Le XVIIe congrès national du PQ

11 septembre 2017

C’est à Montréal du 8 au 10 septembre 2017 que se tenait le XVIIe congrès national du Parti Québécois. Le congrès précédant eut lieu en avril 2011.

Comme les trois quarts des 1 500 délégués, c’était la première fois que j’assistais à un congrès politique.

Les congrès du PQ sont très différents de ceux qu’on voit dans les films américains. Dans les coulisses, pas d’alcool coulant à flots. Dans les couloirs, pas de harcèlement par de jolies demoiselles au décolleté plongeant. Et, dans la salle principale, pas d’apothéose finale au cours de laquelle les confettis et les milliers de ballons s’abattent sur les congressistes en liesse.

La première journée

Débutant par l’inscription des délégués de midi à 13h, le programme du vendredi comprenait deux activités importantes.

Répartis en sept ateliers thématiques (économie, environnement, langue, éducation, santé, famille, etc.), les congressistes participèrent à une première séance de travail de deux heures au cours de laquelle ils étudièrent les centaines de résolutions originaires d’un peu partout au Québec.

Après un repas du soir libre, un gala se déroulait dans la grande salle du Palais du congrès.

Jordi Solé i Ferrando, eurodéputé de la Catalogne

À cette occasion, on nous présenta des représentants de mouvements indépendantistes : celui de Catalogne eut droit à une ovation.

Le chef du PQ prononça par cœur un discours d’environ 90 minutes.

M. Lisée fut l’auteur des discours de plusieurs grands premiers ministres du Québec. Par moments, on aurait cru entendre ceux-ci parler par la bouche de Jean-François Lisée. En réalité, il s’agissait plutôt, à l’inverse, des mots semblables à ceux que Lisée leur faisait dire.

Non seulement Lisée écrit très bien, mais c’est un excellent orateur.

La deuxième journée

Le matin fut consacré à une deuxième séance de travail en atelier. Parallèlement à cela se déroulait le vote de confiance à l’égard du chef du parti. Chaque congressiste devait donc quitter brièvement son atelier pour aller voter.

Après une pause pour manger, les ateliers reprenaient jusqu’au milieu de l’après-midi.

Jean-François Lisée, entouré de ses députés

À 16h, au cours d’une plénière, le congrès adoptait quelques résolutions et apprenait le résultat du vote de confiance (92,5% en faveur de M. Lisée).

L’humoriste François Parenteau (et Chafiik au synthétiseur)
Daran, Alexandre Belliard, Jorane et Jean-Martin Aussant

De 20h30 à 22h, les congressistes eurent droit à un concert privé au Club Soda mettant en vedette les artistes ci-dessus (de même que Salomé Leclerc, hors-champ). On remarquera, au synthétiseur, l’économiste Jean-Martin Aussant, fondateur d’Option nationale.

La troisième journée

De 8h45 à midi, l’ensemble des congressistes adoptait le gros des résolutions priorisées par les ateliers. Ce travail se poursuivait en après-midi jusqu’à 16h30.

Le tout se terminait vers 17h.

Conclusion

Le Parti Québécois compte environ 80 000 membres. C’est plus que tous les autres partis politiques du Québec réunis. Étendu à toutes les couches sociales et à toutes les régions du Québec, ce nombre de membres fait en sorte que ce parti est branché sur la réalité québécoise.

Son volumineux cahier de résolutions est la somme des solutions souhaitées par toutes les composantes de la société québécoise afin de résoudre les problèmes auxquels ils sont confrontés.

Pour le Montréalais que je suis, c’est une occasion unique de me débarrasser de mes préjugés et de découvrir toutes les facettes de la nation à laquelle j’appartiens.

Comme chacun des représentants de ma circonscription, mon seul engagement est d’appuyer les propositions issues de cette circonscription. Quant au reste — soit l’immense majorité des propositions — chacun est libre de voter comme il l’entend.

Et pour quelqu’un qui semble avoir une idée arrêtée sur tout, il m’est arrivé souvent de changer d’idée en entendant des intervenants qui me faisaient voir un aspect de choses auquel je n’avais pas songé.

Bref, ce fut pour moi une expérience très enrichissante.

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectifs M.Zuiko 40-150 mm F/2,8 (la 2e photo) + multiplicateur de focale M.Zuiko MC-14 (1re photo) et M.Zuiko 25 mm F/1,2 (les autres photos)
1re photo : 1/125 sec. — F/4,0 — ISO 6400 — 190 mm
2e  photo : 1/200 sec. — F/2,8 — ISO 2000 — 95 mm
3e  photo : 1/60 sec. — F/2,2 — ISO 1250 — 25 mm
4e  photo : 1/60 sec. — F/1,2 — ISO 320 — 25 mm

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Québec Solidaire et le ras des pâquerettes

30 août 2017

Mise en contexte

L’édition d’aujourd’hui du Devoir publie une lettre signée conjointement par les dirigeants de Québec Solidaire et d’Option nationale accusant le chef du PQ de nuire à la cause indépendantiste en ‘stigmatisant’ les demandeurs d’asile.

Les auteurs écrivent : «…le chef du Parti québécois s’est insurgé que ce soit le Québec qui assume les dépenses liées à l’accueil des demandeurs d’asile haïtiens. Il a qualifié ceux-ci d’invités de Justin Trudeau

Depuis des années, en vertu d’une entente administrative avec le fédéral, le gouvernement du Québec s’occupe des dossiers d’immigration qui concernent les travailleurs qualifiés. En d’autres mots, il s’agit des immigrants ‘ordinaires’.

Mais le gouvernement canadien a conservé ses responsabilités exclusives quant aux réfugiés, aux demandeurs d’asile et aux immigrants-investisseurs.

Or de plus en plus, le gouvernement fédéral a tendance à pelleter sur le dos des provinces les couts de ses politiques.

