La cotisation britannique à l’Union européenne

16 janvier 2018


 
Le 31 octobre dernier, l’Office national des statistiques de Grande-Bretagne rendait public le montant dû en 2016 par le gouvernement britannique à Bruxelles pour l’appartenance du pays à l’Union européenne.

Il ne s’agit pas d’une somme cumulative due en raison d’arriérés ni d’un bilan qui serait négatif des avantages et des inconvénients de l’appartenance au marché commun. Ce n’est que de la cotisation annuelle de 2016 due par cet état membre à l’Union.

En raison de sa population et de la taille de son économie, la contribution brute du pays est de 32,3 milliards$ canadiens (21,2 milliards d’€).

Pénalisé par la politique agricole commune de l’Union, le pays reçoit depuis 1984 un rabais dont ne bénéficie aucun autre membre de l’Union.

Estimé à 8,5 milliards$ (5,6 milliards d’€), ce rabais porte la contribution ‘semi-brute’ du pays à 23,8 milliards$ (15,7 milliards d’€).

Toutefois, Bruxelles verse en retour 7,5 milliards$ (5,0 milliards d’€) à Londres en vertu de différents programmes.

Par exemple, il reçoit 613 millions$ du Fonds européen de développement régional et 4,1 milliards$ du Fonds européen d’orientation et de garantie agricole, soit des sommes que le gouvernement de Londres distribue ensuite aux acteurs privés du développement régional et aux agriculteurs du pays.

Ce qui fait que la contribution nette du gouvernement à l’Union est, en principe, de 16 milliards$ (11,0 milliards d’€).

Toutefois, cela ne tient pas compte des sommes versées directement au secteur privé britannique (c.-à-d. sans l’être par l’intermédiaire de l’État), par exemple aux universités du pays. Ces sommes représentent un autre 2 milliards$ (1,3 milliard d’€).

Finalement, le ‘billet’ pour appartenir au marché commun européen représente 14 milliards$ (15,8 milliards d’€), soit 1 % du budget de l’État britannique.

Références :
Accord de Fontainebleau
Fonds européen d’orientation et de garantie agricole
The UK contribution to the EU budget


© 2010 — Carte de Google Maps (modifiée)

La cotisation britannique à l’Union européenne
Votre évaluation :

Un commentaire

| Opinion | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Métro de Montréal : les statistiques de la désinformation

20 juin 2017
Station Place des Arts

Depuis des années, les dirigeants de la Société de transport de Montréal (STM) refusent d’admettre le manque de fiabilité du métro.

Il y avait 794 interruptions de service en 2006, 980 en 2011, et 923 en 2016. En moyenne, c’est près de trois par jour.

En 2011, les porte-paroles de la STM justifiaient l’augmentation de 23% des pannes (en comparaison avec 2006) en expliquant que le prolongement du métro vers Laval avait augmenté de 29% la taille du réseau.

Statistiquement, cela faisait moins d’interruptions par kilomètre parcouru, plus précisément seulement 1/25e de panne par mètre du réseau.

Comme quoi on peut tout faire dire aux statistiques.

Il est normal que du matériel roulant tombe en panne. Mais j’ai eu l’occasion de prendre le métro à Barcelone, Berlin, Paris, Prague, Shanghai et Vienne, et je n’ai rencontré aucune panne au cours des trois à six semaines que j’ai passées dans chacune de ces villes.

Au contraire, il ne se passe pas une semaine sans que cela m’arrive à Montréal. La dernière fois, c’était cette panne d’une vingtaine de minutes, hier vers 14h.

Plus grave encore, les interruptions de plus d’une heure ont augmenté de 52% depuis l’an dernier, passant de 17 en 2015 à 26 en 2016.

Les porte-paroles de la STM font remarquer les pannes sont attribuables, dans la moitié des cas, à un facteur humain — une personne malade, quelqu’un sur la voie, un autre qui retient les portes — et non uniquement à des problèmes techniques.

Depuis qu’on a rendu presque impossible le suicide en se jetant du pont Jacques-Cartier, j’ai toujours pensé que les tentatives de suicide dans le métro avaient augmenté.

Les statistiques officielles suggèrent que ce n’est pas le cas. Mais je n’ai pas réussi à me convaincre que les suicidaires renoncent à s’enlever la vie lorsqu’on les prive d’un des moyens de le faire.

Dans tous les cas, il est clair qu’un certain nombre de personnes se jettent sur la voie afin de se suicider.

Métro de Shanghai

Le moyen de prévenir cela existe. Il est simple. C’est de faire comme à Paris, Zurich et Shanghai (ci-dessus), et de dresser entre les quais et les rails une paroi vitrée dont les portes ne s’ouvrent qu’à l’arrêt du train.

Mes dirigeants de la STM s’y refusent en déclarant que cela couterait trop cher.

Mais trop cher par rapport à quoi ? A-t-on calculé les millions d’heures-personnes perdues par les usagers qui sont prisonniers du métro en panne à chaque année ?

Non. Mais ce qu’on a calculé, c’est que la durée totale des interruptions enregistrées en 2016 (soit 183 heures) ne représente que 0,6% du temps de fonctionnement du métro.

