Le ‘pharmachien’, un Bougon scientifique

5 décembre 2016

En cinquante épisodes, la série télévisée Les Bougon, c’est aussi ça la vie se moquait des magouilleurs de la société québécoise.

Dans un style tout aussi percutant, le pharmacien Olivier Bernard — sous le pseudonyme du ‘pharmachien’ — a écrit deux livres et entame depuis peu une série d’émissions de vulgarisation scientifique sur les ondes d’ICI Explora.

Son passage à l’émission Tout le monde en parle a beaucoup fait jaser. Ce qui l’a incité à publier sur son site web la liste des études sur lesquelles il appuie ses dires.

À Tout le monde en parle, M. Bernard a soutenu que l’artichaut est sans effet sur le foie, que les produits bios ne sont pas meilleurs pour la santé, que l’étude associant les vaccins à l’autisme est frauduleuse, que les antioxydants alimentaires sont inefficaces, que l’homéopathie est une insulte à l’intelligence humaine, et qu’un verre de jus d’orange pressé maison est (au point de vue nutritionnel) identique à un verre de Coca-Cola.

M. Bernard est un remarquable vulgarisateur. Je lui reprocherais de tourner parfois les coins ronds (au sujet du jus d’orange, notamment).

C’est donc avec intérêt que j’ai écouté la première émission des Aventures du pharmachien, le 2 décembre dernier, consacrée aux produits destinés à détoxifier ou à nettoyer le foie. Sur la page Facebook, cet épisode a fait l’objet de plus de deux-mille commentaires.

La facture visuelle de cette émission est très moderne, associant le dessin animé, la fiction et l’entrevue. Dans le cas précis de cette émission-là, M. Bernard donne d’abord la parole à une naturopathe, pour ensuite demander l’avis d’un hépatologue réputé.

Même s’il ne commente pas directement l’opinion de sa première invitée, ce qu’on retire de tout cela, c’est que les médicaments en vedette dans cette émission ne valent rien. Ce qui est rigoureusement vrai.

Ce que dit M. Bernard n’est pas nouveau. Une multitude d’experts ont déjà dit la même chose. Mais ils l’ont fait de manière nuancée, avec une multitude de précautions et de réserves qui suscitent l’ennui chez ceux habitués aux opinions exprimées en un maximum de 140 caractères.

Tout bon vulgarisateur doit élaguer les nuances superflues et s’en tenir à l’essentiel. D’où l’impact salutaire de ses propos. Parce qu’il est inutile de prêcher de saines habitudes de vie si personne ne se sent interpolé à remettre en question ses mauvaises habitudes.

Dans ce sens, l’électrochoc du pharmachien a porté fruit. Si certaines personnes choquées ont décidé de ne plus l’écouter, d’autres se sont rendu compte que les moyens de maintenir sa santé passent davantage par l’adoption de nouvelles habitudes de vie que l’ajout d’une potion magique.

Références :
Du jus d’orange naturel… pas si naturel
Le jus n’est pas un fruit
Olivier Bernard fait parler la toile depuis son passage au talk-show dominical de Guy A. Lepage
Pourquoi je défends le «Pharmachiant»

Le ‘pharmachien’, un Bougon scientifique
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Imprimer ses pilules : mythe ou réalité ?

28 juin 2016

Lévétiracétam est le nom commun d’un médicament antiépileptique commercialisé au Canada depuis 2003 sous la marque Keppra™.

Le 3 aout 2015, les autorités américaines ont autorisé la société Aprecia Pharmaceuticals à commercialiser la vente de comprimés de ce médicament fabriqués en usine à l’aide d’une imprimante 3D.

Il n’en fallait pas plus pour que des chroniqueurs scientifiques prédisent la fabrication à domicile de tous les médicaments dont nous pourrions avoir besoin.