C’est ainsi que la dérèglementation ferroviaire permet au fédéral d’économiser des millions$ en salaires de fonctionnaires. Mais lorsque ce laxiste entraine la mort de 47 personnes à Lac-Mégantic et la pire catastrophe environnementale de l’histoire du pays, le fédéral ne paie que 50% de la note. Le reste est aux frais du gouvernement québécois.

Le gouvernement fédéral n’a pas causé cette minicrise migratoire (mini en comparaison avec celle en Europe). Mais il l’a aggravée par une politique de relations publiques qui laisse croire que le Canada est une terre d’accueil pour tous les êtres persécutés de ce monde.

Puisque tous les Canadiens profitent de l’image flatteuse du Canada à l’Étranger, la création d’attentes irréalistes chez les demandeurs d’asile serait un inconvénient mineur si le traitement de leurs dossiers s’effectuait rapidement.

Malheureusement, ce n’est pas le cas. Ce qui occasionne des frais importants que doit assumer le Québec, un des principaux points d’entrée de ces immigrants.

Aux États-Unis, l’analyse d’une demande d’immigration ne prend que quelques jours. Tout au plus, quelques semaines.

À l’opposé, au Canada, l’étude d’une requête se décide en fonction d’une grille d’analyse compliquée qui repose essentiellement sur la subjectivité du commissaire chargé du dossier. Voilà pourquoi le taux d’acceptation des demandes varie considérablement d’un commissaire à l’autre.

Si bien que tout cela prend des mois, sinon des années. Entretemps, ce sont les provinces qui paient les frais d’hébergement, les services médicaux et les autres frais occasionnés par les demandeurs d’asile en attente d’une décision.

Le chef du PQ veut que le fédéral paie le prix de sa lenteur administrative.

Je sais qu’Option nationale et Québec Solidaires sont en pourparler en vue d’une fusion mais j’ignore pourquoi Option Nationale — un parti pour lequel j’ai beaucoup d’estime — s’est laissé entrainer dans cette querelle de clocher entre indépendantistes.

Le reste de mon texte concernera donc essentiellement les dirigeants de Québec Solidaire (que je soupçonne d’être à l’origine de cette querelle).

Micropolitique et macropolitique

Pour le PQ, QS et ON, l’indépendance est un moyen et non un but. Mais de ces trois partis, celui qui est le plus mou à l’idée de l’indépendance, c’est Québec Solidaire.

Si celui-ci avait le choix entre continuer l’appartenance du Québec à un Canada dirigé par un parti de gauche ou favoriser l’accession à l’indépendance du Québec dirigé par un parti de droite, QS choisirait sans hésiter à continuer d’appartenir au Canada.

Conformément à l’impulsion donnée par ses fondateurs, l’idéologie de QS est centrée sur l’humain. C’est une idéologie où la préoccupation essentielle est l’émancipation du citoyen grâce à la bienveillance de l’État.

C’est ce que j’appelle la micropolitique. Celle-ci est une vision de la politique qui ne perd jamais de vue les conséquences concrètes des décisions de l’État dans la vie de chacun.

Mais il y a une autre dimension à la politique qui est la macropolitique. Les deux ne sont pas antagonistes mais complémentaires.

Québec, autoroute à pétrole

L’avenir du Québec au sein du Canada, c’est de devenir une autoroute à pétrole. Par pipeline, par pétrolier Panamax et par train (puisque le pipeline ne suffira pas).

Les provinces de l’Ouest le veulent. L’Ontario le veut puisque les financiers de Bay Street ont beaucoup investi dans les sables bitumineux. Bref, le Canada anglais le veut.

L’ethnie dominante du pays nous passera le pipeline Énergie Est sur le corps comme elle nous a passé la Canadian Constitution en 1982 à l’issue d’une séance ultime de négociation à laquelle le Québec n’a pas été invité.

En vue de cela, le gouvernement Harper a modifié la loi antiterroriste de manière à ce que toute initiative citoyenne qui aurait pour effet de faire obstacle à la construction d’infrastructures pétrolières réponde à la définition d’un acte terroriste.

Si le Québec était déjà indépendant, le Canada exporterait son pétrole par la Baie-James puisqu’en tant qu’État indépendant, le Québec disposerait de tous les pouvoirs pour empêcher l’utilisation de son territoire comme simple lieu de transit pour l’exportation du pétrole d’un pays voisin. Présentement, il n’a aucun pouvoir.

La militarisation du Canada

D’autre part, le Canada a annoncé son intention d’augmenter son budget militaire, passant de 1% à 2% du PIB (produit intérieur brut).

Ce qu’on n’a pas réalisé, c’est qu’il ne s’agit pas de dépenser 1% de plus du budget fédéral, mais d’augmenter le budget de la défense d’un pour cent de la valeur de l’économie canadienne.

C’est 15 milliards$ de plus par année pour de l’armement. Et cela alors que le risque d’une guerre mondiale est nul à brève et à moyenne échéance (la puissance américaine étant de cinq à dix fois supérieure à celle de la Russie).

Puisqu’il est question aux États-Unis de réduire la fiscalité des entreprises et des riches — ce qui obligerait le Canada à faire pareil — on doit se demander comment le Canada pourra dépenser annuellement 15 milliards$ de plus en dépenses militaires sans sabrer dans les mesures sociales soit directement, soit indirectement en coupant les vivres aux provinces.

L’inconscience de QS

Tout cela, Québec Solidaire en est totalement inconscient. Ses dirigeants en sont dans les complots partisans en vue de la prochaine élection.

La minicrise migratoire actuelle suscite des réactions diverses au sein des Québécois fédéralistes (CAQ vs PLQ) comme c’est le cas au sein des Québécois indépendantistes.

Mais tout cela n’est qu’une distraction insignifiante lorsqu’on quitte cette vue au ras des pâquerettes et qu’on prend conscience des nuages beaucoup plus inquiétants qui justifient l’urgence de libérer le Québec du colonialisme canadien.