Combien de centaines de milliers de personnes ont été affectées durant ces 183 heures ? Combien de dizaines de millions d’heures-personnes ont été perdues ?

Ça, on ne sait pas. Mais l’ignore-t-on parce que cela est impossible à calculer ou parce qu’on ne veut pas se donner la peine de faire ce calcul ?

On sait précisément à quels moments du jour surviennent ces pannes. On sait grosso modo, combien de personnes sont dans le métro à tout heure du jour. Donc il est très facile de calculer le nombre d’heures-personnes perdues à attendre la reprise du service.

La perte de productivité des travailleurs en retard au travail et les frais de taxi représentent des dépenses qui reviennent d’année en année alors que la construction d’un mur de protection est une dépense qui n’est pas récurrente.

On ne peut pas à la fois refuser de prendre les mesures qui s’imposent, et se disculper du manque de fiabilité du métro en blâmant les usagers.

La STM fait valoir que 97,5% des utilisateurs du métro arrivent à destination à l’heure. Elle oublie de dire que le manque de fiabilité du métro est chronique et qu’une partie des usagers partent au travail plus tôt que nécessaire au cas où ils seraient retardés par une panne.

Si la STM connait le pourcentage de gens qui arrivent à l’heure en dépit des pannes, c’est qu’elle leur a demandé. C’est qu’elle a fait un sondage qui lui a permis de le savoir. Leur a-t-elle demandé combien, en moyenne, ils dépensent en taxi parce qu’ils ne peuvent pas attendre le retour en service du métro ?

Ah, ça non plus, on ne sait pas. Comme c’est étrange; tout ce qu’on sait, ce sont les données qui permettent à la STM de justifier son laxisme.

Bref, de la désinformation.

En réalité, les dirigeants de la STM évitent de mettre dans l’embarras leurs patrons, ces autorités municipales qui refusent de leur donner les moyens d’améliorer la fiabilité du métro. Donc, on nie le problème pour protéger son job.

En retour, les autorités municipales justifient leur refus d’y consacrer les sommes nécessaires en citant les dirigeants de la STM qui affirment qu’il n’y a pas de problème ou s’il y en a un, c’est de la faute des usagers.

Tout se tient.

Comme je l’écrivais il y a cinq ans, le métro est beaucoup plus qu’un simple moyen de transport à Montréal : c’est une vitrine de l’expertise québécoise en matière de transport en commun.

Près d’un million de touristes visitent la métropole du Canada chaque année. Parmi eux, il y a des décideurs publics qui pourraient un jour avoir à adopter un devis de Bombardier pour la construction d’un métro dans leur ville. Quel intérêt verront-ils à lui accorder le contrat quand notre métro est si loin de susciter l’admiration et l’envie ?

Références :
Les arrêts de service du métro de Montréal à la hausse
Peut-on se fier au métro de Montréal ?
Près de mille interruptions de service en 2011 dans le métro de Montréal

Paru depuis :
Métro de Montréal: vers un record de pannes (2017-11-24)

Détails techniques : Panasonic GH1, objectifs Lumix 20mm F/1,7 (1re photo) et Lumix 14-45mm (2e photo)
1re photo : 1/40 sec. — F/1,7 — ISO 100 — 20 mm
2e photo  : 1/30 sec. — F/3,5 — ISO 125 — 14 mm

Métro de Montréal : les statistiques de la désinformation
Votre évaluation :

3 commentaires

| Opinion | Mots-clés : , , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


La gratuité scolaire aux sans-papiers ?

23 septembre 2016

En raison de la situation géographique du Québec, il y a peu de sans-papiers chez nous.

Ils ne peuvent arriver par avion parce qu’il est nécessaire d’avoir un passeport pour embarquer sur un vol international. La dangerosité de l’océan Atlantique est un obstacle aux réfugiés de la mer. Et par voie terrestre, on ne peut atteindre le Canada qu’en provenance des États-Unis.

Bref, les seuls sans-papiers chez nous sont des personnes — surtout des Latino-Américains — qui ont réussi à traverser clandestinement l’immense territoire de nos voisins du Sud.

On estime qu’il y aurait entre trois-cents et mille réfugiés clandestins au Québec. C’est peu.

Ils ne peuvent régulariser leur situation puisqu’en vertu de la loi canadienne, toute demande d’immigration doit être adressée de l’Étranger.

Ce qui pose la question du droit à l’éducation des enfants des immigrants clandestins.

La protectrice du citoyen aimerait que tout enfant de 6 à 16 ans puisse fréquenter gratuitement l’école primaire ou secondaire, sans égard à son statut d’immigration ou à celui de ses parents. C’est déjà le cas dans au moins deux autres provinces canadiennes.

Cet avis est partagé par un regroupement d’organismes communautaires appelé Table de concertation des personnes réfugiées et immigrantes.

Le tort causé à l’enfant privé d’instruction est indéniable. Dans le cas des sans-papiers, la question est de savoir qui doit payer pour faire respecter le droit de l’enfant à l’éducation: ses parents (par le biais de l’école privée) ou l’État (par le biais de l’école publique).

Beaucoup de personnes semblent considérer que l’éducation est comme le soleil, l’eau du ruisseau ou l’air que nous respirons : une chose gratuite à laquelle tous devraient avoir accès.

