Bonne fête des maires

12 mai 2013

Vaillancourt
 
Après avoir rencontré 150 témoins, mené plus de 70 perquisitions et épié plus de 30 000 conversations, l’Unité permanente anti-corruption (UPAC) a arrêté jeudi dernier 37 personnes et — fait sans précédent — a accusé de gangstérisme l’ex-maire de Laval Gilles Vaillancourt (ci-dessus) et deux de ses anciens collaborateurs.

Pendant 39 ans, M. Vallancourt a régné d’une main de fer à la tête de la troisième plus importante ville du Québec. À de nombreuses reprises, certains journalistes avaient rapporté des faits troublants qui laissaient croire à la corruption de son administration. Mais jamais aucune accusation n’avait été portée contre lui. L’ex-maire était un intouchable : ce dernier menaçait même de poursuites quiconque osait publiquement mettre en doute son honnêteté.

Lorsque Gilles Ménard (ex-député du Bloc Québécois) avait osé parler d’une tentative de corruption de la part de M. Vaillancourt, le gouvernement Harper avait aussitôt sommé le député délateur à comparaitre devant un Comité parlementaire du gouvernement fédéral, où des députés conservateurs et libéraux ont tenté par tous les moyens de miner la crédibilité de leur collègue. Cela donne une idée de la puissance de l’ex-maire, disposant d’alliés jusqu’aux plus hautes sphères du gouvernement canadien.

M. Vaillancourt a démissionné de son poste le 9 novembre 2012, deux mois après l’élection d’un nouveau gouvernement provincial. Entretemps, l’intérim est assumé par un autre membre de son parti municipal.

Le 3 mai dernier, les deux plus hauts fonctionnnaires de la ville Laval ont été suspendus de leurs fonctions par les nouveaux dirigeants de cette ville et ce, pour une durée indéterminée. Pour quels motifs ? Ces fonctionnaires avaient révélé leur intention de témoigner à la commission Charbonneau (qui enquête sur la corruption municipale, entre autres).

Cette suspension, avant même leur témoignage, s’apparente beaucoup à une tentative d’intimidation ayant pour but de les contraindre au silence. Puisque les forces de l’ordre ne peuvent accepter qu’on fasse taire des témoins, celles-ci ont répliqué, six jours plus tard, par l’arrestation spectaculaire de 37 personnes reliées aux accusations de gangstérisme portée contre l’ex-maire de Laval.

Le nouveau maire de cette ville, Alexandre Duplessis, ne fait pas partie de ces personnes. En ordre alphabétique, celles-ci sont : Antonio Accurso, Claude Asselin, Normand Bédard, Jean Bertrand, Yanick Bouchard, Robert Cloutier, Claude Deguise, Claude Desjardins, Guy Desjardins, Mario Desrochers, Jocelyn Dufresne, Serge Duplessis, Louis Farley, Alain Filiatreault, Laval Gagnon, Jean Gauthier, Giuliano Giuliani, Guy Jobin, Carl Ladouceur, Pierre-L. Lambert, Daniel Lavallée, Lyan Lavallée, Patrick Lavallée, Marc Lefrançois, Luc Lemay, Anthony Mergl, Mike Mergl, Ronnie Mergl, Joseph Molluso, Léonardo Moscato, Valmont Nadon, François Perreault, Rosaire Sauriol, Robert Talbot, Yves Théberge, Gilles Vaillancourt et Guy Vaillancourt.

Précisons que ces personnes sont innocentes jusqu’à preuve du contraire.

Pour donner une idée de l’importance sociale de celles-ci, signalons le cas de l’une d’entre elles — que je ne nommerai pas — accusée de six chefs d’accusation dont fraude, complot et abus de confiance. Cette personne est ingénieur chez Dessau (une firme d’ingénierie-conseil respectée), Président de la Chambre de commerce et d’industrie Thérèse-De Blainville (1997-1998), Président de la Fondation Hôpital Saint-Eustache (1999-2003), Président d’honneur de plusieurs évènements dont le Parrainage civique des Basses-Laurentides, de même que du Petit peuple. Multipliez cela par 37 et vous avez une idée de l’audace des policiers, qui s’attaquent ainsi à un pan entier de la grande bourgeoisie québécoise.

Cette razzia a suscité une onde de choc au sein du monde municipal. Les dirigeants municipaux du Québec se réunissaient justement ce jour–là (coincidence ?) à l’occasion des assises annuelles de l’Union des municipalités du Québec. Le sujet étant sur toutes les lèvres, certains maires maitrisaient mal leur agacement, sinon leur angoisse.

Je suis convaincu que le Québec compte des centaines de maires dévoués et honnêtes. Ceux-ci sont les victimes collatérales de la grande purge politique dans laquelle le Québec est entré puisque leur autorité est probablement minée par le climat généralisé de suspicion.

En ce jour de la fête des mères, je souhaite à ceux qui se dévouent honnêtement pour leurs concitoyens — comme le fait une maman pour ses petits — de passer une bonne journée : je les encourage à poursuivre leur bon travail.

Quant aux autres qui sont moins recommandables, je leur souhaite de subir le sort qu’ils méritent.