Bref, le PQ n’est pas parfait. Même si la critique des dirigeants des autres partis indépendantistes à l’égard du PQ était justifiée — ce qui n’est pas le cas ici — il est clair que la chicane entre indépendantistes ne convaincra personne de la nécessité de faire sécession avec le Canada.

Un peu de retenue, s’il vous plait.

Références :
Doubler les dépenses militaires et la dénaturation du Canada
Des demandeurs d’asile soumis à la subjectivité des commissaires
En stigmatisant les demandeurs d’asile, Jean-François Lisée fait reculer l’indépendance
 

Post-scriptum : À la suite de la publication de ce texte, j’ai reçu de Québec Solidaire la réponse suivante :

 
Bonjour M. Martel,

Merci de votre commentaire. La position de Québec Solidaire est plutôt claire et ne relève pas de la stratégie électorale : nous désirons un pays pluriel, inclusif et luttant contre la discrimination.

Je vous invite à lire le programme de Québec solidaire au sujet de la souveraineté. Vous réaliserez que l’intervention de M. Nadeau-Dubois est une réaction en accord avec nos principes et non pas une tentative de courtiser un électorat.

J’espère que cela répondra à votre question.

Veuillez agréer de mes plus sincères salutations,

Philippe Lapointe, attaché politique

Député de Gouin – Gabriel Nadeau-Dubois
1453, rue Beaubien Est, Bureau 201
Montréal (Québec) H2G 3C6
Tél. : 514 864-6133 | Téléc. : 514 873-8998
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La prime territoriale à l’indépendance du Québec

5 juin 2017

Sous-titré ‘Politique d’affirmation du Québec et de relations canadiennes’, le document Québécois – Notre façon d’être canadiens a été rendu public il y a quelques jours par le premier ministre Philippe Couillard.

Fruit de deux années de réflexion, ce document vise à entamer un dialogue avec le Canada anglais et l’amener à mieux comprendre les revendications du Québec au sein de la fédération canadienne.

Dans son texte de présentation, le ministre responsable des Relations canadiennes écrit : « Il faut reprendre nos échanges sur l’évolution de la fédération, ce qui inclut la dimension constitutionnelle. Contrairement aux expériences passées, nous souhaitons discuter, partager et mieux nous comprendre avant d’envisager des pourparlers de nature constitutionnelle.»

La réponse des porte-paroles du Canada anglais a été immédiate et d’une brutale franchise : ce document ne nous intéresse pas, disent-ils unanimement.

Ce document n’est pas dépourvu de mérite. Mais, apparemment, ce mérite n’intéresse personne hors du Québec.

Du point de vue québécois, sa principale lacune est son silence au sujet de l’article 23 de la Canadian constitution. Cet article prescrit la liberté de choix de la langue d’enseignement, ce qui condamne le peuple francoQuébécois à une lente extinction.

Le chroniqueur Michel-C. Auger (de Radio-Canada) adresse un reproche voilé à ce rapport mort-né en écrivant subtilement ce matin : «…le Québec aurait tout intérêt à exiger que les articles 23 et 59 de la Charte (canadienne) soient modifiés pour que le principe de la liberté de choix de la langue d’enseignement ne soit plus considéré comme la normalité en droit canadien.»

Mais ma plus grande surprise a été d’y trouver, à la page 119, un argument-choc en faveur de l’indépendance du Québec.

En 1912, aux dépens des Territoires du Nord-Ouest, les frontières de trois provinces canadiennes — le Manitoba, l’Ontario et le Québec — sont repoussées vers le nord à leur pourtour actuel.

Toutefois, la frontière nordique du Québec s’arrête à sa rive à marée basse, appelée rive basse des eaux (en pointillé orange sur la carte).

Au contraire, sur l’Atlantique, la frontière du Québec comprend une zone côtière.

Ceci veut dire qu’à l’accession de son indépendance, le Québec recevrait en prime une zone côtière septentrionale longue de trois-mille kilomètres, définie en vertu du droit international.

Mais tant qu’il ne demeure qu’une province, il n’y a pas droit. De plus, même sur cette rive, toute zone portuaire aménagée à des fins d’exportation devient de juridiction fédérale.

Tout comme le port de Québec ou de Montréal, toutes les entreprises qui s’installeraient dans le but de profiter de ces installations portuaires seraient dispensées de l’impôt québécois. Ce qui signifie que le Québec ne recevrait aucun retour d’investissement.

C’est d’ailleurs le talon d’Achille de la stratégie maritime de la CAQ récupérée par le PLQ; tout investissement québécois est finalement un cadeau du Québec à Ottawa et conséquemment, un gaspillage des fonds publics québécois.

Parce qu’en vertu des constitutions de 1867 et de 1982, les vrais pouvoirs économiques sont à Ottawa et c’est lui qui décide les paramètres de l’intendance de ses vassaux provinciaux.

C’est lui qui fixe les critères du régime d’assurance-maladie du Québec (de juridiction provinciale), les critères des infrastructures municipales qu’il subventionne (de juridiction provinciale), qui contrôle les routes et les voies ferrées interprovinciales, les aéroports et qui chapeaute de ses propres tribunaux les tribunaux de juridiction provinciale.

À l’indépendance, le Québec obtient en prime cette zone côtière septentrionale, les richesses sous-marines qu’elle recèle, et la liberté de développer une stratégie maritime susceptible de faire ombrage à des provinces jalouses.

Bref, la malédiction s’acharne sur le document Québécois – Notre façon d’être canadiens. Non seulement suscite-t-il le mépris du Canada anglais envers un gouvernement provincial profondément soumis à l’ordre canadien, non seulement ce mépris est-il un gifle à tous les fédéralistes québécois, mais il remet à l’avant-scène une raison oubliée de faire l’indépendance du Québec.