Dans l’influent quotidien Le Devoir, Karl Rettino-Parazelli imagine le scénario suivant : « Vous habitez dans une région reculée et votre enfant malade se réveille dans la nuit, en pleurs. Il a besoin d’un médicament rapidement et la pharmacie la plus proche se trouve à plusieurs dizaines de kilomètres. Pas de problème : vous pouvez créer le comprimé qu’il vous faut grâce à votre imprimante 3D.»

En réalité, on peut tout faire avec une imprimante 3D, y compris des pilules. Mais pour être actives, celles-ci doivent contenir une substance pharmacologique.

En d’autres mots, pour fabriquer de vrais médicaments — et non seulement des objets qui épousent leur forme — une imprimante 3D doit être dotée d’un réservoir (contenant un produit actif) et dont le rôle est d’alimenter l’imprimante lors de la fabrication des comprimés.

Pour fabriquer ses médicaments à la maison, le patient doit donc non seulement posséder une imprimante 3D mais aussi se procurer des concentrés de produits actifs (de la poudre pure, par exemple) pour chacun des médicaments dont il a besoin.

De plus, l’utilisateur doit prendre soin d’effectuer une vidange complète des circuits d’alimentation, afin d’éviter que les comprimés d’un médicament inoffensif destiné à un enfant ne soient contaminés par des traces d’un médicament toxique fabriqué antérieurement pour un autre membre de la famille.

En somme, les pharmaciens peuvent dormir en paix… pour l’instant.

Références :
Lévétiracétam
Le premier médicament conçu par une imprimante 3D autorisé aux Etats-Unis
L’impression de médicaments est à nos portes

Imprimer ses pilules : mythe ou réalité ?
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C. difficile : le silence des microbiologistes

13 novembre 2015
Affiches dans un hôpital, payées par l’industrie

Depuis 1975, les microbiologistes du Québec se sont regroupés dans une association qui milite, entre autres, pour la création d’un ordre professionnel régissant leur pratique.

Même s’ils ne ne sont pas encore légalement, les microbiologistes sont déjà, dans les faits, des professionnels de la santé.

Sans eux, certaines maladies infectieuses ne pourraient pas être diagnostiquées correctement. Le choix de l’antibiotique le plus approprié serait impossible sans eux.

Et pourtant, malgré ce rôle essentiel dans la dispensation des soins, les microbiologistes sont sous-estimés.

Dans l’attribution des locaux d’un nouvel hôpital, il ne viendrait à l’esprit de personne de placer le laboratoire de microbiologie au dernier étage, avec cette vue imprenable sur la ville. Au contraire, ce laboratoire est généralement aménagé au sous-sol, avec la buanderie et l’entretien ménager. Parce qu’il faut bien y mettre quelqu’un.

Et même si on sympathise avec ceux qui doivent manipuler les prélèvements de matières fécales et de sécrétions corporelles purulentes, on est conscient que tout cela n’a pas le ‘glamour’ du travail du chirurgien au milieu de son appareillage haut de gamme rutilant de propreté.

Si les microbiologistes sont à ce point sous-estimés, c’est en partie parce qu’ils ne prennent pas la place qui leur revient sur la place publique.

J’écoutais hier soir l’épisode intitulé « C. toujours difficile » de l’émission Enquête, de Radio-Canada.

Cette émission démontrait les graves lacunes des hôpitaux du Québec quant au lavage des mains. Presque à chaque fois où on parlait de lavage des mains, les images retenues pour illustrer à l’écran ce qu’on veut dire, étaient des images de personnes se badigeonnant les mains avec des gels alcoolisés.

Pour la grande majorité des médecins, des infirmières, des pharmaciens et des directeurs d’hôpitaux, se badigeonner les mains avec un gel alcoolisé, c’est une manière commode de sa laver les mains. Or il n’en est rien.

Sur les surfaces sèches et sur les mains, le C. difficile est présent sous forme de spores. Or les spores de bactéries peuvent vivre des années dans l’alcool.