Références :
Corruption : la faille « Vaillancourt » doit être colmatée
Gilles Vaillancourt, gangster?
Laval : le maire Vaillancourt démissionne sur fond d’allégations
Laval suspend ses deux plus hauts fonctionnaires
Mascouche: Serge Duplessis au nombre des accusés
Opération de l’UPAC à Laval: l’ex-maire Vaillancourt accusé de gangstérisme
UMQ : les élus municipaux secoués par les arrestations à Laval
Unité permanente anticorruption
UPAC – Démantèlement d’une organisation criminelle
UPAC raids offices of Laval’s new Mayor Alexandre Duplessis

Bonne fête des maires
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Écrit par Jean-Pierre Martel


La Commission Charbonneau se traine les pieds

16 avril 2013

Créée en octobre 2011 pour une durée de deux ans, la Commission Charbonneau a obtenu une prolongation de dix-huit mois supplémentaires. À terme, la commission aura duré 42 mois.

À mi-chemin de son mandat, qu’avons-nous appris ? Que l’administration montréalaise du maire Gérald Tremblay était pourrie à l’os. Que cette corruption s’étendait aux hauts fonctionnaires. Que le coût des travaux publics étaient environ 30% plus élevés que ce qu’ils auraient dû être. Que les entrepreneurs versaient au parti municipal de l’ex-maire un « pizzo » plus élevée que celui réclamé par la pègre. Et que les différents entre les soumissionnaires étaient arbitrés par le chef de la mafia.

Depuis quelques jours, la Commission entend l’ex-argentier du parti au pouvoir, Bernard Trépanier. Son témoignage — en contraction totale avec ceux de nombreuses personnes entendues jusqu’ici — pue la mauvaise foi.

Son déni ne change rien à la prépondérance de la preuve et je crois inutile de lui faire admettre ce qu’il entend nier jusqu’au bout.

Puis la Commission doit entendre l’ex-maire Tremblay. Ce dernier a-t-il été un maire brillant qui savait exactement ce qui se passait à l’hôtel de ville ou, au contraire, un idéaliste naïf qui a été trompé par tous ceux qu’il avait choisi de s’entourer ? À mon avis, cette question est purement académique.

Les fonctionnaires véreux ont pris leur retraite. Le maire et ses acolytes ont démissionné. L’hôtel de ville est sous écoute électronique par la police. Et tout ce beau monde attend d’être accusé pour fraude et abus de confiance.

La véritable question est de savoir combien sommes-nous prêts à dépenser pour obtenir la preuve irréfutable et les aveux repentis des anciens dirigeants de la ville.

Déjà la commission a coûté dix millions de dollars. Et chaque journée passée à interroger inutilement un témoin dépourvu de crédibilité coute des dizaines de milliers de dollars aux contribuables.

Mais le plus grave, c’est qu’il retarde le moment où la commission abordera les autres aspects de son mandat. Quand va-t-on entendre parler de la corruption à Laval et dans d’autres municipalités ? Quand va-t-on enfin parler de la corruption provinciale ?

Nous savons déjà que sous le gouvernement Charest, les ministres libéraux ont agi comme des politiciens corrompus sans pourtant mettre de l’argent dans leurs poches. À part cet ex-ministre de la famille dont les achats effectués par une carte de crédit étaient payés par autrui, on n’a rapporté aucun cas d’enrichissement personnel : que des versements (parfois en argent comptant) à la caisse du parti.

Ce n’est pas quelques billets pour un spectacle de Céline Dion ou quelques roses reçues à l’occasion d’un anniversaire qui constituent des pots-de-vin dignes de ce nom. En fait, cela est insignifiant; personne ne se laisse corrompre pour si peu.

Et pourtant on a voulu privatiser le Mont-Orford au bénéfice des amis du Parti libéral. On a enrichi les propriétaires de garderies qui contribuaient à la caisse du Parti libéral. Sans qu’on sache pourquoi, on a acheté en catimini pour 500 millions$ d’équipement en vue de la réfection d’une centrale nucléaire alors que la décision de la rénover n’avait pas été prise officiellement. On a accordé une série de contrats totalisant 360 millions$ (un tiers de milliard$) sans appel d’offres pour loger des personnes âgées dans un foyer privé situé dans la région de Québec (propriété d’un contributeur à la caisse du Parti libéral). On s’apprêtait à dépenser 60 millards$ de manière discrétionnaire dans le cadre du Plan Nord.

S’agissait-il d’un pillage systématique du Trésor public ? Si oui, pourquoi et par quel mécanisme ?

Il suffirait que le gouvernement minoritaire actuel soit renversé et que le Parti libéral revienne au pouvoir, pour que nous n’ayons jamais de réponse à ces questions. On placera des pions à la tête des unités policières anti-corruption et les vieilles habitudes, impunies, reviendront tout aussi vite.

Si pendant deux ans l’ex-Premier ministre Jean Charest a été sourd aux demandes répétées — soutenues par 85% des citoyens québécois — de créer une commission d’enquête, ce n’était pas parce qu’il craignait qu’on fasse la lumière sur le financement du parti de l’ex-maire Tremblay, mais plutôt du sien.

Il est donc temps que la Commission Charbonneau se grouille le derrière, cesse de s’acharner sur l’administration Tremblay et passe aux autres aspects de son mandat.

