L’écriture inclusive

12 novembre 2017

Introduction

L’écriture inclusive se définit comme l’ensemble des procédés graphiques et syntaxiques permettant d’assurer une égalité des représentations entre les femmes et les hommes.

L’écriture inclusive vise trois objectifs d’importances inégales :
• la féminisation des titres,
• l’élimination du masculin générique,
• l’élimination de la majuscule de prestige à ‘Homme’.

Encore controversée en France, la féminisation des titres est une chose acquise au Québec. Voilà pourquoi il n’en sera pas question ici.

Le troisième objectif, mineur, vise à éviter, par exemple, que ‘droits de l’Homme’ désigne les droits communs aux hommes et aux femmes.

Le texte qui suit concernera donc exclusivement le deuxième objectif, beaucoup plus ambitieux.

Le masculin générique

Offensés par la règle selon laquelle le masculin l’emporte sur le féminin, ses promoteurs accusent celle-ci d’invisibiliser (sic) les femmes.

À titre d’exemple, dans le paragraphe qui précède, ‘promoteurs’ comprend à la fois les promoteurs de sexe masculin et les promotrices. Conséquemment, le mot masculin pluriel ‘promoteurs’ englobe donc implicitement les promotrices, ce qui a pour résultat de les occulter.

En somme, le masculin générique aurait pu très bien s’appeler ‘masculin inclusif’ parce que c’est précisément ce qu’il fait; inclure implicitement le féminin.

Aussi offensante soit-elle, cette règle concerne le genre grammatical et non le sexe des êtres (vivants ou inanimés).

Une table n’est pas de sexe féminin, mais plutôt du genre féminin. De la même manière, un divan n’est pas de sexe masculin, mais plutôt du genre masculin. Conséquemment, lorsqu’on laisse dans une pièce un divan et une chaise, il n’y a aucun danger d’un accouplement contre nature.

Les promoteurs de l’écriture inclusive en sont conscients mais soutiennent que le langage construit les mentalités et entraine un impact important sur les représentations sociales.

Il s’agit donc pour eux de combattre les stéréotypes sexistes en remaniant l’écriture.

Langue et société

Dans le combat en faveur de l’égalité des sexes, le désir d’éliminer le masculin générique repose sur le mythe selon lequel la langue façonne les mentalités.

Est-il possible que ce soit l’inverse ? En d’autres mots, ne pourrait-on pas croire que la langue française est principalement le reflet de l’histoire et de l’évolution de la société française ?

Dans tous les cas, peut-on effacer les ‘stigmates’ des mentalités qui prévalaient autrefois ?

La mitraille

En France, le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE), un organisme étatique, recommande de structurer les phrases selon le schéma suivant : racine du mot + suffixe masculin + point + suffixe féminin.

À titre d’exemple, au lieu de « Pour entrer en fonction, le sénateur doit prêter serment au roi d’Angleterre », on écrira : « Pour entrer en fonction, le.la sénateur.rice doit prêter serment au.à la roi.reine d’Angleterre » (p. 29 du guide du HCE).

Pour le pluriel, au lieu des « agents territoriaux », on écrira : « agent.e.s territoriaux.ales» (p. 29 du guide du HCE).

Imaginons un instant que l’abolition du masculin générique devienne une réalité. Tout comme les textes écrits sous l’Ancien régime sont aujourd’hui publiés avec une graphie moderne (ex.: estudier est devenu étudier), toute la littérature française devra être réécrite.

On aura le choix.

On pourra alors modifier le texte. Dans l’exemple donné précédemment, « Pour entrer en fonction, le sénateur doit prêter serment au roi d’Angleterre », on écrira tout simplement « Pour entrer en fonction, chaque membre du Sénat doit prêter serment à la monarchie britannique ».

C’est pareil. Malheureusement, si ce texte avait été écrit par Lamartine, la nouvelle version ne serait pas vraiment ce qu’il a écrit. Et sur l’ensemble de son œuvre, le génie de cet auteur serait amoindri aux yeux des lecteurs d’aujourd’hui.

Par contre, si on opte pour la mitraille de points, imaginez la difficulté du jeune écolier à qui le professeur demande de lire à voix haute un texte rédigé ainsi.

Dans le même ordre d’idée, à chaque fois qu’il sera question d’un être sexué, l’acteur de théâtre, de cinéma ou de télévision se butera sur le texte écrit ou traduit en écriture inclusive.

À l’époque de l’Empire romain, tous les textes étaient en majuscules et aucun signe de ponctuation ne l’interrompait.

Au Moyen-âge, on a inventé à la fois les minuscules et les plus importants signes de ponctuation; la virgule pour insérer une pause dans la phrase et le point pour la terminer.

De nos jours, l’auteur doit user de finesse lorsque vient le temps d’utiliser une abréviation comme etc. En effet, le point de l’abréviation peut être confondu avec un point final. On pourra donc placer l’abréviation à la fin de la phrase pour que son point fasse une pierre deux coups. Autrement, la minuscule ou la majuscule au début du mot suivant permet d’indiquer au lecteur la nature du point qui le précédait.

Mitraillé par l’écriture inclusive, le lecteur doit constamment analyser la phrase pour en deviner le sens.

Le point médian

Afin d’évider cette confusion, certains suggèrent le point médian, appelé également point d’altérité. Au lieu d’être à la ligne, ce point est situé à mi-fauteur des caractères. Par exemple, les citoyen∙ne∙s.

À l’heure actuelle, le point médian n’est pas offert sur le clavier de nos ordinateurs mais pourrait l’être à l’avenir si la demande s’en fait sentir.

Le point médian nuit moins à la lisibilité du texte lorsqu’il est utilisé de manière parcimonieuse. Mais dès qu’il devient abondant — ce qui est inévitable avec l’écriture inclusive — il partage la même lacune majeure que le point conventionnel; une diminution de la lisibilité.

L’énumération du féminin et du masculin

Parmi les solutions alternatives, approuvées par le HCE, il y a l’utilisation conjointe du féminin et du masculin.

Prenons une communauté religieuse formée exclusivement de femmes. On les désignera collectivement comme étant des religieuses. Si cette communauté décide de devenir mixte, dès l’ajout d’un premier homme, ce sont des religieux en vertu de la règle selon laquelle le masculin l’emporte sur le féminin.

Face à ce genre de situation, l’Ordre des infirmières du Québec est devenu l’Ordre des infirmières et des infirmiers du Québec.

L’accord de proximité

Dans certaines langues, les adjectifs se conjuguent en fonction du dernier nom qu’ils qualifient. Ainsi, dans une énumération, on y écrit « Les femmes et les hommes sont nés égaux » ou « Les hommes et les femmes sont nées égales ». Dans ces langues, l’un et l’autre sont parfaitement acceptables.

La première fois qu’on lit « les Français et les Françaises sont belles », on est un peu surpris, mais peut-être finira-t-on par s’habituer.

Acceptabilité sociale

Selon un récent sondage, trois Français sur quatre seraient favorables à l’écriture inclusive sans trop savoir de quoi il s’agit.

Dans l’esprit du HCE, l’écriture inclusive se confond avec le combat pour l’égalité des sexes.

Français et Québécois sont d’accord avec l’égalité entre les hommes et les femmes, un des buts visés par l’écriture inclusive.

Mais dès qu’on parle spécifiquement de l’élimination du masculin générique, les choses se compliquent.

Lorsqu’un premier manuel scolaire basé sur l’élimination du masculin générique a fait surface en France, cela a déclenché un tollé.

Accusant l’écriture inclusive d’être un peu la version féministe de la ‘novlangue’ de George Orwell, des députés français s’y sont opposés vigoureusement.

Le ministre français de l’Éducation a déclaré que l’écriture inclusive ajoute à l’écriture une complexité qui n’est pas nécessaire. Son opposition est partagée par sa collègue de la Culture.

Dans un communiqué émis le 26 octobre dernier, l’Académie française a qualifié l’écriture inclusive de péril mortel.

Sans le dire explicitement, cette opposition concerne l’élimination du masculin générique. Ce qui contribue à la confusion puisque l’écriture inclusive, en principe, est une réforme plus vaste que cela. Conséquemment, dans l’esprit du public, l’écriture inclusive est devenue synonyme de l’élimination du masculin générique.

Pour le blogueur Raphaël Fiévez du Huffington Post, bannir le masculin générique dans le but de combattre le sexisme est aussi futile que de bannir le mot race pour combattre le racisme.

Conclusion

Que la ‘méchante’ Académie française ait décidé au XVIIe siècle d’imposer le féminin générique plutôt que le masculin générique, le résultat serait fondamentalement le même; une simplification de la langue aux dépends d’un genre grammatical.

Après des siècles d’usage, certaines décisions deviennent irréversibles.

À l’heure actuelle, aucune étude scientifique n’a prouvé qu’un programme éducatif basé sur l’écrit mitraillé de points n’entrainait pas de retard dans l’apprentissage du français auprès de jeunes écoliers.