L’alcool est donc totalement inefficace contre le C. difficile, contrairement au véritable lavage des mains (c’est-à-dire avec de l’eau et du savon). Toutes les études le prouvent. Tous les microbiologistes le savent. Et pourtant, ces derniers se taisent.

Comme c’est le cas pour tous les autres bacheliers universitaires, la très grande majorité des couts de la formation des microbiologistes est assumée par les contribuables. Ces détenteurs d’un baccalauréat en sciences ont donc une dette envers la population québécoise.

Ils sont témoins des mesures inefficaces que les autres professionnels de la santé appliquent (de bonne foi sans doute) dans leur combat contre le C. difficile.

Et pourtant, penchés sur leurs éprouvettes dans les entrailles de nos hôpitaux, les microbiologistes se contentent de leur modeste rôle d’exécutants, sans prendre la parole.

Les artisans de l’émission Enquête sont parmi les journalistes les plus respectés du Québec. Or, de toute évidence, on n’a pas cru bon demander à un microbiologiste quelle était l’efficacité des gels alcoolisés contre le C. difficile.

Parce qu’il ne vient pas à l’esprit de personne que les microbiologistes puissent avoir quelque chose d’intéressant à dire à ce sujet, comme sur n’importe quel sujet d’ailleurs.

Cette émission est une occasion unique pour les microbiologistes de prendre la parole et de combattre la réputation surfaite des gels alcoolisés.

Cette erreur d’appréciation est responsable annuellement de centaines de décès au Québec. Puissent les microbiologistes saisir cette occasion de se faire entendre…

Sur le même sujet :
C. difficile et les égalisateurs de crasse
La transplantation de flore intestinale contre l’infection grave à C. difficile
Le déclin de l’hygiène corporelle
Moins d’antibiotiques ou plus d’hygiène contre C. difficile ?
Visiter une personne hospitalisée sans attraper de diarrhée à Clostridium difficile

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Les égouts et la drogue

23 janvier 2015

À l’Université du Québec à Trois-Rivières, André Lajeunesse est professeur de « criminalistique ». Cette discipline scientifique concerne l’ensemble des techniques d’investigation policière et de recherche de la preuve des crimes.

Depuis des décennies, on sait que nos égouts contiennent des traces d’à peu près tous les médicaments couramment utilisés, dans des proportions variables.

Après avoir découvert que cela était le cas de trois substances utilisées illicitement — la cocaïne, l’ecstasy et un stupéfiant appelé fentanyl — le professeur Lajeunesse a développé une méthode destinée à estimer les taux de consommation de drogues des habitants d’une municipalité en analysant le contenu des eaux usées de cette dernière.

De plus, lorsque la consommation persiste même après une saisie de drogue, cela indiquerait que plusieurs sources d’approvisionnement alimentent ce marché, donc que plusieurs groupes criminalisés qui se disputent le territoire.

Les policiers pourraient également déterminer le site d’un laboratoire clandestin en analysant les eaux usées rejetées par un immeuble ou les eaux d’une fosse septique (si on est en milieu rural).

Références :
Faire le portrait géographique de la consommation de drogue grâce aux eaux usées
Mise au point d’un procédé pour détecter les drogues dans les eaux usées

Sur le même sujet : Les traces de médicaments dans l’eau potable

Paru depuis : Les eaux usées révèlent des Québécois portés sur la cocaïne (2015-02-06)

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Bouleversement dans le traitement de l’hépatite C

30 juillet 2014

Le 28 juillet se tient la Journée mondiale contre l’hépatite. Cette année, cet événement prend une importance particulière puisqu’elle sert à faire savoir aux millions de personnes atteintes qu’on dispose depuis peu de nouveaux traitements extrêmement efficaces contre cette maladie.

Mais avant d’aller plus loin, expliquons d’abord ce qu’est l’hépatite.

L’hépatite est une inflammation du foie habituellement d’origine virale. On compte trois types d’hépatites virales, identifiées par les lettres A, B et C.