Références :
Commission Charbonneau
La commission Charbonneau a déjà coûté près de 10 millions
La commission Charbonneau prolongée de 18 mois
Commission Charbonneau – Trépanier nie avoir gardé de l’argent pour lui
Rapport du vérificateur général sur les CHSLD – Un généreux contrat sans appel d’offres

Paru depuis : La Commission a négligé des preuves importantes (2014-09-15)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Corruption : allégations vs preuves

7 octobre 2012
Hôtel de ville de Montréal

Une allégation est simplement une affirmation, qu’elle soit étayée par des preuves ou non.

Lorsqu’un journaliste présente le résultat d’une enquête qu’il a effectuée, il est rare que les témoignages recueillis l’étaient sous serment. On pourrait lui avoir menti. De plus, personne ne jure que les photos ou les vidéos compromettantes montrées n’ont pas été truquées. Bref, ce journaliste pourrait avoir été induit en erreur.

Pour pallier à cela, les journalistes sérieux ne publient que les informations qui ont été corroborées par deux sources indépendantes.

Lorsque c’est le cas, ces reportages suffisent à me convaincre. Mais pour les tribunaux, ils n’ont aucune valeur juridique et ne sont donc que des allégations.

Un juge n’acceptera comme preuve que le témoignage présenté devant lui par une personne assermentée. Dans certaines circonstances, il pourra accepter la déclaration solennelle (habituellement écrite) d’une personne qui ne peut assister au procès.

Depuis quelques jours, certains quotidiens continuent de qualifier d’allégations les propos accusateurs d’un témoin assermenté à la Commission Charbonneau. En réalité, ce ne sont pas que des allégations : juridiquement, ce sont des preuves.

Mais il y a preuve et preuve. Par exemple, si un motard et sa compagne délurée jurent catégoriquement qu’ils non pas tué leur bébé et que toutes les traces de sang retrouvées par les experts médicaux sur les murs de la chambre de leur enfant proviendrait de l’agneau dépecé dans cette pièce en vue d’un méchoui, le juge aura tendance à croire plutôt les experts légistes et le témoignage des voisins qui ont entendu l’enfant crier durant le meurtre.

En somme, en présence de preuves contradictoires, un juge donnera préséance aux témoignages les plus crédibles.

Dans le cas du témoignage de l’ex-entrepreneur Lino Zambito, ce dernier n’est pas un enfant de coeur; malgré la sympathie qu’il inspire, on doit se rappeler qu’il a participé au système de corruption mis en place à Montréal.

Mais dans la mesure où son témoignage confirme et précise les nombreuses allégations déjà entendues de la part des journalistes d’enquête les plus crédibles du Québec, le public peut raisonnablement croire que tout ceci est vrai.

Mais pour la juge Charbonneau, ce témoignage devient la vérité lorsqu’il n’est contredit par personne ou lorsque les preuves qui le contredisent sont moins fiables.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le parti de l’exclusion

26 juillet 2012

En réaction l’annonce de la candidature du leader étudiant Léo Bureau-Blouin pour le Parti québécois, le Premier ministre s’est efforcé de dépeindre l’opposition officielle comme un repaire d’extrémistes voués au chaos et l’anarchie.

Le Parti libéral n’est pas seulement le grand parti fédéraliste du Québec : depuis qu’il est au pouvoir, ce parti s’est transformé en parti de l’exclusion, un parti pour les membres d’une bande de pillards des fonds publics.

La Commission Bastarache — sur le processus de nomination des juges — nous a permis d’apprendre que seuls les avocats dont le dossier transmis au Conseil des ministres portait un auto-collant jaune (en fait, un Post-it note) pouvaient espérer être nommés juges. Or seuls les candidats qui ont fait du bénévolat pour le parti au pouvoir, qui ont contribué à la caisse électorale de ce parti ou qui sont parents avec des collecteurs de fonds du parti, bénéficiaient du précieux collant jaune apposé par Mme Chantal Landry (la Directrice-adjointe du cabinet du premier ministre). En somme, tous les candidats plus compétents étaient exclus s’ils ne faisaient pas partie de la bande libérale.

De plus, il semble bien que les permis de garderie soient attribués aux propriétaires qui contribuent à la caisse électorale du Parti libéral de préférence à ceux qui ne le font pas. En transformant l’appareil de l’État en machine à sous pour le Parti libéral, ce dernier s’est transformé en parti d’opportunistes et d’aventuriers attirés par l’odeur de l’argent.

Les contrats attribués à un contributeur à la caisse électorale du Parti libéral en contrepartie de l’hébergement pendant vingt ans de 256 personnes âgées à Québec est un autre cas d’exclusion puisque ces contrats (totalisant plus de 360 millions$. Vous avez bien lu : un tiers de milliards$) ont été attribués sans appel d’offres.

Le prêt consenti à un entrepreneur de l’Inde en vue de la réouverture de la mine Jeffrey est un autre cas où nos taxes sont attribués à un aventurier devenu membre de la bande simplement pour avoir organisé une levée de fonds en faveur du parti libéral à laquelle M. Charest a assisté.