Références :
Le français en péril
Québécois – Notre façon d’être canadiens
Québec veut repousser sa frontière nordique
Rouvrir le dossier constitutionnel et choisir l’ancien temps
The northern boundary of Québec

La prime territoriale à l’indépendance du Québec
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le centenaire de L’Action nationale

24 février 2017
Denis Monière, président de la Ligue d’action nationale
Robert Laplante, directeur de la revue L’Action nationale

Le mensuel L’action nationale est l’organe officiel de la Ligue d’action nationale. Financée exclusivement par ses abonnements, c’est la plus ancienne publication francophone d’Amérique et la troisième plus ancienne de toute la francophonie.

Depuis sa fondation en 1917, plus de 17 000 auteurs — dont les plus grands intellectuels québécois du XXe siècle — y ont signé des articles.

Afin de célébrer son centième anniversaire, la revue tenait hier un 5 à 7 auquel une centaine de célébrités et d’invités ont participé.

Armand Vaillancourt, sculpteur-peintre

Une toile de 6’ x 4’, créée en 2011 par l’artiste Armand Vaillancourt, a été désignée œuvre du centenaire. On peut l’entrevoir derrière les conférenciers ci-dessus.

Des reproductions en plus petit format, signées et numérotées par l’artiste, contribueront au financement de cette publication.

Âgé maintenant de 87 ans, Armand Vaillancourt est probablement le plus important sculpteur québécois de la seconde moitié du XXe siècle. Fervent militant indépendantiste, l’artiste a accepté de poser gracieusement pour ce blogue.

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif M.Zuiko 75mm F/1,8
1re photo : 1/160 sec. — F/1,8 — ISO 1250 — 75 mm
2e  photo : 1/160 sec. — F/1,8 — ISO 1000 — 75 mm
3e  photo : 1/160 sec. — F/1,8 — ISO 1600 — 75 mm

Le centenaire de L’Action nationale
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Lettre à Jean-François Lisée au sujet des Québécois musulmans

4 février 2017

Aux funérailles montréalaises de trois des victimes de l’attentat antimusulman de Québec, tenues à l’aréna Maurice-Richard, les ministres du gouvernement Couillard et les chefs des partis d’opposition n’ont pas été invités à prendre la parole.

Si on vous avait permis de la faire, je ne suis pas convaincu que l’accueil de la foule à votre égard — où à l’égard de M. Legault, s’il y avait été présent — aurait été plus chaleureux que celui accordé aux premiers ministres du Canada et du Québec.

En effet, même s’il est de bon ton aujourd’hui pour les dirigeants du Parti québécois de prendre leurs distances à l’égard de la Charte de la laïcité, ce projet leur a aliéné de nombreux Québécois de religion musulmane.

C’est ce que soutiennent aujourd’hui MM. Gérard Bouchard et Charles Taylor dans une entrevue au Devoir.

Ceux-ci déclarent : « Les musulmans, ce qui leur a fait le plus mal, c’est la charte des valeurs. Ça les a blessés, humiliés et dressés contre la majorité. C’était une erreur magistrale de ce point de vue là.»

Je suis de cet avis.

Afin de rétablir les ponts avec la communauté musulmane du Québec, j’aimerais que le PQ s’illustre contre la xénophobie de la Droite québécoise. Une Droite que se disputent la CAQ et le PLQ. Et que le PQ a courtisée en vain sous Mme Marois.

Sur les médias sociaux et dans les commentaires publiés sur les sites web de différents quotidiens, il est jugé acceptable d’insinuer que les Musulmans sont en train de prendre le contrôle du Québec; que les Musulmans veulent pervertir nos valeurs fondamentales; que les Musulmans sont tous des cellules dormantes de groupes terroristes; ou que les Musulmans se réjouissent tous secrètement des attentats commis par leurs coreligionnaires à l’Étranger. Jamais un commentaire dans ce sens n’est censuré.

Dans tous ces cas, il s’agit d’une stigmatisation. Or cette stigmatisation est au cœur de la propagande haineuse de la Droite québécoise; ces Québécois sont présentés d’abord comme des Musulmans (ce qui insinue des ‘étrangers’) et non comme des concitoyens.

Il m’est arrivé moi-même d’utiliser l’expression ‘Musulmans d’ici’ pour parler d’eux : je me rends compte que j’ai eu tort et je m’en excuse publiquement.

Je suggère donc que dans toutes ses communications écrites et, si possible, dans les discours de ses élus, le PQ s’engage à utiliser l’expression ‘Québécois musulmans’ et non ‘Musulmans’ ni ‘Musulmans du Québec’. Ici, l’accent est mis sur ‘Québécois’ et non sur ‘Musulmans’. Parce que nous sommes tous des Québécois.

Une telle mesure suscitera évidemment les accusations de récupération politique et l’hostilité de ceux qui sont déjà acquis à d’autres formations politiques.

Mais les membres de la communauté musulmane, eux, y seront sensibles.

De plus, je suggère que le Parti québécois promette, s’il est élu, de consacrer des sommes d’argent aux cimetières du Québec qui voudront devenir multiconfessionnels, sous réserve de différents critères, dont celui de l’acceptabilité sociale dans leurs milieux respectifs. Cela les obligera à travailler eux-mêmes à cette acceptabilité s’il veulent bénéficier de cette subvention.

Pour terminer, les pratiques funéraires musulmanes sont interdites au Québec puisque seuls l’incinération ou l’ensevelissement à la suite d’un embaumement sont permis. Je suggère que cela soit corrigé.

Il s’agit de trois mesures simples que ni la CAQ ni le PLQ ne peuvent adopter sans indisposer une partie de leur base électorale. Tout au plus, le PQ pourrait s’attirer les foudres de ceux qui, de toute façon, ne voteraient pas pour lui, en contrepartie de l’appui massif des Québécois musulmans, heureux de constater que le PQ est dans de meilleures dispositions à leur égard.

Travailler à la cohésion sociale du Québec exige un peu d’effort de chacun d’entre nous et je crois que ces trois mesures iraient dans la bonne direction.