Ajouter un élève de plus dans une classe à moitié vide ne coute rien. Mais dans certains cas, cet ajout provoquera l’embauche d’un enseignant supplémentaire.

En moyenne, on estime que l’instruction publique coute six à sept-mille dollars par élève au primaire.

Dans un pays qui possède une des politiques d’immigration les plus généreuses au monde, doit-on faire un cadeau de six à sept-mille dollars par enfant aux parents qui se trouvent illégalement dans le pays et qui, conséquemment, n’y paient pas un sou d’impôt ?

Et si on ajoute un fardeau financier de plusieurs millions de dollars au réseau scolaire, ne risque-t-on pas de subir davantage de compressions gouvernementales en raison de cette générosité ?

L’État n’a d’obligation qu’à l’égard de ses citoyens. S’il en était autrement, nous aurions avantage à déchirer notre passeport, renoncer à notre citoyenneté, travailler au noir, ne payer aucun impôt et recevoir tous les services de l’État aux frais des contribuables au nom du droit à l’éducation, du droit à la santé, du droit au travail, du droit à ceci ou à cela.

À mon avis, il y a un prix à l’illégalité. Et ce n’est pas aux contribuables de le payer.

Références :
Éducation – Enfants sans papiers: Bolduc a déposé son plan de travail
Enfants sans papiers et sans école
Rapport du Protecteur du citoyen – Accès à l’éducation publique pour les enfants en situation d’immigration précaire

La gratuité scolaire aux sans-papiers ?
5 (100%) 1 vote

Laissez un commentaire »

| Immigration, Opinion | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


La condamnation de Tony Blair

8 juillet 2016


 
Le samedi 15 février 2003, 150 000 personnes défilaient dans les rues de Montréal pour protester contre la guerre que G.W. Bush préparait en Irak, appuyé par Tony Blair, premier ministre britannique.

C’était la plus grosse manifestation de l’histoire du Québec organisée jusque-là. Et il s’agissait de la plus importante manifestation contre la guerre en Irak en Amérique de Nord. C’était, par exemple, quinze fois plus qu’à Toronto. J’étais du nombre.

C’était la première fois de ma vie que je participais à une marche de protestation. Il faisait -26°C.

Pour les plus superstitieux d’entre nous, ce soleil resplendissant était la Caution Divine à la justesse de notre cause.

Partout en Occident, des millions de personnes faisaient comme nous.

Dans mon esprit, il était évident que cette guerre prédatrice n’avait qu’un seul but; libérer le pétrole irakien de l’embargo international auquel il était soumis, lui permettre d’inonder les marchés mondiaux et faire ainsi chuter les prix de cette ressource, au bénéfice des économies énergivores comme celle des États-Unis.

Pour des millions de protestataires, aucune des justifications invoquées par le couple Bush-Blair n’était fondé.

Cela n’a pas empêché les soldats de l’alliance anglo-américaine d’aller peu après répandre le chaos et l’anarchie au Moyen-Orient.

Un chaos qui s’est étendu depuis et qui a provoqué la mort d’environ un demi-million de personnes — 150 000 en Irak et 250 000 en Syrie — en plus de déclencher la pire crise humanitaire depuis la Deuxième Guerre mondiale. Une crise qui se bute aujourd’hui aux portes de l’Europe.

Quel gâchis.

Jusqu’à cette marche glaciale dans les rues de Montréal, toutes mes vacances annuelles avaient été prises aux États-Unis.

J’aime bien les Américains. Je les trouve créatifs. Un peu innocents en politique internationale. Un peu frustes sur les bords. Et affreusement nombrilistes. Mais intelligents, hospitaliers et sympathiques.

Mais je ne pouvais pas accepter que l’argent que je dépensais lors de mes vacances aux États-Unis puisse financer cette guerre.

En effet, l’argent à acheter des biens ou des services contribuait aux profits des entreprises auprès desquelles je m’approvisionnais. Or ces entreprises, en faisant des profits, paient des impôts. Et une partie de mon argent se retrouve donc dans les coffres de l’État américain à financer cette guerre. Même si finalement, ce devrait n’être qu’un seul cent, c’était trop pour moi.

J’ai donc résolu de ne plus mettre les pieds aux États-Unis tant que leurs soldats seraient en Irak.

Au lendemain de cette décision, s’est posé le dilemme : où vais-je aller prendre mes vacances ?

Je me suis posé alors la question : « Si tu devais mourir demain, quelle est la ville que tu regretterais le plus de ne jamais avoir vue ? »

Évidemment, ma réponse fut Paris. Voilà pourquoi la capitale française fut la première destination des nombreux voyages que j’ai effectués depuis.

Afin d’être logique avec moi-même, ce boycottage américain s’est étendu aux autres pays d’occupation de l’Irak, dont l’Angleterre et l’Italie.

En réalité, j’ai fait une exception à cette résolution.

En 2006, sous l’insistance d’un ami écossais, j’ai passé une semaine en Écosse. J’avais d’abord refusé l’année précédente sous le prétexte que son épouse venait d’accoucher : je ne me voyais pas lui imposer la corvée supplémentaire d’accueillir un invité.

Mais l’année suivante, j’ai cédé à leur aimable invitation. Ce séjour fut très agréable… mais c’était en contradiction avec mon engagement.