D’autre part, n’importe quel adulte est libre d’écrire le français comme il le souhaite. Tout comme chacun d’entre nous est libre de lire (ou non) ses textes.

Comparé aux bouleversements actuels provoqués — à juste titre — par la dénonciation du harcèlement sexuel, le combat pour l’élimination du masculin générique fait partie de ces luttes bourgeoises et superficielles qui ne changent rien à la vie de tous les jours.

Ni plus ni moins, il s’agit ici d’une version moderne des Précieuses ridicules de Molière. Conséquemment, les organismes qui y ont recours pour faire ‘cool’ se discréditent.

Dans le cas du HCE, cela est dommage puisque dans l’ensemble des mesures qu’il préconise sous l’appellation générale d’écriture inclusive, il y a beaucoup de suggestions intéressantes que cet organisme aura du mal à promouvoir après le discrédit qu’essuiera probablement sa proposition extravagante d’abolir le masculin générique.

Références :
Écriture inclusive
L’écriture inclusive, fausse solution à l’iniquité des sexes
Pour l’Académie française, l’écriture inclusive est un “péril mortel”
Pour une
communication publique sans stéréotype de sexe

Qu’est-ce que l’écriture inclusive et pourquoi pose-t-elle problème ?
3 Français sur 4 se disent favorables à l’écriture inclusive

L’écriture inclusive
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le pluriel des nombres

7 septembre 2017
Siège de l’Académie française

L’expression d’une quantité

Si je vous dis que j’ai cent huit onces de jus en réserve, s’agit-il de cent formats de huit onces (qui font 800 onces) ou d’un format de 108 onces ?

Avec la nouvelle orthographe, c’est simple; on met un trait d’union entre tous les éléments d’un nombre écrit au long. On écrira donc cent-huit onces pour 108 onces.

Pour ce qui est du pluriel, dans les petits nombres, seuls vingt et cent sont parfois mis au pluriel.

La raison est simple; dix-sept n’est pas 10 fois 7 alors que quatre-vingts est 4 fois 20. Voilà pourquoi quatre-vingts est au pluriel.

Tout aussi logiquement, on écrira les quatre saisons et les douze mois de l’année (où quatre et douze sont au singulier). Pourquoi ? Parce que ce sont les saisons et les mois qui sont nombreux et non les chiffres 4 et 12.

À la différence d’un nombre, l’adjectif dont il est tiré se conjugue au pluriel. On parlera donc des cinquièmes Jeux olympiques et des quatre (au singulier) Jeux qui les ont précédé.

Dans les cas de vingt et de cent, ils s’accordent au pluriel seulement lorsqu’ils sont placés à la fin du nombre écrit au long.

Par exemple, on écrira quatre-vingts et quatre-vingt-cinq. Ici, le 20 n’est au pluriel que dans le premier cas, lorsqu’il est à la fin du nombre.

Même chose pour 100. On écrira deux-cents et deux-cent-trois. Ici encore, le 100 n’est au pluriel que dans le premier cas, lorsqu’il termine le nombre.

Quant à l’objet dénombré, on ne le met au pluriel qu’à partir de deux. Le médecin écrira à son patient de prendre 1,5 comprimé le matin et deux comprimés au coucher.

En anglais, le pluriel de l’objet s’applique au-delà d’un. Ce même médecin dira à un patient anglophone de prendre 1 tablet in the morning and 1,5 tablets at night.

L’expression d’un rang

Il arrive qu’un chiffre n’exprime pas une quantité mais le rang d’un objet à l’intérieur d’un ensemble.

Un livre peut avoir quatre-cents pages. Mais si je me trouve à la page 300, ce nombre n’exprime pas une quantité, mais un rang; c’est la 300e page.

De la même manière, l’adresse civique indique l’ordre des maisons le long d’une rue. Le 80 de la rue Principale n’est pas nécessairement quatre fois plus gros que le 20 de la même rue. Mais s’il avait 80 étages, il serait plus haut qu’un immeuble de 20.

Même chose pour les années. L’an mille-neuf-cent est la 1900e année de notre ère. Voilà pourquoi le cent final y est au singulier.

Lorsque le nombre exprime un rang, il est donc toujours invariable.

Mille, millions et milliards

Jusqu’à maintenant, c’est peut-être un peu compliqué, mais c’est logique.

Dépassé 999, c’est différent.

Mille est invariable pour des raisons historiques. En vieux français, mille était déjà le pluriel de mil.

On écrivait alors : « Jeanne-d’Arc est née en mil quatre cent douze » et « La dote de la reine était de deux mille écus.»

De nos jours, cette distinction a disparu. Même dans le cas des années, on peut écrire indistinctement mil-quatre-cent-douze ou mille-quatre-cent-douze à la place de 1412. Mais on ne peut écrire que deux-mille-dix-sept (jamais deux-mil-dix-sept).

Alors pourquoi donc avoir tenu à respecter cette vieille tradition alors qu’il aurait été si simple de faire en sorte que 1 000 obéisse aux même règles que 100 et 20 ?

Mystère…

Millions et milliards sont deux autres exceptions.

Ils prennent le pluriel non seulement lorsqu’ils sont placés à la fin du nombre (ex.: deux-millions d’électeurs) mais également lorsqu’ils se trouvent à l’intérieur du nombre écrit au long (ex.: deux-millions-trente dollars).

Je sais, ce n’est pas très logique, mais c’est comme ça.

Références :
Pourquoi mille est-il invariable?
Trait d’union et numéraux

Sur le même sujet : Le pluriel des couleurs

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif M.Zuiko 12-40mm F/2,8 — 1/640 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 12 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Modifier la Loi 101 et l’effet domino

28 août 2017


 
Le français, une langue assiégée

Sous le titre ‘Coup dur pour la Loi 101’, le quotidien Le Devoir révélait samedi dernier les résultats d’un sondage de la firme Léger & Léger effectué entre 10 et le 13 juillet dernier auprès de 1 006 personnes.

Si on exclut les indécis, 66% des Québécois — dont 58% des répondants francophones — souhaitent qu’on permette un accès plus facile aux écoles anglaises du primaire et du secondaire à ceux qui n’y ont pas droit en vertu de la Loi 101.

Le principe fondamental de la Loi 101 est simple : seule l’école publique française est gratuite au Québec. Comme seule l’école publique italienne est gratuite en Italie. L’allemande en Allemagne. Etc.

La seule exception à cette règle, ce sont les angloQuébécois qui ont un droit constitutionnel à l’école publique anglaise. Cette dernière est donc une école d’exception alors que l’école publique française est la règle.

Le Québec a déjà fait l’expérience de la liberté de choix de la langue d’enseignement. En 1969, le gouvernement de l’Union nationale (un parti politique aujourd’hui disparu) adoptait une loi qui laissait aux parents le libre choix de la langue d’enseignement de leurs enfants.

Le résultat fut immédiat; 90% des néoQuébécois choisirent d’envoyer leurs enfants à l’école publique anglaise. Devant la menace d’une anglicisation rapide du Québec, les gouvernements libéral et péquiste adoptèrent diverses mesures correctives. Ce fut la loi 22 du PLQ puis finalement la Loi 101 du PQ, adoptée en 1977.

Pour contrer la Loi 101, l’ethnie dominante du Canada adopta cinq ans plus tard une nouvelle constitution à l’issue d’une séance ultime de négociation à laquelle le Québec ne fut pas invité.

Dans un de ses jugements, la Cour suprême du Canada a reconnu que l’article 23 de la Canadian Constitution visait à conter les dispositions linguistiques de la Loi 101.

Depuis 1982, les tribunaux utilisent tous les prétextes pour invalider des pans entiers de la Loi 101.

Aujourd’hui, on ne peut pas permettre l’accès à l’école anglaise aux francoQuébécois sans le permettre également aux néoQuébécois. Sinon, la Loi 101 sera jugée discriminatoire, donc anticonstitutionnelle. Avec les conséquences catastrophiques que cela entrainerait.

Ceci étant dit, il y a un écart entre les principes et l’application des principes. Si de nombreux francoQuébécois veulent que leurs enfants aient une meilleure connaissance de l’anglais, on peut très bien enrichir l’enseignement de l’anglais à l’école française.

La manipulation de l’opinion publique

Paradoxalement, selon ce même sondage, seulement 15% des répondants francophones souhaitent un assouplissement général de la Loi 101. Et 61%, son renforcement.

D’où la question : Comment les francoQuébécois peuvent-ils être pour une chose et son contraire ? Peut-être n’y voient-ils pas de contradiction.

Mais pour répondre véritablement à cette question, il faut se rappeler que ce sondage a été effectué avant la publication des données linguistiques du recensement de 2016.

Quel était l’état de l’opinion publique avant que soient connus les résultats de ce recensement ?

Dans les mois qui ont précédé le 35e congrès des jeunes libéraux (qui s’est tenu les 12 et 13 aout dernier), les associations des comtés anglophones ont fait savoir qu’elles se proposaient de faire adopter une résolution demandant un assouplissement de l’accès aux écoles primaires et secondaires anglaises.

