L’attentat du 15 avril 2017 à Rachidine, en Syrie

21 avril 2017

Il y a une semaine, on apprenait qu’un attentat avait fait une centaine de morts au sein d’un convoi de Syriens délocalisés.

Voici le fond de l’histoire.

Au cours d’une partie de chasse au faucon dans le sud de l’Irak en décembre 2015, vingt-six membres de la famille royale qatarie sont tombés dans une embuscade et sont faits prisonniers par un groupe d’une centaine de rebelles chiites supportés par l’Iran.

Depuis seize mois, leur libération est négociée par le Qatar et l’Iran. À cela se sont ajoutés les négociateurs de quatre groupes de rebelles : le Hezbollah et deux milices chiites du côté iranien, et une milice d’Al Qaida du côté qatari.

L’entente intervenue prévoit la libération des otages qataris en contrepartie d’un important échange de population dans le cadre de l’épuration ethnique qui prévaut en Syrie.

L’entente prévoit également le versement d’une colossale rançon aux rebelles. Non seulement à ceux qui détiennent les otages royaux, mais également aux différentes milices rebelles et gouvernementales rencontrées sur le trajet de plus de 300km que doivent effectuer les convois de 30 000 à 50 000 Syriens relocalisés.

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D’une part, cette épuration concerne les Musulmans sunnites de deux villages situés près de la capitale (dans le sud-ouest du pays). Ils doivent retrouver les leurs dans deux villages sunnites situés dans le nord-ouest du pays.

En contrepartie, les Musulmans chiites des deux villages dont on vient de parler doivent être transférés dans les deux villages situés près de la capitale.

Le 14 avril, le premier groupe de Chiites (cinq-mille personnes) fut placé à bord de 45 à 75 autobus. En raison du caprice du réseau routier et des droits de passage négociés vers leur destination finale, le début du trajet prévoit un détour par Rachidine, une localité tenue par les rebelles près d’Alep.

Et c’est dans cette ville qu’eut lieu l’attentat. Un véhicule qui distribuait des sachets de croustilles aux enfants a explosé à proximité des autobus transportant les évacués.

L’attentat fit 126 morts et 300 blessés, mettant en péril l’accord intervenu entre l’Iran et le Qatar.

Depuis samedi dernier à Bagdad (lieu choisi pour l’arrivée de la rançon), un jet privé qatari est immobilisé sur le tarmac de l’aéroport en attente de prendre possession des otages royaux qui doivent être libérés.

Puisque l’attentat a tué non seulement des civils loyalistes au régime de Bachar el-Assad mais également une trentaine de combattants rebelles, on présume que ce serait l’œuvre d’une autre milice exclue de l’entente et qui aurait voulu une part du butin.

En raison de l’importance de la rançon, les évacuations ont repris quelques heures plus tard et se poursuivent depuis.

Références :
Attentat de Rachidine
Attentat en Syrie: les auteurs déguisés en humanitaires
Qatari jet sits on tarmac in Baghdad as royal hostages await release

Paru depuis :
Qatari royals released from captivity as part of Syria population swap deal (2017-04-21)

L’attentat du 15 avril 2017 à Rachidine, en Syrie
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Trump : un président manipulable et impulsif

10 avril 2017


 
Introduction

Lorsque l’aviation canadienne bombarde n’importe quelle région du monde, elle le fait avec l’accord du pays concerné ou à la suite d’une résolution habilitante de l’ONU.

Cela s’appelle respecter le droit international.

Quand les Russes bombardent la Syrie, ils n’ont pas besoin d’une autorisation de l’ONU parce qu’ils ont déjà celle du gouvernement de la Syrie, soit celui de Bachar el-Assad.

Plus tôt cette semaine, le président américain Donald Trump a ordonné le bombardement de la base russe de Shayrat, située en Syrie.

Ce bombardement est la réponse américaine à une attaque chimique survenue deux jours plus tôt dans la ville syrienne de Khan Cheikhoun. Cette attaque chimique a provoqué la mort d’une centaine de civils et fait environ 500 blessés.

Dans cette région s’affrontent l’armée syrienne et les milices de deux organisations terroristes financées par l’Arabie saoudite : Ahrar al-Cham (accusé de crimes de guerre par Amnistie internationale) et Hayat Tahrir al-Cham (classé comme organisation terroriste par les États-Unis le mois dernier).

Le président américain s’est dit ému des images qui lui ont été présentées à ce sujet.

Dans le but évident de nous faire partager l’émotion présidentielle, les télévisions canadiennes nous ont présenté en boucle ces gros plans d’enfants suffoquant ou d’infirmiers essayant désespérément de sauver les personnes affectées par des gaz toxiques.

Il faut être très naïf pour croire que les États-Unis bombardent quoi que ce soit pour des raisons humanitaires.

Selon Newsweek, l’armée américaine a tué mille civils en Irak et en Syrie durant le seul mois de mars 2017. C’est dix fois plus que l’attaque qui a suscité l’indignation de Trump. Or nos médias n’ont pas cru bon nous montrer les gros plans des gens tués ou agonisants sous les frappes américaines.

C’est la paix, et non la guerre, qu’on fait pour le bien d’un peuple. Surtout quand il s’agit de gens qu’on ne veut surtout pas accueillir aux États-Unis.

Sans attendre que la responsabilité de l’aviation syrienne ait été prouvée et sans posséder de résolution habilitante de l’ONU, le président américain a ordonné le bombardement de cette base militaire deux jours plus tard.

Il s’agit de son premier Casus belli, commis moins de cent jours après son entrée en fonction.

Pour les chefs d’État occidentaux et les journalistes qui rapportent leurs propos, la culpabilité de Bachar el-Assad est évidente puisqu’il s’agit ici, croit-on, d’une récidive.

La ligne rouge

Le 20 aout 2012, l’ex-président Obama avait prévenu que l’utilisation d’armes chimiques dans le cadre du conflit syrien constituerait une ligne rouge à ne pas dépasser.

À plusieurs occasions, de telles armes ont été utilisées, causant un petit nombre de victimes.

Toutefois, le 21 aout 2013 — un an plus tard — un bombardement à l’arme chimique eut lieu dans l’oasis de la Ghouta, près de Damas. Ce bombardement fit entre 322 et 1 729 morts. De plus, 3 600 personnes furent atteintes de symptômes neurotoxiques.

À l’époque, ce crime de guerre provoqua une indignation planétaire.

Mais la Maison-Blanche invoqua l’insuffisance de preuve pour ne pas intervenir et sauva la face (plus ou moins) en acceptant l’engagement russe à procéder à la destruction de toutes les armes chimiques encore en possession du régime de Bachar el-Assad.

Quatre ans plus tard, cette nouvelle attaque chimique a provoqué de nombreux commentaires. Toutefois, j’ai été très surpris de lire celui d’un lecteur du Devoir affirmant que l’enquête de l’ONU au sujet du massacre de Ghouta avait innocenté le régime de Bachar el-Assad.

À la lecture du texte sur Wikipédia, on apprend effectivement que l’ONU a produit deux rapports à ce sujet.

Publié le 16 septembre 2013, le premier n’avança aucune responsabilité dans cette attaque puisque cela n’était pas son but.

En décembre 2013, le journaliste d’investigation Seymour Hersh révèle que le gouvernement américain, pour mieux soutenir les accusations contre le régime de Bachar el-Assad, aurait volontairement caché les informations selon lesquelles le groupe djihadiste Front al-Nosra (soutenu par l’Arabie saoudite) disposait de gaz sarin.

