Les pourparlers à Hambourg au sujet d’Alep

7 décembre 2016

C’est plus tôt aujourd’hui qu’avaient lieu à Hambourg des pourparlers russo-américains en vue d’une nouvelle trêve à Alep, en Syrie.

À au moins deux reprises (les 20 et 21 octobre, puis le 4 novembre), la Russie a décrété unilatéralement des trêves pour permettre aux civils de quitter la ville assiégée.

Mais les mercenaires islamistes soutenus par l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie ont installé des tireurs embusqués le long des couloirs d’évacuation décrétés par Moscou pour empêcher les civils d’en profiter.

Les Américains tentaient donc aujourd’hui de convaincre les Russes d’accorder une trêve supplémentaire.

Le choix de la ville d’Hambourg comme lieu de ces pourparlers est ironique.

Un des livres les plus importants que j’ai lus dans ma vie est « Inferno : The Fiery Destruction of Hambourg – 1943 » de Keith Lowe.

Sans jugement moral, ce livre est la description minutieuse des bombardements anglais d’Hambourg, la ville portuaire où l’Allemagne nazie fabriquait ses sous-marins.

Après avoir bombardé les quartiers industriels de la ville, on s’est rendu compte que le Reich était en mesure de reprendre la production en moins de six mois.

Donc on a changé de stratégie. On a détruit la moitié des quartiers résidentiels de la ville dans le but de priver les usines de main-d’œuvre.

À cette fin, on a créé des murs de feu au sein desquels les civils mourraient asphyxiés par manque d’oxygène, où ceux qui voulaient fuir en étaient empêchés parce que l’asphalte se changeait en goudron sous leurs pieds, etc.

Du strict point de vue humanitaire, les bombardements russes à Alep ne sont rien en comparaison des bombardement alliés à Hambourg, à Dresde et à Hiroshima.

Le fond du problème est que la guerre est une boucherie. Elle l’a toujours été et le sera toujours.

Permettre aujourd’hui aux mercenaires islamistes de fuir la ville, c’est leur donner l’occasion de reprendre leurs forces et les retrouver à combattre ailleurs, de nouveau contre les Russes.

La stratégie occidentale est de rendre dispendieuse et inefficace l’intervention militaire russe en Syrie, comme a été ruineuse l’intervention russe en Afghanistan entre 1979 et 1989.

Le choix de la Russie à Alep est simple : prolonger l’agonie ou donner le coup de grâce.

La Russie a très bien compris la stratégie occidentale. Il est donc peu probable que ces pourparlers aboutissent à quelque chose. Alors pourquoi la Russie se plie-t-elle à cet exercice ?

La politique américaine relative à la Syrie dépend de la qualité des informations reçues par leurs services de renseignements.

À ce sujet, les Américains ont leurs espions et leurs analystes. Ils bénéficient également des informations fournies par les services de renseignements israéliens, turcs, saoudiens et jordaniens.

Mais en matière de politique internationale, on ne sait jamais qui est le manipulateur et qui est le manipulé. Les pays qui fournissent des renseignements dévoilent la partie de la vérité qui leur convient dans le but précis de tenter d’influencer leur interlocuteur.

De par la nature même de ces pourparlers, les États-Unis apprennent certaines des informations secrètes que possèdent les services de renseignements russes.

Or la Russie est au front. Grâce à la présence de ses soldats et grâce aux interrogatoires musclés des mercenaires qu’elle fait prisonniers, elle obtient des renseignements les plus crédibles au sujet de ce qui se passe réellement dans cette ville.

Et les Américains ont la tâche de distinguer entre les faits et la tentative de manipulation.

Or ce que disent les Russes aux Américains, c’est que les rebelles encore retranchés dans Alep sont presque exclusivement des milices islamistes affiliées… à Al-Qaida.

Un nombre croissant de rapports des services secrets américains indiquent, effectivement, que la Russie dit vrai.

Enlisés dans leurs contradictions, les États-Unis se retrouvent dans la situation inconfortable de plaider la pitié pour leurs ennemis jurés. Ils y sont poussés par les efforts diplomatiques de l’Arabie saoudite (membre du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU) qui tente de sauver ses ressortissants encerclés à Alep.

On peut donc présumer de la mollesse des supplications américaines en faveur d’un cessez-le-feu à Alep et des résultats de cette initiative douteuse.

Références :
Al-Qaeda group’s gains in Syria undermine U.S. strategy
Asphyxiés à Alep, les rebelles appellent à un cessez-le-feu
ONU : la Russie perd sa place au Conseil des droits de l’Homme, l’Arabie saoudite réélue

Les pourparlers à Hambourg au sujet d’Alep
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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’éclipse russe de la Syrie

15 mars 2016

Carte de la Syrie
 
Bilan militaire de l’intervention russe

En entrevue à la télévision russe le 11 octobre 2015, Vladimir Poutine avait déclaré au sujet de l’intervention de son pays en Syrie : « Notre tâche est de stabiliser le pouvoir légitime et de créer les conditions pour assurer la recherche d’un compromis politique.»

