’une opération antiterroriste
Caricatures de Charlie Hebdo: incendie criminel dans un journal allemand
Complot terroriste au Canada en 2006
Edward Snowden
Espionnage de la NSA: Merkel, addicte des portables… non sécurisés
Grande-Bretagne : « Quatre ou cinq complots terroristes » déjoués en 2014
Isoler les islamistes en prison : Ottawa songe à imiter la France
L’Arabie saoudite et le financement d’Al-Qaida
Profilage = efficacité
Projet d’attentats contre VIA Rail Canada de 2013
La torture par les États-Unis : un crime de guerre impuni
Surveillance globale

Parus depuis :
La radicalisation à la «mode» dans les prisons françaises (2015-01-24)
L’« infobésité » des services secrets britanniques (2016-06-08)
Le millefeuille de l’antiterrorisme français (2016-07-06)
« Contre le terrorisme, la machine législative est devenue folle » (2016-08-13)

La tuerie de Charlie Hebdo : les lacunes du renseignement (4e partie)
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Écrit par Jean-Pierre Martel


La tuerie de Charlie Hebdo : les lacunes du renseignement (3e partie)

17 janvier 2015

De la fin de la Deuxième Guerre mondiale jusqu’à l’effondrement du mur de Berlin, le monde se divisait en deux clans hostiles; les Communistes et le monde libre.

Depuis les attentats du 11 septembre 2001, nous sommes entrés dans un autre monde bipolaire; les terroristes et nous.

Tous les services de renseignement s’emploient à les différencier. Mais se peut-il qu’on ne naisse pas terroriste ? Et si on le devient, comment empêcher cette radicalisation ?

La plus grande menace terroriste qui plane actuellement sur les pays occidentaux est celle des milieux intégristes musulmans, mieux organisée et mieux financée que toute autre.

Si l’exclusion sociale prédispose à la criminalité, elle ne semble pas avoir grand importance dans la genèse du terrorisme, en dépit de ce que terrorisme en Europe semble suggérer.

Comme nous l’avons vu dans le second volet de cette trilogie, cette genèse nécessite seulement la rencontre de deux pré requis : un élément déclencheur et l’exposition à des idées radicales.

Si on devait enquêter auprès de chaque terroriste afin de savoir quel a été, dans son cas, cet élément déclencheur qui l’a bouleversé et rendu réceptif à une idéologie extrémiste violente, on obtiendrait sans doute autant de réponses qu’il aura de répondants.

Dans tous les cas où ce déclencheur est connu, il fait partie du contentieux déjà connu entre Musulmans et pays occidentaux. Ce contentieux s’articule autour de deux pôles : le conflit israélo-palestinien et la multiplication des guerres suscitées par les pays occidentaux dans des pays musulmans.

La guerre coloniale qu’Israël livre en Palestine

Tous les prétextes sont bons pour déposséder les Palestiniens de leurs terres, pour détruire leurs sources de revenus, pour massacrer ceux d’entre eux qui se révoltent, et pour implanter des colonies juives.

Fondamentalement, les dirigeants israéliens font aujourd’hui ce que les autorités britanniques ont fait pour affamer, puis décimer les peuples autochtones de l’Amérique du Nord afin de peupler leur territoire de braves pionniers européens.

Les 16 et 17 septembre 1982, alors que les camps palestiniens de Sabra et Chatila au Liban sont encerclés par l’armée israélienne et que la population y avait été désarmée, l’armée israélienne laisse entrer les milices chrétiennes qui y tueront hommes, femmes et enfants pendant deux jours. Le massacre fit entre 800 et 3 500 victimes. Ce carnage suscita une indignation généralisée, même en Israël.

À travers le monde, la population palestinienne est estimée à environ 11 millions de personnes, dont 3,7 millions en Palestine. On comprend donc l’importance de ce massacre pour ce peuple.

Au cours de la Seconde intifada, les soldats israéliens tiraient des balles réelles sur des adolescents arabes qui leur lançaient des pierres. De plus, l’armée israélienne postait des tanks devant les hôpitaux bombardés, tanks qui avaient pour mission de tirer sur les ambulances qui y apportaient des blessés.

Depuis quelques années, le gouvernement canadien est devenu l’allié inconditionnel d’Israël, contrairement au gouvernement américain qui exprime régulièrement des réserves précisément au sujet de cette politique coloniale.