Publié en janvier 2014, le deuxième rapport de l’ONU en vint à la conclusion que le régime syrien ne pouvait pas être tenu responsable du massacre. En particulier l’analyse de l’impact au sol des ogives permettait de préciser que l’endroit d’où elles avaient été tirées ne pouvait provenir des positions occupées par le régime au moment de l’attaque.

Évidemment, ce rapport fut aussitôt critiqué par un grand nombre d’experts occidentaux et, à l’opposé, applaudis par ceux des pays alliés de Bachar el-Assad.

Si j’exclus tous les rapports d’organismes ou d’États qui avaient conclu à la culpabilité ou à l’innocence de Bachar el-Assad avant même d’entreprendre leurs travaux, le seul rapport crédible est celui de l’ONU.

Le scénario le plus plausible

En traçant sa ligne rouge, le président Obama commettait une imprudence.

Il suffisait à l’Arabie saoudite d’orchestrer une attaque chimique ayant l’air d’avoir été commise par le régime syrien pour forcer la main d’Obama et l’amener à déclarer la guerre contre Bachar el-Assad.

Cette stratégie ayant échoué, la dictature saoudienne a donc recommencé le même scénario moins de cent jours après l’arrivée au pouvoir de son successeur.

Et voilà ce pauvre Trump qui tombe dans le panneau.

La pire erreur que peut commettre un chef de guerre, c’est de révéler son talon d’Achille.

C’est ce qu’a fait Donald Trump en ordonnant le bombardement de la base russe de Shayrat.

Il aura suffi qu’on lui montre les gros plans de jeunes enfants suffoquant pour qu’il réagisse comme le taureau devant lequel le toréador agite sa muléta.

Mais il y a plus grave encore.

À en juger par la réaction contrariée des Russes aux frappes américaines, il est évident que Trump n’a pas demandé la permission aux Russes avant de bombarder une de leurs bases militaires en Syrie.

Imaginons que les Russes, prévenus de l’attaque, aient décidé de tester l’efficacité des missiles sol-air S-300 qu’ils ont déjà déployés en Syrie.

Si toutes les ogives américaines avaient atteint leur but quand même, cela aurait prouvé la supériorité de la technologie américaine.

Mais si ce coup de poker avait tourné au désastre, on ferait présentement la queue à Moscou pour acheter des armes russes.

Et puisque les missiles S-300 n’auraient causé aucune victime américaine mais n’auraient fait que bloquer des ogives ‘made in USA’ et humilier les États-Unis, Trump aurait été réduit à accuser Poutine d’hypocrisie sans avoir matière à déclarer une troisième guerre mondiale.

Ce qui, dans le cas de Trump, n’est peut-être que partie remise…

Références :
Armes chimiques pendant la guerre civile syrienne
Attaque chimique en Syrie : trop tôt pour tirer des conclusions, disent Moscou et Damas
Massacre de la Ghouta
Obama ne regrette pas l’épisode de la «ligne rouge»
Under Trump, U.S. military has allegedly killed over 1,000 civilians in Iraq, Syria in March
Whose sarin?

Paru simultanément :
Guerre en Syrie et lutte pour le pouvoir aux États-Unis

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Les pourparlers à Hambourg au sujet d’Alep

7 décembre 2016

C’est plus tôt aujourd’hui qu’avaient lieu à Hambourg des pourparlers russo-américains en vue d’une nouvelle trêve à Alep, en Syrie.

À au moins deux reprises (les 20 et 21 octobre, puis le 4 novembre), la Russie a décrété unilatéralement des trêves pour permettre aux civils de quitter la ville assiégée.

Mais les mercenaires islamistes soutenus par l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie ont installé des tireurs embusqués le long des couloirs d’évacuation décrétés par Moscou pour empêcher les civils d’en profiter.

Les Américains tentaient donc aujourd’hui de convaincre les Russes d’accorder une trêve supplémentaire.

Le choix de la ville d’Hambourg comme lieu de ces pourparlers est ironique.

Un des livres les plus importants que j’ai lus dans ma vie est « Inferno : The Fiery Destruction of Hambourg – 1943 » de Keith Lowe.

Sans jugement moral, ce livre est la description minutieuse des bombardements anglais d’Hambourg, la ville portuaire où l’Allemagne nazie fabriquait ses sous-marins.

Après avoir bombardé les quartiers industriels de la ville, on s’est rendu compte que le Reich était en mesure de reprendre la production en moins de six mois.

Donc on a changé de stratégie. On a détruit la moitié des quartiers résidentiels de la ville dans le but de priver les usines de main-d’œuvre.

À cette fin, on a créé des murs de feu au sein desquels les civils mourraient asphyxiés par manque d’oxygène, où ceux qui voulaient fuir en étaient empêchés parce que l’asphalte se changeait en goudron sous leurs pieds, etc.

Du strict point de vue humanitaire, les bombardements russes à Alep ne sont rien en comparaison des bombardement alliés à Hambourg, à Dresde et à Hiroshima.

Le fond du problème est que la guerre est une boucherie. Elle l’a toujours été et le sera toujours.

Permettre aujourd’hui aux mercenaires islamistes de fuir la ville, c’est leur donner l’occasion de reprendre leurs forces et les retrouver à combattre ailleurs, de nouveau contre les Russes.

La stratégie occidentale est de rendre dispendieuse et inefficace l’intervention militaire russe en Syrie, comme a été ruineuse l’intervention russe en Afghanistan entre 1979 et 1989.

Le choix de la Russie à Alep est simple : prolonger l’agonie ou donner le coup de grâce.

La Russie a très bien compris la stratégie occidentale. Il est donc peu probable que ces pourparlers aboutissent à quelque chose. Alors pourquoi la Russie se plie-t-elle à cet exercice ?

La politique américaine relative à la Syrie dépend de la qualité des informations reçues par leurs services de renseignements.

À ce sujet, les Américains ont leurs espions et leurs analystes. Ils bénéficient également des informations fournies par les services de renseignements israéliens, turcs, saoudiens et jordaniens.

Mais en matière de politique internationale, on ne sait jamais qui est le manipulateur et qui est le manipulé. Les pays qui fournissent des renseignements dévoilent la partie de la vérité qui leur convient dans le but précis de tenter d’influencer leur interlocuteur.

De par la nature même de ces pourparlers, les États-Unis apprennent certaines des informations secrètes que possèdent les services de renseignements russes.

Or la Russie est au front. Grâce à la présence de ses soldats et grâce aux interrogatoires musclés des mercenaires qu’elle fait prisonniers, elle obtient des renseignements les plus crédibles au sujet de ce qui se passe réellement dans cette ville.

Et les Américains ont la tâche de distinguer entre les faits et la tentative de manipulation.

Or ce que disent les Russes aux Américains, c’est que les rebelles encore retranchés dans Alep sont presque exclusivement des milices islamistes affiliées… à Al-Qaida.

Un nombre croissant de rapports des services secrets américains indiquent, effectivement, que la Russie dit vrai.

Enlisés dans leurs contradictions, les États-Unis se retrouvent dans la situation inconfortable de plaider la pitié pour leurs ennemis jurés. Ils y sont poussés par les efforts diplomatiques de l’Arabie saoudite (membre du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU) qui tente de sauver ses ressortissants encerclés à Alep.

On peut donc présumer de la mollesse des supplications américaines en faveur d’un cessez-le-feu à Alep et des résultats de cette initiative douteuse.