En y consacrant seulement 2% du budget militaire national, l’aviation russe a effectué 9 000 sorties, détruit 209 sites d’extraction pétrolière ou de points de transit d’hydrocarbures, et libéré 400 agglomérations (sur les 25 000 que compte le pays).

La proportion du territoire syrien contrôlé par le régime de Bachar el-Assad est passée de 16 à 20%, soit un gain de 10 000 km² en quelques mois.

Par endroits, cela a permis de ralentir ou de stopper l’approvisionnement des rebelles islamistes en armes et munitions, de même que mettre un terme à leur trafic d’hydrocarbures.

Au cours de l’avancée des forces gouvernementales sous le couvert des bombardements russes, des négociateurs russes et syriens ont conclu des centaines de serments d’allégeance au régime de la part des chefs de villages et seigneurs de la guerre. Par le biais de ces ententes, des milliers de combattants ont fait défection des milices islamistes rebelles.

Pour terminer, l’armée gouvernementale syrienne a fait le plein d’équipement neuf.

Un retrait limité

Le retrait annoncé par Moscou ne signifie pas que la Russie abandonne toute présence militaire en Syrie.

Depuis des décennies, la Russie possède à Lattaquié, sa seule base maritime en Méditerranée. Et le port de Tartous, sans avoir été cédé officiellement à la Russie, accueille en permanence des navires de la flotte russe.

C’est à Tartous que se trouve aussi une base de radars russes.

En préparation de son intervention militaire, la Russie a ajouté à son dispositif deux bases aériennes (à Jableh et à Shaayrat). Un communiqué du Kremlin précise qu’une présence aérienne serait maintenue pour contrôler l’application du cessez-le-feu.

La Russie est le seul pays étranger qui possède des bases militaires en Syrie. Elle y maintiendra ce qu’il faut pour assurer leur défense et préparer son retour en force si jamais la situation devait se dégrader.

Ses conseillers militaires resteront en Syrie tandis que se poursuivra la livraison d’armes au régime de Bachar el-Assad.

En somme, la Russie retirera une partie de la cinquantaine de bombardiers déployés en Syrie depuis le début de son intervention directe et une partie de ses troupes au sol.

Quant à ses redoutables missiles sol-air, la Russie n’en a pas fait mention. Qu’ils soient rapatriés ou non, aucun pays étranger ne voudra courir le risque de voir ses chasseurs-bombardiers abattus en Syrie. Conséquemment, la Syrie continuera d’être soustraite aux bombardements occidentaux comme est l’est depuis le début de l’intervention russe.

N.D.L.R.: Le lendemain de la publication de ce texte, la Russie a annoncé que ses missiles sol-air en Syrie y demeureraient.

Bilan géostratégique de l’intervention russe

Jusqu’à tout récemment, la Russie comptait trois alliés dans les pays arabes soit l’Irak, la Libye, et la Syrie. Or les États-Unis ont privé la Russie des deux premiers sans que celle-ci se porte à leur défense. Pour Poutine, il devenait important de stopper la politique d’encerclement de la Russie et de démonter — sur le tard il est vrai — que son pays n’abandonne pas ses amis.

C’était d’autant plus important que dans ce cas-ci, les seules bases militaires russes de la région dépendent de cette amitié.

Le prestige de la Russie est également rehaussé par le fait qu’elle a davantage fait évoluer la situation en Syrie en cinq mois que la coalition américaine l’a fait en cinq ans. Avant l’intervention russe, qui aurait pensé que les rebelles islamistes et le régime en place auraient pu entamer des négociations de paix ?

En réalité, ces négociations ne peuvent pas aboutir à la fin de la guerre en Syrie. D’une part parce que l’État islamique et Al Qaida en sont exclus et d’autre part parce que les autres rebelles islamistes ne sont que des marionnettes. Les véritables décideurs sont leurs commanditaires, soit l’Arabie saoudite, la Turquie et le Qatar. Or rien n’indique que ceux-ci veulent cette paix.

En quittant les lieux maintenant, la Russie ne pourra pas être blâmée d’être responsable de l’échec de négociations auxquelles aucun expert ne croit. Et une fois de plus, les États-Unis sont confrontés à leur impuissance apparente et la perte de prestige qui en découle.

Actuellement, l’Arabie saoudite, la Turquie et le Qatar songent sérieusement à entrer en guerre contre la Syrie afin d’en finir avec le régime de Bachar el-Assad et de le remplacer par un régime islamiste fondamentaliste. En s’éclipsant, la Russie tend un piège à la Turquie tout en se lavant les mains de ce qui pourrait survenir.