Sur le même sujet :
La Charte de la laïcité : un mauvais départ

Lettre à Jean-François Lisée au sujet des Québécois musulmans
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le nationalisme de peccadille de la CAQ

25 novembre 2016
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Introduction

Conformément à son actuel virage nationaliste, la CAQ a fait paraitre cette semaine sur sa page Facebook un montage photographique accusant MM. Couillard et Lisée d’avoir consenti au projet de loi 62 « qui ouvre toute grande la porte au tchador dans nos écoles.»

Contrairement à ce qu’affirme la CAQ, rien ne s’oppose actuellement au port du tchador à l’école. La loi 62 enfonce une porte déjà ouverte.

La post-vérité caquiste, inspirée de celles de Trump, s’inscrit dans une campagne en vue de prouver que la CAQ est la défenderesse des valeurs fondamentales du Québec.

Compte tenu du rôle que jouent les médias sociaux dans la diffusion de l’intolérance religieuse et du racisme, il apparait opportun d’inciter la CAQ à la plus grande prudence lorsqu’il s’agit de désigner des femmes à la vindicte publique.

Les valeurs ‘québécoises’

La séparation entre l’État et l’Église, de même que l’égalité entre les hommes et les femmes, sont des valeurs occidentales auxquelles le Québec a adhéré assez tardivement.

Ce sont des valeurs que nous partageons de nos jours avec le reste de l’Occident. Mais cela n’a pas toujours été le cas.

La séparation entre l’État et l’Église a été instaurée en France lors de la Révolution alors qu’il a fallu attendre la fin du duplessisme, 178 ans plus tard, pour qu’elle se concrétise au Québec.

Quant à l’égalité entre les sexes, les femmes québécoises n’ont obtenu le droit de vote que dans les années 1940 et n’ont cessé juridiquement d’être des mineures qu’au début des années 1960, soit bien après les femmes d’autres pays.

Le peuple québécois existait antérieurement à son adhésion récente à ses valeurs. Celles-ci ne sont donc pas des caractéristiques qui le définissent.

L’histoire et la culture sont le ciment du peuple québécois. Mais ce qui nous définit, c’est une langue, un territoire et un parlement.

Sans la langue, ni l’occupation du territoire ni son parlement ne suffiraient à le définir comme peuple, pas plus qu’on peut parler du peuple ontarien.

En somme, le peuple québécois se résume à une collectivité parlant majoritairement français sur le territoire qu’il occupe, et régit par un parlement qui lui est propre. Le jour où ce peuple parlera anglais, il aura cessé d’exister.

D’ici là, il pourrait se colorer les cheveux en vert, porter le tchador ou se promener nu et ce serait encore le peuple québécois.

La CAQ et la défense du français

Si le français est à ce point fondamental à l’identité québécoise, peut-il compter sur la CAQ ?

Pour en juger, reportons-nous à l’époque encore récente où le gouvernement minoritaire de Mme Marois voulait renforcer la Loi 101.

Face à l’opposition systématique du parti libéral, la CAQ disposait alors de la balance du pouvoir.

Or la CAQ exigea une série d’assouplissements et d’exemptions destinées au contraire à affaiblir la Loi 101. Son influence parlementaire se résuma à foirer entre les mains du PQ et à le poignarder dans le dos.

La tiédeur de la CAQ à défendre le français peut se résumer, dans la bouche de François Legault, par cette phrase célèbre : « Oui mais ça va couter combien ? »

Parce que le français est un poste budgétaire dans le nationalisme de peccadille de la CAQ.

Si les députés de la CAQ passent si facilement de la CAQ au PLQ, c’est qu’ils s’y sentent comme chez eux.

Entre un gouvernement libéral qui ne fait rien depuis une décennie pour défendre le français et la CAQ heureuse de voir que l’anglicisation de Montréal est gratuite, il n’y a qu’un pas.

En invitant les Québécois à foncer sur le tchador comme le taureau fonce sur la muléta, la CAQ suscite une crainte de la différence, crainte représentée par un vêtement féminin jugé symbolique de l’exploitation faite aux femmes.

La CAQ ne s’attaque pas à l’exploitation faite aux femmes; elle s’attaque au vêtement qui en serait le symbole. Comme s’il suffisait d’obliger une femme battue à se dévêtir pour qu’elle cesse de l’être.

Il m’apparait évident qu’une femme qui porterait le tchador contre son gré a plus de chance de se libérer de cette contrainte si elle gagne un revenu que si on jette à la rue, vouée à la dépendance économique d’un conjoint dominateur.

À mes yeux, le montage photographique de la CAQ est de la xénophobie cachée sous le masque hypocrite de la défense des valeurs ‘québécoises’.

Voilà pourquoi la CAQ aurait intérêt à dissiper le flou et à préciser la substance derrière le nouvel article 1 de sa constitution.

Par le serment de citoyenneté canadienne, le néoQuébécois prête allégeance à la reine d’Angleterre et jure de respecter les lois du Canada. Rien d’autre. En plus, la CAQ souhaite que les néoQuébécois aient à répondre à un questionnaire relatif à la laïcité. Cette mesure ne les oblige pas à en suivre les préceptes. Les y obliger serait anticonstitutionnel.

Conséquemment, il y a présentement un contraste entre les idéaux vaguement nationalistes de la CAQ d’une part, et d’autre part la médiocrité des mesures qu’elle propose et la xénophobie gluante qui suinte de sa page Facebook.

Postscriptum (ajouté le lendemain)

La majorité des femmes voilées au Québec sont des adolescentes.

Au contraire de la CAQ, le message que j’aimerais qu’on envoie à l’étudiante québécoise, c’est le suivant :

« Voilée ou non, si tu es compétente, nous serons heureux de te donner une chance de réussir et te fournir l’occasion de mettre tes talents au profit de la société québécoise.

Le Québec est un pays évolué qui ne juge pas les autres selon leur apparence. Donc ta façon de t’habiller ne me regarde pas.

Et si certains soufflent sur les tisons de l’intolérance à ton égard, sache que bien des femmes avant toi ont ouvert des portes à celles qui les ont suivies, au grand scandale de ceux qui voulaient les soumettre à leurs préjugés mesquins.»