Afin de stopper la montée de la CAQ dans les intentions de vote des angloQuébécois, les dirigeants du PLQ voyaient d’un bon œil l’adoption de cette résolution favorable aux angloQuébécois sans qu’il s’agisse d’un engagement formel du PLQ.

Afin de préparer le terrain, le ministre Jean-Marc Fournier (responsable de la propagande libérale) multipliait les déclarations jovialistes au sujet de la situation de français au Québec et au Canada, dissipant toute inquiétude à ce sujet.

Parallèlement, le gouvernement Couillard se disait préoccupé par le déclin démographique des angloQuébécois en région.

Bref, la table était mise pour l’adoption de cette résolution.

Et comme le gouvernement jouit d’un accès aux médias beaucoup plus facile que les partis d’opposition, cet exercice de propagande a eu pour résultat d’amener de nombreux francoQuébécois à croire que ce serait une bonne idée.

Mais voilà que Statistique Canada publie ses données originelles, très inquiétantes, au sujet de français au Québec à quelques jours du congrès des jeunes libéraux. Avec le résultat que ceux-ci rejetèrent avec sagesse les propositions des comtés anglophones. Un rejet bien accueilli par les dirigeants du PLQ, conscients que prétendre le contraire était devenu indéfendable.

La peur de faire des vagues

Les résultats de ce sondage ne montrent pas seulement la puissance de la machine de propagande libérale. Devant le silence intéressé de la Coalition Avenir Québec, aucun des partis indépendantistes n’a réussi à faire réaliser aux francoQuébécois qu’on ne doit pas toucher à la Loi 101.

Pourtant, il suffit de dix secondes aux actualités télévisées pour passer le message suivant : « Si on ouvre l’école publique anglaise aux francoQuébécois, il faut l’ouvrir aux néoQuébécois. Et si on fait ça, c’en est fini du français au Québec

La firme Léger & Léger ne manque jamais une occasion de répéter que ‘les Québécois haïssent la chicane’. Ce qu’elle oublie de dire c’est que si Camille Laurin (le père de la Loi 101) avait craint cet avertissement, le Québec serait probablement devenu majoritairement anglophone aujourd’hui. On ne fait pas d’omelettes sans casser d’œufs.

À craindre la controverse, les partis indépendantistes se condamnent à la castration idéologique.

Nos voisins du Sud doivent nous servir d’exemple; ils acceptent que des leurs meurent sous les drapeaux à l’Étranger lorsqu’on leur fait croire que c’est pour défendre la Liberté.

Il est temps qu’on nous dise qu’il y a un prix à payer pour la défense de notre langue et notre culture.

Références :
De ROC et de francophonie
La sage décision des jeunes Libéraux
Les Québécois veulent élargir l’accès à l’école anglaise
Québec inquiet de voir des communautés anglophones assimilées
Sondage Léger-Le Devoir au sujet de la Charte de la langue française

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’invraisemblance des nouvelles données de Statistique Canada

18 août 2017


Données linguistiques de 2011 et de 2016 pour l’ile de Montréal
(Note : LNO signifie Langue non officielle)

Langue parlée à la maison Nombre en 2011 % en 2011 Nombre en 2016 % en 2016
         
Français 936 870 50,3 % 953 130 49,8 %
Français + LNO 59 940 3,2 % 77 415 4,0 %
Anglais 435 675 23,4 % 437 070 22,8 %
Anglais + LNO 31 595 1,7 % 38 285 2,0 %
Français et anglais 27 670 1,5 % 34 135 1,8 %
Français + anglais + LNO 18 410 1,0 % 24 800 1,3 %
Langue non officielle 352 040 18,9 % 349 915 18,3 %
Total 1 862 200 100,0 % 1 914 765 100,0 %

Données linguistiques de 2011 et en 2016 pour la région métropolitaine
(Note : LNO signifie Langue non officielle)

Langue parlée à la maison Nombre en 2011 % en 2011 Nombre en 2016 % en 2016
         
Français 2 502 410 66,1 % 2 669 195 65,9 %
Français + LNO 87 330 2,3 % 118 980 2,9 %
Anglais 606 910 16,0 % 620 510 15,3 %
Anglais + LNO 41 050 1,1 % 50 935 1,3 %
Français et anglais 48 610 1,3 % 60 730 1,5 %
Français + anglais + LNO 27 120 0,7 % 38 480 0,9 %
Langue non officielle 472 485 12,5 % 494 525 12,2 %
Total 3 785 915 100,0 % 4 053 360 100,0 %

Remarque : Dans le texte qui suit, ‘Francophone’ est défini comme une personne qui parle principalement le français à la maison ou une langue non officielle et le français. Cela correspond aux deux premières rangées dans les tableaux ci-dessus.

 
Durant l’été, Montréal accueille un grand nombre de touristes, principalement américains. Conséquemment, il est normal que durant cette saison, on rencontre un grand nombre de locuteurs anglophones dans les quartiers touristiques de la ville.

Lorsque les données de Statistique Canada démontrent qu’il y a environ le quart de la population montréalaise qui est anglophone, cela signifie que l’usage de l’anglais devrait être bien moindre hors des quartiers dans lesquels les Anglophones sont majoritaires.

J’habite Montréal depuis quarante ans. Depuis toujours, j’emprunte les transports en commun et suis donc à même de juger de la langue utilisée par ceux qui m’entourent.

Autrefois, très peu de gens parlaient anglais dans des quartiers comme le Plateau Mont-Royal et Hochelaga-Maisonneuve.

Cela n’est plus vrai. On peut même affirmer que jamais on a autant parlé anglais à Montréal que depuis les quinze dernières années.

Selon le recensement de 2011, l’importance démographique des Francophones sur l’ile de Montréal a décliné d’un pour cent entre 2006 et 2011.

Selon les données corrigées du recensement de 2016 (celles datées du 17 aout), la tendance s’est soudainement inversée; l’ile de Montréal se serait refrancisée de 0,3% entre 2011 et 2016 alors que rien, à ma connaissance, ne permet d’expliquer ce bouleversement.

Pour l’ensemble de la région métropolitaine, le même miracle se serait produit.

Alors que l’importance démographique des Francophones y avait diminué de 0,8% entre 2006 et 2011, la tendance se serait inversée entre 2011 et 2016. En effet, l’ensemble de la région métropolitaine se serait soudainement refrancisée de 0,4%.

On voit mal comment Montréal se serait refrancisée quand 60% des néoQuébécois choisissaient de s’assimiler à l’anglais il y a à peine cinq ans. Ce revirement soudain est invraisemblable.

Pour donner une idée de l’ampleur de ce changement, c’est comme si la proportion des néoQuébécois qui s’anglicisaient était demeurée au-delà de 60% pendant un demi-siècle mais qu’elle avait chuté soudainement à 40% au cours des cinq dernières années.

Nous reconnaissons tous l’importance de baser notre jugement sur des faits. Toutefois, beaucoup d’études mal faites sont aussitôt contredites par d’autres, plus rigoureuses.

Ce recensement, c’est n’importe quoi. Malheureusement, il n’existe aucune autre étude qui permet de vérifier la véracité des données de Statistique Canada.

Et le cafouillage qui a entouré ce recensement ne fait rien pour rehausser la crédibilité de l’organisme qui l’a entrepris.

Lorsqu’on apprend que les employés fédéraux sont maintenant évalués au sujet de leur fiabilité et leur loyauté envers le Canada, je crois qu’il est imprudent de baser nos politiques linguistiques sur une seule source d’information, et de remettre ainsi notre sort entre les mains du gouvernement fédéral.

N’oublions jamais que le Canada est un pays colonial qui, à la différence des autres, ne possède pas ses colonies sous les tropiques mais réparties sur son territoire; des poches autochtones régies par un apartheid juridique dont le but est leur lente extermination, et le Québec à qui le Canada anglais a imposé une constitution adoptée à l’issue d’une séance ultime de négociation à laquelle nous n’étions pas invités. Comme tout empire colonial le ferait à l’égard d’une colonie.

Étant donné le rapport particulier qui nous lie au pouvoir colonial canadien, il serait sage que le Québec effectue son propre ‘dénombrement linguistique’ (qui pourrait s’appeler ainsi dans l’éventualité où le fédéral se serait accordé l’exclusivité constitutionnelle de tenir des recensements au pays).

Le recensement de 2016 a couté 715 millions$. La population québécoise représente 23% de celle du Canada. Par règle de trois, cela donnerait 164 millions$. Cet investissement entrainerait 100% de retombées économiques pour le Québec.

Afin d’obtenir une image plus précise de la démographie linguistique du Québec, le questionnaire de ce dénombrement devrait éviter de simplement répéter les questions d’ordre linguistique du recensement canadien.