Le Canada endosse totalement les politiques israéliennes en territoires occupés. Notre pays considère que les Palestiniens doivent éviter toute violence et accepter passivement la dépossession dont ils sont l’objet, comme les autochtones canadiens, idéalement, auraient dû le faire quand le colonisateur britannique les a confinés à des réserves indiennes.

Évidemment le zèle canadien expose notre pays (ses représentants et la population qui les porte au pouvoir), au ressentiment de ceux qui sont opposés violemment à cette politique coloniale.

La politique extérieure du gouvernement Harper augmente donc les risques que des attentats terroristes soient commis au pays.

La prévention du terrorisme au pays passe donc vers une révision de notre politique extérieure afin de la purger de ses éléments extrémistes et inutilement provocants.

Ceci étant dit, on aurait bien tort de croire qu’il suffirait d’adopter une politique extérieure rose-bonbon pour nous soustraire à la menace terroriste. Afin d’attirer du financement, les groupes terroristes ont besoin de réussir leurs attentats quelque part, n’importe où.

Les guerres suscitées en pays musulmans

La guerre du Golfe (1990-1991)

D’aout 1990 à février 1991, les États-Unis ont mené une coalition de 34 pays afin de délivrer un pays arabe, le Koweït, envahi par un pays voisin, l’Irak. Cette guerre justifiée par le Droit international a fait 1 100 morts et à peu près autant de blessés.

La guerre d’Afghanistan (2001-2014)

Les attentats du 11 septembre 2001 à New York étaient implicitement une déclaration de guerre contre les États-Unis. Leur réaction — la guerre d’Afghanistan — se justifiait donc par la légitime défense.

Dans un premier temps, les États-Unis se sont contentés de fournir une aide logistique aux rebelles Afghans (l’Armée du Nord) afin qu’ils chassent les Talibans du pouvoir.

Puis, à la demande des nouveaux dirigeants du pays, les pays occidentaux ont occupé l’Afghanistan.

Selon Wikipedia, cette guerre et cette occupation étrangère se sont soldées par la mort de plus de 20 000 personnes parmi la population civile.

La guerre d’Irak (depuis 2003)

La Guerre d’Irak et l’occupation militaire qui a suivi avaient pour but de libérer le pétrole irakien de l’embargo international dont il était l’objet et lui permettre d’être écoulé librement sur les marchés mondiaux afin d’en abaisser le prix.

Le décompte des pertes civiles en Irak varie selon les études. Il serait compris entre 100 000 et 1 450 000 morts.

La guerre civile libyenne (depuis 2011)

À l’occasion du Printemps arabe, divers soulèvements ont éclaté en Libye. Les pays membres de l’OTAN ont armé les rebelles et ont procédé au bombardement des défenses gouvernementales libyennes.

Après la chute du dictateur libyen, les mercenaires étrangers qui ont participé à ce renversement sont repartis avec leurs armes. Certaines de ces milices se sont mises depuis au service d’Al-Qaida au Sahel.

La guerre civile syrienne (depuis 2011)

Après avoir soutenu et armé les rebelles jugés modérés au régime de Bachar el-Assad, les États-Unis ont assisté, impuissants, à la montée en force des milices radicales de l’État islamique.

Celles-ci ont profité du vide créé par l’effondrement de l’état syrien pour créer une vaste zone de chaos et de violence en Syrie et en Irak.

Selon Wikipédia, le nombre de morts reliés à la guerre civile syrienne serait de l’ordre de 100 000 à 130 000.

La mondialisation du chaos

Le développement des moyens de transport a favorisé les échanges transfrontaliers. De nos jours, les appareils photo et les caméras captent des images prêtes immédiatement à être diffusées à travers le monde. Grâce à l’internet, textes et photos voyagent à la vitesse de la lumière.

Mais la mondialisation du commerce et de la finance s’est accompagnée de la confrontation d’idées et de cultures très différentes, voire opposées, qui s’ignoraient jusqu’ici en raison de l’éloignement.

Dans un premier temps, les gouvernements occidentaux ont puisé dans cette somme colossale d’information pour prouver leur supériorité morale et justifier la mission civilisatrice de leurs interventions militaires à l’étranger.

En semant la guerre et la désolation, les pays occidentaux ont favorisé les contrats d’armements au bénéfice de leur industrie militaire. Dans les pays atteints et les pays voisins, ils ont favorisé la fuite des capitaux et celle des cerveaux à leur avantage.

En contrepartie, ils ont favorisé l’émergence de dizaines de milliers de guerriers dont la seule expertise est dans l’art de piller, de violer et de détruire.