Le nationalisme de peccadille de la CAQ
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Montréal, co-capitale du Québec

20 novembre 2016

Au cours des derniers mois, neuf des vingt-deux rencontres entre des représentants de l’État québécois et des dignitaires étrangers se sont déroulées à Montréal.

Plus tôt cette semaine, le maire de Québec déplorait cette situation. En commission parlementaire, celui-ci s’est fait menaçant : « Là, on est bien patients, mais on peut devenir un peu impatients. Par exemple, une fois la loi sur la capitale nationale adoptée, si on entend parler qu’un dignitaire étranger a été accueilli à Montréal, là on va être moins patients.»

Au Canada, toutes les ambassades sont situées à Ottawa. Toutefois, un certain nombre de pays maintiennent des consulats dans les grandes métropoles du pays comme Montréal, Toronto, Calgary et Vancouver.

Cette présence diplomatique permet la délivrance d’urgence d’un passeport à un ressortissant qui aurait perdu le sien, permet d’aider les familles étrangères qui doivent rapatrier la dépouille d’un parent, ou sert à répondre à toute autre situation d’urgence.

Or il y beaucoup plus d’étrangers qui visitent ou travaillent dans une grande ville internationale et multiethnique comme Montréal comparativement à Québec.

Lorsqu’un chef d’État étranger est de passage à Montréal afin de visiter une entreprise de haute technologie, il serait stupide pour le premier ministre du Québec de refuser de le rencontrer sous le prétexte qu’une rencontre dans la métropole risquerait de susciter la jalousie d’un roitelet de campagne.

Les citoyens de la région de Québec votent majoritairement pour la CAQ, un parti qui prône la diminution du rôle de l’État. De plus, les radios de la vieille capitale passent leurs journées à déblatérer contre les gouvernements, responsables apparemment de tous nos problèmes.

Pourquoi ne pas respecter la volonté populaire des gens de Québec et diminuer cette présence offensante de l’État dans la Vieille capitale au profit de la Nouvelle, c’est-à-dire Montréal ?

Selon un vieux proverbe, Il ne faut pas mordre la main qui nous nourrit. Peut-être y a-t-il là matière à réflexion pour le maire de Québec…

Référence :
La diplomatie à Montréal près de la moitié du temps

Montréal, co-capitale du Québec
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le deuxième débat des candidats à la course à la chefferie du PQ

26 septembre 2016

Introduction

Au lendemain de sa cuisante défaite, le Parti québécois avait hésité à s’engager dans un bilan post-électoral qui aurait été l’occasion de déchirements internes.

Dans ce que disent les candidats à la course actuelle à la chefferie du Parti Québécois (PQ), on note l’apparition d’idées qui rapprochent cette formation politique de l’opinion publique québécoise.

L’option indépendantiste

Ceux qui souhaitent que le PQ abandonne son option indépendantiste doivent comprendre que cela n’arrivera jamais. Ce serait d’ailleurs une grave erreur.

Les Québécois fédéralistes ont déjà le choix entre deux partis fédéralistes. Si ces gens n’aiment pas les Libéraux, ils ont la CAQ comme solution de rechange. Pourquoi le PQ devrait-il se disputer cette clientèle ?

En fait, les fédéralistes peuvent aussi voter pour le PQ puisqu’on ne fait pas au Québec d’élections référendaires; on vote pour un gouvernement et, par la suite, on tient des référendums sur l’indépendance s’il y a lieu.

Déclin de l’appui à l’indépendance du Québec depuis une décennie

L’option indépendantiste est partagée par près de 40% des Québécois. En raison du rejet massif de cette option chez les Anglophones, c’est près de 50% du reste (Francophones et Allophones) qui sont indépendantistes.

Compte tenu des suspicions légitimes des Anglophones au sujet d’une conversion feinte du PQ au fédéralisme, le PQ se partagerait à trois le vote du 50% des Francophones fédéraliste alors qu’il possède actuellement un quasi-monopole de l’autre 50%, celui des Francophones indépendantistes.

C’est clair : le PQ se tirerait dans le pied.

Mais si l’option fondamentale n’est remise en question par personne au sein du PQ, on voit toutefois poindre des suggestions audacieuses qui, il y a peu de temps encore, auraient fait sourciller les gardiens du dogme péquiste.

La défense du français

La Canadian Constitution de 1982 est une loi ethnique votée par le Canada anglais qui vise, entre autres, à étouffer les lois linguistiques dont le Québec s’est doté pour protéger le français.

À maintes reprises sur ce blogue, j’ai exprimé l’avis que le Québec était stupide de se soumettre volontairement à des dispositions constitutionnelles qui menacent sa survie.

À la course précédente à la chefferie, M. Péladeau — qui a finalement été élu — soutenait, au nom du respect de l’État de droit, la soumission au carcan constitutionnel canadien; si le Québec voulait être libre, il n’avait qu’à faire l’indépendance.

Cette approche a du mérite. Toutefois, le déclin démographique des Francophones québécois est inquiétant, notamment à Montréal. Cette situation justifie des correctifs plus immédiats que l’attente d’une accession hypothétique du Québec à l’indépendance.

Or surprise : voilà qu’au cours de ce dernier débat, dimanche dernier, Martine Ouellet proposait le recours à la clause dérogatoire de la Canadian Constitution afin de revenir aux dispositions originelles de la Loi 101 quant à la langue d’affichage.

L’opposition d’Alexande Cloutier à cette suggestion fut huée par la salle. Ce furent les seules huées de la soirée.

Je présume qu’il y a là matière à réflexion de sa part.

La neutralité religieuse de l’État

Mais la bombe de la soirée — qui a peu été rapportée par les quotidiens le lendemain — est la suggestion de Jean-François Lisée d’appuyer le projet de loi libéral relatif à la neutralité religieuse de l’État.

Sur ce blogue, je me suis déjà prononcé à de multiples reprises en faveur d’une telle neutralité.