L’hépatite A est la plus fréquente et la moins dangereuse. Dans certains pays en voie de développement, son incidence est de 100%. Ses symptômes sont habituellement mineurs et elle confère une immunité à vie.

L’hépatite B et l’hépatite C se transmettent toutes deux lors de rapports sexuels et par contact avec du sang contaminé, notamment par le partage de matériel souillé par les utilisateurs de drogue injectables.

Ces deux types d’hépatite peuvent causer une cirrhose, puis le cancer du foie et rendre nécessaire une greffe hépatique; à lui seul, l’hépatite C est responsable de 26% des cirrhoses et 28% des cancers du foie.

S’il existe un vaccin contre l’hépatite A et B, il n’y en a pas contre l’hépatite C. Jusqu’à maintenant, les médicaments injectables utilisés contre cette dernière étaient très dispendieux, mal tolérés et n’avaient qu’une efficacité inférieure à 50%.

Mais depuis décembre 2013, on dispose de nouveaux traitements nettement plus performants.

Non seulement peuvent-ils se prendre par la bouche — et non par des injections — mais ils assurent la disparition de l’infection dans 90 à 100% des cas, alors que la résistance à ces antiviraux n’est pas encore apparue.

À l’heure actuelle, le traitement — qui dure trois mois — est constitué de la prise d’une association de deux médicaments  qui agissent sur le virus selon deux mécanismes différents.

Malheureusement, le prix de ces nouveaux produits est prohibitif. Au Canada, chaque comprimé de l’un d’entre eux — le sofosbuvir — coûte 700$ alors que chez nos voisins du Sud, c’est 933$ du comprimé. Chez eux, le coût total du traitement est de plus de 84 000$.

À travers le monde, on estime qu’environ 130 à 170 millions de personnes sont infectées de manière chronique par l’hépatite C.

À cause de leur longue, coûteuse et inefficace guerre contre la drogue, les États-Unis se sont retrouvés avec le plus important taux d’incarcération au monde.

D’environ 600 000 prisonniers en 1982, ce pays en a près de 2 250 000 trente ans plus tard, dont le sixième est porteur du virus de l’hépatite C.

Les relations homosexuelles plus ou moins consenties et l’usage clandestin de drogues dures ont créé un bassin de porteurs autant dans les prisons américaines que dans l’entourage de ceux qui ont été remis en liberté.

Si bien qu’entre 2,7 et 3,9 millions d’Américains sont aujourd’hui porteurs de cette maladie, à leur insu dans la moitié des cas. Dans ce pays, plus de personnes meurent de l’hépatite C que du Sida.

En raison des coûts extrêmement élevés des nouveaux médicaments destinés au traitement de l’hépatite C, si les États-Unis adoptaient une politique de dépistage et de traitement de tous ceux qui en sont infectées et qui passeront par le système correctionnel au cours des douze prochains mois, cela représenterait une dépense de 152 milliards$.

Mais puisqu’on n’acquiert pas d’immunité contre l’hépatite C, les prisonniers ainsi guéris seraient aussitôt contaminés en retournant à leurs vieilles habitudes à leur sortie de prison.

Au Canada, environ 350 000 personnes sont infectées par l’hépatite C, dont seulement 14% sont Québécois (en dépit du fait que nous représentons 23% de la population canadienne).

Cette sous-représentation découle probablement du fait que le système judiciaire québécois recoure à l’incarcération de manière moins importante que dans les provinces anglophones, notamment quant à la simple possession de marijuana (complètement tolérée au Québec).

Références :
Curing Chronic Hepatitis C — The Arc of a Medical Triumph
Hépatite A
Hépatite C
Hépatite C : l’épidémie silencieuse
Journée mondiale contre l’hépatite
Responding to Hepatitis C through the Criminal Justice System
Therapy for Hepatitis C — The Costs of Success

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Infestation d’anémones en Méditerranée

6 juin 2013

Capo_Gallo_Pelagia_noctilucaCertains poissons et crustacés sont des prédateurs pour les anémones. Mais la surpêche en Méditerranée et le réchauffement climatique ont provoqué une explosion du nombre d’anémones qui s’y reproduisent.