Références :
Données corrigées du recensement de 2016 : Montréal
Données corrigées du recensement de 2016 : région métropolitaine

Parus depuis :
Statistique Canada maquille le déclin du français (2017-09-05)
Statistique Canada masque le déclin du français (2017-10-10)

L’invraisemblance des nouvelles données de Statistique Canada
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Écrit par Jean-Pierre Martel


La sage décision des jeunes Libéraux

16 août 2017

Introduction

Réunis en congrès la fin de semaine dernière, les jeunes Libéraux du Québec ont rejeté une proposition destinée à ouvrir la Loi 101 de manière à permettre l’accès d’un certain nombre de francoQuébécois à l’école primaire anglaise.

Dans le concert de reproches adressés aux jeunes Libéraux pour avoir osé suggérer d’affaiblir la Loi 101, ce qui est frappant, c’est qu’on a oublié l’essentiel; cette proposition a été rejetée.

À mon avis, les jeunes Libéraux doivent être félicités pour cette sage décision.

Mais voyons d’abord pourquoi elle a été présentée.

Les motifs favorables à l’idée

L’organisation d’un congrès politique exige une longue préparation.

Les idées des membres sont présentées aux associations locales qui les adoptent ou les rejettent.

Les suggestions retenues sont ensuite soumises à des congrès régionaux ou nationaux.

Depuis plusieurs mois, le ministre libéral Jean-Marc Fournier vantait dans Le Devoir les immenses progrès de l’usage du français au Québec et dans le reste du Canada.

Parallèlement à cela, certains jeunes Libéraux anglophones constatent un déclin des inscriptions aux écoles anglophones du Québec, au point que certaines d’entre elles sont menacées de fermeture.

Ce déclin se produit aussi dans les écoles francophones, mais de manière moins dramatique. D’où l’idée d’ouvrir la Loi 101 afin que des enfants francophones puissent venir gonfler les effectifs des écoles anglophones et empêcher la fermeture de certaines d’entre elles.

Une mauvaise idée

La publication récente des données linguistiques du dernier recensement est venue refroidir la propagande jovialiste du ministre Fournier. En deux mots, la langue en péril au Québec, c’est le français et non l’anglais.

Même si les inscriptions à l’école anglaise chutent, même si de nombreux angloQuébécois quittent le Québec pour faire carrière ailleurs, l’attrait de l’anglais est tel que de nombreux Québécois s’anglicisent. Au point que l’importance démographique des angloQuébécois demeure stable ou s’accroit.

À titre d’exemple, 60% des néoQuébécois choisissent de s’assimiler à l’anglais, en dépit des cours de francisation à leur disposition.

En matière scolaire, le principe de la Loi 101 est simple; seule l’école publique française est gratuite au Québec. Comme seule l’école publique italienne est gratuite en Italie. L’allemande en Allemagne. Etc.

La seule exception à cette règle, ce sont les angloQuébécois qui ont un droit constitutionnel à l’école publique anglaise.

Si d’autres parents veulent envoyer leurs enfants à l’école anglaise, ce doit être à l’école privée anglaise, c’est-à-dire à leurs frais et non aux frais des contribuables.

Plus nous créons d’exceptions à cette règle, plus la Cour suprême du Canada dispose de prétextes pour invalider des pans entiers de la Loi 101 sous le motif qu’elle serait discriminatoire.

Dans la cause relative aux écoles passerelles, la Cour suprême du Canada a statué qu’en vertu du droit constitutionnel à la réunification des familles, si on donne à un enfant le droit d’aller à l’école anglaise, on le donne à tous ses frères et sœurs, oncles, tantes, cousins et cousines. Bref, on le donne à tout le clan familial et à tous leurs descendants.

Jamais en France, en Italie, ou en Allemagne, on ne verrait l’État payer l’instruction dans une autre langue que la langue nationale sous le prétexte qu’il faut soutenir les activités déclinantes d’écoles qui enseignent autre chose.

Voilà pourquoi on doit féliciter les jeunes Libéraux d’avoir refusé d’affaiblir la Loi 101.

Références :
Avis aux nostalgiques : le Québec et le Canada changent!
De ROC et de francophonie
Le Canada de 2017 toujours anti-francophones
L’inaction comme politique

La sage décision des jeunes Libéraux
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Données linguistiques de Montréal selon le recensement de 2016

3 août 2017


Mise en garde : Le texte qui suit est devenu caduc depuis que Statistique Canada a constaté une erreur survenue dans la saisie des données de son recensement de 2016.

Pour les données corrigées, datées du 17 aout 2016, voir le texte L’invraisemblance des nouvelles données de Statistique Canada.

C’est le 2 aout dernier que Statistique Canada dévoilait les données linguistiques de son recensement de 2016.

Selon les données du recensement précédent — celui de 2011 — la proportion des Francophones sur l’ile de Montréal et dans l’ensemble de la région métropolitaine a décliné d’environ un pour cent de 2006 à 2011.

Qu’en est-il depuis ?

Qu’est-ce qu’un Francophone ?

La langue maternelle

Traditionnellement, Statistique Canada définit un Francophone comme un citoyen dont la langue maternelle est le français.

La majorité des citoyens canadiens sont adultes. Dans leur cas, leur langue maternelle reflète une appartenance linguistique ancienne.

Par exemple, une personne née voilà longtemps de parents francophones, mais qui, de nos jours, lit principalement des textes en anglais, voit des films en version anglaise, écoute de la musique anglaise et surtout, parle exclusivement anglais à la maison, n’est plus un Francophone.

La première langue officielle apprise

Le Canada possède deux langues officielles : l’anglais et le français.

Pour les répondants de descendance québécoise, la première langue officielle apprise, c’est la langue maternelle.

Chez les néoQuébécois, les données au sujet de la première langue officielle apprise ne tiennent pas compte des transferts linguistiques. C’est ainsi que les personnes qui, par exemple, ont appris un français boiteux dans leurs cours de francisation mais qui ont finalement choisi de s’assimiler à l’anglais seront considérés comme des Francophones si on devait se baser sur ce critère.

La principale langue officielle utilisée à la maison

Parmi toutes les questions du recensement, celle qui permet le mieux d’apprécier l’appartenance linguistique actuelle du répondant, c’est celle qui concerne la langue utilisée dans le contexte intime de la famille.

Et c’est parce que les données obtenues sont les seules significatives, elles sont les seules analysées ici.

Résultats montréalais du recensement de 2016

Le sort du français au Québec se joue dans la région montréalaise.

Il y a plusieurs raisons à cela. La principale est que cette région est la porte d’entrée de l’immigration québécoise.

Le Québec accueille annuellement environ 50 000 néoQuébécois. Cela fait un demi-million de personnes par décennie. Et ce, sans compter les enfants auxquels ils donnent naissance dans les années qui suivent leur installation chez nous. Pour un peuple de huit-millions de citoyens, cet apport est considérable.

La deuxième raison est le fait qu’à Montréal, la présence d’institutions anglaises facilite les transferts linguistiques vers l’anglais.

Qu’en est-il à ce sujet ?


Données linguistiques de 2011 et de 2016 pour l’ile de Montréal
(Note : LNO signifie Langue non officielle)

Langue parlée à la maison Nombre en 2011 % en 2011 Nombre en 2016 % en 2016
         
Français 936 870 50,3 % 944 630 49,3 %
Français + LNO 59 940 3,2 % 77 410 4,0 %
Anglais 435 675 23,4 % 445 575 23,3 %
Anglais + LNO 31 595 1,7 % 38 280 2,0 %
Français et anglais 27 670 1,5 % 34 140 1,8 %
Français + anglais + LNO 18 410 1,0 % 24 810 1,3 %
Langue non officielle 352 040 18,9 % 349 920 18,3 %
Total 1 862 200 100,0 % 1 914 765 100,0 %

Données linguistiques de 2011 et en 2016 pour la région métropolitaine
(Note : LNO signifie Langue non officielle)

Langue parlée à la maison Nombre en 2011 % en 2011 Nombre en 2016 % en 2016
         
Français 2 502 410 66,1 % 2 646 275 65,3 %
Français + LNO 87 330 2,3 % 118 970 2,9 %
Anglais 606 910 16,0 % 643 425 15,9 %
Anglais + LNO 41 050 1,1 % 50 930 1,3 %
Français et anglais 48 610 1,3 % 60 735 1,5 %
Français + anglais + LNO 27 120 0,7 % 38 490 0,9 %
Langue non officielle 472 485 12,5 % 494 535 12,2 %
Total 3 785 915 100,0 % 4 053 360 100,0 %


 
Analyse comparative

Afin de lutter contre le déclin démographique du peuple francoQuébécois, le Québec a choisi de privilégier l’accueil de travailleurs qualifiés en provenance de pays francophones et notamment en provenance du Maghreb. Ce qu’on oublie, c’est que la langue maternelle des citoyens de ces pays est majoritairement le berbère ou l’arabe.

Conséquemment, une des conséquences inéluctables de l’immigration au Québec est de diminuer la proportion des citoyens dont la langue maternelle n’est pas une des langues officielles du pays.

On devra s’y faire. D’autant plus que cela n’est pas important.

Ce qui importe, c’est l’appartenance au peuple francoQuébécois, reflétée par l’usage du français à domicile.