Croyant le régime de Bachar el-Assad laissé à lui-même — alors que la Russie est à quelques heures de vol — si la Turquie entre en guerre, elle sera aux prises avec cinq problèmes simultanés; son effort de guerre en Syrie, l’insurrection kurde dans l’Est de la Turquie, les millions de réfugiés syriens supplémentaires qui frapperont à ses portes, la multiplication des attentats terroristes en Turquie (probablement financés par la Russie) et conséquemment, l’effondrement de son industrie touristique. Qui veut visiter un pays en guerre ?

On estime que l’intervention russe a couté entre 2,2 et 3,6 millions d’euros par jour. Autrement dit, pour une somme totale équivalente à celle de la ‘mission’ canadienne en Syrie, la brève intervention russe a prouvé la puissance militaire et stratégique de ce pays et placé les États-Unis dans une position d’échec et mat puisqu’il leur sera impossible de réaliser les espoirs de paix qu’ils ont suscités à Genève.

Références :
Le retrait de Syrie, coup stratégique pour la Russie
Les 8 thèses principales de l’interview de Vladimir Poutine
Russia’s exit from Syria a move military analysts never saw coming
Vladimir Poutine annonce le début du retrait des troupes russes de Syrie

Parus depuis :
Putin: Russia could redeploy forces in Syria within hours if needed (2016-03-17)
Exclusive: Russia, despite draw down, shipping more to Syria than removing (2016-03-30)


Compléments de lecture :
L’ABC de la guerre syrienne (1re partie)
L’ABC de la guerre syrienne (2e partie)
L’ABC de la guerre syrienne (3e partie)

L’éclipse russe de la Syrie
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le radicalisme des rebelles syriens

23 décembre 2015

La Tony Blair Faith Foundation est une organisation sans but lucratif qui vise à étudier et combattre l’extrémisme religieux.

Le 20 décembre 2015, cet organisme publiait les résultats d’une étude portant sur l’idéologie des groupes rebelles en Syrie (indigènes ou venus de l’Étranger).

Il est à noter qu’il ne s’agit pas d’un sondage effectué auprès de répondants choisis par échantillonnage, mais d’une analyse de la propagande (écrite ou verbale) issue de 48 groupes de rebelles.

L’État islamique (ÉI) et 15 autres groupes — totalisant 96 000 combattants — partagent une idéologie identique. C’est le tiers des groupes étudiés.

Ils combattent afin de reproduire en Syrie le monde musulman idéalisé qui prévalait au temps de Mahomet, soit ce que fait déjà l’ÉI dans le territoire qu’il contrôle.

Parmi eux, huit (excluant l’ÉI) déclarent ouvertement souhaiter commettre des attentats terroristes en Occident. Ces huit groupes comptent 30 000 combattants. Si on ajoute l’ÉI, cela fait 61 000 terroristes potentiels.

À cela s’ajoutent douze autres groupes qualifiés d’islamistes; sans chercher à reproduire les coutumes qui prévalaient il y a 1 500 ans dans cette partie du monde, ils souhaitent néanmoins que le Coran et la charia aient dorénavant force de loi en Syrie.

Douze autres groupes de rebelles luttent pour renverser le régime de Bachar el-Assad, sans professer d’idéologie particulière.

Suivent trois groupes de rebelles qui luttent pour l’indépendance du Kurdistan, et cinq groupes de milices qui ne visent qu’à assurer la protection de leur communauté.

Au total, la majorité des groupes rebelles dits ‘modérés’ (excluant donc l’ÉI et Al-Qaida) visent à remplacer le régime séculier de Bachar el-Assad par un régime où les textes de la doctrine et de la jurisprudence musulmane auront force de loi auprès de l’ensemble de la population.

Seuls 38% des groupes de rebelles souhaitent diriger une démocratie parlementaire.

Et puisque ces groupes s’unissent et s’affrontent selon les circonstances, les auteurs du rapport écrivent : « Toute tentative de faire la distinction entre des rebelles ‘modérés’ d’une part et des extrémistes de l’autre, est impossible. »

Les lecteurs assidus de ce blogue ne seront pas surpris par cette conclusion puisque c’est exactement ce que j’écris depuis deux ans.

En s’alliant aux pétromonarchies et à la Turquie pour renverser Bachar el-Assad, les pays occidentaux sont en train de commettre une grave erreur; celle de transformer un régime séculier brutal par un régime islamiste tout aussi brutal, voire barbare.

Références :
Most Syrian rebels sympathise with Isis, says thinktank
Of the castle falls – Ideology and Objectives of the Syrian Rebellion


Compléments de lecture :
L’ABC de la guerre syrienne (1re partie)
L’ABC de la guerre syrienne (2e partie)
L’ABC de la guerre syrienne (3e partie)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’ABC de la guerre syrienne (3e partie et fin)

16 décembre 2015

Histoire de l’État islamique

En 2006, l’État islamique (EI) nait de la cristallisation de plusieurs groupes rebelles autour de la branche irakienne d’Al-Qaida.