Le professeur Stefano Piraino, de l’université italienne de Salento, dirige un projet de recherche qui vise à documenter l’ampleur de ce phénomène.

« Le 21 avril dernier, j’ai survolé 300 km de rivage près d’ici et j’en ai vu des millions. Sur l’île sicilienne de Lampidusa, on reçoit annuellement 300 000 touristes : toutefois, la baignade n’y est plus autorisée qu’une seule semaine par année. »

Ce printemps-ci, sur les côtes de Catalogne et de Valence, l’Institut des sciences maritimes de Barcelone a détecté une recrudescence de Pelagia noctiluca (photo ci-dessus), un anémone particulièrement venimeuse.

Leurs chercheurs ont observé des bancs d’anémones, longs de plusieurs kilomètres, et qui contiennent trente à quarante anémones par mètre cube.

En Méditerranée, plus de 150 000 baigneurs sont soignés chaque été à la suite de morsures d’anémones.

Précisons que le meilleur remède pour inactiver sur le champ le venin d’anémone est le vinaigre blanc (à 3 ou 5%). Je l’ai expérimenté il y a plusieurs années en Floride sur un surfeur qui venait de se faire piquer.

Il suffit de verser du vinaigre sur la peau pour que les tentacules d’anémone blanchissent instantanément. Comme du blanc d’œuf qui cuit. On enlève ensuite les tentacules avec un essuie-tout ou un linge sec et on réapplique du vinaigre directement sur la peau. Plus le traitement est débuté tôt, plus il est efficace.

Référence : Jellyfish surge in Mediterranean threatens environment – and tourists

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Le sel : de la gabelle à la santé

24 mai 2013
Intérieur de l’Hôtel Salé

La gabelle

La consommation de sel varie beaucoup d’une personne à l’autre. De nos jours, ces différences interpersonnelles sont reliées aux habitudes alimentaires. Autrefois, c’était la géographie, plus précisément la proximité avec la mer; les peuples côtiers en consommaient beaucoup plus que les montagnards.

Avant l’invention de la réfrigération, les aliments étaient conservés dans des endroits frais (dans une cave ou une grotte) ou dans de la saumure (c’est-à-dire dans du sel). Or ce sel s’obtenait par évaporation de l’eau de mer, dans ce qu’on appelle des marais salants.

Le sel était ensuite transporté jusqu’aux grandes villes. Celles-ci étant protégées par des murailles, le sel franchissait une des portes de la ville où la gabelle — c’est le nom de la taxe sur le sel — était collectée.

Un des plus célèbres collecteurs de gabelle est Pierre Aubert, seigneur de Fontenay. Il semble que ce dernier ne remettait pas à l’État la totalité des sommes perçues. C’est pourquoi le superbe palais qu’il s’est fait construire à Paris entre 1656 et 1659 — qui abrite de nos jours le Musée Picasso — était surnommé l’Hôtel Salé.

La santé

En moyenne, un Américain consomme 8,5g de sel par jour. Les trois quarts de cette quantité proviennent d’aliments préparés (restauration et aliments industriels).

Or le sel fait augmenter la pression artérielle. Certaines personnes sont plus sensibles que d’autres à l’action hypertensive du sel. En effet, l’effet néfaste du sel est amplifiée lorsque la personne possède une diète qui, en plus, est pauvre en potassium ou en calcium.

De manière générale, l’effet du sel est modeste : la suppression totale du sel dans la diète ne réduit la pression que d’environ 5mm chez la personne hypertendue et d’à peine 2mm chez la personne qui ne l’est pas.

Il serait facile de conclure que cela ne vaut pas la peine de réduire sa consommation de sel puisque le résultat est si léger. Toutefois, cela ne tient pas compte que certaines personnes mangent très salé : chez ces personnes, la diminution de la consommation de sel vaut vraiment la peine.