Lorsque tous les demandes de subventions pour des équipement sportifs sont filtrés par le personnel politique de la Vice-première ministre avant que leur bien-fondé ne soit analysé par les fonctionnaires de son ministère, cela soulèvent bien des questions sur les critères sur lesquels on s’est basé pour exclure les autres demandes.

En somme, dans les années ’60, le Parti libéral était une coalition extraordinaire de gens aux horizons très différents, unis par un même désir de sortir le Québec de la Grande noirceur du gouvernement Duplessis. De nos jours, le PQ est un creuset de personnes unis par un même nationalisme et par un même désir de sortir de Québec d’une autre Grande noirceur, libérale cette fois-ci.

Note : Photo de M. Charest par le journal Le Devoir.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Baie-James vs Plan Nord

14 août 2011

Avant-propos : Ce texte est daté du 14 août 2011 mais sa dernière section (« Développer pour développer ? ») a été complètement réécrite le 16 février 2012 et retouchée légèrement le 1er mars suivant.

 
Pour imaginer le Plan Nord — un projet ambitieux de développement du grand nord québécois — quoi de plus naturel que de le comparer avec ce qui nous est déjà familier, soit la Baie-James.

Jusqu’à maintenant, l’industrialisation et le peuplement du Québec se sont concentrés dans la vallée du St-Laurent et, accessoirement, à proximité de voies navigables comme l’Outaouais et le Saguenay.

La Baie-James et le Plan Nord concernent la partie nordique du Québec. Dans le cas du Plan Nord, il concerne le territoire au nord du 49e parallèle, soit 72% de la superficie du Québec (soit deux fois la superficie de la France).

De plus, ils concernent des investissements publics de dizaines de milliards de dollars dans des lieux originellement habités par des peuples autochtones.

L’un et l’autre sont des projets conçus par des gouvernements libéraux ; la Baie-James par le gouvernement de Robert Bourassa et le Plan Nord, par celui de Jean Charest.

Là s’arrêtent les similitudes.

La Baie-James

Les investissements relatifs à la Baie James avaient pour but l’exploitation d’une ressource renouvelable au bénéfice d’Hydro-Québec, une société qui appartient au peuple québécois.

Une partie de l’électricité produite qui est consommée au Québec, principalement par ceux qui habitent la vallée du St-Laurent. Le reste est exportée aux États-Unis : les profits générés servent à alléger le fardeau fiscal des contribuables québécois. Sans ces profits, nous paierions encore d’avantage pour notre filet de sécurité sociale.

De plus, cette électricité relativement bon marché sert à attirer chez nous des entreprises énergivores comme des alumineries.

Le Plan Nord

Le Plan Nord prévoit des dizaines de milliards d’investissements publics au profit de compagnies minières multinationales afin d’extraire une ressource non-renouvelable.

De nos jours, la mise en service de nouvelles mines vise principalement à satisfaire les besoins gargantuesques de la Chine en matières premières.

Dans le territoire visé par le Plan Nord, on trouve d’importants gisements d’or, de diamant, d’uranium, de zinc et de cuivre à l’est. La partie nord est riche en nickel et en cuivre. À l’ouest, on retrouve des gisements de fer, de zinc, de nickel et de cuivre.

L’extraction de ces minéraux génèrera des revenus de centaines de milliards de dollars. Où ira cet argent ? En gros, à l’automatisation de la mine — en d’autres mots, à l’importation d’une machinerie lourde sophistiquée et à l’installation des logiciels spécialisés déjà en service à d’autres mines de la compagnie — aux salaires versés aux travailleurs, à l’acheminement du minerai vers les marchés et finalement, aux profits versés aux actionnaires étrangers.

En se basant sur les documents officiels, l’État dépenserait 47 milliards en provenance d’Hydro-Québec : une autre tranche de 33 milliards doit être investie dans le développement minier et les infrastructures publiques (aéroports, routes, écoles, hôpitaux, etc.). La partie payée par les entreprises se situerait entre 30 et 50%, mais rien n’a encore été précisé, nous dit-on.

Toutefois, on apprenait récemment que pour permettre à Stornoway Diamond d’accéder à des diamants dont la valeur brute est évaluée à 5,4 milliards$, il est nécessaire de prolonger la route 167 sur une distance de 240km. Normalement, cela coûterait 330 millions$ à l’entreprise. Mais grâce au Plan Nord, sa contribution est plafonnée à 4,4 millions$ par année pendant une décennie, ce qui ne couvre même pas les frais d’intérêt de l’emprunt : le reste (y compris tout dépassement de coût) sera assumé par les contribuables.

En contrepartie, nous récolterons l’impôt prélevé auprès des travailleurs non-autochtones, les impôts sur les profits réalisés par les fournisseurs de services (lignes aériennes locales, grossistes, compagnies de transport, etc.) et les redevances insignifiantes payés par les minières. En somme, selon une étude du service économique de Desjardins rendue publique plus tôt ce mois-ci, le gouvernement espère engranger 14,3 milliards en retombées fiscales sur 25 ans.

En notre nom, l’État investira 60 à 80 milliards de dollars qui en rapporteront 14 milliards. Le Plan Nord porte donc à un niveau inégalé le pillage du Trésor public au bénéfice d’intérêts privés.