À ses débuts, l’ÉI vivote. Harcelé par les bombardements américains, privé de financement appréciable, il se discrédite aux yeux de la population irakienne par ses méthodes brutales qui s’attaquent autant aux Musulmans chiites qu’aux tribus sunnites jugées complices de l’occupant américain.

Au printemps de 2011, la Syrie — le pays voisin — devient l’Eldorado des rebelles sunnites.

Les pétromonarchies veulent en finir avec Bachar el-Assad. Elles font pleuvoir les dollars sur tous ceux qui veulent renverser le gouvernement de ce pays. Et les convois de camions turcs — officiellement chargés d’aide humanitaire — transportent en réalité tout le matériel militaire dont les rebelles ont besoin.

L’ÉI, réduit à quelques dizaines de combattants, quitte l’Irak afin de se ressourcer en Syrie; il en profite pour faire le plein d’armement, de devises et de mercenaires qui acceptent de combattre dans ses rangs.

En orange, territoire aux mains de l’État islamique en 2015

En mars 2013, l’ÉI est devenu suffisamment puissant pour s’emparer de Racca — au centre de la Syrie et peuplée de plus de 200 000 habitants — qui devient alors la première ville importante à tomber entre ses mains.

L’ÉI fait la conquête du centre de la Syrie, principalement désertique, où se concentrent ses champs pétroliers.

À la fin de 2013, de nombreuses tribus sunnites de révoltent contre le gouvernement irakien, qu’elles jugent discriminatoire à leur égard. Tablant sur ce contexte insurrectionnel, une partie des milices de l’ÉI retournent faire la conquête du nord et de l’ouest de ce pays.

Alors que l’ÉI avait quitté l’Irak discrédité, il y revient en héros, apportant du ravitaillement pour la population.

Le 10 juin 2014, l’ÉI s’empare de Mossoul, 2e ville d’Irak. À cette occasion, l’ÉI prend possession des réserves de devises de la Banque centrale de Mossoul, estimées à 492 millions$, devenant ainsi l’organisation terroriste la plus riche au monde.

Et ce, en plus de la quantité colossale de matériel militaire abandonné par l’armée irakienne, ce qui comprend 250 jeeps blindés Humvee, trente chars M1-Abrahams et des chars de combat M1129 Stryker.

Fier de cette conquête, le 29 juin 2014, l’ÉI annonce la création d’un califat sur le territoire qu’il contrôle (215 000 km²), à cheval entre la Syrie et l’Irak, soit presque autant que le Royaume-Uni (243 610 km²).

Après une progression fulgurante depuis 2013, l’ÉI commence cette année à essuyer ses premiers revers en Irak, notamment par la perte de la ville de Sinjar (à l’ouest de Mossoul), de même que Tikrit et Baïji (au sud de Mossoul). Selon le secrétaire d’État américain John Kerry, l’ÉI aurait perdu 25% des territoires qu’il occupait en Irak depuis 2014.

Parallèlement, l’ÉI s’internationalise; des milices rebelles dans d’autres pays lui prêtent allégeance. Les territoires éloignés qu’ils contrôlent sont qualifiés de ‘provinces’ par le califat.

De plus, l’ÉI réalise ses premiers attentats terroristes à l’étranger.

Le 18 mars 2015, l’ÉI revendique l’attentat au musée du Bardo, dans la capitale tunisienne : 24 morts. Le 26 juin 2015, l’ÉI commet un attentat près de la ville tunisienne de Sousse : 39 morts. Le même jour, l’ÉI fait exploser une mosquée chiite au Koweït : 27 morts. Le 31 octobre 2015, un avion russe à destination de Saint-Pétersbourg explose dans le Sinaï égyptien : 320 morts. Le 12 novembre 2015, l’ÉI commet un attentat-suicide en banlieue de la capitale libanaise : 43 morts. Le lendemain, c’est le carnage de Paris : 130 morts. Le 23 novembre 2015, l’ÉI fait exploser un autobus dans la capitale tunisienne : 13 morts.

L’ÉI, une occasion d’affaires

Né en Irak, l’ÉI n’est devenu puissant qu’après quitté ce pays pour la Syrie, bénéficiant là-bas des largesses des pétromonarchies, aveuglées par leur hostilité à l’égard de Bachar el-Assad.

Les dirigeants américains sont conscients que l’ÉI illustre le fiasco de leur intervention militaire au Moyen-Orient. Indéniablement, l’ÉI est né contre leur gré.

Toutefois, les dirigeants américains sont des gens pragmatiques. Très vite, ils comprennent que cette organisation terroriste constitue une occasion d’affaires pour leur complexe militaro-industriel.

La coalition anti-ÉI est dirigée par des pays producteurs d’armements. En bombardant l’ÉI de manière à limiter son expansion territoriale sans toutefois chercher à l’anéantir, les pays de cette coalition font perdurer l’insécurité qui amène les pays voisins à multiplier les contrats militaires auprès d’eux afin de se protéger.