Mais, me disais-je, l’Écosse n’est pas l’Angleterre, etc. Bref, des justifications. Comme quoi personne n’est parfaitement cohérent.

Ceci étant dit, quel ne fut pas mon bonheur de prendre connaissance, il y a deux jours, des conclusions du rapport Chilcot.

Intitulé L’enquête d’Irak, le rapport de six-mille pages est la conclusion d’une enquête officielle débutée en 2009 sur la légitimité de l’intervention militaire britannique dans ce pays.

Ce rapport de 2,6 millions de mots (trois fois plus que la Bible) est accompagné d’un ‘résumé’ de 145 pages.

En bref, c’est la plus cuisante condamnation publique qu’un chef d’État ait jamais subie d’un rapport gouvernemental.

À côté de lui, le rapport Charbonneau (sur la corruption au Québec) est un bouquet de fleurs.

Et dans un pays toujours en colère contre ses politiciens à la suite du référendum, les familles de soldats britanniques morts inutilement en Irak réclament que Blair soit traduit pour crime de guerre devant le Tribunal pénal international.

Contrairement au Québec — où les journaux refusent de publier les commentaires trop cinglants au nom d’une nétiquette stérilisante — les chroniqueurs politiques britanniques font de la surenchère dans leur condamnation unanime de Tony Blair.

En lisant leur propos, vous ne pouvez pas savoir comment je suis fier de m’être fait gelé les orteils ce jour du 15 février 2003…

Références :
‘Blair is world’s worst terrorist’: families of Iraq war victims react to Chilcot report
Chilcot report: Bush says ‘world is better off’ without Saddam as Blair mounts Iraq war defence – as it happened
Chilcot report: key points from the Iraq inquiry
Chilcot report unlikely to damage Tony Blair’s income or influence
La guerre en Irak ou L’aveuglement collectif américain
La plus grosse manifestation de l’histoire du Québec
Take it from a whistleblower: Chilcot has only scratched the surface
The Iraq war inquiry has left the door open for Tony Blair to be prosecuted
The war in Iraq was not a blunder or a mistake. It was a crime
‘Tony Blair’s epitaph was engraved today’. Our writers’ verdicts on the Chilcot report
Tony Blair unrepentant as Chilcot gives crushing Iraq war verdict

Publié depuis :
It’s not just British soldiers. The whole Iraq war fiasco is back in the dock (2017-12-15)

La condamnation de Tony Blair
4 (80%) 2 votes

Un commentaire

| Opinion | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Au premier coup d’œil

23 juin 2016

Lasik MD Vision est une entreprise de correction au laser de la vue

En apercevant la photo d’un de ses messages publicitaires, la première chose que j’y ai vue c’est une femme qui choisit de ne s’agripper à rien alors que le conducteur du scooteur emprunte une courbe surplombant une falaise.

Je comprends qu’on veuille ainsi illustrer la joie et le sentiment de liberté qui envahissent la personne qui retrouve la vue après l’avoir perdue en partie ou en totalité.

Mais je ne peux pas m’empêcher de trouver déplorable qu’on fasse indirectement la promotion d’un comportement routier dangereux.

Est-ce qu’un professionnel de la vue est justifié d’utiliser n’importe quel moyen pour promouvoir ses services ?


Image ci-dessus : © — Publicité de Lasik MD Vision

Au premier coup d’œil
Votre évaluation :

Laissez un commentaire »

| Opinion | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


La guerre, c’est la guerre

5 mai 2016

À l’unanimité, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté le 3 mai 2016 une résolution condamnant le bombardement d’hôpitaux.

Cette résolution fait suite aux représentations de Médecins sans frontière (MSF), un organisme qui a dénombré 94 attaques contre des hôpitaux et cliniques qu’il soutient en Syrie, trois au Yémen et ce, sans compter l’hôpital afghan bombardé par les forces américaines en octobre 2015.

Depuis les dix derniers jours, à Alep, en Syrie, quatre hôpitaux du côté rebelle et deux du côté gouvernemental ont été durement touchés par des obus.

À l’ONU, la présidente internationale de MSF a accusé quatre des cinq membres permanents du Conseil de sécurité d’avoir participé à des coalitions responsables d’attaques contre les hôpitaux. Sans les nommer, Docteure Liu visait celle dirigée par l’OTAN en Afghanistan, celles menées par l’Arabie saoudite au Yémen, et celles menées par les autorités syriennes avec le soutien de la Russie.

Dès le lendemain de son adoption, la maternité al-Dabit à Alep, a été violemment touchée par des tirs de milices rebelles en Syrie.

Depuis la création de l’ONU — et même depuis celle de la Société des Nations qui l’a précédée — on tente de ‘civiliser’ les pratiques guerrières. Avec des résultats variables.

De manière générale, on abandonne les pratiques qui ne s’avèrent pas fiables (comme l’utilisation des gaz toxiques, imprévisibles en raison du vent). Mais il est décevant de voir des pratiques qu’on croyait révolues (comme la torture) être préconisées ouvertement de nos jours par certains pays en dépit de leur inefficacité avérée.