Références :
Al-Qaeda group’s gains in Syria undermine U.S. strategy
Asphyxiés à Alep, les rebelles appellent à un cessez-le-feu
ONU : la Russie perd sa place au Conseil des droits de l’Homme, l’Arabie saoudite réélue

Les pourparlers à Hambourg au sujet d’Alep
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Écrit par Jean-Pierre Martel


La guerre au Moyen-Orient : écrans de fumée et propagande au 31 octobre 2016

31 octobre 2016

Des puits de pétrole encore opérationnels

J’écoutais hier soir un reportage de la journaliste Marie-Ève Bédard de Radio-Canada au sujet de la politique de terre brulée pratiquée par l’État islamique.

Essentiellement, on y montrait la vie difficile des habitants de Kayara, en Irak, obligés de vivre dans la fumée toxique dégagée par les puits de pétrole auxquels l’État islamique a mis le feu avant de prendre la fuite.

Mais pour moi, ce reportage est un écran de fumée (si j’ose dire) puisqu’il évite de répondre à la question fondamentale : après plus de dix-mille frappes aériennes américaines, comment se fait-il que l’État islamique dispose toujours de sites pétroliers opérationnels qu’il peut, à sa guise, incendier s’il le juge opportun ?

L’incendie des puits de Kayara est une preuve supplémentaire qu’avant l’automne 2015, les États-Unis ne souhaitaient pas véritablement anéantir l’ÉI.

Leur stratégie était de faire perdurer l’insécurité régionale qui amenait les pays voisins à multiplier les contrats militaires auprès d’eux afin de se protéger.

Car la guerre est une bizness. Ruineuse pour ceux qui la font mais payante pour leurs fournisseurs.

La surenchère

L’intervention éclair de la Russie dans le conflit syrien à l’automne 2015 a marqué un tournant dans cette guerre.

En y consacrant seulement 2% du budget militaire russe, l’aviation de ce pays a effectué 9 000 sorties, détruit 209 sites d’extraction pétrolière ou de points de transit d’hydrocarbures, et libéré 400 agglomérations (sur les 25 000 que compte le pays).

Au cours de l’avancée des forces gouvernementales sous le couvert des bombardements russes, des négociateurs russes et syriens ont conclu des centaines de serments d’allégeance au régime de la part des chefs de villages et seigneurs de la guerre. Par le biais de ces ententes, des milliers de combattants ont fait défection des milices islamistes rebelles.

En quelques semaines, la proportion du territoire syrien contrôlé par le régime de Bachar el-Assad est passée de 16 à 20%, soit un gain de 10 000 km².

Indirectement, ce succès était une gifle aux Américains puisque la stratégie marchande de ces derniers, inavouable publiquement, donne une impression d’impuissance puisque son but est précisément de faire durer la guerre.

D’où la nécessité d’une grande victoire qui redonnerait confiance dans la suprématie militaire américaine. Cette grande victoire sera Mossoul, la deuxième ville d’Irak.

Les boucliers humains de l’ÉI

Afin de ternir les succès qu’obtient la Russie en Syrie, les Occidentaux accusent depuis des mois les Russes ne ne pas faire attention aux pertes civiles lors de leurs bombardements, voire de le faire exprès.

Maintenant que les forces occidentales se préparent elles aussi à reconquérir du territoire aux mains de l’ÉI, elles savent que cela occasionnera des ‘dommages collatéraux’. Car toute guerre cause des pertes civiles.

Pour s’en excuser d’avance, la propagande occidentale accuse maintenant l’ÉI d’amener de force des milliers de personnes à Mossoul afin qu’ils servent de boucliers humains. Comme si l’ÉI ne pouvait pas faire pareil quand il s’agissait des Russes.

En réalité, la ville de Mossoul comptait environ 1,5 million de personnes avant sa capture aux mains de l’ÉI. Elle en compte encore des centaines de milliers. Conséquemment, l’ÉI trouve déjà sur place tous les ‘boucliers humains’ dont il pourrait avoir besoin.

Références :
Bataille pour Mossoul : deux semaines de combats cartographiés jour par jour
Des milliers de civils enlevés par l’EI pour servir de boucliers humains à Mossoul
En difficulté en Irak, l’EI perd ses revenus pétroliers
L’Apocalypse selon l’ÉI en Irak

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Résumé de géopolitique mondiale (2e partie et fin)

16 juillet 2016

Introduction

Précédemment, nous avons vu la première stratégie militaire utilisée par l’Occident en vue d’une guerre éventuelle contre la Russie. C’est l’encerclement; il consiste retourner contre elle ses anciennes républiques soviétiques.

Dans ce volet-ci, nous verrons le deuxième moyen utilisé : c’est l’isolement, c’est-à-dire la privation d’alliés parmi les producteurs de pétrole.

Toujours dans la perspective d’un conflit armé avec la Russie, l’Occident veut lui rendre plus difficile l’accès à des hydrocarbures hors de son territoire.

Au Maghreb, au Proche et au Moyen-Orient, la Russie comptait quatre pays alliés — la Libye, la Syrie, l’Irak et l’Iran — tous, à des degrés divers, producteurs de pétrole.

Le premier à tomber fut l’Irak.

L’Irak

Déclenchée officiellement en mars 2003, la guerre en Irak avait pour but de libérer le pétrole irakien de l’embargo international dont il était l’objet, d’inonder les marchés mondiaux afin d’en faire baisser le prix, et ce au profit des économies énergivores comme l’économie américaine.

L’invasion et l’occupation militaire de l’Irak avaient également pour but de priver la Russie d’un de ses alliés.

Cette guerre éclair débute le 20 mars 2003 et se termine le 1er mai suivant. Recherché, Saddam Hussein est arrêté en décembre 2003 et exécuté trois ans plus tard.

Et de un.

La Libye

Après la Tunisie en décembre 2010 et l’Égypte le mois suivant, le Printemps arabe gagne la Libye (le pays entre les deux) en février 2011.

Mais au lieu d’abandonner le pouvoir comme ses homologues de Tunisie et d’Égypte, le dictateur libyen s’accroche et écrase brutalement les révoltes.

Afin d’aider les insurgés, les chasseurs-bombardiers de l’OTAN entrent en action le 19 mars 2011. Ils détruisent les défenses aériennes du pays, des chars d’assaut et des véhicules blindés, de même que des dépôts de munition.

Dans les régions sous le contrôle des rebelles, la France parachute des lance-roquettes, des fusils d’assaut, des mitrailleuses et missiles antichars Milan.

Le dictateur libyen meurt le 20 octobre 2011. Les opérations de l’OTAN cessent dix jours plus tard. Depuis, le pays est livré au chaos et à l’anarchie.

Et de deux.

La Syrie

Après l’échec du Printemps arabe, la guerre en Syrie s’est transformée en guerre par procuration où des mercenaires étrangers — équipés et financées par l’Arabie saoudite, la Turquie et le Qatar — combattent le régime de Bachar el-Assad en vue de le remplacer par un régime islamiste.

Au début, les pays occidentaux se réjouissaient à l’idée de se débarrasser d’un troisième allié russe en si peu de temps.

Mais dès juillet 2012, les services de renseignements informaient les dirigeants américains des véritables enjeux, refroidissant d’autant leurs ardeurs à renverser le dictateur syrien.

Pendant cinq ans, les 10 600 frappes américaines bombarderont l’État islamique de manière à limiter son expansion territoriale sans toutefois chercher à l’anéantir, et ce de manière à faire perdurer l’insécurité qui amène les pays voisins à multiplier les achats d’armements en Occident.