Les trois principales sources de financement de l’ÉI sont les suivantes :
• la vente de pétrole extraite du califat,
• les taxes et impôts collectés auprès des résidents du califat, et la saisie des biens de ceux qui fuient à l’Étranger, et
• la vente des objets antiques pillés sur les sites archéologiques.

De ces trois sources de financement, la première est la seule sur laquelle il est facile d’agir; il suffit de bombarder les sites d’extraction pétrolière situés sur le territoire que contrôle l’ÉI.

Pourtant, la coalition anti-ÉI a très peu ciblé cet objectif. Entre aout 2014 et octobre 2015, la coalition a procédé à 10 600 frappes aériennes dont seulement 196 — moins de deux pour cent — ont ciblé les infrastructures pétrolières de l’ÉI.

Au contraire, en bombardant des villes syriennes densément peuplées, on a contribué à la pire crise migratoire depuis la Deuxième Guerre mondiale.

Si la coalition avait ciblé le pétrole, cela aurait causé très peu de pertes civiles et les coffres de l’ÉI seraient vides depuis longtemps.

Alors pourquoi ne l’a-t-on pas fait ? Pour plusieurs raisons.

Premièrement parce que l’objectif de la coalition n’a jamais été de détruire l’État islamique, du moins jusqu’à la récente série d’attentats terroristes en Occident.

Deuxièmement, parce ce qu’on ne voulait pas irriter la Turquie, principale bénéficiaire du pétrole de contrebande exportée à l’Étranger.

Troisièmement, pour ne pas nuire aux rebelles islamistes dits ‘modérés’.

Que viennent faire les autres milices islamistes là-dedans ?

C’est que les rebelles ne reçoivent pas de pétrole de l’Étranger; le pétrole consommé par leurs véhicules et leurs génératrices est du pétrole de contrebande provenant indirectement du califat. Sans le vouloir, ces rebelles enrichissent l’ÉI chaque fois qu’ils font le plein.

Si on détruisait tous les sites d’extraction pétrolière de l’ÉI, on paralyserait non seulement l’ÉI, mais également toutes les autres milices rebelles qui dépendent de son pétrole.

Bref, on arrêterait cette guerre, ce qui constituerait une catastrophe pour les marchands de canons qui dictent la politique étrangère de nos gouvernements.

Références :
Attentat de Sousse
Attentat revendiqué par l’EI, «un mode opératoire nouveau au Liban»
Au Koweït, 27 morts et 222 blessés dans un attentat anti-chiite dans une mosquée
Bataille de Mossoul (2014)
Crash de l’Airbus russe en Egypte : ce que l’on sait, ce qu’on ignore
Enemy of Enemies: The Rise of ISIL
État islamique (organisation)
Guerre Iran-Irak
Guerre d’Irak
Irak – La main mise des groupes américains
Irak. Le groupe terroriste Eiil est millionnaire
ISIS Has Lost 25 Percent of Territory It Once Held in Iraq, US Says
Isis Inc: how oil fuels the jihadi terrorists
Is Vladimir Putin right to label Turkey ‘accomplices of terrorists’?
L’État islamique – Une histoire violente
Maliki est responsable de la prise de Mossoul par Daech
Mosul commander was on vacation despite warnings of attack, report says
Un journal turc publie les images d’armes livrées par la Turquie aux djihadistes en Syrie

Parus depuis :
If the Castle Falls: Ideology and Objectives of the Syrian Rebellion (2015-12-21)
US-led airstrikes against Islamic State in Syria and Iraq – interactive (2016-01-08)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’ABC de la guerre syrienne (2e partie)

14 décembre 2015

Importance géostratégique de la Syrie

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Au Moyen-Orient, qui dit guerre dit hydrocarbures.

Situés de part et d’autre du Golfe persique, le Qatar est rival de l’Iran dans l’exploitation d’un des principaux champs gaziers du monde, situé à cheval entre ces deux pays.

Le projet ‘sunnite’ du Qatar (en rouge sur la carte)

Le Qatar projetait la construction d’un gazoduc partant de ce pays et qui aurait traversé l’Arabie Saoudite, la Jordanie, la Syrie et la Turquie afin d’approvisionner l’Europe en gaz naturel.

Au Proche et au Moyen-Orient, ce trajet n’aurait traversé que des pays dont la population est majoritairement musulmane sunnite.

Désireuse de bénéficier des retombées économiques de la construction d’un gazoduc traversant son territoire et soucieuse d’avoir l’Europe à sa merci, la Turquie soutenait le projet qatari. De plus, cela lui aurait permis de s’affranchir de la Russie, responsable de 60% de ses approvisionnements en gaz naturel.

Le projet ‘chiite’ de l’Iran (en vert sur la carte)

De son côté, afin d’acheminer le gaz de ce même gisement à partir de son territoire, l’Iran projetait la construction d’un gazoduc traversant plutôt l’Irak et la Syrie. Le gaz naturel liquéfié aurait finalement atteint l’Europe par bateau, sans passer par la Turquie.