Le volet environnemental du Plan Nord

Vendredi dernier, le ministre de l’Environnement annonçait que 50% du territoire visé par le Plan Nord serait protégé dans 25 ans du développement industriel.

Le ministère entend faire passer les aires protégées de 12% actuellement à 17% en l’an 2020. Il s’agit d’une extrapolation puisque cet accroissement est semblable au rythme qu’a connu le Québec au cours de la dernière décennie.

De plus, il annonce qu’un comité sera mis sur pied pour conseiller le gouvernement sur le choix des aires à protéger. Par cette annonce, le ministre révèle involontairement l’amateurisme et l’improvisation du gouvernement libéral dans ce dossier.

En effet, on aurait pu s’attendre à ce que ce ministère — en consultation avec les peuples qui habitent ce territoire — ait d’abord déterminé les critères de protection, puis ait ratissé cette partie du Québec afin de connaître la proportion qui répond aux critères.

Au lieu de cela, le ministre annonce 50% sans savoir pourquoi. Le comité devra donc trouver du terrain afin de justifier a posteriori les chiffres du ministre.

Bref, c’est pas fort.

Développer pour développer ?

L’exploitation minière est le contraire du développement durable : elle consiste à creuser le sol, à y extraire du minerai et à abandonner le tout à l’extinction du filon ou lorsque la mine cesse d’être rentable.

À long terme, la principale menace à la rentabilité des mines du Plan Nord, c’est la découverte de nouvelles mines situées plus près des marchés d’exportation. En effet, dès qu’on découvrira du minerai en Mongolie, en Sibérie ou dans n’importe quelle partie d’Extrême-Orient, les mines québécoises nées pour répondre aux besoins de la Chine et de l’Inde deviendront non-rentables.

Sur les 25 ans du Plan Nord, la seule certitude que nous ayons est que le coût du mazout deviendra de plus en plus onéreux rendant le transport maritime du minerai prohibitif sur de très longues distances : or, par rapport à la Chine ou l’Inde, le Québec, c’est l’autre bout du Monde. Les mines nées du Plan Nord ont donc une vulnérabilité que n’avaient pas celles qui sont nées pour répondre aux besoins industriels de nos voisins (l’Ontario et les États-Unis).

Les compagnies minières auront à peine quelques années pour rentabiliser leurs investissements. Pour elles, il ne s’agit pas d’un défi insurmontable puisqu’elles empochent la presque totalité des centaines de milliards de dollars de la valeur de la ressource.

Mais pour nous — les contribuables de la vallée du Saint-Laurent qui auront déboursé des dizaines de milliards$ pour construire des routes, des voies ferrées, des écoles, des hôpitaux, des réseaux de distribution d’eau potable, des égouts, des aéroports, des installations portuaires — nous serons pris à payer la facture bien après la fermeture de la mine puisque les redevances payés par la compagnie durant ses quelques années d’opération couvriront à peine les coûts reliés à la décontamination du site après le départ de l’entreprise.

Au lieu que les deniers publics servent à développer des industries de pointe comme le multimédia, l’aéronautique ou la biotechnologie, on va dépenser entre 60 et 80 milliards de dollars — environ 10,000$ par Québécois, homme, femme et enfant — pour favoriser un boom minier éphémère, pour alourdir considérablement la dette publique québécoise, pour subir une décote prévisible des agences de notation et pour enfoncer le Québec dans une pauvreté durable qui nous laissera à la merci des coupures de péréquation du gouvernement fédéral canadien.

Bref, le Plan Nord, c’est la ruine du Québec.

Références :
Côte-Nord : une étude de Desjardins met en doute les retombées du Plan Nord
Droit et développement – De longues négociations débutent
Jean Charest défend le Plan Nord et les redevances
Le Plan Nord : l’œuf de Pâques de Monsieur Charest
Plan nord : redevances basées sur les profits ou sur la valeur brute ?

Parus depuis la publication du présent billet :
Analyse de l’IRIS – Le Plan Nord ne serait pas rentable pour Québec
Consternation à Matane
Le Plan Nord loin de l’eldorado
Les redevances minières, un secret bien gardé
Perspectives – Plan Nord conjoncturel
Plan Nord – La vache à lait
Plan Nord – Québec étudie des projets de ports en eaux profondes
Plan Nord – Québec mettra 25 ans pour protéger 50 % du territoire
Plan Nord – Québec renonce à la transformation du diamant
Route 167 – Québec assumera seul tout dépassement de coûts
Une avocate à la fois émissaire de Québec et lobbyiste
Une ligne ferroviaire pourrait traverser le Nord

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’éthique douteuse d’Air Canada

12 août 2011
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On a tous vu ces réclames d’Air Canada, à pleine page dans certains quotidiens, qui annoncent des vols transatlantiques à des prix ridiculement bas. Toutefois, il faut lire les petits caractères au bas de la page puisque ces prix ne comprennent pas les taxes et plein d’autres frais cachés. En réalité, le prix réel d’une réservation est souvent deux à trois fois plus élevé que le prix annoncé.

Cet automne, l’Office de la protection du consommateur sommait le transporteur aérien de se conformer à la loi québécoise. Celle-ci exige que les prix affichés comprennent tous les frais applicables.