Mais l’intervention russe à la fin de 2015 marque un tournant dans cette guerre. Pour Poutine, il devenait important de stopper la politique d’isolement de la Russie et de démonter — sur le tard il est vrai — que son pays n’abandonne pas ses amis.

D’autre part, aveuglée par son désir de renverser Bachar el-Assad, la Turquie a longtemps été un lieu de transit et un refuge pour les djihadistes qui voulaient combattre en Syrie. Mais à coucher avec des guêpes, on finit toujours par se faire piquer. À la suite de plusieurs attentats terroristes, Erdoğan a soudainement réalisé le risque sécuritaire que ces barbares comportaient pour son propre pays.

S’il est impossible de prévoir le sort de Bachar el-Assad lui-même, il semble bien son régime brutal sortira victorieux de cette guerre, ce qui maintiendra l’alignement du pays avec la Russie.

Pour l’instant, c’est une victoire militaire occidentale mitigée dans la mesure où la Russie — si elle conserve toutes ses bases militaires en Syrie — n’a toutefois pas accès aux champs pétroliers du pays, sous contrôle de l’État islamique.

Et de deux et demi.

L’Iran

Depuis la fin de l’embargo décrété par l’ONU contre l’Iran (en raison de son programme nucléaire), l’Arabie saoudite est furieuse.

Elle veut le déclenchement d’une guerre ‘préventive’ contre ce pays, c’est-à-dire l’attaquer avant qu’il n’ait eu le temps de se remettre des sanctions internationales.

Mais le président Obama a ordonné à l’Arabie saoudite de s’entendre avec ses voisins (ce qui vise spécifiquement l’Iran).

Ce message a été très mal reçu par la dictature saoudienne.

Conséquemment, l’Arabie saoudite a multiplié les rumeurs d’achats d’équipement militaire français, histoire de dire aux Américains : « Voyez l’argent que vous pourriez perdre si vous ne cédez pas à notre volonté.»

Entretemps, la dictature saoudienne ronge son frein dans l’attente du choix du prochain président américain.

En cas de guerre avec l’Iran, il est certain que la Russie sera derrière ce pays. Si les États-Unis se laissent entrainés dans un conflit déclenché en dépit de leur interdiction formelle, concrètement cela veut dire que l’armée américaine se battra contre l’armée russe au Moyen-Orient. En d’autres mots, c’est le déclenchement de la Troisième Guerre mondiale.

D’autre part, l’Iran étant plus peuplé que la Libye, la Syrie et l’Irak réunis, l’Europe acceptera-t-elle d’être entrainée malgré elle dans un conflit qui créera des millions de réfugiés supplémentaires qui frapperont à ses portes ?

Si ce n’est le souhait d’aucun pays occidental, peut-être serait-il sage de cesser de vendre des armes aux pays qui s’y préparent, notamment l’Arabie saoudite, championne mondiale de l’achat d’armements.

Conclusion

La stratégie occidentale qui consiste à priver la Russie de ses alliés se solde par une réussite partielle; c’est l’effondrement de l’État libyen et l’émergence d’un nouvel État irakien.

Le réveil tardif de la Russie sonne toutefois le glas de la poursuite de cet stratégie d’isolement.

L’affaiblissement stratégique de la Russie s’accompagne de l’affaiblissement politique de l’Union européenne, profondément divisée au sujet de l’attitude à adopter face à la plus importante crise humanitaire depuis la Seconde Guerre mondiale. Une crise qui résulte directement de la stratégie militaire occidentale au Moyen-Orient.

Références :
Comment la géopolitique du pétrole explique la crise en Irak
Contestation en Arabie saoudite en 2011
Declassified Department of Defense Report (2012-07-30)
Économie de l’Irak
Guerre d’Irak
Intervention militaire de 2011 en Libye
L’Arabie saoudite, championne du monde des achats d’armements
L’éclipse russe de la Syrie
Le Rafale a-t-il réellement une chance en Arabie Saoudite ?
Libye: La France fournit des armes aux insurgés
Printemps arabe
Rafale : le contrat avec le Qatar pour la vente de 24 chasseurs est effectif
Relations entre l’Iran et la Russie
Soulèvement bahreïni
The Obama Doctrine

Résumé de géopolitique mondiale (2e partie et fin)
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Résumé de géopolitique mondiale (1re partie)

14 juillet 2016

Introduction

Le rôle des dirigeants militaires d’un pays est de se préparer au pire. Or le pire, c’est la guerre.

Comparée à celle d’un pays ennemi, la dangerosité de groupements terroristes est insignifiante. Les attentats du 11 septembre 2001 ont fait près de trois-mille victimes : une guerre en ferait des millions.

De tous les pays hostiles à l’Occident, la Russie est de loin celui qui dispose du plus grand arsenal militaire.

Contre elle, l’Occident a utilisé deux stratégies complémentaires;
• aux frontières de la Russie, retourner les anciennes républiques soviétiques contre elle et,
• dans le cas de ses alliés militaires plus distants, susciter des insurrections qui y renverseraient les régimes en place.

L’encerclement européen

Presque toutes les anciennes républiques soviétiques d’Europe sont maintenant membres de l’OTAN.

C’est le cas des pays baltes (Estonie, Lettonie, et Lituanie), de la Pologne, de la République tchèque, de la Slovaquie, de la Hongrie, de la Slovénie, de la Roumanie, de la Bulgarie et de l’Albanie.

Depuis un demi-siècle, ces pays vivaient dans la crainte d’une invasion soviétique. Elles se sont donc empressées de se mettre sous la protection de l’OTAN dès que cela fut possible.

Cet encerclement n’est pas passé inaperçu.

Les autorités russes prétendent que le président russe Mikhaïl Gorbatchev n’avait consenti à la réunification de l’Allemagne qu’après avoir obtenu l’assurance que l’OTAN ne chercherait pas à s’étendre vers l’Est.

Du côté occidental, cette prétention est démentie; jamais une telle garantie n’a été donnée à la Russie.

La question de savoir qui dit vrai est purement académique. Il est clair que la Russie ne peut pas accepter d’être encerclée de pays voisins qui pointent leurs canons contre elle.

De manière analogue, le président américain John-F. Kennedy ne pouvait pas accepter que l’Union soviétique déploie ses missiles à Cuba. Le blocus militaire américain, lors de la crise des missiles, était donc compréhensible.

Mais les anciennes républiques soviétiques ne sont pas des iles.

En profitant de la faiblesse de la Russie, après l’effondrement du bloc soviétique, pour militariser contre elle ses anciennes républiques satellites, l’OTAN est aujourd’hui en position de force, au prix d’un accroissement de la tension diplomatique entre la Russie et l’Occident.

Plus que jamais, la Russie est déterminée à stopper cet encerclement. Et de toutes les anciennes républiques soviétiques qui n’ont pas encore adhéré à l’OTAN, la plus importante est l’Ukraine.

Le conflit ukrainien

La Russie n’a pas de moyens d’empêcher un pays voisin de rejoindre l’OTAN autrement qu’en cherchant à déstabiliser son économie et en cherchant à faire en sorte qu’il soit dirigé par un gouvernement qui lui soit fidèle.

Voilà pourquoi l’Ukraine est aujourd’hui au bord de la guerre civile.

Les Ukrainiens ‘de souche’ nourrissent un fort ressentiment à l’égard de la Russie.