Les études scientifiques révèlent qu’il suffirait de diminuer de 3g par jour la quantité de sel dans la diète moyenne des Américains, pour prévenir annuellement entre 54 000 et 99 000 infarctus du myocarde et entre 44 000 et 92 000 décès.

Références :
Musée Picasso (Paris)
Salt in Health and Disease — A Delicate Balance

Sur le même sujet : Le sel tue

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Les risques de la contraception hormonale

23 mai 2013

Depuis un demi-siècle, on sait que les contraceptifs oraux comportent un risque de formation de caillots sanguins susceptibles d’entrainer un infarctus ou une embolie.

Par comparaison avec une femme qui n’en prend pas (et qui ne devient pas enceinte), celle qui utilise des contraceptifs oraux a un risque deux à quatre fois plus élevé.

Toutefois, ce risque est moindre que celui associé à la grossesse.

Au cours d’une grossesse, ce risque est de 2,9 incidents par 1 000 femmes enceintes. Il grimpe à environ 30 ou 40 incidents durant la période qui suit immédiatement l’accouchement. Pour les utilisatrices de contraceptifs oraux, il est de 1 à 1,5 incident annuellement par 1 000 femmes, soit environ trente fois moins.

Mais en 2011, deux études scientifiques ont révélé que les contraceptifs dits de troisième et de quatrième génération (dont le progestatif est la drospirénone ou de la cyprotérone au lieu du lévonorgestrel) — et connus entre autres sous les noms commerciaux de Diane, Yasmin, et Yaz — comportent un risque accru d’incidents thromboemboliques.

Selon ces études, ces nouveaux contraceptifs auraient une incidence plus importante que celle des contraceptifs plus anciens.

Comme toujours, la méthodologie de ces nouvelles études est l’objet d’une controverse mais en supposant que ces nouvelles études disent vrai, l’augmentation annuelle est de l’ordre de 0,3 à 0,5 incident par 1 000 femmes, ce qui est non négligeable mais qui est relativement modeste en comparaison des risques associés à la grossesse elle-même.

Ceci étant dit, lorsqu’il s’agit de risques potentiels, on doit garder à l’esprit que tout ce qui peut survenir finit toujours par arriver…

Références :
Des pilules contraceptives de Bayer au banc des accusés
Risque de thrombo-embolie veineuse avec les contraceptifs oraux combinés Yasmin, Yasminelle, Yaz et autres : mise au point

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La transplantation de flore intestinale contre l’infection grave à C. difficile

18 mars 2013

Avant-propos : ce texte s’adresse à des adultes. Il décrit une technique médicale qui, malgré son caractère répugnant, est d’une efficacité remarquable.

 
Le New England Journal of Medicine (NEJM) est la plus influente revue médicale au monde. Dans son édition du 31 janvier 2013, celui-ci publie les résultats d’une étude scientifique réalisée aux Pays-Bas auprès de patients souffrant d’épisodes récurrents de diarrhées à C. difficile.

Récapitulons. Environ 4% de la population humaine possède du C. difficile parmi sa flore intestinale sans en éprouver de symptômes. Ce sont des porteurs qualifiés d’asymptomatiques. Cette proportion est multipliée par cinq après une hospitalisation.

De plus, c’est seulement lorsque des antibiotiques tuent ses ennemis naturels que le C. difficile peut prendre le contrôle de l’intestin et provoquer une diarrhée potentiellement mortelle. Par lui-même, il ne peut rien faire.

En fait, il est tellement mal adapté à se développer par ses propres moyens dans l’intestin qu’environ la moitié des porteurs asymptomatiques deviendront libres de cette bactérie six mois plus tard.

Chez les porteurs asymptomatiques qui cessent de l’être à la suite de la prise d’antibiotiques et qui développent des diarrhées à C. difficile, il existe deux médicaments antibactériens qui combattent cette bactérie et aident l’organisme à rétablir une flore bactérienne saine : le métronidazole (dans les cas légers à modérés) et la vancomycine (dans les cas graves).