En 1143, le pape Innocent II menaça d’excommunication les arbalétriers, les fabricants de cette arme et ceux qui en faisaient le commerce. Ce qui n’a pas empêché l’arbalète de connaitre un immense succès en raison des avantages que son emploi conférait aux armées qui l’employaient.

Il y a des siècles, en Europe, les églises servaient de refuges en temps de guerre; il aurait été impensable de donner l’assaut contre des ennemis retranchés dans un lieu de culte.

Mais voilà bien longtemps que plus personne ne respecte cela. Au contraire, les mosquées, par exemple, sont souvent les cibles privilégiées le vendredi, au moment de leur fréquentation maximale, par des djihadistes de confession musulmane opposée.

Quant aux hôpitaux, les scrupules à leur égard rétrécissent de guerre en guerre.

Au cours de la seconde Intifada, l’armée israélienne postait des chars d’assaut à l’entrée des hôpitaux palestiniens dans le but de tirer sur les ambulances qui y apportaient des combattants ennemis blessés. La raison invoquée était que ces ambulances serviraient de caches d’armes.

Dans le même ordre d’idée, les attentats d’Al-Qaida contre des marchés publics en Afghanistan et en Irak s’exécutent habituellement en deux phases; la première à un moment de fort achalandage et l’autre, quinze ou vingt minutes plus tard, quand beaucoup de gens ont accouru pour secourir et soigner les blessés.

De mars 2011 à la fin de février 2016, l’organisation non gouvernementale américaine Physicians for Human Rights a compté 359 attaques en Syrie contre des établissements médicaux, dont 90% attribuées au régime de Bachar el-Assad. Très souvent, cette destruction précède l’assaut de l’infanterie.

Dans le cadre d’une guerre autant psychologique que militaire, on vise à instaurer l’insécurité chez le combattant ennemi en bombardant à la fois les hôpitaux et les boulangeries.

Parmi le bruit assourdissant des bombes, on lui fait savoir que sa fin approche; s’il devait être blessé sérieusement, il ne pourra plus compter sur personne. Mais il est encore temps de faire défection pour sauver sa peau…

Voilà le message.

Ceux qui s’opposent à cela partagent une noble conviction dans le progrès de l’Humanité. Le problème, c’est que ceux qui sont animés de tels idéaux guerriers sont précisément ceux qui ne la font pas.

Références :
Journal d’une mission civile en Palestine
La Palestine à l’heure de l’apartheid
Le Conseil de sécurité demande de protéger hôpitaux et médecins dans les conflits
Le Pentagone se défend d’un crime de guerre
Plaidoyer contre l’inhumanité
Syrie : à Alep, « une atmosphère de chaos et de désespoir »
Syrie : les hôpitaux, cibles délibérées du régime ?
Soigner sous les bombes

La guerre, c’est la guerre
5 (100%) 1 vote

Laissez un commentaire »

| Opinion | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Parler français conduit au terrorisme

26 mars 2016


 
Il y a des nouvelles qui me font bondir.

Ce matin Le Devoir publiait un texte intitulé « La francophonie, facteur clé de la radicalisation djihadiste, selon des chercheurs ».

Il s’agit d’une dépêche écrite par le correspondant à Washington d’une agence de presse canadienne.

Celui-ci cite deux ‘chercheurs’ américains qui déclarent que, « par habitant musulman, la Belgique produit nettement plus de combattants étrangers que le Royaume-Uni ou l’Arabie saoudite ».

Il semble que ceux-ci s’appuient sur le fait que par million d’habitants, la Belgique a fourni 41,6 djihadistes en Syrie, comparativement à 11,8 pour le Royaume-Uni et un pourcentage inconnu pour l’Arabie saoudite.

On peut tout faire dire aux statistiques. Mais voyons cela de plus près…

Il est clair que la commune de Molenbeek à Bruxelles est aux prises avec un problème de radicalisation.

Mais dans les faits, le principal contingent de djihadistes en Syrie est composé de Saoudiens, suivis d’environ cinq-mille combattants tchétchènes qui se sont exilés en Turquie après leur défaite par les forces russes.

Suivent une multitude de pays, dont la Belgique fait partie. La contribution de ce pays est d’environ 470 à 553 personnes, soit une contribution appréciable pour ce pays, mais insignifiante dans l’ensemble des forces en présence; à lui seul, il resterait 32 000 hommes dans les rangs de l’État islamique (après avoir perdu 22 000 à 25 000 combattants).

En 1995, les attentats d’Oklahoma City ont été commis par Timothy McVeigh, un terroriste américain anglophone. Les auteurs des attentats du 11 septembre 2001 étaient majoritairement des Saoudiens immigrés aux États-Unis : ils parlaient anglais. Les bombes qui explosent devant des cliniques d’avortement aux États-Unis sont posées par des terroristes de Droite qui parlent anglais. Et les auteurs de la fusillade de San Bernardino étaient anglophones, tout comme ceux qui commettent des tueries dans des écoles américaines.

Et ils parlaient anglais, non pas parce que cette langue mène au terrorisme, mais plutôt parce qu’ils habitent un pays anglophone.

Comme les membres des Brigades rouges, qui habitaient l’Italie, parlaient italien. Comme les membres de l’IRA, en Ulster, parlaient l’anglais avec un accent irlandais. Comme ceux de l’ETA, en Espagne, parlaient l’espagnol ou le basque.