Indépendamment des motifs invoqués pour M. Lisée pour soutenir sa position, il est clair qu’il entend tourner la page sur le douloureux épisode de la Charte de la laïcité.

Je ne doute pas que cette position courageuse sera l’objet d’interminables discussions au sein du PQ.

Mais c’est la seule qui soit susceptible de rapprocher le PQ de sa base montréalaise (de loin la plus importante) et également des jeunes d’aujourd’hui, beaucoup plus ouverts que les babyboumeurs à l’expression vestimentaire de l’appartenance religieuse.

Références :
La Charte de la laïcité : un mauvais départ
Le projet de loi libéral au sujet de la neutralité de l’État (2e partie : laïcité vs neutralité religieuse)
Le français en péril

Le deuxième débat des candidats à la course à la chefferie du PQ
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le PQ et Énergie-Est

16 septembre 2016

Hier soir dans mon quartier, j’ai assisté à une conférence prononcée par un candidat à la chefferie du Parti Québécois (PQ). Ce candidat n’était pas mon préféré jusque là mais il l’est devenu en dépit de sa position au sujet d’Énergie-Est.

Rappelons qu’Énergie-Est est le nom d’un pipeline que veut construire une pétrolière et qui doit acheminer 1,1 million de barils de pétrole de l’Ouest vers le Nouveau-Brunswick principalement à des fins d’exportation, et ce en traversant la totalité de la vallée du Saint-Laurent.

Le candidat en question est opposé au passage de ce pipeline au Québec. Bien. Mais il a déclaré que le Québec possédait des moyens d’empêcher la construction de ce pipeline.

Et il a donné comme exemple la possibilité d’obliger la pétrolière à obtenir un permis chaque fois que son pipeline traverserait un cours d’eau. Or ce pipeline doit traverser 830 cours d’eau au Québec.

Et, l’air espiègle, il a précisé que ces demandes devront obtenir l’autorisation de sa collègue Martine Ouellet (dont l’opposition à ce projet est également bien connue).

Voyons les faits.

Le transport interprovincial de marchandises est une juridiction exclusive du gouvernement fédéral. Dans un État de droit, on ne peut pas faire indirectement ce qu’il est interdit de faire directement.

En d’autres mots, le Québec ne peut pas empêcher par des moyens détournés un projet autorisé par le gouvernement fédéral dans un domaine de juridiction qui lui est exclusif.

Si le Québec devait essayer d’agir de la sorte, les tribunaux invalideraient les moyens entrepris d’autant plus facilement que ce candidat a commis l’imprudence de révéler publiquement leur véritable but.


 
Si le Québec était déjà un pays indépendant, la controverse relative à Énergie-Est n’existerait pas; le Canada exporterait son pétrole par un port situé dans la Baie-d’Hudson (voir ci-dessus).

Pour l’instant, le Québec est une province au sein d’un pays démocratique. Or il faut deux choses pour qu’un pays se définisse comme tel.

Il faut que les minorités puissent s’exprimer. C’est le cas : le Québec peut clamer son opposition.

Mais il faut aussi que la majorité puisse agir. Or justement, le Canada anglais veut Énergie-Est. Conséquemment, ce pipeline nous sera imposé que cela nous plaise ou non.

Tant que le Québec ne deviendra pas un pays indépendant, il devra se soumettre aux décisions majoritaires du Canada anglais. La Canadian constitution de 1982 en est un exemple.

La principale faille idéologique du PQ, c’est de faire croire aux Québécois qu’on peut obtenir à peu près tous les avantages de l’indépendance sans avoir besoin de la faire.

Déclin de l’appui à l’indépendance du Québec de 2004 à 2014

Involontairement, c’est le message que répète inlassablement le PQ depuis des décennies. Il ne faut donc pas se surprendre du lent déclin de la ferveur indépendantiste au Québec.

Les Québécois ne sont pas fous. Pourquoi se lanceraient-ils dans l’aventure incertaine de la partition du Canada quand ils n’auront presque rien de plus qu’en y restant ?

En réalité, les seules manières d’empêcher la construction du pipeline Énergie-Est, ce sont soit l’indépendance du Québec ou des cours pétroliers tellement bas qu’ils rendent cette construction non rentable.

En entrevue avec la chaine télévisée Business News Network, le premier ministre de la Saskatchewan déclarait lundi dernier qu’il s’inquiétait pour l’unité du pays si le processus de consultation de l’Office national de l’énergie ne se terminait pas bien.

Nationalisme albertain

C’était une menace voilée au sujet de l’émergence possible de forces sécessionnistes dans l’Ouest canadien si le fédéral ne réussissait pas à imposer ce pipeline aux Québécois.

Mais ce faisant, le premier ministre de la Saskatchewan révélait ce qui inquiète au plus haut point les stratèges fédéralistes. Ces derniers sont incapables de contrer l’opposition massive des Québécois au passage d’Énergie-Est dans leur province.

Cela ne laisse pas d’autre alternative au fédéral que d’imposer le passage de ce pipeline manu militari — de préférence avec l’aide d’un gouvernement provincial complice — comme ce fut le cas lors de la création du parc national de Forillon et de l’aéroport de Mirabel.

Il s’agit donc d’un argument en or pour inciter les Québécois à opter pour l’indépendance. En effet, le Québec a le choix entre demeurer au sein du Canada et devenir une autoroute à pétrole — par pipeline, par trains et par navires de type Panamax — ou stopper tout cela en devenant indépendant.

En somme, la capitulation du Québec face à l’ordre pétrolier canadien est le prix de son appartenance au pays.

Parce que le fédéralisme a un prix, ce qu’on oublie trop souvent de dire.

Si, comme je le pense, ce pipeline finit par traverser le Québec, les stratèges fédéraux — par le biais de Radio-Canada et La Presse — n’auront plus qu’à détourner la colère populaire contre le PQ qui aura trompé les Québécois sur son aptitude (en réalité nulle) à les protéger de ce projet.