Ces barbares vivent à quelques heures de route d’Europe et à une dizaine d’heures de vol d’Amérique. Leurs idées sont à quelques millisecondes des ordinateurs de nos adolescents.

Selon un adage, celui qui sème le vent récolte la tempête. Il peut donc sembler naïf de penser qu’on peut semer la mort et la désolation sans susciter la haine et le désir de revanche.

C’est pourtant ce phénomène auquel nous assistons. Mais puisque nos gouvernements ne sont pas prêts à modifier leur politique étrangère prédatrice à l’égard des pays musulmans producteurs de pétrole, ils en sont réduits à essayer de contenir le mal qu’ils ont créé.

Dans le dernier texte de cette série, nos passerons en revue les moyens de lutte défensive contre le terrorisme.

Références :
Armée syrienne libre
Deuxième guerre civile libyenne
Guerre civile syrienne
Guerre d’Afghanistan (2001-2014)
Guerre d’Irak
Guerre du Golfe
La guerre en Irak ou l’aveuglement collectif américain
La mission canadienne en Afghanistan ou la perpétuation de coutumes arriérées
Le décès d’Ariel Sharon, criminel de guerre
Loi sur les Indiens
Mouammar Kadhafi
Première guerre civile libyenne
Syrie : la Turquie et les Etats-Unis à la rescousse de Kobané

La tuerie de Charlie Hebdo : les lacunes du renseignement (3e partie)
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Écrit par Jean-Pierre Martel


La tuerie de Charlie Hebdo : les lacunes du renseignement (2e partie)

13 janvier 2015

Les attentats canadiens

Le deuxième texte de cette série passe en revue les divers attentats dont les Canadiens ont été victimes.

En raison de l’éloignement géographique du pays des zones de conflits armés à travers le monde, les attentats en Amérique du Nord se distinguent de ceux commis ailleurs.

Cette spécificité, loin de nuire à la compréhension du terrorisme, permet de le voir dans une perspective plus large.

La plus grave attaque terroriste de l’histoire du Canada a été l’explosion en 1985 d’un avion d’Air India en partance de Montréal.

Cet attentat a tué 320 passagers, dont 268 Canadiens (parmi lesquels se trouvait le pharmacien Gaston Beauchesne de la ville de Hull).

Les auteurs étaient des Canadiens de religion sikhe qui voulaient venger l’attaque menée par le gouvernement indien contre le Temple d’Or d’Amritsar, en juin 1984.

Les services de renseignement canadiens avaient été prévenus (notamment par le FBI) que la compagnie aérienne Air India devrait faire l’objet d’attentats à la bombe pour marquer le premier anniversaire de l’attaque du Temple d’Or. Pour cette raison, les services de renseignement canadiens avaient placé les comploteurs (qu’ils connaissaient) sous écoute électronique.

Mais on s’est contenté d’accumuler passivement des renseignements, laissant ainsi les comploteurs mener à terme leur projet.

Après l’attentat, en juin 1985, les dirigeants du service de renseignement ont donné l’ordre de détruire la majorité des données qu’ils possédaient afin de supprimer par le fait même l’évidence de leur incompétence. Pour cette raison, les principaux comploteurs accusés ont été innocentés par les tribunaux, pour insuffisance de preuve.

Les autres attentats canadiens et leurs motifs sont les suivants :
• ceux du Front de libération du Québec, dans les années 1960, prônant l’indépendance du Québec, (deux otages, dont un mort)
• la tuerie à l’Assemblée nationale du Québec, en mai 1984, visant à tuer les députés du Parti québécois (trois morts et treize blessés)
• la tuerie à Polytechnique de Montréal, le 6 décembre 1989, par haine du féminisme (14 mortes et 14 blessés)
• les divers attentats contre des médecins pratiquant l’avortement dans des provinces canadiennes-anglaises, dans les années 1990, dont plusieurs commis par un terroriste catholique américain (trois blessés)
• la tuerie de l’Université Concordia, en 1992, causée par la paranoïa d’un professeur (quatre morts et une blessée)
• la fusillade au Collège Dawson, en 2006, motivée croit-on par un comportement antisocial extrême (deux morts et 19 blessés)
• l’attentat du Métropolis, en 2012, destiné à tuer la nouvelle Première ministre et ses sympathisants, perpétré au nom du réveil des Anglo-Québécois (un mort et un blessé)
• l’attaque en voiture, le 20 octobre 2014, contre deux militaires à St-Jean-sur-Richelieu, conduite par pratiquant musulman radical déjà sous surveillance par les services de renseignement (deux morts, dont le terroriste, et un blessé)
• la fusillade du 22 octobre 2014 à Ottawa, causée par un pratiquant musulman radical auquel le passeport avait été confisqué par les autorités (trois morts, dont le terroriste).