Soutenir que parler français ou partager la culture française représente un facteur de risque sécuritaire, voilà un exemple de la médiocrité journalistique de l’agence de presse canadienne. On s’étonne donc qu’une telle connerie soit publiée par Le Devoir.

Mon commentaire cinglant à ce sujet ayant été refusé par ce quotidien, je me félicite d’avoir créé un blogue qui sert à l’occasion d’exutoire à mes contrariétés. 😉

Référence :
The French Connection – Explaining Sunni Militancy Around the World

Paru depuis :
An Econometric Analysis on the Global Flow of Militants Joining the Islamic State (2016-08-?)

Parler français conduit au terrorisme
5 (100%) 3 votes

11 commentaires

| Opinion | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Bilan de 2015

31 décembre 2015

Les lutins statisticiens de WordPress ont préparé le rapport annuel 2015 de ce blogue.

En voici un extrait :

En 2015, 257 articles ont été publiés, ce qui porte le total des archives du blogue à 1 505 textes.

Le jour le plus actif de l’année a été le 9 janvier 2015 avec 2 278 vues. C’est le record absolu.

L’article le plus populaire ce jour-là fut La Porte de Brandebourg.

Les textes du blogue ont été consultés dans 165 pays. Le nombre de consultations a dépassé mille dans sept pays; ce sont la France (98 823 fois), le Canada (23 685 fois), les États-Unis (9 125 fois), la Belgique (4 531 fois), la Suisse (2 751 fois), l’Algérie (2 517 fois) et le Maroc (1 663 fois).

Bilan de 2015
Votre évaluation :

Un commentaire

| Opinion | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Crise migratoire : les excuses sécuritaires de M. Harper

15 septembre 2015
« La Franchise de Stephen Harper » ( © 2015 — Frederick Hendy)

Introduction

Depuis le début de cette année, le Canada a accueilli 1 074 réfugiés syriens, soit en moyenne six réfugiés par jour.

Pressé par ses adversaires politiques de faire davantage, le premier ministre sortant a promis d’accélérer le processus de sélection et de revoir à la hausse le nombre d’immigrants autorisés à entrer au pays.

Et si on peut en juger par les promesses environnementales de M. Harper — constamment revues à la baisse — il y a peu d’espoir que M. Harper, s’il est réélu, réalise des promesses faites contre son gré.

Pour justifier la tiédeur de son gouvernement face à la crise migratoire, M. Harper a invoqué son souci de protéger la sécurité du pays et conséquemment, de s’assurer que des terroristes ne soient pas admis accidentellement au pays en profitant de cette crise.

Assumer le risque

Les pays européens, qui font face à des arrivées massives de demandeurs d’asile, renoncent aux vérifications préalables, ce qui ne les empêche pas de les commencer une fois les réfugiés arrivés.

Un haut responsable français de la lutte antiterroriste déclarait à l’Agence France-Presse que les djihadistes n’avaient pas besoin de se mêler aux réfugiés. Ils ont déjà des combattants occidentaux dans leurs rangs : ceux-ci peuvent prendre le premier avion à destination de leur pays d’origine sans demander l’asile puisqu’ils en sont déjà citoyens.

Quant aux autres combattants, s’ils ont besoin d’un passeport, les pétromonarchies qui les soutiennent se feront un plaisir de leur en fabriquer un faux gratuitement.

Selon Alain Chouet — ancien directeur du service de renseignements extérieurs français — si jamais l’État islamique veut se lancer dans une offensive de terreur internationale, il ne va pas envoyer ses soldats parmi les réfugiés.

Par mer, « il leur faudrait un mois pour arriver, avec une chance sur deux de se noyer… Du coup, la mission serait à l’eau. » ironise-t-il.

Le directeur du Centre français de recherches sur le renseignement, Éric Dénécé, abonde dans le même sens : « Le vrai problème, c’est que cela accroit encore le nombre de personnes à surveiller alors que les services sont déjà submergés par le nombre actuel de cibles. »

Des questions sans réponse

Face aux raisons douteuses invoquées par M. Harper pour justifier la lenteur du processus d’acceptation des réfugiés syriens, plusieurs questions demeurent sans réponse.

Qui sera responsable de vérifier les antécédents des requérants : le ministère fédéral de l’Immigration ou les services de renseignements canadiens ?

Si on veut augmenter la cadence des personnes acceptées au pays bien au-delà de six par jour, il faudra embaucher de nouveaux fonctionnaires arabophones : où sont publiées les offres d’emploi ? En a-t-on fait l’annonce publique afin d’accélérer le processus de sélection ?

Lors d’une guerre, rien n’est plus facile que de prendre l’identité d’une personne décédée et de recommencer sa vie sous un nom d’emprunt.

Auprès de qui va-t-on vérifier les dires des demandeurs d’asile ?

Va-t-on vérifier la validité des passeports syriens auprès des fonctionnaires du gouvernement de Bachar el-Assad (que le Canada veut abattre) ? Qui nous assure de sa collaboration ?