Ce projet ne traversait que des pays dont les dirigeants sont des musulmans chiites.

À l’époque où le président syrien Bachar el-Assad dirigeait son pays avec une main de fer, ces deux projets concurrents de gazoducs attendaient son approbation.

Le feu vert en 2010

Bachar el-Assad aurait pu autoriser les deux. Mais à la fin de 2010, son gouvernement décida de ne permettre qu’un seul projet, celui de son allié iranien. Cette décision était également un pied de nez à la Turquie, avec laquelle la Syrie entretient des relations conflictuelles depuis plus d’un demi-siècle.

Ce fut une grave erreur.

Cumulativement, au cours de la durée totale de son fonctionnement, le gazoduc qatari devait rapporter des revenus de l’ordre de centaines de milliards de dollars au Qatar. Furieux du refus syrien, les dirigeants de cette pétromonarchie décidèrent de renverser le régime de Bachar el-Assad.

À la merci de la Russie pour son approvisionnement en gaz naturel, l’Europe occidentale ne gagnait rien à se libérer de la Russie si c’était pour devenir dépendante du gaz iranien. Voilà pourquoi, les pays occidentaux, avec la complicité de la Turquie, décidèrent de soutenir discrètement les visées subversives des pétromonarchies.

Le printemps arabe en 2010-2011

Quelques semaines après le feu vert donné au projet de gazoduc iranien, éclate un événement totalement imprévu dont l’importance historique est considérable : le Printemps arabe.

Déclenchée en Tunisie le 17 décembre 2010, cette révolte se solde par la démission du chef d’État tunisien moins d’un mois plus tard, le 13 janvier 2011.

En janvier et février 2011, une série de manifestations d’une ampleur inégalée se déroulent en Égypte. Les manifestations les plus importantes de déroulent le vendredi — le jour de la prière chez les Musulmans — au sortir des mosquées.

En effet, l’Arabie saoudite utilise son influence sur le clergé égyptien pour transformer les prêches du vendredi en discours incendiaires où les imams incitent les fidèles à la révolte. Le 11 février 2011, le chef de l’État égyptien démissionne.

Comme une trainée de poudre, le Printemps arabe atteint la Syrie en mars 2011. Les premières manifestations antigouvernementales y sont organisées. Celle de Deraa, le 23 mars, est la première réprimée dans le sang; 50 à 100 opposants sont tués.

Le vendredi suivant, le 25 mars, le clergé sunnite de Syrie appelle les fidèles à la révolte; c’est le Jour de la colère. Quatre jours plus tard, le gouvernement syrien présente sa démission au président Bachar el-Assad (qui lui, demeure en poste).

Dans les mois qui suivent, les manifestations se succèdent, toujours réprimées brutalement par l’armée. Parallèlement, dès le mois d’avril, on assiste à l’apparition de groupes rebelles armés.

La guerre en Syrie

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Alors que le Printemps arabe piétine en Syrie, les pétromonarchies se voient obligées d’adopter une autre stratégie; celle d’y transformer ce début de guerre civile, en guerre par procuration où des milices financées par elles — provenant de n’importe où — combattront le régime de Bachar el-Assad.

En 2011, s’il était possible de parler de rebelles ‘modérés’, cela n’est plus possible aujourd’hui. Comme dans toute guerre qui s’éternise, les scrupules et principes de départ ont fait place depuis longtemps à une haine impitoyable; tous les moyens sont bons pour tuer l’ennemi.

Jusqu’ici, environ 80% des pertes civiles — estimées entre 110 000 et 180 000 personnes — ont été causées par le régime de Bachar el-Assad. Souvent utilisé pour prouver la barbarie de ce dernier, ce pourcentage ne veut rien dire; il reflète le fait que le régime avait davantage les moyens d’exprimer sa cruauté. Si les avions, les bombes et les gaz toxiques de l’armée syrienne avaient été aux mains des rebelles — notamment Al-Qaida ou l’État islamique — ce serait eux qui auraient causé 80% des morts parmi la population civile.

Territoires contrôlés par les forces en présence

De nos jours, chaque fois qu’une ville ou qu’un village syrien tombe entre les mains des rebelles islamistes dits ‘modérés’, les Alaouites (le groupe confessionnel auquel appartient Bachar el-Assad) y sont systématiquement massacrés.

Contrairement à ce que soutient la propagande officielle de nos pays, la guerre en Syrie n’oppose pas le méchant régime de Bachar el-Assad à de bons rebelles luttant pour la démocratie parlementaire; elle oppose un régime brutal à des mercenaires étrangers pires que lui.

En excluant Al-Qaida et l’État islamique (dont on connait bien l’idéologie barbare), les autres milices rebelles, si elles prenaient le pouvoir, se proposent toutes d’implanter la charia (autrement, elles ne seraient pas financées par l’Arabie saoudite) et d’exterminer les Alaouites, soit 12% de la population syrienne (c’est-à-dire deux millions de personnes).