En dépit de l’écoute électronique des comploteurs sikhs, de l’infiltration des milieux indépendantistes dans les années 1960, et de la surveillance ciblée des auteurs des attentats récents à St-Jean-sur-Richelieu et à Ottawa, aucun des attentats ci-dessus n’a été prévenu.

Même lorsque les services de renseignements savent qu’une personne veut commettre un attentat terroriste, la difficulté principale vient du fait que l’intention coupable présumée n’est pas un crime.

En absence de délit, on peut empêcher un terroriste étranger d’entrer au pays mais on ne peut pas arrêter et emprisonner à perpétuité un citoyen canadien sur la présomption de ses intentions.

Le seul moyen d’empêcher un attentat perpétré par un citoyen du pays est de l’arrêter au moment précis où il est sur le point de passer à l’acte.

Cela est apparemment très simple dans les séries télévisées et les films hollywoodiens. Dans les faits, c’est autre chose, autant au Canada qu’en France (où les auteurs des attentats récents étaient également connus pour leur dangerosité).

Analyse des causes

Comme on vient de le voir, il est faux de croire que les attentats terroristes sont l’apanage des fondamentalistes musulmans puisque le pire cas canadien est l’oeuvre de Sikhs et que la majorité des autres cas ne concernent pas des Musulmans.

Ce n’est pas non plus le résultat d’un conflit entre classes sociales. Osama Ben Laden appartient à une riche famille d’entrepreneurs saoudiens. Les cas canadiens comprennent des hommes d’affaires (Air India, Métropolis), un universitaire (Concordia), un militaire (Assemblée nationale du Québec) et des personnes occupant différents métiers.

Si la maladie mentale est à la source des attentats de Concordia et de Dawson, elle n’est pas en cause dans la majorité des autres cas.

Ce qui est commun, c’est le discours haineux. Tous ces gens, ont été choqués par un ou plusieurs incidents qui les ont rendus vulnérables à la radicalisation de leurs idées.

Ainsi la communauté sikhe du Canada a été scandalisée par l’assaut indien contre un temple sacré dans lequel des insurgés sikhs s’étaient retranchés.

C’est le cas des terroristes antiavortement, influencés par la propagande violente et l’intolérance de la Droite américaine, qui n’hésite pas à comparer les médecins avorteurs à des tueurs en série qui pratiquent leurs homicides en toute impunité.

Longtemps financé par les États-Unis, Osama Ben Laden leur est devenu hostile lorsque ce pays a établi une base militaire en Arabie saoudite. Selon lui, il était inacceptable que des soldats impies foulent le sol sacré de l’Islam.

Chez les auteurs parisiens de l’attentat à Charlie Hebdo, les humiliations infligées aux détenus musulmans par des militaires américains à la prison d’Abou Ghraib ont servi de déclencheur à leur radicalisation entre 2003 et le début de 2005.

Dans les années 1960, la rhétorique gauchisante qui dramatisait les humiliations dont étaient victimes les Québécois francophones a très certainement été à la cause de la naissance du Front de libération du Québec.

De manière analogue, la propagande haineuse publiée par les médias canadiens-anglais contre les gouvernements indépendantistes du Québec explique probablement les attentats terroristes à l’Assemblée nationale du Québec et au Métropolis.

Ce qu’il faut donc retenir, c’est deux prérequis indispensables dans tous les cas autres que la maladie mentale; un élément déclencheur et l’exposition à des idées radicales. L’un sans l’autre n’est pas suffisant.

Dans le cas de l’auteur de l’attaque à St-Jean-sur-Richelieu, on ne saura jamais ce qui fut son élément déclencheur : on sait seulement qu’il fréquentait la mosquée al-Imane, où l’intégrisme musulman sunnite est prêché à une poignée de fidèles.

Dans le dernier texte de cette série, nous verrons les pistes de solution.