Espère-t-on vérifier la validité des diplômes académiques en tentant de rejoindre les directeurs d’école, les doyens de faculté ou les professeurs du requérant, et ce dans un pays à l’intérieur duquel 8 à 12 millions de personnes sont déplacées, sans compter les millions qui vivent présentement dans des camps de réfugiés ?

Quand le chaos s’empare d’un pays, y rejoindre quelqu’un est souvent plus difficile qu’on pense.

Si on doit demander des références auprès d’ex-employeurs, qui nous dit que ces personnes ne sont pas complices d’un malfaiteur, voire d’un terroriste ?

Conclusion

Face à cette crise, le choix est donc entre deux manières de procéder.

Soit la manière pragmatique, adoptée dans le passé à chaque fois que notre pays a voulu soulager une crise migratoire, c’est-à-dire l’entrevue sommaire qui écarte arbitrairement le moindre témoignage suspect mais qui permet d’accepter un grand nombre de réfugiés apparemment sincères.

Ou soit la manière conservatrice, c’est-à-dire une longue enquête quasi policière, semée d’embûches, couteuse pour le contribuable, et inefficace quant aux résultats, dessinée à écarter un risque sécuritaire déjà très faible au départ.

Bref, les justifications de M. Harper ressemblent beaucoup à des excuses cousues de fils blancs.

Références :
Crise des réfugiés : Harper invoque l’importance de « protéger notre sécurité »
ÉI et Al-Qaïda n’ont pas besoin d’infiltrer les groupes de migrants, clament les experts
Le Canada rattrapé par ses missions militaires

Crise migratoire : les excuses sécuritaires de M. Harper
Votre évaluation :

4 commentaires

| Géopolitique, Opinion | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Éviter les conflits d’intérêts des membres de l’Assemblée nationale

1 juin 2015

C’est en 1982 que le gouvernement de René Lévesque adopta la Loi sur l’Assemblée nationale. Cette loi était destinée, entre autres, à fixer les règles concernant les conflits d’intérêts de la députation québécoise.

En 2010, on voulut rafraîchir ces dispositions par le biais d’un Code d’éthique et de déontologie. Ce Code ayant été adopté à l’unanimité sous un gouvernement minoritaire, on présume qu’il fut le fruit d’innombrables tractations et de nombreux amendements. Le résultat est un document bavard, contenant 133 articles.

L’incompatibilité des fonctions

Au lieu de dire qu’un député ne doit pas recevoir d’autre rémunération que celle qu’il reçoit à titre de député ou de ministre, le Code le dit en cinq articles totalisant quatorze alinéas.

Et c’est sans compter le chapitre relatif à la rémunération et celui relatif aux dons et avantages marginaux.

À la place de quelques grands principes clairs, cette multiplication d’interdictions spécifiques assorties d’exceptions favorise l’émergence de situations exceptionnelles, non prévues au départ par les auteurs du Code.

Les conflits d’intérêts

Ceux-ci sont abordés dans deux chapitres; l’un s’adressant aux simples députés, l’autre aux ministres.

Le député ou le ministre doit éviter les situations où son intérêt personnel pourrait influencer son indépendance de jugement dans l’exercice de sa charge.

Il lui est interdit de se servir de son influence afin d’obtenir des faveurs à son avantage ou au bénéfice de sa famille immédiate, de même qu’en faveur de toute autre personne s’il le fait de manière abusive (sans que l’abus soit défini).

Le code interdit évidemment les délits d’initiés. Dans les faits, on présume qu’ils sont courants; n’est-il pas du devoir du député de prévenir un commettant d’un projet gouvernement susceptible de lui être préjudiciable ?

Le reste des dispositions concernant les conflits d’intérêts d’ordre commercial et financier est un spaghetti d’interdits et d’exceptions qui semblent avoir été adoptés pour ne viser personne au moment de son adoption.

L’homme d’affaires qui serait élu simple député n’a l’obligation de confier son entreprise à une fiducie que si cette entreprise n’est pas cotée en bourse et qu’elle fait des affaires avec l’État. Précisons que l’entreprise Québécor — détenue majoritairement par le chef de l’opposition — est cotée en bourse.

D’autre part, dans le cas d’un ministre, les dispositions qui le concernent sont un charabia d’interdits, d’exceptions et de contrexceptions. Par exemple, l’entreprise du conjoint d’un ministre peut obtenir des contrats gouvernementaux à deux conditions; premièrement, que cette entreprise recevait déjà des contrats de l’État avant que le ministre accède à son poste et deuxièmement, que les nouveaux contrats soit accordés par un autre ministre que son conjoint.

Le rapport du Commissaire à l’éthique

Au moment de sa nomination en janvier 2011, le premier commissaire à l’éthique et à la déontologie avait reçu le mandat de faire rapport sur la mise en oeuvre du Code et sur l’opportunité de le modifier et ce, au plus tard trois ans après son entrée en vigueur.

Or quatre ans se sont écoulés depuis. Entretemps, un magnat de la presse a été élu chef de l’opposition et certains de ses adversaires ont exprimé leur inquiétude face à la perspective d’une berlusconisation de la politique québécoise, dans la perspective de l’accession au pouvoir de son parti.