Voilà pourquoi je ne porte pas rancune à ce candidat; ses collègues à la chefferie sont comme lui, occupés à nous expliquer que leur programme électoral est le meilleur pour rendre confortable notre domination au sein du Canada, au point de rendre l’indépendance du Québec à peine nécessaire.

Références :
Énergie Est : Le vrai enjeu
Pipeline Énergie Est : le NON ! de Montréal
Risques décuplés par les navires sous pavillon de complaisance

Le PQ et Énergie-Est
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les prix 2015 de l’Action nationale

8 juin 2016

On récompense souvent les athlètes et les artistes : qu’en est-il des intellectuels ?

Plutôt hier soir, la revue bimestrielle L’Action nationale récompensait les auteurs d’analyses traitant des réalités sociales, culturelles, linguistiques et économiques du Québec, parus en 2015.

En tant qu’abonné de cette publication, on m’y avait invité. Et j’y suis allé puisqu’il s’agissait pour moi d’un devoir civique d’honorer des lauréats pour leur travail de réflexion.

Je m’étais habillé comme si j’allais à l’opéra, en dépit du fait qu’à l’opéra, il est de plus en plus chic de s’habiller n’importe comment… …mais avec des vêtements griffés qui coutent une fortune. Quand même.

Ce fut une très bonne décision parce s’il est vrai que le travail intellectuel ne paie pas, leurs supporteurs eux, font tout pour que cela ne paraisse pas. Donc j’étais dans la moyenne.

Claude Cardinal (à gauche) recevant le prix Richard-Arès 2015 des mains de Denis Monière (à droite)

Avant la remise des prix, je m’étais procuré le livre ‘Une histoire du RIN’ de Claude Cardinal (508 pages, 40$), dédicacé par l’auteur. Celui-ci offrait son livre en vente sur une table à l’écart.

Puisqu’on n’acceptait pas les cartes de crédit, en entendant le prix, ma seule préoccupation était de savoir si j’avais bien ce montant sur moi.

On a beau être habillé comme à l’opéra, cela ne veut pas dire qu’on traine plein d’argent dans les poches. Mais je l’avais. Ouf !

C’est seulement en discutant avec l’auteur et son éditeur qui, tous d’eux, s’excusaient du prix élevé du livre (ce que je n’avais pas remarqué) que j’ai réalisé que ce n’était pas donné.

Mais, leur répondis-je, en payant l’équivalent de quelques heures de travail, cela me permet de faire mien le travail minutieux, effectué pendant des mois par l’auteur à fouiller les journaux de l’époque, à recueillir des témoignages, à tout mettre cela en ordre et à écrire son livre. En somme, ce n’est pas cher.

Évidemment, mes paroles étaient de la musique aux oreilles de l’auteur. Mais étant moi-même géniteur d’un blogue, c’est vraiment ce que je pense.

Pour l’instant, tout ce que je sais du RIN (pour Rassemblement pour l’indépendance nationale), c’est que ce parti politique précéda le Parti Québécois et qu’il fut dirigé par un des plus grands tribuns de l’histoire moderne du Québec.

J’ai bien hâte de lire ce livre. Il a valu à son auteur la première récompense de la soirée, soit le prix Richard-Arès 2015, qui honore le meilleur essai de l’année.

Stéphane Kelly (à gauche) recevant le prix André-Laurendeau 2015 des mains de Robert Laplante (à droite)

C’est pour l’article L’assimilation, Durham et le séparatisme anglais, paru dans l’édition de septembre-octobre 2015 de L’Action nationale que Stéphane Kelly reçut le prix André-Laurendeau.

Ce texte avait paru dans un numéro thématique consacré à l’Acte d’Union de 1840.

Cette loi britannique réunissait en une seule colonie le Bas-Canada (le Québec, alors très peu endetté) et le Haut-Canada (l’Ontario, au bord de la faillite) en fusionnant leurs dettes, au grand soulagement des banques anglaises, créancières de la dette ontarienne.

Si le texte de M. Kelly y était excellent (j’y reviendrai éventuellement sur ce blogue), c’est plutôt le texte de Danic Parenteau intitulé L’Acte d’Union de 1840 : Une réponse impériale au projet républicain qui m’avait le plus séduit dans ce numéro.

Marie-Laurence Rancourt recevant une mention au prix André-Laurendeau 2015 des mains de Robert Laplante
Pierre-Paul Sénéchal recevant une mention au prix André-Laurendeau 2015 des mains de Robert Laplante

Deux auteurs ont remporté une mention au prix André-Laurendeau 2015.

D’abord Marie-Laurence Rancourt pour son article Un pays à mettre en ondes, paru dans l’édition de mai 2015 de L’Action nationale, puis Pierre-Paul Sénéchal pour le sien intitulé Le Québec face à l’ordre pétrolier canadien, paru dans le numéro de février-mars 2015 de la même revue, consacré au projet Énergie-Est.

Pour conclure, je dois avouer qu’après avoir écrit plus de 1 500 articles sur ce blogue, il m’arrive d’être en panne d’inspiration.

Ce genre de rencontre est une grosse dose de caféine intellectuelle. Les lecteurs assidus de ce blogue peuvent donc anticiper plusieurs nouveaux textes de réflexion sur des enjeux politiques, au grand déplaisir de ceux qui apprécient mes inoffensives photos de fleurs et de papillons (que j’aime bien elles aussi, dois-je avouer).

De plus, saurais-je résister à l’appel des Francofolies de Montréal (qui débutent bientôt) ? C’est à suivre…

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif M.Zuiko 75mm
1re photo : 1/160 sec. — F/1,8 — ISO 500 — 75 mm
2e  photo : 1/200 sec. — F/2,0 — ISO 1000 — 75 mm
3e  photo : 1/160 sec. — F/2,0 — ISO 1600 — 75 mm
4e  photo : 1/160 sec. — F/2,0 — ISO 1250 — 75 mm

Les prix 2015 de l’Action nationale
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Écrit par Jean-Pierre Martel


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