On obtient les données à ce sujet en combinant la proportion des Québécois dont la seule langue utilisée à la maison est le français avec la proportion de ceux qui ont entrepris un transfert linguistique vers le français et qui parlent à la maison deux langues dont une seule officielle, soit le français. Ce sont les deux premiers groupes dans les tableaux ci-dessus.

Sur l’ile de Montréal, de 2006 à 2011, la proportion de ceux-ci a décliné de 54,5% à 53,5%, soit un déclin d’un pour cent. Mais de 2011 à 2016, ce déclin s’est presque arrêté, passant de 53,5% à 53,3%, soit une différence de 0,2%.

De la même manière, dans l’ensemble de la région métropolitaine, cette proportion a décliné de 69,2% à 68,4% de 2006 à 2011. Toutefois, ce déclin a presque complètement été stoppé depuis, passant de 68,4% à 68,2% de 2011 à 2016.

Que s’est-il passé au cours de la dernière décennie ?

Sous le gouvernement Charest, le Québec a considérablement réduit les sommes consacrées à la francisation des immigrants. Il a toutefois augmenté celles destinées aux cours de francisation aux entreprises. Or il ne s’agit ici que de grandes entreprises puisqu’il était hors de question d’instituer des cours pour une petite entreprise dont le personnel compte seulement un ou deux néoQuébécois.

Le résultat a été immédiat, soit une chute des transferts linguistiques vers le français.

Sous le gouvernement Couillard, on a récemment rétabli en partie le budget des cours de francisation. Par contre, dans la région métropolitaine, on a créé des cours d’anglais dans le but d’augmenter l’employabilité des néoQuébécois qui ne connaissent pas suffisamment cette langue.

À Montréal et sa périphérie, le résultat de ces mesures opposées a été neutre.

Afin d’accroitre la francisation des immigrants sans affecter le trésor public, on a favorisé l’installation des immigrants ‘en province’, comptant sur le pouvoir assimilateur naturel de milieux presque totalement francophones.

Cette stratégie ‘passive’ a donné d’excellents résultats parmi la progéniture des immigrants installés en province puisque leurs enfants sont devenus francophones dans une proportion très élevée.

Chez leurs parents — qui représentent entre la moitié et le tiers des membres de ces familles — les résultats sont mitigés.

Des indices — notamment au sein de certaines communautés asiatiques dans la région de Québec — laissent penser qu’on s’est soumis à des cours de francisation pour la forme, avec l’intention réelle de s’assimiler à l’anglais et pour ce faire, de déménager en Ontario à la première occasion.

Voilà peut-être pourquoi on assiste à un déclin de la proportion de Francophones à l’extérieur de la région métropolitaine, déclin auquel il ne faut pas attacher plus d’importance qu’il n’en faut puisqu’il ne compromet pas la survie du français là où il a été constaté.

Précisons qu’il ne s’agit-là que d’une hypothèse. Toutefois, si elle est exacte, on devrait peaufiner nos politiques d’immigration afin d’éviter une immigration de transit qui représente un gaspillage de ressources.

Les correctifs

En dépit de l’analyse comparative ci-dessus, très centrée sur l’immigration, la place du français au Québec dépend de l’ensemble des mesures comprises dans une politique linguistique.

Il est illusoire de penser que le français peut se maintenir au Québec sans des mesures protectionnistes. Rappelons-nous que l’anglais est devenu la langue dominante au Canada grâce à une politique génocidaire à l’égard des premiers habitants de ce pays (les peuples autochtones) et une politique migratoire agressive dans l’ensemble du Canada.

Dans le cas du Québec, si la proportion des Francophones s’est presque maintenue de 2011 à 2016, elle décline depuis des décennies, y compris au cours des dix dernières années.

Ce déclin d’environ 1,2% en dix ans tire son importance de l’effet cumulatif de déclins antérieurs.

C’est nous, collectivement, qui décidons de notre avenir. Jusqu’où sommes-nous prêts à descendre ?

À mon avis, nous devons rétablir la place qu’occupait le français au Québec.

Pour ce faire, notre politique linguistique doit faire en sorte que les Québécois se sentent tout naturellement chez eux au Québec.

On doit pouvoir travailler en français. Cela implique que le supérieur hiérarchique anglophone doit s’adresser aux Francophones dans leur langue et non l’inverse. Comment a-t-on réagi au Canada anglais lorsqu’une minière a voulu imposer la connaissance du mandarin comme critère d’embauche sous le prétexte que les dirigeants de la compagnie étaient chinois ?

Quels que soient les avantages du bilinguisme (auxquels je souscris), il est inacceptable qu’on disqualifie à certains postes les candidats Francophones unilingues alors que la connaissance de l’anglais n’est pas nécessaire. Leur droit au travail doit être respecté. Ce qui signifie qu’on ne doit pas accepter comme définitif le biais interprétatif créé dans une cause récente à Gatineau.

Pour terminer au sujet de la langue au travail, il faut étendre l’obligation d’obtenir un certificat de francisation aux entreprises de 25 à 49 employés. Cette obligation existe déjà pour les entreprises de cinquante employés et plus.

En plus du droit au travail, on doit consacrer le droit d’être servi en français partout sur le territoire québécois. De la même manière, il est inacceptable qu’un tribunal ait rendu récemment un jugement en anglais au Québec dans une cause plaidée exclusivement en français et où l’accusé était unilingue français.

Dans le cas précis de notre politique migratoire, nous devons imiter la Grande-Bretagne. Dans ce pays, la connaissance préalable de la langue nationale par le requérant et son conjoint est un prérequis à l’acceptation d’une demande d’immigration.

Bref, après quinze de laisser-faire libéral, le français n’occupe pas la place qu’il devrait avoir chez nous à titre de langue nationale. Voilà pourquoi un certain nombre de correctifs s’imposent. Correctifs dont la nécessité nous est rappelée par les résultats du dernier recensement.

Conclusion

La grande différence entre les données des recensements de 2011 et de 2016, c’est que dans le premier cas, on pouvait y voir des signes encourageants ou non selon la définition du mot ‘Francophone’.

Avec celui de 2016, tous les voyants lumineux clignotent au rouge.

En analysant chacun de ces deux recensements, nous avons fait ici le choix de nous en tenir à la langue réellement parlée de nos jours par le répondant.

Ce point de vue possède l’avantage de suivre précisément un phénomène de fond, inéluctable depuis longtemps, et d’en tirer une conclusion qui ne surprendra personne; l’importance démographique du français décline inexorablement depuis des années au Québec et la protection de notre langue doit y être renforcée.

Références :
Controversy over Chinese miners in B.C. prompts review
Données linguistiques de Montréal selon le recensement de 2011
Être condamné dans une langue qu’on ne comprend pas
Immigrants’ spouses ‘must speak English before entering UK’
Le droit de travailler en français au Québec menacé
Le français, non merci
Le PQ et la francisation des immigrants
Données du recensement de 2016 : Montréal
Données du recensement de 2016 : région métropolitaine

Données linguistiques de Montréal selon le recensement de 2016
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le pluriel des couleurs

27 juillet 2017
Siège de l’Académie française

Écrire : « Elle avait les yeux de couleur bleue » est un pléonasme puisque dans cette phrase, bleu ne peut être autre chose qu’une couleur. On écrira donc : « Elle avait les yeux bleus

Un certain nombre d’aliments et de fleurs ont donné leur nom à une couleur. En principe, lorsque c’est le cas, cette couleur est invariable. Par exemple, on écrira : « En pénétrant dans la pièce, les murs citron, les escaliers orange et les portes kaki attiraient immédiatement l’attention.»

Des minéraux et des pierres précieuses ont également donné leur nom à des couleurs. Lorsqu’utilisés comme adjectifs, ils sont eux aussi invariables. On poursuivra notre visite en disant : « La pièce suivante était encore plus criarde avec ses murs turquoise, ses armoires émeraude et ses poignées corail.»

Sont également invariables, les couleurs qualifiées d’un adjectif (gris pâle, noir foncé, vert tendre), ou nuancées par une autre couleur (bleu gris). Dans ce dernier cas, les deux couleurs peuvent, au choix, être séparées par un espace ou réunies par un trait d’union.

Plus tôt dans ce texte, j’ai écrit que la couleur dérivée d’un nom était en principe invariable. Pourquoi ‘en principe’ ?

C’est que cette règle souffre de six exceptions. Les roses sont des fleurs et les fauves sont des félins. Pourtant, il faut écrire : « Le bébé avait les joues roses et les cheveux fauves à la limite du roux.»

Les quatre autres exceptions à cette règle sont écarlate (le nom d’une étoffe), incarnat (nom d’une teinture et d’une variété de marbre), mauve (nom commun d’une plante vivace) et pourpre (nom donné à un pigment rétinien et à un mollusque). Ces adjectifs se mettent au pluriel même si ce sont également des noms.