Évidemment, dans une telle éventualité, beaucoup d’Alaouites fuiraient à l’étranger. Mais ceux restés sur place seraient l’objet d’un génocide.

Dans un pays divisé — non pas par des rivalités interconfessionnelles — mais plutôt par des haines interconfessionnelles (attisées par des pays étrangers), la seule manière de pacifier ce pays est de le soumettre au joug d’un régime brutal. Or ce régime existe déjà, c’est celui de Bachar el-Assad.

En claquant des doigts, si on pouvait faire cesser cette guerre et tenir des élections demain, Bachar el-Assad serait réélu facilement parce que les dirigeants des milices rebelles sont soit des étrangers ou de parfaits inconnus.

Les pays occidentaux le savent très bien. Impuissants le renverser militairement, ils insistent pour que Bachar el-Assad quitte volontairement ses fonctions. Un vœu que le dirigeant syrien a ignoré jusqu’ici.

On peut remplacer l’homme. Mais remplacer son régime autoritaire signifie livrer le pays au chaos, à l’anarchie et au carnage.

Références :
Declassified Department of Defense Report (2012-07-30)
La Syrie, pays de tous les enjeux
Qatar-Turkey pipeline
Révolution tunisienne de 2010-2011
Syria’s Pipelineistan war

Parus depuis :
If the Castle Falls: Ideology and Objectives of the Syrian Rebellion (2015-12-21)
De militaire à militaire — par Seymour M. Hersh (2016-01-18)
Report on Syria conflict finds 11.5% of population killed or injured (2016-02-11)
Russia is the big winner in Syria’s flawed ‘truce’ (2016-02-12)
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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’ABC de la guerre syrienne (1re partie)

12 décembre 2015

Présentation de la Syrie

La Syrie est un pays arabe situé au Moyen-Orient. Ce pays possède une superficie 185 180 km², soit l’équivalent du tiers de la France.

Environ 22% du territoire est désertique ou semi-désertique. Le reste est composé de pâturages (44,6%), de terres arables servant à des cultures provisoires (25,4%) et de terres agricoles permanentes (5,8%).

Depuis 1964, la superficie des terres arables a diminué de 34,9% à 25,4% en raison de la désertification.

En juillet 2014, le pays était peuplé de 17 millions de personnes, urbanisées dans une proportion de 57,7%. L’âge moyen y est de 23,8 ans en raison de l’importance démographique des jeunes de moins de quinze ans (32,5%). L’alphabétisation y est de 90% chez les garçons et de 80% chez les filles.

Les Arabes y forment 90,3% de la population. Le reste est composé de Kurdes, d’Arméniens et d’autres minorités ethniques.

L’État syrien, se voulant laïc, ne procède à aucun recensement confessionnel. Officieusement, on estime que les principales confessions religieuses sont les suivantes :
• 75,0% Musulmans sunnites
• 12,0% Alaouites (Musulmans chiites)
• 10,0% Kurdes (Musulmans à 80% sunnites)
•   5,4% Syriaques (Catholiques orthodoxes)
•   3,0% Druzes (Mulsulmans chiites)

Selon le CIA Word Factbook, en 2014, le secteur tertiaire (soit les services) représentait 62,9% du produit intérieur brut. Suivaient le secteur industriel avec 19% (pétrole, textile, agroalimentaire, tabac, phosphate, ciment, extraction des huiles alimentaires, assemblage automobile), et l’agriculture proprement dite avec 18,1% (blé, orge, coton, légumineuses, betterave à sucre, élevage du mouton, œufs, volaille et production laitière).

Le produit intérieur brut par personne était de 5 100$US en 2011, ce qui plaçait la Syrie au 165e rang mondial. Depuis, la situation s’est considérablement dégradée.

Les sanctions économiques internationales contre le régime de Bachar el-Assad ont fait chuter officiellement les exportations de 98%, passant de 11,3 milliards$ en 2010 à 185 millions$ en 2012. Toutefois, cela ne tient pas compte de la contrebande de pétrole dont l’importance est estimée entre 120 et 500 millions de dollars, selon les sources consultées.

Présentation des pays voisins de la Syrie

Carte de la Syrie

Au nord, le pays voisin est la Turquie. La Turquie et la Syrie entretiennent une relation conflictuelle pour différentes raisons, mais surtout depuis le rattachement en 1939 d’une province syrienne à la Turquie.

Cette bande de terrain prive la Syrie d’environ la moitié de son accès à la Méditerranée. Cette annexion est reconnue internationalement mais la Syrie ne l’a jamais acceptée.

Cette animosité se reflète par la nature des échanges commerciaux entre ces deux voisins, qui se limitent essentiellement de nos jours à la contrebande de pétrole.

À l’est et au sud-est, le pays voisin est l’Irak. Avant les sanctions économiques contre la Syrie, c’était en Irak que la Syrie expédiait la majorité de ses exportations.