En mars 2014, le commissaire avait précisé la nature de la relation entre un membre du Conseil des ministres — ce que serait M. Péladeau s’il était élu premier ministre — et le fiduciaire à qui il a confié ses biens :
• le fiduciaire doit exercer cette charge de façon indépendante et entièrement autonome
• le fiduciaire doit disposer de tous les pouvoirs nécessaires à l’égard des biens qui ont été confiés
• il est interdit au ministre d’exercer directement ou indirectement quelque influence auprès du fiduciaire
• le fiduciaire ne peut recevoir, directement ou indirectement, des directives ou des conseils du ministre, sauf des indications générales
• il est interdit au fiduciaire de s’adresser au ministre pour obtenir des directives ou des conseils relatifs à la gestion des biens qu’il administre.

En tant que simple député, le chef de l’opposition n’est pas tenu de confier son entreprise à une fiducie. Mais il aurait à le faire s’il devenait premier ministre. Malgré cela, il a choisi volontairement de se soumettre à cette exigence.

Ses adversaires politiques soutiennent que cela n’est pas suffisant. En effet, M. Péladeau a fait savoir que ses fiduciaires ont tous les pouvoirs, sauf celui de vendre Québécor (son entreprise principale). Pour les Libéraux, les fiduciaires de M. Péladeau devraient être complètement libres d’agir.

Interrogé à ce sujet, le Commissaire à l’éthique a répondu que ce n’était pas à lui de faire dire au Code ce qu’il ne dit pas. En d’autres mots, si l’Assemblée nationale veut ajouter cette exigence visant M. Péladeau, c’est à elle de légiférer dans ce sens.

Le placement en fiducie, une plaisanterie

Ceux qui détiennent le pouvoir économique sont tellement respectés des gouvernements et ont un accès tellement facile aux antichambres ministérielles, qu’on peut se demander s’il ne serait pas raisonnable de leur interdire de faire eux-mêmes de la politique. Malheureusement — ou heureusement, selon le point de vue — cela serait anticonstitutionnel; à quelques exceptions près, tout citoyen a le droit participer à la vie politique de son pays.

Permettre aux hommes d’affaires se lancer en politique à la condition qu’ils se départissent de tous leurs intérêts financiers constitue une contrainte telle qu’elle équivaut à une interdiction indirecte.

Alors que faire ?

La solution adoptée par tous les pays démocratiques, c’est que les hommes d’affaires doivent confier leurs entreprises à une fiducie s’ils accèdent au pouvoir.

Dans les faits, le politicien dont les entreprises sont placées en fiducie a intérêt à adopter des mesures qui leur sont favorables; lorsqu’il quittera la politique, il reprendra des biens dont la valeur se sera accrue considérablement pendant qu’il était au pouvoir.

L’exigence de la société de fiducie est donc une manière de sauver les apparences. Mais il est impossible de faire mieux.

Le dilemme du gouvernement libéral

À mon avis, tout élu à l’Assemblée nationale, qu’il soit député ou ministre, dans l’opposition ou au pouvoir, devrait être soumis aux mêmes règles. À des degrés divers, tous participent à la même vie politique.

Même si un parti d’opposition n’a aucun moyen d’accorder des contrats gouvernementaux et de distribuer les faveurs, il peut toujours monnayer secrètement son appui à un projet gouvernemental. Donc M. Péladeau a raison de se soumettre volontairement à des exigences plus grandes que celles auxquelles il est obligé d’obéir.

Reste la question relative à l’interdiction faite à la fiducie de vendre les entreprises qui lui sont confiées. S’agit-il d’une contrainte déraisonnable ?

À l’article 2.5.3.3 du rapport du Commissaire, on apprend qu’au moment de la création d’une fiducie au nom d’un ministre, le fiduciaire est tenu de révéler au Commissaire les biens financiers que lui a confiés un ministre.

Une fois cette déclaration faite, le fiduciaire qui vend ces biens pour acheter d’autres titres financiers, n’est pas tenu d’en informer personne.

Si les délits d’initiés sont interdits par la loi, dans les faits ils sont monnaie courante. Lorsque cela se produit, le ministre devient le seul — avec le fiduciaire qu’il a choisi — à savoir les entreprises acquises par l’intermédiaire du fiduciaire.

Conséquemment, ni le commissaire à l’éthique, ni les partis d’opposition et ni les journalistes ne peuvent déceler les abus et faire leur devoir qui est d’en alerter l’opinion publique.

En somme, dans le cas précis de M. Péladeau, l’interdiction adressée au fiduciaire de vendre les biens sous sa garde est bien préférable à son contraire.

Il revient donc au peuple de décider. Si les Québécois veulent que leur gouvernement soit administré par un homme d’affaires, c’est leur décision. Vox populi, vox Dei. Ils ont déjà porté au pouvoir un parti — le Parti libéral du Québec — même s’ils le croient corrompu. Dans le monde imparfait dans lequel nous vivons, pourquoi n’auraient-ils pas le choix d’élire un homme d’affaires à la tête de l’État ?

Références :
Code d’éthique et de déontologie des membres de l’Assemblée nationale
Rapport sur la mise en œuvre du Code d’éthique et de déontologie des membres de l’Assemblée nationale 2011-2014

Éviter les conflits d’intérêts des membres de l’Assemblée nationale
Votre évaluation :

Un commentaire

| Opinion, Politique | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


%d blogueurs aiment cette page :