La collectivisation des terres agricoles prévue par le premier plan quinquennal soviétique (en 1928, sous Staline) a provoqué un exode rural massif, une perte de productivité et conséquemment, des famines en 1931-1933 qui se sont soldées par six à huit-millions de morts, dont plus de 2,6 millions en Ukraine.

En Ukraine, on désigne ces famines sous le nom d’Holodomor, c’est-à-dire d’extermination par la faim.

De plus, les purges staliniennes de 1937-1939 ont fait également des millions de morts parmi les nationalistes ukrainiens, exécutés ou envoyés vers des camps de travail soviétiques.

Par ailleurs, depuis la création du Bloc soviétique, des millions de Russes se sont établis en Ukraine et sont aujourd’hui des citoyens de ce pays. Ceux-ci nourrissent un fort sentiment d’appartenance à leur mère patrie.

Finalement, l’économie ukrainienne est très intégrée à celle de la Russie.

Les importations en provenance de la Russie et des ex républiques soviétiques d’Asie — membres de la Communauté des États indépendants (CÉI)  — représentent environ les quatre dixièmes des importations ukrainiennes. Il s’agit notamment du gaz naturel russe, dont dépend l’économie ukrainienne pour fonctionner.

Les exportations ukrainiennes se répartissent presque également entre la CÉI, l’Europe occidentale, l’Asie (particulièrement la Chine), et le reste du monde.

Donc en dépit du ressentiment d’une partie de son peuple, l’Ukraine est condamnée pour l’instant à demeurer dans le giron russe, que cela lui plaise ou non.

Ce qui n’empêche pas les pays occidentaux de faire miroiter des promesses qu’ils ne peuvent tenir, afin de déstabiliser la Russie.

Références :
Famines soviétiques de 1931-1933
Ukraine

Résumé de géopolitique mondiale (1re partie)
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le Brexit ou la Grande-Bretagne en mutation

7 juillet 2016

Depuis la décision britannique de quitter l’Union européenne, les Anglais sont en colère.

Au-delà des grenouillages politiques et de leurs rebondissements, la campagne référendaire s’est déroulée exactement comme nous aurions pu l’anticiper, nous du Québec, familiers avec cet exercice démocratique.

D’une part, il y avait cette frustration de nombreux Britanniques de voir leur pays lentement dépossédé de ses pouvoirs au profit de technocrates non élus à Bruxelles. La frustration de voir l’enrichissement découlant du marché commun profiter à une finance mondialisée — représentée par The City, le quartier des affaires de Londres — tandis que concrètement, les ouvriers anglais doivent subir toujours plus d’austérité gouvernementale réclamée par ces nouveaux riches. Et enfin cette peur, partagée par le reste de l’Europe, que des hordes de barbares venus de l’Étranger augmentent les risques sécuritaires et apportent avec eux leur mentalité arriérée et notamment, leur misogynie.

D’autre part, il y avait une multitude de données économiques et d’opinions d’experts qui prouvaient à quel point l’Union européenne avait été profitable à l’économie du Royaume-Uni. Des statistiques selon lesquelles la production de biens et de services exportés vers le continent européen représente des millions d’emplois pour les travailleurs britanniques. Et cette appréhension qu’une sortie de l’Union européenne puisse provoquer une fuite des capitaux, une dévaluation de la monnaie nationale et un important ralentissement économique.

À la veille du vote, tout semblait se diriger vers un résultat où la frustration émotive des uns s’exprimerait avec force, tout en laissant les arguments comptables et rationnels l’emporter.

Mais ce n’est pas ce qui s’est produit.

Lors de la journée grise et pluvieuse du scrutin, les longues files d’attente ont motivé de nombreux jeunes à rester à la maison, présumant de l’issue du vote.

Le taux de participation des moins de 34 ans — généralement favorables au maintien dans l’Union — a été la moitié moindre que celui des gens âgés, majoritairement hostiles à l’Europe. Plus précisément, environ 64% des jeunes de 18 à 24 ans n’ont pas voté alors que le taux de participation générale au scrutin fut, à l’inverse, de 72%.

Dans une population aussi partagée à ce sujet, ce seul facteur explique la victoire-surprise du Brexit.

Au lendemain du vote, les milliers de jeunes protestaient dans les rues de Londres, réclamant un second scrutin. Comme pour dire : « Nous avons compris l’importance de voter. Laissez-nous une deuxième chance.» Mais c’est trop tard. Il faillait le faire quand c’était le temps.

De manière générale, les jeunes Britanniques sont europhiles. Ils sont heureux de soumettre leur candidature à des bourses d’études dans les universités du continent (en dépit de l’excellence des universités anglaises), de passer la fin de semaine à Amsterdam ou un congé scolaire à Paris, à Berlin ou à Barcelone, ou de passer des vacances au soleil sur la côte méditerranéenne, de même que de souhaiter une carrière qui les mènerait aux quatre coins du monde.

Pour eux, le Brexit, c’est un repli sur des iles au climat maussade et la renonciation à un avenir plein de promesses.

Conséquemment, on ne peut imaginer la colère exprimée par les jeunes sur les médias sociaux contre les vieux, les pauvres et les chômeurs, bref contre tous ces êtres jugés bornés qui vivent sur l’assistance publique. Une assistance publique financée par les impôts payés par les jeunes professionnels et, dès leur accession au marché du travail, par ces étudiants europhiles dont les espoirs viennent d’être brisés.

Or ce repli insulaire, c’est celui de vieillards qui, lorsqu’ils étaient encore jeunes, se sont tenus debout contre l’Allemagne nazie alors que tout le reste de l’Europe pliait sous les bottes victorieuses des envahisseurs. C’est une population qui a subi des privations inouïes pour défendre une liberté dont profitent aujourd’hui les bourgeois bohèmes de la jeunesse dorée britannique.

Le mépris des jeunes fut accueilli par les vieux comme l’expression scandaleuse de leur ingratitude.

En réalité, les ‘coupables’ sont ailleurs.

La géographie forme les peuples. Depuis toujours, sur les iles britanniques, la menace vient du large.

C’est la furie des tempêtes qui fait sombrer les bateaux des pêcheurs. Au Moyen-Âge, ce sont les Vikings qui ont régulièrement pillé les ports anglais. Ce sont les armées normandes de Guillaume le Conquérant qui ont finalement pris possession de l’Angleterre, une conquête contre laquelle le folklore national a cultivé un ressentiment séculaire. C’est la Grande Armada espagnole dont l’élan n’a été brisé que par une tempête miraculeuse. Et ce sont les avions nazis qui ont déversé leurs bombes incendiaires sur les villes anglaises.

La méfiance à l’égard du continent européen fait partie de la culture anglaise.

Mais les peuples changent. L’animosité entre Français et Allemands, à la suite des deux guerres mondiales, s’est lentement estompée. Pendant des décennies, leurs dirigeants politiques ont multiplié les gestes d’ouverture et de réconciliation. Pas en Angleterre.

Dans ce pays, une classe politique opportuniste a cultivé le ressentiment à l’égard de l’Europe parce que payant politiquement. Pendant toute sa carrière, David Cameron a déblatéré contre l’Europe tout en se disant europhile quand même.

Afin de faire taire ses députés eurosceptiques, le premier ministre a promis un référendum au sujet de l’appartenance à l’Europe. Et pour augmenter ses chances de l’emporter, il s’est lancé dans une renégociation des conditions de l’adhésion du Royaume-Uni. Et pendant les deux années que dura cette renégociation, il se devait d’afficher un euroscepticisme qui lui donnait un meilleur pouvoir de marchandage.