Au sud, se trouve la Jordanie. Pays fragile, la Jordanie essaie de vivre harmonieusement avec tous ses voisins. Lorsqu’elle doit choisir, elle se range du côté du plus puissant.

À l’ouest, se trouvent le Liban et Israël. Celui-ci a annexé illégalement le Golan (le sud-ouest de la Syrie) en 1981 après l’avoir occupé pendant des années.

À l’époque où la Syrie était une puissance régionale, celle-ci faisait la pluie et le beau temps au Liban, n’hésitant pas à assassiner ou à faire tuer les dirigeants libanais qui ne lui convenaient pas.

C’est par le biais de la Syrie que l’Iran fait parvenir armes et financement à un mouvement terroriste chiite libanais appelé le Hezbollah. Comme beaucoup de mouvements qui font la promotion de l’Islam politique, le Hezbollah est à la fois un organisme caritatif et paramilitaire.

Guerre_syrienne_zUn peu moins de 200km de la frontière occidentale de la Syrie donne directement sur la Méditerranée. C’est sur cette rive qu’est construite — à Lattaquié, quatrième ville du pays — la seule base maritime russe en Méditerranée.

De plus, le port syrien de Tartous, à 60km plus au sud, accueille en permanence des navires de la flotte russe. C’est là que se trouve aussi une base de radars russes.

En aout et septembre derniers, la Russie a construit sa première base aérienne en Syrie, autour de l’aéroport de Jableh, une ville située à 25km au sud de Lattaquié, et qui est également un port maritime.

De plus, la Russie a entamé la construction d’une deuxième base aérienne. Celle-ci est située à Shaayrat, à l’intérieur du pays, près de la troisième ville la plus populeuse (Homs) et à environ 100km de la capitale (Damas). Cette nouvelle base militaire protège ces deux villes et bloque l’avancée des milices de l’État islamique vers l’ouest.

Sur ses bases militaires, la Russie déploie ses missiles sol-air les plus sophistiqués, d’une portée de 400km et d’une précision remarquable. Dans les faits, depuis le déploiement récent de ces missiles, la Russie — allié du gouvernement syrien — a pris le contrôle de l’espace aérien du pays. Ses missiles peuvent également tirés à partir du sous-marin Rostov-on-Don, stationné à l’intérieur des eaux territoriales de la Syrie.

En comparaison, les bombardiers américains se ravitaillent sur des bases militaires turques situées en Turquie. Les États-Unis sont donc soumis au bon vouloir et aux caprices de leur hôte.

La Grande-Bretagne, entrée officiellement depuis peu dans la guerre syrienne, stationne ses bombardiers sur une base militaire britannique située sur l’île de Chypre. Celle-ci est à 187km des côtes syriennes. On voit donc l’avantage que possède la Russie d’avoir plusieurs bases militaires situées beaucoup plus près des zones de combat.

Quant à la France, ses bombardiers se ravitaillent sur le porte-avion Charles-de-Gaulle, stationné au large des côtes syriennes.* La position de la France, hostile à la fois au régime de Bachar el-Assad et à l’État islamique a pour conséquence que ses chasseurs doivent rester hors de portée des défenses antiaériennes syriennes en faisant le détour par la Turquie au nord ou par la Jordanie au sud.

L’influence générale de la Russie dans les affaires internationales n’est plus ce qu’elle était aux beaux temps de l’URSS. Toutefois, dans le cas particulier de la Syrie, ses avantages stratégiques sont tels qu’il ne peut avoir de résolution de la crise syrienne sans elle.

*Post-scriptum du 2016-01-12 : Le porte-avion Charles-de-Gaulle a quitté la Méditerranée; il est maintenant en route pour le golfe Persique. La Russie ayant pris le contrôle de la presque totalité de l’espace aérien de Syrie, il devenait plus prudent pour la France (hostile à Bachar-el Assad), d’aller œuvrer en Irak.

Ce redéploiement est également un autre signe annonciateur de la reconquête de Mossoul (la deuxième ville irakienne, actuellement aux mains de l’État islamique).

Références :
Chute de près de 100% du commerce extérieur syrien
CIA World Factbook – Syria
La Russie a installé une deuxième base militaire en Syrie
Le porte-avions français Charles de Gaulle est entré en action en Syrie et en Irak
Les Kurdes, un peuple éclaté entre quatre pays
Les missiles S-300 russes et la neutralisation de la suprématie militaire américaine
Russia is building a second military airbase in Syria
Russia’s Expanding Military Presence in Syria
Russian S-400 missiles turn most of Syria into no-fly zone, halt US air strikes
Syrie: La Russie bombarde depuis un sous-marin
Syrie
Terres arables, Syrie

Parus depuis :
Le chef du Pentagone en visite pour la première fois sur le « Charles-de-Gaulle » (2015-12-19)
Opérations aériennes contre l’EI depuis le porte-avions « Charles-de-Gaulle » (2016-09-30)

L’ABC de la guerre syrienne (1re partie)
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