D’autres transporteurs — Porter Airlines, WestJet et Air Transat — ont signifié leur intention de se conformer à la loi québécoise mais pas Air Canada : cette dernière refuse, prétextant qu’elle n’est soumise qu’aux lois fédérales.

Selon le NPD, il existerait bien une loi fédérale à ce sujet mais le gouvernement actuel (qui était minoritaire au moment de son adoption) refuse de la mettre en application.

Air Canada devrait avoir honte. Comment une compagnie honnête peut-elle proposer publiquement de tels attrape-nigauds ? Évidemment, dès qu’on tente d’effectuer une réservation, on réalise très vite la supercherie mais tout cela est une perte de temps qui porte ombrage à l’image de respectabilité de cette entreprise.

Trop de compagnies comme Air Canada sont minées de l’intérieur par ces cadres sans scrupule, sans morale, prêts à tout (y compris la tromperie) pour parvenir à leurs fins.

Références :
Air Canada maintient une campagne publicitaire déjà jugée illégale
«Publicités trompeuses» – Le NPD veut qu’Ottawa sévisse contre Air Canada

Détails techniques de la photo : Panasonic GH1, objectif Lumix 14-45mm — 1/30 sec. — F/5,0 — ISO 320 — 23 mm

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Le néo-libéralisme du ministère des Transports

8 août 2011

Depuis l’accession au pouvoir du Parti libéral, le budget du ministère des Transports (MTQ) a augmenté de manière importante. C’est ce qui permet au Premier ministre d’affirmer que son gouvernement investissait quatre ou cinq fois plus en infrastructures que le Parti québécois.

En réalité, le Québec n’investit pas quatre fois plus : il dépense quatre fois plus. Ce n’est pas la même chose.

Le gouvernement Charest a triplé le nombre de contrats accordés sans appel d’offres. Le truc utilisé par le Parti libéral pour contourner la loi, c’est qu’il scinde les travaux en plusieurs sous-contrats, ce qui permet à chacun d’eux de se trouver sous le seuil au-delà duquel la loi exige des appels d’offre.

Les cyniques diront que si le Parti québécois avait été au pouvoir, il aurait fait pareil. C’est oublier que cette loi, destinée à réduire le patronage, a été adoptée par le Parti québécois : si ce dernier avait voulu un seuil plus élevé, c’est ce seuil-là qu’il aurait inscrit dans la loi.

De plus, le gouvernement Charest a transféré massivement l’expertise du ministère des Transports vers le secteur privé. En effet, 90 % du boulot d’inspection des chantiers routiers du MTQ est effectué de nos jours par du personnel à l’emploi de firmes de génie-conseil. C’est nettement plus que la moyenne des autres gouvernements provinciaux et états américains.

Les contribuables paient donc le salaire de ces inspecteurs — généralement plus élevé que ceux versés dans le secteur public — majoré des profits de la société qui l’emploie et de la contribution de cette société à la caisse du Parti libéral. Puisque tout se paie.

On se rappellera du contrat de construction d’un viaduc sur l’autoroute 50 qui avait été accordé à une entreprise dont un ministre libéral était actionnaire minoritaire (20%). Malheureusement le MTQ avait dû démolir ce viaduc peu après sa construction en raison de la mauvaise qualité du béton utilisé.

Et parce qu’un peu tout le monde se graisse la patte, le budget du MTQ a augmenté de manière très importante sous le gouvernement actuel sans qu’il soit évident que l’état de nos infrastructures s’améliore de manière notable. Des évènements récents nous incitent même à croire le contraire.

Sur les forums de discussion des médias québécois, les partisans libéraux (et parmi eux, probablement quelques firmes de relations publiques) s’affairent à accuser l’opposition officielle de ne pas avoir suffisamment investi dans notre système routier et par conséquence, être responsable de son état actuel.

Monsieur Charest a été élu Premier ministre avec les promesses, entre autres, de mettre fin aux listes d’attente des urgences de nos hôpitaux et de corriger l’état dans lequel se trouvait le système routier en 2003. En accusant le Parti québécois d’être responsable de nos problèmes actuels, ses partisans reconnaissent implicitement que le Premier ministre a manqué à ses promesses électorales d’il y a huit ans. Les Québécois l’ont élu pour corriger les lacunes qu’il dénonçait et non pour se contenter de blâmer des autres de son incurie.

En 2003, monsieur Charest nous disait que le gouvernement péquiste gaspillait l’argent des contribuables à faire la promotion de l’indépendance, qu’il y a avait trop de fonctionnaires payés grassement à ne rien faire, que le secteur privé était plus efficace et qu’il suffisait de déléguer au privé pour réduire la taille de l’État et permettre des réductions d’impôts.

En transférant du public au privé, cela devait coûter moins cher ou, si cela s’avérait plus dispendieux, nous devions en avoir beaucoup plus pour notre argent.

Huit ans plus tard, le budget du MTQ consacré aux infrastructures a quadruplé et nos viaducs s’effondrent. D’où la question : le néo-libéralisme du ministère, est-il dans notre intérêt collectif ou profite-t-il essentiellement aux firmes de génie-conseil et aux entrepreneurs qui contribuent à la caisse du Parti libéral ?