Pendant ce temps, les promoteurs du Brexit ont presque eu le champ libre. Les seules voix puissantes contre le Brexit furent celles issues du milieu des affaires.

Mais la cupidité de la City, accaparant la très grande majorité des bénéfices économiques de l’appartenance à l’Europe, a sapé son capital de sympathie auprès d’une partie de l’électorat.

Il y a deux ans, dix universités et instituts de recherche britanniques ont effectué une étude au Royaume-Uni révélant que depuis trente ans, le pourcentage de foyers pauvres avait plus que doublé, atteignant le tiers d’entre eux.

En 2012, une personne sur cinq se retrouvait sous le seuil de la pauvreté. Dix-huit-millions de Britanniques — près de trente pour cent de la population — ne pouvaient plus s’offrir des conditions de logement décentes et 1,5 million d’enfants vivaient dans des foyers ne disposant pas des moyens nécessaires pour chauffer leur logement.

Bref, pour une partie importante de l’opinion publique anglaise, les données relatives à la croissance du PIB du pays ne sont de bonnes nouvelles que pour les bénéficiaires d’un certain ordre social. Et le vote en faveur du Brexit était une occasion unique pour ces exclus de punir la haute finance pour son avidité et son instance à toujours appauvrir davantage la classe ouvrière au nom de l’efficacité et de la compétitivité.

De plus, David Cameron s’était assuré que ce référendum soit implicitement un plébiscite sur sa renégociation personnelle des conditions d’adhésion à l’Union européenne, un plébiscite dont il aurait été le seul, en cas de victoire, à jouir des bénéfices politiques. Il ne faut donc pas s’étonner de la tiédeur de l’appui qu’il ait reçu du chef de l’opposition.

Il y a un siècle, l’immense majorité des Anglais (à part les forces armées) n’avaient jamais mis les pieds hors du pays et même de leur région. Aujourd’hui, de nouvelles générations de Britanniques ont vécu des expériences agréables au contact de peuples voisins que leurs parents n’ont jamais véritablement connus. Conséquemment, le sentiment d’appartenance à l’Europe s’est développé.

Ce sentiment ne s’est pas exprimé correctement lors du scrutin pour les raisons qu’on sait. Toutefois, cela ne change en rien l’importance de la mutation des mentalités qui s’est opérée dans ce pays depuis quelques décennies.

Face à ce changement, la position prudente de la chancelière allemande — motivée par le fait que le Royaume-Uni est le deuxième partenaire commercial du pays (après la France) — m’apparait justifié.

David Cameron est un fin politicien. Il a bien des défauts mais il connait son peuple. Il sait que le Brexit provoquera dans l’immédiat le dégonflement d’une bulle spéculative immobilière et conséquemment, une succession de mauvaises nouvelles qui pourraient être sans importance macroéconomique. De plus, il y aura une délocalisation continentale de certaines activités économiques. Mais l’économie anglaise s’en remettra.

Il lui faut donc étirer le temps, limiter la panique des marchés financiers, et compter sur l’érosion du camp du Brexit, sous l’effet de la manipulation des marchés financiers.

Il sait qu’après l’électrochoc du Brexit et les mois de mauvaises nouvelles économiques, les Britanniques seront plus convaincus que jamais de l’importance de l’Union européenne et conséquemment, plus disposés à pardonner aux politiciens qui renieraient leur promesse de donner suite aux résultats du référendum, une chose impensable maintenant mais qui pourrait l’être beaucoup moins dans plusieurs mois.

Imaginez que la personne qui lui succèdera à la tête de son parti, au lieu d’enclencher le processus du retrait de l’Union européenne, décide plutôt de provoquer une ‘élection référendaire’ dont le leitmotiv sera « je vous promets de ne pas donner suite au référendum si vous m’élisez

Qu’est-ce qui sera plus conforme à la Démocratie ? Réaliser l’ancien choix populaire ou le plus récent ?

Références :
Brexit: dur lendemain de veille pour les sondeurs
Brexit mondialisation
How remain failed: the inside story of a doomed campaign
Crise terminale?
Référendum sur le maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne
«Remain or leave»: la pluie pourrait faire basculer le Brexit (vidéo)

Parus depuis :
UK joins Greece at bottom of wage growth league (2016-07-27)
Socially isolated voters more likely to favour Brexit, finds thinktank (2016-12-17)
Poorer voters’ worries on immigration fuelled Brexit vote, study finds (2016-12-19)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Brexin ou Brexit : l’intérêt de la France

22 juin 2016


 
Introduction

Dans quelques heures, les citoyens britanniques décideront par référendum du maintien ou de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne.

Il s’agit de la deuxième consultation populaire à ce sujet, le premier ayant eu lieu en 1975 et s’étant soldée par la victoire à 76% du maintien de l’adhésion britannique.

Cette fois-ci, les résultats seront plus serrés; le pays est profondément divisé entre les dangers économiques d’une sortie de l’Union et la révolte contre l’assujettissement aux normes dictées par Bruxelles.

Mais qu’en est-il de l’intérêt de la France ?

Avantages du Brexit

Dans le bras de fer que livrent les pays européens pour domestiquer les milieux financiers, la principale résistance interne à l’Union vient de la City (le quartier financier de Londres).

Environ 30% de la dette séculaire de la France tire son origine du sauvetage des banques nationales lors de la Grande Récession, après que celles-ci aient été leurrées par les institutions anglo-américaines au sujet de la valeur des actifs adossés à des créances hypothécaires douteuses (le ‘papier commercial’).

De manière superficielle, le Brexit laisse le champ libre à l’adoption de normes financières plus sévères, notamment au sujet des paradis fiscaux (dont les Iles Vierges britanniques).

Mais il serait naïf de penser les milieux financiers, parce que localisés hors de l’Union, perdraient toute influence sur les décideurs européens.

D’autre part, la France doit envisager les conséquences géopolitiques du Brexit.

Inconvénients du Brexit

Le processus d’intégration des économies française et allemande remonte au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale avec la création en 1952 de la Communauté européenne du charbon et de l’acier.

Ce processus s’est poursuivi avec la création de la Communauté économique européenne en 1957 et de l’Union européenne en 1992.

Sous le couvert de ces organismes, l’intégration des économies française et allemande est devenue telle que les intérêts économiques de la France et de l’Allemagne coïncident sur tous les sujets importants.

Si bien que ces deux pays ont très souvent des positions communes et exercent à eux seuls une influence déterminante sur les grandes orientations de l’Union. Ceci relègue le Royaume-Uni — troisième puissance économique de l’Union — à un rôle secondaire, voire de figurant.

Mais la France doit voir plus loin que le bout de son nez.

À la suite d’une sortie hypothétique du Royaume-Uni de l’Union, sur qui la France pourrait-elle s’appuyer pour faire contrepoids à l’Allemagne en cas d’un différent majeur ? Sur personne.

Le Brexit consacrerait la domination politique absolue de l’Allemagne sur les affaires européennes.

Voilà pourquoi la France a intérêt au maintien du Royaume-Uni dans l’Union.

Mais si c’est le cas, pourquoi la France n’est-elle pas davantage impliquée dans la campagne contre le Brexit ?

C’est que depuis la conquête normande de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant en 1066, une partie des Britanniques nourrissent un fort sentiment francophobe qui, pour eux, fait partie essentielle des valeurs anglaises.

En somme, si les Français sont généralement anglophiles et plus particulièrement fascinés par la culture américaine (associée au modernisme), ce sentiment n’est pas réciproque.