Références :
Anti-abortion violence
Attentat du Métropolis
Front de libération du Québec
Fusillade au collège Dawson
Fusillade du 8 mai 1984 à l’hôtel du Parlement du Québec
Fusillade du 22 octobre 2014 à Ottawa
James Charles Kopp
Tuerie de l’École polytechnique de Montréal
Le vol 182 d’Air India: 20 ans de procédures
Massacre annoncé
Rouleau était surveillé par la GRC et le renseignement canadien
Scandale d’Abou Ghraib
Tuerie de l’Université Concordia
Un imam controversé à Saint-Jean-sur-Richelieu
Vol 182 Air India

La tuerie de Charlie Hebdo : les lacunes du renseignement (2e partie)
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Écrit par Jean-Pierre Martel


La tuerie de Charlie Hebdo : les lacunes du renseignement (1re partie)

12 janvier 2015

La première partie de ce texte vise à démontrer que les auteurs des attentats de la semaine dernière à Paris étaient bien connus des services de renseignements et qu’ils avaient même fait l’objet de condamnations par les tribunaux civils pour leur association avec des groupements terroristes.

Le texte débute par la présentation d’une personne qui n’a joué aucun rôle dans les attentats eux-mêmes, mais qui est à l’origine de la radicalisation de deux des trois terroristes impliqués dans cette affaire. Son cas est relaté ici puisqu’il servira à l’examen des causes et solutions à cette radicalisation.

Farid Benyettou

À 16 ans, Farid Benyettou habite chez sa soeur. Celle-ci vit également avec son époux — un Algérien intégriste relié à Al-Qaida au Maghreb islamique — qui sera expulsé l’année suivante vers l’Algérie pour avoir projeté de perpétrer des attentats pendant la Coupe du monde en France.

En 2003, Farid Benyettou est préposé d’entretien le jour et imam autoproclamé le soir.

C’est dans la mosquée parisienne d’Adda’wa (aujourd’hui détruite) qu’il recrute des jeunes dans le but d’aller combattre les soldats occidentaux auprès d’Al-Qaida en Irak.

Emprisonné en 2005 sous l’accusation d’être associé à des malfaiteurs en vue de préparer des actes terroristes, il est condamné en mars 2008 à six ans fermes de prison en tant qu’organisateur principal de cette filière djihadiste. Il a été libéré en 2011, soit six ans après le début de sa détention provisoire.

Âgé aujourd’hui de 33 ans, il est étudiant infirmier, diplômable en mars 2015, sans toutefois avoir de possibilité de travailler dans le secteur public en raison de son casier judiciaire.

Les frères Kouachi

En 2003, les frères Kouachi habitent ensemble dans le 19e arrondissement de Paris, où ils font connaissance de Farid Benyettou.

Convaincu par ce dernier, le plus jeune des frères décide de participer au djihad en Irak.

Le 25 janvier 2005, au départ d’un périple qui devait le mener à Damas (en Syrie), puis en Irak, Chérif Kouachi est intercepté par police française et condamné trois ans plus tard pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste.

Ayant purgé sa peine en préventive, il est libéré à l’issue de son procès. Toutefois, c’est durant sa captivité qu’il rencontre Amedy Coulibaly (le troisième homme des attentats de Paris de janvier 2015).

En 2010, les forces policières déjouent un complot estimé à faire évader l’auteur d’une série d’attentats à Paris en 1995. Parmi les suspects arrêtés, les frères Kaouachi seront libérés pour insuffisance de preuve.

Au cours de leur incarcération préventive, ils retrouvent Amedy Coulibaly, que Chérif a connu en prison en 2005.

En 2011, Saïd Kouachi (l’ainé des frères) fait un stage de deux semaines dans un camp d’entrainement d’Al-Qaida au Yémen en 2011. Les services de renseignement américains informent leurs collègues français de ce fait.

Les deux hommes se retrouvent donc sur une liste d’interdiction de vol à destination des États-Unis.

Amedy Coulibaly

Amedy Coulibaly est un malfaiteur multirécidiviste.

Condamné en 2004 pour vol à main armée, il fait la connaissance de Chérif Koauachi en prison. Ce dernier y est détenu en raison de sa participation à la filière djihadiste de Farid Benyettou.

En juin 2010, Amedy Coulibaly est arrêté par les services antiterroristes. Il est accusé d’avoir participé à un projet d’évasion de l’auteur d’une vague d’attentats commis en 1995 dans le métro et RER parisien pour le compte du Groupe islamique armé (GIA, algérien).

Lors de la perquisition de son domicile en marge de cette affaire, les enquêteurs retrouveront 240 cartouches de kalachnikov. Condamné pour possession d’arme illégale, il est libéré en mars 2014.

Références :
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Attentat en France: au cœur de la traque, la filière des «Buttes Chaumont»
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Écrit par Jean-Pierre Martel


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