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif M.Zuiko 12-40mm F/2,8 — 1/640 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 12 mm

Le pluriel des couleurs
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Welcome to English-speaking Illegals

25 février 2017

C’est à l’unanimité que les élus montréalais ont adopté dernièrement une résolution désignant Montréal ville refuge (ou ville sanctuaire).

Cette mesure vise à offrir gratuitement des services aux immigrants illégaux sans qu’ils aient à craindre l’expulsion du pays.

C’est ainsi que les policiers appelés sur les lieux d’une dispute impliquant des sans-papiers rétabliront l’ordre en évitant de les dénoncer aux services canadiens de l’immigration.

Strictement parlant, la résolution municipale a peu d’impact.

Concrètement, cela permet aux sans-papiers de profiter de cliniques de vaccination offertes par la Ville sans avoir à s’inquiéter. Cette mesure se justifie par le fait que personne n’a intérêt à ce que les sans-papiers soient des vecteurs d’épidémies.

Toutefois, la ville ne peut pas obliger un propriétaire à louer un logement à quelqu’un contre lequel il n’a aucun recours s’il s’enfuit sans payer le loyer en souffrance ou après avoir endommagé son appartement.

Même chose en garderie. Les parents déboursent quotidiennement 8$ pour chaque enfant. Toutefois, le cout réel est d’environ 35$ (le reste est assumé par les contribuables). Que ces garderies soient privées ou non, il est douteux qu’elles acceptent d’accueillir à perte des enfants d’une famille se trouvant illégalement au pays alors que déjà elles ne suffisent pas à la demande.

Présentée comme de la désobéissance civile face aux politiques migratoires du président Donald Trump, le maire est demeuré vague au sujet de l’attitude qu’adopteraient les forces policières dans les cas de délits mineurs, comme le vol à l’étalage. Jusqu’où ira la solidarité avec les sans-papiers ?

Ce sera du cas par cas, répondent les élus municipaux.

Il est certain que cela est injuste pour ceux qui choisissent d’immigrer au Canada légalement et qui doivent parfois attendre des années avant que leur demande soit acceptée.

Puisque les sans-papiers n’ont pas de numéro d’assurance sociale, ils ne peuvent que travailler au noir, au risque d’y être exploités.

De plus, ce travail au noir donnera vraisemblablement naissance à des réseaux clandestins d’embauche qui pourraient être infiltrés par le monde interlope si ce marché s’avère lucratif et si les organismes de défense des sans-papiers peinent à les aider à ce sujet.

Plus inquiétante est l’intention du maire Coderre — avouée le 21 février dernier en entrevue au Téléjournal — de se prévaloir des dispositions de la loi 121 pour accorder gratuitement tous les services sociaux aux sans-papiers, notamment la gratuité scolaire et des soins médicaux.

Je serais surpris que l’État québécois ne ramène pas le maire à la réalité dans ses grands élans de générosité avec l’argent des autres.

S’il est vrai que les immigrants illégaux sont soumis aux taxes sur la consommation, ils ne paient pas d’impôts. Or ce sont nos impôts qui paient la très grande majorité du cout des mesures sociales dont nous bénéficions.

L’intention des élus municipaux de tout offrir gratuitement n’est rien d’autre que de l’irresponsabilité fiscale puisqu’on demande aux contribuables d’assumer le financement de services dispensés à des gens qui n’en paient pas leur juste part.

Plus grave encore est l’effet de cette générosité sur l’équilibre linguistique de Montréal.

Les millions d’illégaux menacés d’expulsion par Donald Trump sont essentiellement des latinoAméricains qui se sont anglicisés au cours de leur séjour aux États-Unis.

Selon des estimations grossières, il y aurait 200 000 immigrants illégaux à Toronto. Combien y en a-t-il à Montréal ? Personne ne le sait.

Sans en tenir compte, les recensements de Statistique Canada révèlent que 60% des néoQuébécois choisissent de s’angliciser.

Ajoutez aux 50 000 néoQuébécois que nous accueillons annuellement, une cohorte de seulement dix ou quinze milles sans-papiers en provenance des États-Unis — sur les onze millions menacés d’expulsion et attirés par la générosité de nos élus — et la proportion de néoQuébécois qui décideront de vivre au Québec en anglais augmentera substantiellement, annulant ainsi les millions$ dépensés à la francisation des néoQuébécois.

L’Histoire ne retient jamais les vertus des peuples qui ont eu la stupidité de ne pas assurer leur survivance.

Bref, tant que ‘Montréal, ville refuge’ est un concept publicitaire bon chic bon genre sans conséquence concrète, il est bien difficile de s’y opposer.

Toutefois, dès qu’il s’agit d’une mesure fiscalement irresponsable et inquiétante du point de vue linguistique, on est en droit de critiquer l’angélisme de nos dirigeants municipaux.

Références :
De la parole aux actes
Entrevue du maire Coderre au Télé-Journal
Montréal ville refuge : la déclaration adoptée, des gestes concrets réclamés
Ville refuge : les ratés de Toronto

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les Chippendales du PQ ou l’art de déchirer sa chemise en public

14 janvier 2017


 
Dans une lettre ouverte publiée dans Le Devoir, cinq Indépendantistes influents critiquent certaines des modifications que M. Jean-François Lisée, chef du Parti québécois, se propose d’apporter au programme de sa formation politique.

Soumettre les CÉGEPs anglophones à la Loi 101

Selon les signataires, «…il est si essentiel que le champ d’application de la Charte de la langue française soit étendu au collégial, agissant ainsi en amont du monde du travail.»

En somme, ils veulent limiter l’accès des CÉGEPs anglophones aux seuls angloQuébécois. Il s’agit d’une mesure que ni René Lévesque, ni Jacques Parizeau, ni Lucien Bouchard, ni Bernard Landry, ni Pauline Marois n’ont entreprise.

Pourquoi aucun gouvernement péquiste n’a osé faire cela jusqu’ici ? Parce que le problème était moins important, répondent les signataires.

Le fond de l’histoire, c’est que M. Lisée veut enlever du programme du PQ une disposition qui permettrait aux Libéraux de crier au loup. Une mesure qui, de toute manière, ne serait mise en application ni par lui ni par personne d’autre.

Au niveau collégial, 23% des parents québécois jugent — à tort ou à raison — que leurs adolescents devraient suivre leurs cours en anglais.

J’inviterais les protestataires à se demander pourquoi tant de parents pensent ainsi. Promouvoir un programme électoral de type ‘punitif’ pour corriger le peuple de ses défauts n’est pas très vendeur.

En contrepartie, au niveau des CÉGEPs anglophones, M. Lisée propose que tous les finissants réussissent un examen de français avant de recevoir leur diplôme. Conséquemment, le français devient alors l’équivalent d’une matière obligatoire.

Même auprès des parents angloQuébécois, cela se justifie au nom de l’employabilité. De plus, c’est une mesure facile à mettre en application et qui a l’avantage indiscutable d’être mieux que rien.

Les cours de francisation aux immigrants

Les auteurs de la lettre ouverte écrivent : « …étant donné qu’encore aujourd’hui, plus de 200 000 Québécois issus de l’immigration ne parlent pas un mot de français, les cours de francisation devraient être obligatoires et les allocations pour ce faire, bonifiées.»

Les cours de francisation demeureront nécessaires dans le cas des réfugiés. M. Lisée se propose de les maintenir et de les rémunérer.

Mais les signataires radotent au sujet des travailleurs qualifiés. Ce que M. Lisée propose à leur sujet est beaucoup plus radical et beaucoup plus efficace : le candidat à l’immigration et son conjoint devront démontrer une connaissance intermédiaire ou avancée du français, sinon ils ne recevront pas de certificat de sélection.

En d’autres mots, un travailleur qualifié ne pourra pas mettre le pied au Québec s’il ne connait pas déjà le français. Peut-on trouver une meilleure motivation à apprendre notre langue ?

Fini les excuses des néoQuébécois qui ont renoncé à apprendre le français au Québec sous le prétexte que c’était trop difficile.

L’unilinguisme français de l’État québécois

Les signataires écrivent : «…il faut considérer comme prioritaire de mettre fin au bilinguisme institutionnel dans les services gouvernementaux.»

Qualifiant cette mesure de vexatoire et de mesquine, M. Raymond Labelle réplique : « Refuser de parler anglais au citoyen unilingue anglais qui cherche à payer ses impôts, se fait soigner, va au CLSC ou demande des renseignements sur son permis de conduire ne se fait pas en pratique de toute façon – c’est pour ça que ça n’arrivait pas même sous les gouvernements du PQ.»

Je ne saurais pas dire mieux.

Conclusion

Depuis des décennies, j’assiste impuissant à l’anglicisation de Montréal pendant que le PQ — qui devrait nous protéger — se déchire dans des débats futiles. Cette lettre publiée dans Le Devoir en est un exemple.

Le PQ est né d’un mouvement politique, le Mouvement Souveraineté-Association. Il a malheureusement conservé les attributs d’un simple mouvement politique, notamment un programme truffé de mesures ‘décoratives’.