Toutefois, malgré la vancomycine, malgré les pro-biotiques, certaines personnes ne réussissent pas à rétablir une flore bactérienne équilibrée. Ces personnes sont donc sujettes à des diarrhées répétées causées par le C. difficile. D’une rechute à l’autre, on note un appauvrissement de la bio-diversité de leur flore bactérienne intestinale.

Pour ces cas graves, il existe un traitement non-médicamenteux qui a fait l’objet de nombreuses publications scientifiques portant au total sur plus de 300 personnes.

Mais de quoi parle-t-on ?

La transplantation de flore intestinale consiste à installer chez le malade — appelé receveur — une sonde (c’est-à-dire un tube) qui part du nez et qui se termine au début de l’intestin. Cette sonde servira à acheminer une suspension de bactéries intestinales recueillies auprès d’un donneur sain. Au préalable, ce dernier aura subi toute une série de tests destinés à s’assurer que sa flore intestinale à lui ne contient que des microbes normalement présents dans l’intestin.

On recueille une selle du receveur, on ajoute 500ml de soluté salin stérile, on agite et on laisse déposer. Ce qui surnage — soit une suspension d’un nombre incalculable de différentes sortes de bactéries — est administré au receveur par le biais de la sonde qu’on lui a installée.

L’étude publiée dans le NEJM portait sur 41 patients. Ceux-ci ont été répartis en trois groupes : 16 patients reçurent une transplantation bactérienne et 25 patients furent traités aux antibiotiques selon deux protocoles différents.

Dans le groupe transplanté, treize patients (81%) furent guéris par une seule transplantation. Deux autres patients eurent besoin d’une deuxième, ce qui porte le taux de guérison totale à 94%. Il est à noter que dans le cadre de cette étude, la guérison se définit par l’absence de rechute au cours des dix semaines après le traitement.

Selon ce même critère, dans les deux autres groupes, le taux de guérison fut de 31% (vancomycine seule) et de 23% (vancomycine suivie, 4 ou 5 jours plus tard, d’une purgation). Une personne est décédée dans le groupe sous antibiothérapie.

À l’origine de cette étude, on devait enrôler 120 patients mais les résultats se sont avérés tellement spectaculaires qu’on a décidé de l’arrêter après seulement 43 patients.

Ce traitement hautement efficace mais répugnant a reçu la caution du NEJM qui lui a consacré un éditorial flatteur.

Les personnes aux prises avec ce problème ignorent généralement l’existence d’un tel traitement. En effet, parmi les média écrits ou télévisés qui vulgarisent la littérature scientifique, aucun n’a osé traiter de ce sujet par crainte de heurter la sensibilité de son auditoire.

J’ai choisi d’en parler parce qu’en présence des formes graves de cette maladie potentiellement mortelle, il est urgent d’agir. D’où l’importance de faire en sorte que les personnes atteintes ou leurs proches sachent qu’un traitement hautement efficace existe.

Références :
Duodenal Infusion of Donor Feces for Recurrent Clostridium difficile
Fecal Microbiota Transplantation — An Old Therapy Comes of Age

Paru depuis :
Des comprimés d’excréments contre le C. difficile (2013-10-03)

Sur le même sujet :
C. difficile et les égalisateurs de crasse
Le déclin de l’hygiène corporelle
Moins d’antibiotiques ou plus d’hygiène contre C. difficile ?
Visiter une personne hospitalisée sans attraper de diarrhée à Clostridium difficile

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L’origine du sida

11 avril 2012

Le Dr Jacques Pépin est un infectiologue à l’emploi du Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke. Il y a deux semaines, soit le 29 mars dernier, il a reçu le Prix de la personnalité internationale de l’année. Ce prix lui a été décerné par le Centre d’études et de recherche internationales de l’université de Montréal pour son enquête minutieuse sur l’origine du sida.