Références :
Franco Fava impliqué dans une autre affaire ?
Infrastructures – Les routes… et le reste
Infrastructures – Revoir les façons de faire au MTQ
L’opposition veut la tête de Whissell

Paru depuis : Florent Gagné pose le MTQ en «victime» (2014-04-26)

Le néo-libéralisme du ministère des Transports
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Qui paie les canapés ?

27 mai 2011

LVM est une filiale de Desseau, un groupe d’ingénieurs-conseils. Le 18 mai dernier, Desseau et sa filiale LVM donnaient une réception à un bain public de Montréal auquel étaient invités leurs employés, de même que des clients du secteur public dont des cadres d’Hydro-Québec.

La firme Desseau considère acceptable d’inviter — dans la sobriété, précise-t-elle — des représentants de l’État qui attribuent des contrats publics. « Nous avons invité des êtres humains avant tout, avec qui nous avons une relation d’affaires. Il ne s’agissait pas de les remercier, mais de souligner le cinquantième anniversaire de LVM » a souligné la porte-parole de la compagnie.

En 2010, LVM a obtenu — sans appel d’offres — onze contrats d’une valeur totale de 18,9 millions de dollars au chantier de la centrale hydroélectrique Eastmain.

Le 6 mai 2011, Dessau, LVM, Technisol et Dunton-Rainville (firme très présente à Laval notamment), avaient réservé pour eux l’Aquarium de Québec afin d’y inviter les maires à une expérience gastronomique aux fruits de mer — qualifiée d’inoubliable dans le programme imprimé du congrès — à l’occasion des assises de l’Union des municipalités du Québec.

Roche — une autre firme de génie-conseil — était partenaire « bronze » de ces assises. En février dernier, les policiers de la SQ arrêtaient France Michaud, vice-présidente de Roche, lors d’une opération concernant la Ville de Boisbriand. Elle fait face à treize chefs d’accusation, entre autres de corruption d’élus et de fonctionnaires.

Le Commissaire au lobbyisme du Québec considère que ce type de rencontre est un cadre propice pour les communications d’influence. Selon lui, les titulaires de charges publiques demeurent titulaires de ces charges même en dehors de leurs heures de travail. Si un démarcheur (c’est-à-dire un lobbyiste) tente d’influer sur l’une de leurs décisions, ni le lieu ni le moment n’ont d’importance ; il s’agit alors d’une communication qui doit faire l’objet d’une inscription au registre des lobbyistes.

Cet avis n’est pas partagé par le gouvernement Charest qui a expressément exclu les services professionnels (en d’autres mots, les firmes d’avocats et d’ingénieurs) de l’obligation d’inscrire leurs démarcheurs dans le registre du Commissaire au lobbyisme du Québec.

Dès juin 2009, dix plus grandes sociétés de génie québécoises refusaient de se soumettre volontairement aux lois sur le lobbyisme invoquant qu’elles n’y sont par obligées par la loi.

Références :
Dessau et Roche commanditent les assises annuelles de l’UMQ
Dessau invite encore ses «amis» du secteur public
Projet hydroélectrique Eastmain – Dessau à la fois gérant et sous-traitant
Une question pour Jean-Marc Fournier

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Coup de théâtre : l’administration Tremblay sous enquête policière

14 avril 2011
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Enfin une bonne nouvelle !

Hier matin, le ministre de la Sécurité publique du Québec annonçait qu’il confiait à l’Unité permanente anticorruption (UPAC) le mandat d’enquêter sur la Ville de Montréal.

Cette nouvelle unité dispose d’un budget de 31 millions de dollars. Son équipe comprend 189 personnes issues d’une demi-douzaine de ministères et organismes luttant contre la corruption. L’enquête sur l’administration Tremblay est le premier mandat que l’unité reçoit du ministre de la Sécurité publique.

Le nouveau commissaire de la lutte anti-corruption, Robert Lafrenière, aura carte blanche pour effectuer cette enquête. Rappelons que ce dernier a été sous-ministre associé à la Direction générale des affaires policières, de la prévention et des services de sécurité du ministère de la Sécurité publique. Il a enseigné les techniques auxiliaires de la justice au Collège de Maisonneuve et il a travaillé 39 ans à la Sûreté du Québec, où il a occupé les postes de directeur des services d’enquêtes criminelles.

Le mandat qui lui a été confié par le Ministre précise qu’il coordonnera les enquêtes relatives aux allégations d’irrégularités dans l’octroi de contrats à Montréal et qu’il sera aussi responsable de faire la lumière sur les moyens utilisés — entre autres, l’espionnage des courriels — par la ville lors de ses enquêtes administratives.

Le commissaire anti-corruption relève directement du ministre de la Sécurité publique du Québec. L’étau se resserre donc contre le maire de Montréal, Gérald Tremblay, qui n’a pas caché sa vive contrariété en apprenant la nouvelle.