Sont décoratives les mesures que personne n’a l’intention de mettre en application, qu’aucun gouvernement péquiste n’a implantées alors qu’il était au pouvoir, mais qui demeurent dans le programme parce que cela fait joli.

Or un programme politique se définit comme un ensemble de mesures qu’un parti s’engage à mettre en place une fois élu.

Retirer du programme des mesures indéfendables et les remplacer par d’autres, simples et efficaces, voilà ce que proposent les nouveaux dirigeants du PQ. Et voilà justement ce qui m’a incité à adhérer au PQ; voir ce parti renouveler son idéologie vieillissante, pleine de belles résolutions creuses.

Au cours des mois qui viennent, les propositions présentées aujourd’hui feront l’objet de discussions parmi les membres de chaque circonscription. Et ces propositions, amendées ou non, seront soumises à un congrès en septembre 2017 pour approbation finale.

Pour les signataires de cette lettre ouverte, qu’est-ce qui justifiait l’urgence de déchirer leurs chemises sur la place publique ? Sont-ils à ce point désespérés de ne pouvoir se faire entendre de la direction du PQ ?

Je suggèrerais à nos Chippendales de se rhabiller et d’en discuter calmement, entre amis, devant les diverses instances du PQ.

Références :
Langue française: Lisée rencontre de la résistance
La proposition de Jean-François Lisée est insuffisante
Le PQ et la francisation des immigrants

Les Chippendales du PQ ou l’art de déchirer sa chemise en public
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le PQ et la francisation des immigrants

13 janvier 2017

Introduction

Sur le site du Devoir et de Radio-Canada, on apprenait hier que le Conseil national du Parti Québécois présentera demain une nouvelle politique relative à la francisation des immigrants.

Deux fois par année, un Conseil national réunit deux délégués provenant de chacune des circonscriptions du Québec.

Cet hiver, les propositions présentées à cette réunion feront l’objet de discussions parmi les membres de chaque circonscription. Et s’il y a des amendements, ceux-ci seront soumis à un congrès en septembre 2017.

Les propositions, amendées ou non, deviendront alors la position officielle du Parti québécois.

Francisation des immigrants

Parmi les candidats à l’immigration, le PQ fait la distinction entre les travailleurs qualifiés et les réfugiés.

Les travailleurs qualifiés

Les dirigeants du PQ veulent que 100% des travailleurs qualifiés parlent français avant d’arriver au Québec.

En d’autres mots, avant de recevoir un certificat de sélection, le candidat à l’immigration et son conjoint doivent démontrer une connaissance intermédiaire ou avancée du français. Sinon, leur demande sera rejetée.

Ce faisant, le PQ s’inspire de la Grande-Bretagne. Dans ce pays, l’immigrant ne peut pas mettre le pied sur le sol britannique s’il n’a pas déjà la connaissance de l’anglais. De manière conséquente, un citoyen britannique ne peut pas faire venir son conjoint de l’Étranger si cette personne ne parle pas l’anglais.

Ce qui distingue le Canada de la Grande-Bretagne, c’est que la Cour suprême du Canada a déjà fait savoir — dans son jugement relatif aux écoles passerelles — que la réunification des familles est de la plus haute importance à ses yeux. Conséquemment, il est probable que les tribunaux canadiens invalideront tout refus d’accorder la citoyenneté à un conjoint pour des motifs linguistiques. Alors qu’en Grande-Bretagne, la Cour suprême de ce pays a déjà reconnu la validité du refus de permettre l’immigration du conjoint qui ne parle pas l’anglais.

Tout cela pour dire que le PQ a raison d’étendre l’exigence de la connaissance du français au conjoint du requérant.

En comparaison, la Coalition avenir Québec propose d’obliger tous les membres d’une même famille à suivre un programme de francisation une fois qu’ils sont accueillis au Québec.

L’idée est excellente. Malheureusement, elle est anticonstitutionnelle; la Canadian Constitution de 1982 consacre le droit absolu de tout citoyen canadien de s’assimiler au groupe linguistique de son choix. Or la célèbre cause du niqab nous a appris que même les immigrants reçus ont des droits constitutionnels. En d’autres mots, même si on n’est pas encore citoyen canadien, on est protégé par cette constitution dès qu’on est admis au pays, ce qui invalide la proposition de la CAQ.

Une fois au Canada, l’immigrant ne peut donc pas être forcé à parler français. Alors que, demeuré à l’Étranger, il ne peut invoquer les dispositions de la Canadian Constitution.

Les réfugiés

Il serait cruel d’obliger un requérant en danger de mort dans son pays à demeurer chez lui jusqu’à ce qu’il ait appris le français.

Dans le cas des réfugiés, ceux-ci seraient admis au Québec et rémunérés pendant plusieurs mois pour apprendre le français. Un échec n’entrainerait cependant pas leur expulsion (contrairement à ce que propose la CAQ).

Les propositions extramigratoires

Dans sa tournée des salles de rédaction et des médias, le chef du PQ a également présenté des éléments de la politique linguistique de son parti qui dépassent le cadre strict de la francisation des immigrants.

La francisation des petites entreprises

M. Jean-François Lisée a réitéré l’intention du PQ d’étendre l’obligation d’obtenir un certificat de francisation aux entreprises de 25 à 49 employés. Cette obligation existe déjà pour les entreprises de cinquante employés et plus.

Cette mesure ferait d’une pierre deux coups.

Elle créerait une incitation majeure à apprendre le français puisqu’il deviendrait à peu près impossible pour un immigrant qui ne connait pas le français de décrocher un emploi au Québec.

De plus, elle règle les difficultés des Francophones québécois à être servis dans leur langue au Québec. En effet, la grande majorité des plaintes à l’Office de la langue française relatives à la langue de service concernent des petites entreprises (notamment des restaurants) dont le personnel ne parle pas le français.

Le Parti libéral s’y oppose catégoriquement. Quant à la CAQ, elle préfère émettre le vœu que les entreprises s’y soumettent volontairement alors qu’elles ont déjà toute la liberté de se franciser volontairement.

Pas de diplôme universitaire sans connaissance du français

Selon M. Lisée, vingt pour cent des jeunes angloQuébécois se déclarent unilingues. Plus précisément, le pourcentage d’étudiants anglophones qui connaissent le français diminue progressivement de la fin du secondaire à la fin des études universitaires. Selon le chef du PQ, aux CÉGEPs et aux universités anglophones, les jeunes angloQuébécois désapprendraient le français.

Cet unilinguisme constitue un handicap sur le marché du travail et pousse ces jeunes diplômés à s’exiler à la fin de leurs études. Cela constitue un gaspillage des fonds publics puisque la société québécoise paie la grande majorité du financement de ces maisons d’enseignement et perd alors les fruits de cet investissement.

Au niveau des CÉGEPs anglophones, le PQ exigera que tous les finissants réussissent un examen de français avant de recevoir leur diplôme. Conséquemment, le français devient alors l’équivalent d’une matière obligatoire.

Au niveau universitaire, les choses se compliquent.

Les universités anglophones du Québec accueillent des centaines d’étudiants étrangers (notamment américains) qui viennent recevoir dans une institution comme McGill une formation de très grande qualité à un cout substantiellement inférieur à celui exigé par les universités de leur pays.

Chacun d’eux investit annuellement plus de 17 000$ dans l’économie québécoise sous forme de frais de subsistance, ce qui correspond à un investissement annuel de millions de dollars dans l’économie québécoise pour l’ensemble de ceux-ci.

Selon Radio-Canada, M. Lisée entend dialoguer avec les universités anglophones du Québec afin de les convaincre que tout étudiant d’origine québécoise doit être appelé à démontrer sa capacité de travailler en français dans son domaine pour obtenir son diplôme. Dans le cas des étudiants étrangers, ils se verraient plutôt proposer un cours d’initiation au français.

On peut présumer de l’enthousiasme des universités anglophones à servir de police de la langue pour le compte du gouvernement péquiste et leur motivation crépusculaire à séparer le bon grain québécois de l’ivraie étrangère. Je vois déjà les caricatures postées sur les médias sociaux montrant les étudiants universitaires angloQuébécois décorés d’une fleur de lis jaune brodée à la poitrine pour les distinguer des autres…

Pour ne rien vous cacher, je crois que cette proposition est superflue.

Étendre la Loi 101 à toutes les entreprises d’au moins 25 employés fera en sorte qu’il sera très difficile pour l’étudiant unilingue anglais de trouver un emploi d’été lui permettant de financer ses études. D’où une motivation nouvelle à maintenir ses connaissances du français.

Les stages scolaires dans l’autre langue officielle

Selon Le Devoir, pour contrer l’attrait du CÉGEP anglais chez les étudiants provenant des écoles francophones, les CÉGEPs français seraient appelés à leur fournir un parcours d’anglais enrichi qui pourra comporter une session dans un CÉGEP anglais.

Voilà une idée très intéressante.

De nos jours, la langue anglaise est l’équivalent de ce qu’était la langue romaine au sein du clergé chrétien du Moyen-Âge. La connaissance de l’anglais est un atout incontestable. Conséquemment, la grande majorité des parents québécois souhaitent que leurs enfants puissent comprendre et s’exprimer en anglais.