Poursuivie pendant plusieurs années, cette recherche a fait l’objet d’un livre — « The Origin of AIDS » — publié l’automne dernier aux Presses de l’université Cambridge.

De tous les singes, le chimpanzé commun est le plus proche des êtres humains, tant physiquement que génétiquement. Près de 99% de notre ADN est identique à celui de ce singe.

Depuis des milliers d’années, un virus semblable à celui du sida infecte cet animal. Ce virus — appelé virus de l’immunodéficience simienne — se transmet de la même manière que le sida, c’est-à-dire par les relations sexuelles, la grossesse et, ce qui est rare chez les singes, l’échange de sang.

De nos jours, si la population du chimpanzé compte moins de 150 000 individus, principalement en Afrique centrale, elle comptait autrefois des millions de sujets.

Ceux-ci étaient capturés, chassés pour différentes raisons et même consommés. Il suffisait donc qu’un chasseur se blesse en dépeçant un chimpanzé atteint du virus, que le sang de ce dernier entre en contact avec celui du chasseur pour que le virus se propage à l’humain.

Cela est survenu probablement à de nombreuses occasions sans entrainer d’épidémie mondiale; le chasseur et son épouse décédaient, peut-être même tout leur village, et les choses en restaient là. Mais à force de tenter le diable…

La personne à l’origine de l’épidémie actuelle a vécu au cours des trois premières années du XXe siècle. La date la plus probable à partir de laquelle le premier être humain a transmis le virus de façon efficace est 1921.

De 1921 au début des années 1950, le virus se propage lentement à la faveur de l’urbanisation (propice au développement de la prostitution) et des programmes de lutte contre des maladies tropicales dont les traitements étaient administrés par voie intraveineuse à l’aide de seringues qui étaient réutilisées pour des raisons d’économie.

Contrairement à la multiplication cellulaire des animaux, il n’existe pas de mécanisme de contrôle de la qualité chez les virus. Les mutations génétiques sont fréquentes, ce qui contribue, par tâtonnements, à l’adaptation du virus aux différents milieux qu’il rencontre.

Au cours des années, par mutation, le virus du chimpanzé est devenu celui du sida humain.

Dans les années 1950, un programme de lutte intensive contre les maladies transmises sexuellement a été mis sur pied au Congo belge (devenu République démocratique du Congo). Des milliers de personnes y ont participé. Là encore, des seringues et des aiguilles souillées étaient réutilisées d’une personne à l’autre.

Après l’indépendance du Congo (en 1960), ce pays connait différents conflits armés qui feront 3,8 millions de morts et qui mineront l’économie du pays. La prostitution devient alors le premier vecteur de l’infection.

Les déplacements de population dus aux conflits propageront l’épidémie aux pays voisins, puis à tout le centre de l’Afrique et finalement à l’Afrique du Sud. Puisque ce dernier pays possède une importante communauté indoue, l’épidémie gagne l’Inde et se répand en Asie.

Parallèlement à cette diffusion, la guerre civile congolaise provoque l’exode des fonctionnaires et des élites du pays. Afin de combler les postes vacants, les Nations Unies et le gouvernement congolais font appel à des coopérants étrangers, principalement haïtiens. Près de 4 500 Haïtiens iront donc travailler au Congo.

Le VIH est introduit en Haïti vers 1967. Le virus s’y dissémine à la faveur d’une compagnie privée impliquée dans le commerce du sang.

D’Haïti, l’épidémie gagne les États-Unis par le biais du tourisme sexuel gai. Et comme la période d’incubation est d’environ dix ans, le virus se propage sournoisement en Occident avant que le sida ne fasse son apparition en Californie en 1981 où il est alors reconnu comme une nouvelle infection humaine.

À ce jour, 67 millions de personnes ont été infectées par le VIH, dont la moitié en sont mortes.

Références :
Chimpanzé
Il était une fois le sida

Paru depuis : Le sida, de Kinshasa au reste du monde (2014-10-02)

L’origine du sida
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Écrit par Jean-Pierre Martel


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