Références :
Allégations d’espionnage: Québec fera enquête sur la gestion de Montréal
Dure journée pour le maire Tremblay
Enquête sur Montréal : Tremblay aurait aimé être consulté
Robert Lafrenière à la tête de l’escouade anticorruption
Robert Lafrenière nommé à la tête de l’Unité anticorruption

Coup de théâtre : l’administration Tremblay sous enquête policière
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Grand parleur, petit faiseur

28 février 2011

Le 23 février 2011, M. Charest prononçait le discours inaugural d’une nouvelle session parlementaire. Son gouvernement se donne cinq priorités :
   • l’éducation
   • l’emploi
   • le développement durable
   • la maîtrise de nos ressources
   • et la santé.

L’éducation

Les parents dépensent une fortune à chaque début d’année pour l’achat de matériel scolaire. Les bibliothèques scolaires du Québec manquent de livres. Ceci étant dit, le gouvernement annonce que chaque classe du Québec sera bientôt dotée d’un tableau blanc intelligent et que tous les professeurs seront munis d’un ordinateur portable. Mais y a-t-il encore un seul professeur au Québec qui n’ait pas déjà un ordinateur portable ?

Pourquoi parle-t-on tant des révolutions dans les pays arabes alors que c’est ici que surviennent les plus grands changements. Imaginez : passer de tableaux noirs à des tableaux blancs. Non pas blanc cassé, pas blanc écru, ni même coquille d’oeuf: non, non, blanc intelligent. Quelle merveilleuse révolution décorative. Comme quoi on n’arrête pas le progrès, même sous les libéraux.

Les élèves de 6e année du primaire consacreront la moitié de leur année à l’apprentissage intensif de l’anglais. Nulle part dans le discours inaugural est-il question de la défense du français. Après avoir légalisé les écoles passerelles et sabré dans les cours de francisation des immigrants, le gouvernement affiche sa priorité : la promotion de l’anglais. Je n’ai rien contre l’anglais mais est-il possible que le français soit plus menacé au Québec que l’anglais ?

L’emploi

Le chômage au Québec — à 7,6% en décembre 2010 — est le plus faible depuis plus d’une décennie. Toutefois, cette diminution n’a rien de remarquable puisqu’elle suit une tendance canadienne.

Taux de chômage au Canada, de 1988 à 2008

La maîtrise de nos ressources

Comme l’aveugle qui retrouve miraculeusement la vue, le gouvernement Charest annonce que la maîtrise de nos ressources naturelles sera sa priorité. Toute une volteface.

La santé

En 2003, les libéraux de Jean Charest s’étaient engagés à éliminer les listes d’attente en santé. Depuis, le gouvernement Charest se félicite du ralentissement de la vitesse d’accroissement des listes d’attente. En 2009, le ministre de la Santé annonçait qu’il ne se fixait plus aucune cible de réduction ni d’échéancier à atteindre en ce qui concerne les délais d’attente dans les urgences des hôpitaux.

Pour ce qui est de la pénurie des médecins, c’est la faute au Parti Québécois; selon M. Charest, si le PQ n’avait pas mis à la retraite des centaines de médecins au siècle précédent, nous ne manquerions pas de médecins aujourd’hui. Malheureusement la majorité des médecins mis à la retraite par le PQ sont aujourd’hui décédés ou lourdement handicapés par l’âge. Donc la pénurie actuelle dépend du gouvernement actuel.

Le développement durable

Il serait plus juste de parler d’appauvrissement durable.

Durant neuf des dix dernières années du gouvernement du Parti québécois, la croissance économique du Québec a dépassé la moyenne canadienne. À telle enseigne que le gouvernement fédéral avait décidé — à juste titre — de réduire légèrement la péréquation versée à notre province.

Aussitôt arrivé au pouvoir, le gouvernement Charest a coupé à tort et à travers dans les dépenses publiques afin de dégager — sans succès — le milliard de dollars promis comme réduction d’impôts aux riches contribuables, provoquant ainsi une contraction de l’économie. Résultat? La croissance économique du Québec est redevenue sous la moyenne dès la première année de son accession au pouvoir et n’a pas cessé de l’être depuis.

Historiquement, le Québec a toujours dégagé d’importants surplus dans ses échanges internationaux. Pour la première fois de son histoire, en 2004 — soit un an après l’arrivée au pouvoir de M. Charest — le Québec s’est retrouvé avec un déficit commercial de 600 millions. Puis, avec un déficit de 6 milliards en 2005, 17 milliards en 2008, et 12 milliards en 2009. En 2010, ce déficit fut de 16,4 milliards, soit 5% du PIB.

Un déficit commercial, c’est de l’argent qui quitte le Québec pour aller créer des emplois ailleurs.

C’est au cours du règne de M. Charest que la Caisse de dépôt et de placement a perdu 25% de la valeur de ses actifs, comparativement à 18,4% pour la moyenne des grandes caisses de retraite canadiennes. De plus, le porte-feuille des investissements de la Caisse n’a jamais comporté aussi peu d’actions d’entreprises québécoises (environ 15%). En somme, notre argent sert à créer des emplois ailleurs.

Conclusion

Au point de vue strictement économique, le gouvernement Charest est le pire qu’ait connu le Québec depuis très longtemps.

Références :
La Caisse de dépôt et de placement dévoile ses résultats – Le rendement jugé insuffisant
Le ministre Bolduc se rétracte
Vers un choc économique

Note : Photo de M. Charest par le journal Le Devoir.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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