Il suffirait que la France se prononce avec insistance en faveur du Brexin pour que cela provoque chez cette frange minoritaire mais irréductible de Francophobes anglais une adhésion au Brexit qui serait suffisante pour faire basculer les résultats serrés du référendum de ce côté.

Références :
Communauté européenne du charbon et de l’acier
Débats sur le retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne
Guillaume le Conquérant
Union européenne


© 2010 — Carte de Google Maps (modifiée)

Brexin ou Brexit : l’intérêt de la France
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le terrorisme judiciaire d’Erdoğan

24 avril 2016

Introduction

Le président de la Turquie n’a pas le sens de l’humour.

Depuis son élection en aout 2014, plus de 1 845 procès ont été autorisés dans ce pays au motif d’insulte au chef de l’État.

En vertu de l’article 299 du Code pénal turc, l’insulte au président du pays est passible de quatre années d’emprisonnement.

Selon M. Erdoğan, « toutes les attaques contre ma personne et ma famille sont des attaques contre la nation et la volonté nationale.»

C’est ainsi que le 26 février, la justice turque a réclamé la levée de l’immunité parlementaire de Kemal Kılıçdaroğlu — le chef du principal parti d’opposition — pour avoir traité le président de ‘dictateur de pacotille’.

L’intimidation d’Erdoğan en Allemagne

Le mois denier, l’ambassadeur allemand en Turquie a été convoqué au ministère turc des Affaires étrangères au sujet d’une chanson diffusée le 17 mars 2016 sur une chaîne de télévision allemande.

En moins de deux minutes, cette chanson s’attaquait aux atteintes à la liberté de la presse commises par M. Erdoğan et critiquait les dépenses de 491 millions d’euros engagées pour la construction de son nouveau palais présidentiel.

Au nom de la liberté d’expression, les autorités allemandes ont déclaré qu’elles n’avaient pas l’intention de donner suite à cette plainte.

Mais le 31 mars suivant, le même humoriste a franchi un pas de plus, choisissant de lire en onde un ‘poème’ délibérément injurieux pour M. Erdoğan. C’en était trop.

Le président turc a de nouveau porté plainte, cette fois pour crime de lèse-majesté en vertu de l’article 103 du Code pénal allemand.

Cet article tire son origine du Code de l’empire allemand, adopté en 1896, et sur lequel est basé l’actuel Code pénal du pays.

Au XIXe siècle, l’empire allemand était une monarchie dont les dirigeants possédaient des liens de parenté étroits avec les autres dynasties européennes.

Insulter un monarque étranger, c’était offenser un proche parent de l’empereur allemand, ce qui ne pouvait que le placer dans l’embarras.

Cet article de loi permet donc à un représentant d’un pays étranger de déposer plainte pour insulte, une offense passible de trois ans d’emprisonnement (cinq ans lorsque l’offense est délibérée).

Au préalable, il faut toutefois l’autorisation du gouvernement allemand pour que les tribunaux du pays soient saisis d’une telle plainte.

Le 15 avril, la chancelière allemande a déclaré vouloir abolir cette disposition d’ici à 2018. Mais pour l’instant, elle a décidé de donner suite à la demande de poursuites pénales réclamée par M. Erdoğan.

Mais l’Allemagne n’est pas le seul pays européen à proscrire les crimes de lèse-majesté. C’est aussi le cas de onze autres pays européens; l’Autriche, la Belgique, le Danemark, l’Espagne, la France, la Grèce, l’Italie, les Pays-Bas, le Portugal, la Romanie, et la Suède.

Cinq jours après cette victoire en Allemagne, Erdoğan s’est ensuite tourné vers l’un d’entre eux, les Pays-Bas : depuis 1881, les crimes de lèse-majesté y sont punissables d’une peine d’emprisonnement de cinq ans.

L’intimidation d’Erdoğan aux Pays-Bas

Le 20 avril 2016, le consulat turc à Rotterdam a expédié un courriel demandant à toutes les organisations turques des Pays-Bas de lui rapporter tout propos jugé offensant pour Erdoğan, la Turquie ou la société turque.


 

TRADUCTION

À qui de droit,

De toute urgence, nous vous demandons de nous faire parvenir les noms et les commentaires écrits des personnes qui ont procédé à des propos dénigreurs, désobligeants, haineux et diffamatoires contre le président turc, la Turquie et la société turque en général, des propos émis par courriel ou dont auraient eu connaissance le personnel de votre organisme, leurs parents ou leur amis par le biais de médias sociaux (comme Twitter ou Facebook), et de nous faire parvenir le tout avant la fermeture des bureaux le 21 avril 2016 par courriel au consulat général de la Turquie à Rotterdam.

Cordialement…»

Plus de 240 000 Néerlandais adultes possèdent également la citoyenneté turque. Lorsque l’appel turc à la dénonciation a été rendu public, beaucoup d’entre eux se sont inquiétés. Non pas à cause de propos qu’ils auraient tenus eux-mêmes, mais du fait que leurs concitoyens non turcophones pourraient voir en eux des espions potentiels à la solde de la Turquie.

Déjà une journaliste néerlandaise en vacances en Turquie a été arrêtée dans ce pays en fin de semaine dernière à la suite de ses critiques à l’égard d’Erdoğan parues dans l’édition néerlandaise du quotidien Métro.

Selon le quotidien britannique The Guardian, son arrestation serait la conséquence d’une dénonciation effectuée par le biais d’une ligne téléphonique mise sur pied par les autorités turques (sans préciser si cette ligne est bien celle du consulat turc à Rotterdam).

Les organisations turques des Pays-Bas sont elles aussi dans l’embarras puisque la législation néerlandaise interdit la trahison, c’est-à-dire toute collaboration avec un pays étranger dans le but de nuire à des intérêts néerlandais.

Les mesures controversées prises par M. Erdoğan pour museler la critique à son endroit en Europe laissent deviner ce que deviendra la liberté d’expression au sein de l’Union européenne le jour où la Turquie en fera partie.

Références :
Berlin accepte la demande d’Ankara de poursuites pénales visant une satire anti-Erdogan
Dutch journalist arrested in Turkey for criticising Erdoğan
Hear someone insult Erdogan? Report it to us, says Turkish consulate in the Netherlands.
Germany slams Turkey’s call to ban satire video
L’ambassadeur allemand en Turquie convoqué pour une chanson satirique anti-Erdogan
Le procès pour «insulte», l’arme préférée du président Erdogan
Over 110,000 Dutch Turks vote in Turkish general election
Palais de la présidence de la République de Turquie
Pourquoi Merkel autorise Erdogan à poursuivre un humoriste allemand
Turkish hotline for Erdogan insults angers Dutch
Turquie: le chef de l’opposition poursuivi pour « insulte » au président Erdogan
Un comédien allemand risque la prison pour un poème satirique sur Erdogan
Une journaliste néerlandaise brièvement arrêtée en Turquie pour des tweets critiques d’Erdogan

Paru depuis :
Crackdown in Turkey’s Kurdish south-east turns journalists into ‘terrorists’ (2016-05-03)

Complément de lecture :
Erdoğan, le premier ministre turc, est une nuisance


Post-Scriptum : Le 29 juillet 2016, Erdoğan a soudainement annoncé l’abandon de toutes les poursuites judiciaires à ce sujet.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La clarté et l’opacité du ministre Dion

14 avril 2016

Stéphane Dion est l’actuel ministre des Affaires étrangères du Canada.