Pour répondre à cette préoccupation, le Parti libéral a décidé que la sixième année du primaire serait une année d’immersion en anglais pour tous les étudiants du Québec. Cette mesure rencontre d’énormes difficultés d’application.

Dans beaucoup de classes du Québec, un seul professeur est responsable de l’enseignement de toutes les matières en sixième année, sauf la gymnastique et peut-être l’enseignement religieux. Pour l’enseignant, il y a un gouffre entre s’exprimer en anglais et tout enseigner dans cette langue, ce qui signifie la maitrise de tous les termes techniques utilisés en physique et en sciences naturelles, par exemple.

Proposer que les élèves francophones effectuent un ou plusieurs stages dans un CÉCEP anglais — et réciproquement, un ou plusieurs stages des élèves anglophones dans un CÉGEP francophone — serait un moyen efficace de favoriser la cohésion sociale de tous les Québécois, peu importe leur langue d’origine.

Permettre l’école anglaise aux enfants des soldats canadiens

Selon ce que j’apprends de l’éditorialiste Michel David du Devoir, la CAQ aurait fait tout un scandale en 2013 dans la région de Québec (où elle est influente) à propos de la petite Sandra, la fille d’un militaire blessé en Afghanistan. Celle-ci faisait partie d’une poignée d’enfants de soldats francophones auxquels le gouvernement Marois voulait retirer le privilège de fréquenter l’école anglaise.

Pour la CAQ et ses partisans, les sacrifices consentis sur les champs de bataille justifiaient le privilège de se soustraire à une règle applicable à tous les autres francophones du Québec.

Dans un pays étranger, les envahisseurs se donnent tous les droits. Mais pas à leur retour dans leur pays d’origine.

Le principe fondamental de la Loi 101, c’est que seule l’école publique française est gratuite. Comme l’école publique italienne est la seule gratuite en Italie. Ou l’école publique allemande en Allemagne. Font exception à cette règle, les angloQuébécois qui ont le droit acquis et constitutionnel d’accéder à l’école publique anglaise.

Tous les autres parents — qu’ils soient francophones ou allophones — peuvent, s’ils le désirent, faire instruire leurs enfants en anglais à la condition que ce soit à leurs frais, c’est-à-dire en les envoyant à l’école privée anglaise. Mais il n’ont pas droit à l’école publique anglaise, réservée aux seuls angloQuébécois.

Le principe est simple; le peuple québécois refuse de financer sa propre extinction en payant l’école publique anglaise aux enfants des néoQuébécois.

Toutefois, en 1982, les provinces anglophones ont adopté la Canadian Constitution à l’issue d’une ultime séance de négociation à laquelle le Québec n’a pas été invité.

Depuis ce temps, tous les moyens sont bons pour tenter d’invalider des pans entiers de la Loi 101. Multiplier les cas d’exception — comme c’est le cas au sujet de ces militaires francophones — ne fait que donner des arguments à ceux qui soutiennent que la Loi 101 est une législation discriminatoire et injuste.

Le désir de M. Lisée de supprimer les irritants qui divisent les Québécois est légitime surtout, dit-il, lorsque cela ne concerne que très peu de personnes. C’est là une attitude pragmatique.

Toutefois, on doit réaliser qu’il existe une distinction fondamentale entre favoriser l’apprentissage d’une langue seconde par les étudiants francophones et autoriser la transformation d’un jeune québécois en citoyen anglophone. Je ne vois aucune raison de faciliter la tâche aux familles francophones qui veulent s’assimiler à l’anglais.

Qu’il s’agisse de trois enfants ou d’un demi-million de personnes, le PQ ne peut favoriser l’anglicisation du Québec. Cela est une hérésie idéologique.

Afin de favoriser l’élection du PQ, on peut transformer la Loi 101 en fromage gruyère parce que les sondages montrent que beaucoup de Québécois le souhaitent. C’est la stratégie adoptée lors de cette élection basée sur la Charte de la laïcité. Avec le résultat qu’on sait.

Une règle d’or en politique est de ne jamais saper sa base électorale. Or celle du PQ est composée de farouches défenseurs de la Loi 101. Il est donc préférable, même si le temps presse, d’entreprendre une campagne qui vise à transformer l’opinion publique en espérant recueillir les fruits de ce labeur aux prochaines élections.

Défendre ou promouvoir le français ?

Aux prochaines élections, les Québécois qui voudront chasser le Parti libéral du pouvoir auront le choix entre la CAQ et le PQ. Pour simplifier ce choix, le PQ devra se distinguer de cette formation politique.

Or la CAQ a pris un virage qui se veut nationaliste, dans le but évident de gruger la clientèle des Indépendantistes ‘mous’, tout en butinant les fédéralistes déçus du PLQ. Cette stratégie est brillante et sera gagnante si le PQ tarde à se décaquiser.

Le PQ a accompli un pas important dans cette voie en abandonnant sa charte de la laïcité.

Sur le plan linguistique, les mesures préconisées par la CAQ reposent sur la promotion de français sans l’assortir de mesures coercitives.

Nos amis angloCanadiens n’ont pas eu la naïveté de miser sur la séduction irrésistible de la langue de Shakespeare. L’anglais a été imposé aux Métis et aux minorités francophones du Canada par l’abolition des écoles françaises et la punition des écoliers qui parlaient français entre eux dans les cours de récréation. Quant aux peuples qui parlaient une langue autochtone, c’est le kidnappage de leurs enfants dans des pensionnats anglophones qui les a anglicisés.

Ceux qui veulent qu’on entreprenne une campagne de promotion du français oublient que des milliers de scénaristes, de cinéastes, de dramaturges, de comédiens, de paroliers, de chanteurs, de romanciers et de poètes s’affairent déjà depuis plus d’un siècle à faire aimer notre langue.

Si on tient compte des émissions de télévision et de radio, des films, des pièces de théâtre, des chansons, des romans, des bandes dessinées et des livres de poésie, le cout des moyens utilisés pour rendre notre langue attrayante peut être évalué à plusieurs centaines de millions de dollars annuellement.

Peut-on faire mieux ? Il serait tentant de répondre cette lapalissade selon laquelle on peut toujours faire mieux. Mais en réalité, nos créateurs sont déjà acclamés partout à travers le monde. Il nous faut donc reconnaitre qu’on pourrait difficilement faire mieux.

Pour un peuple de huit-millions de personnes, cet effort promotionnel en faveur du français est herculéen.

Et pourtant, de 2006 à 2011 (date du dernier recensement publié), la proportion de Francophones a reculé de 1% sur l’ile de Montréal et presque autant dans ses banlieues.

Une telle diminution, en aussi peu de temps, est extrêmement préoccupante.

On juge un arbre à ses fruits. Le laisser-faire libéral mène directement à l’extinction du peuple québécois. Et les moyens incitatifs de la CAQ aboutiront au même résultat.

C’est cela qu’il faut démontrer aux Québécois et non occulter les menaces qui planent sur notre avenir par un discours jovialiste et faussement rassembleur.

Conclusion

À l’exception de l’anglicisation des enfants des militaires canadiens (un détail auquel je suis farouchement opposé), je partage les principales mesures proposées par la nouvelle direction du PQ.

Plus précisément, l’assujettissement de toutes les entreprises de 25 employés ou plus à la Loi 101 et l’adoption de la solution britannique en matière d’immigration sont deux mesures d’une redoutable efficacité pour stopper l’anglicisation de Montréal.

Justement pour cette raison, le PQ ne pourra pas échapper à la controverse. Toutefois, plus la CAQ criera au scandale, plus elle révèlera la superficialité de son virage nationaliste. Quant au PQ, il lui sera facile de rallier une bonne partie des Québécois francophones (notamment dans la région de Montréal) à l’importance de défendre le français.

Compte tenu du morcèlement des allégeances politiques, de nos jours, il n’en faut pas plus pour prendre le pouvoir.

Ceci étant dit, on doit se rappeler qu’une politique de francisation des immigrants n’est pas destinée à couvrir tous les aspects d’une politique linguistique.

La langue de travail, la langue de service et l’affichage commercial sont d’autres volets d’une telle politique. Or ils ne sont pas abordés ici ou ils le sont indirectement.

Si on passe sous silence certaines propositions extramigratoires controversées, la nouvelle politique de francisation des immigrants est la plus sérieuse et la plus efficace jamais proposée au sein de cette formation politique.

Références :
Cap sur la « francisation 100% » pour le Parti québécois
Données linguistiques de Montréal selon le recensement de 2011
Franciser sans diviser
Immigrants’ spouses must speak English before entering UK
La CAQ veut rendre la francisation obligatoire pour les immigrants
La Charte de la laïcité : un mauvais départ
L’augmentation des frais de scolarité
Le français en péril — Deuxième de trois volets
Le souvenir de Sandra

Le PQ et la francisation des immigrants
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Écrit par Jean-Pierre Martel


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