Sous un précédent gouvernement, alors qu’il était ministre responsable de l’Unité canadienne, M. Dion avait parrainé la Loi sur la clarté référendaire, qui exige que pour être valable, tout référendum sur l’indépendance du Québec doive être basé sur une question claire et non équivoque.

Dans sa nouvelle fonction de ministre des Affaires étrangères, M. Dion est responsable du dossier des ventes d’armes canadiennes à l’Arabie saoudite.

Rappelons qu’en 2014, la dictature soutienne a commandé neuf-cents véhicules blindés à la firme ontarienne General Dynamics, pour une valeur de 15 milliards$. Le matériel doit être produit et livré sur une période de quinze ans. C’est le plus important contrat de vente de matériel militaire canadien conclu en temps de paix.

« C’est juste des jeeps »

À l’émission Tout le monde en parle, le chef du Parti libéral avait minimisé l’importance de son engagement à respecter le contrat conclu par le gouvernement conservateur en qualifiant de jeeps les véhicules produits pour l’Arabie saoudite.

Mais s’agit-il vraiment de jeeps ?


 
Le Light Armoured Vehicle III (ou Véhicule blindé léger III) est le modèle le plus récent d’une série développée et produite au Canada par la General Dynamics.

C’est le principal véhicule d’infanterie mécanisée du Canada. L’armée de terre des États-Unis utilise une version légèrement moins armée et blindée, dérivée du VBL III, portant le nom de Stryker. Le VBL III et le Stryker entrent dans la catégorie des chars d’assaut.

Le concept de la Conviction responsable


 
Afin d’atténuer la controverse persistante au sujet de ce contrat militaire, le ministre s’est justifié le mois dernier en invoquant une nouvelle doctrine, dite de la Conviction responsable.

Cette doctrine un peu prétentieuse se résume à peu de chose; le Canada croit à l’importance de la Démocratie, mais modérément, sans exagération, et de manière variable pour les autres pays.

Ce pragmatisme accommodant est partagé par de nombreux pays qui ne se donnent pas la peine de présenter cela comme une doctrine.

« Si ce n’est pas nous, ce sera quelqu’un d’autre »

De tous les arguments invoqués par le ministre, c’est à la fois le plus logique… et malheureusement, le plus faible.

Aux yeux du ministre, la nature a horreur du vide; si le Canada refusait de vendre des chars d’assaut à la dictature saoudienne, de nombreux pays seraient heureux de prendre la relève.

En somme, c’est la justification du pusher de drogue.

En mars 2015, la Suède a décidé de ne pas renouveler son accord de coopération militaire signé avec l’Arabie saoudite en raison du bilan peu reluisant de ce pays en matière des droits de l’Homme.

En février 2016, le Parlement européen adoptait une résolution réclamant l’arrêt des ventes d’armes à l’Arabie saoudite.

Jusqu’ici, cette résolution a eu peu d’impact auprès des grands exportateurs européens d’armements.

Toutefois, elle exprime le schisme profond entre la politique extérieure complaisante de nombreux États à l’égard de l’Arabie saoudite et l’hostilité croissant des Occidentaux — des gens comme vous et moi — qui ont réalisé que l’idéologie haineuse propagée par la dictature saoudienne est la cause profonde des attentats terroristes en Occident.

Annuler ce contrat expose le Canada à des pénalités sévères

Le Canada doit respecter ses engagements. L’annulation du contrat entrainerait des amendes importantes pour le Canada, selon le ministre, qui a toutefois refusé de préciser quel serait le montant de cette pénalité financière.

Depuis des mois, le ministre répète que ce n’est pas vraiment de sa faute, qu’il s’agit d’un contrat conclu par l’ancien gouvernement conservateur et qu’on ne peut pas remettre en question la parole de l’État.

Mais on vient d’apprendre que c’est tout dernièrement — plus précisément le 8 avril 2016 — que le ministre Dion a finalement accordé les licences d’exportation concernant 70% du matériel militaire canadien visé par le contrat avec l’Arabie saoudite.

En Angleterre, le puissant quotidien The Guardian s’interroge; le ministre a-t-il menti à la population canadienne ? Comment a-t-il pu prétendre que l’affaire était déjà conclue alors que ce n’était pas le cas ?

The Liberals have refused to cancel the sale since coming to power in November, saying it was a “done deal” that could not be broken off without possibly incurring significant penalties and job losses.

But documents released this week by the justice department in response to a lawsuit seeking to block the deal showed foreign minister Stéphane Dion signed crucial export permits only last Friday.

Tout cela est bien mystérieux.

Selon les experts, le partenaire d’affaires de l’Arabie saoudite n’est pas General Dynamics, mais le gouvernement canadien.

C’est la diplomatie canadienne qui a négocié le contrat et c’est le Fédéral qui assure le financement de l’entente et qui protège General Dynamics d’une rupture unilatérale de contrat par l’Arabie saoudite. Le cas échéant, les contribuables canadiens paieraient les chars d’assaut refusés par l’Arabie saoudite (et qui seraient alors refilés à l’armée canadienne).

Conséquemment, l’autorisation récente du ministre Dion serait simplement une formalité prévue à l’entente.

Toutefois, l’irréversibilité du contrat, alors qu’aucun char n’a été encore produit par la General Dynamics, que personne n’a probablement été embauché à cet effet, ne tient qu’aux pénalités hypothétiques prévues par un contrat demeuré secret.

Mais la question qu’on peut se poser est la suvante : s’il est si facile pour l’Arabie saoudite de s’approvisionner ailleurs, pourquoi aurait-elle exigée des pénalités importantes en cas de rupture de contrat par le Canada ?

Jusqu’ici, les arguments du gouvernement canadien pour justifier ce contrat sont un tissu de mensonges. Quelles sont les clauses de ce contrat ? Prévoit-il des pénalités en cas de rupture par l’Arabie saoudite ou par le Canada ? Si oui, lesquelles ?

Par ailleurs, le début de l’implication militaire du Canada en Syrie coïncide avec la signature de ce contrat. S’agit-il d’une coïncidence ou est-ce là une exigence contractuelle ?

Et puisque l’intervention militaire canadienne est couteuse, doit-on la prendre en considération dans l’analyse des retombées économiques du contrat militaire saoudien ?

Toutes ces questions sont légitimes et rendent souhaitable la divulgation de ce contrat demeuré secret jusqu’ici.

Aux yeux de l’opinion publique, il semble incohérent que l’apôtre de la clarté référendaire soit devenu l’apôtre du secret quand il s’agit d’armer une dictature qualifiée de plaque tournante du finalement du terrorisme international par les dépêches diplomatiques américaines révélées par WikiLeaks.

Si le ministre n’a pas l’intention de rendre public ce contrat, il aurait intérêt à cesser de se justifier en invoquant des clauses secrètes, voire inexistantes, de ce contrat controversé.

Références :
Contrat avec Riyad: au nom de la «conviction responsable», justifie Dion
La Suède met fin à sa coopération militaire avec l’Arabie saoudite au nom des droits de l’homme
Le ministre Dion défend sa décision d’approuver la vente de blindés à l’Arabie saoudite
Le Parlement européen réclame un embargo sur les ventes d’armes à l’Arabie saoudite
Les jeeps de Justin
Loi sur la clarté référendaire
Stéphane Dion
The Saudi arms deal: What we’ve learned so far, and what could happen next
Trudeau ne stopperait pas la vente de «Jeeps» à l’Arabie saoudite
VBL III

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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