L’Agraulis nacré

19 avril 2018
Face dorsale des ailes

L’Agraulis nacré (ou Agraulis vanillae) est un papillon qui habite le centre du continent américain, du sud des États-Unis jusqu’en Amérique du Sud. L’envergure de ses ailes est de 6 à 9,5 cm.

Il est doté d’yeux caramel particulièrement grands et de solides antennes dont le bout arrondi est tourné vers l’extérieur.

La face dorsale de l’abdomen et des ailes est orange vif.

Dans le cas des ailes, celles-ci sont décorées de taches et de cercles noirs. Entre deux et six de ces points noirs — situés en haut des ailes antérieures — ont leur centre habituellement blanc (ce qui n’est pas le cas chez le spécimen ci-dessus).

Face ventrale des ailes

La face ventrale des ailes antérieure ressemble à leur face dorsale, sauf que l’apex est marbré de beige et de marron, décoré de langues blanches irrégulières. C’est une décoration retrouvée sur la face ventrale des ailes postérieures.

De biais
En majesté

Contrairement aux héliconius — auxquels l’Agraulis nacré serait un cousin — ce papillon se nourrit exclusivement de nectar.

La diète de la chenille se compose du feuillage des plantes appartenant à la famille de la passiflore. Résistantes à leur toxicité, les chenilles deviennent indigestes, ce qui les protège des prédateurs. C’est un avantage que la chenille passe au papillon adulte.

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectifs M.Zuiko 60 mm F/2,8 Macro (3e photo) et M.Zuiko 40-150 mm F/2,8 + multiplicateur de focale MC-14 (les autres photos)
1re photo : 1/250 sec. — F/8,0 — ISO 800 — 130 mm
2e  photo : 1/250 sec. — F/4,0 — ISO 250 — 210 mm
3e  photo : 1/125 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 60 mm
4e  photo : 1/320 sec. — F/6,3 — ISO 400 — 210 mm


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L’Agraulis nacré
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Héliconius d’Hewitson

18 avril 2018
Face dorsale des ailes
Face ventrale des ailes
En majesté

Découvert en 1875 par le naturaliste britannique William-Chapman Hewitson, l’Héliconius d’Hewitson (ou Heliconius hewitsoni) est un papillon qui habite l’ouest du Panama et la côte Pacifique du Costa Rica (du niveau de la mer jusqu’à 1 100 m d’altitude).

Il possède de grands yeux, de longues antennes et des ailes qui s’étirent sur 7 à 8 cm d’envergure. En raison de l’atrophie de ses deux pattes antérieures, il n’utilise que quatre pattes pour marcher.

Sur leur face dorsale, les ailes sont noires devenant progressivement bleu foncé vers le thorax et l’abdomen. Chaque aile antérieure est traversée verticalement de deux bandes blanches ou jaunâtres tandis que chaque aile postérieure l’est, horizontalement, d’une seule, plus large, éloignée du bord.

Sur leur face ventrale, les ailes n’ont pas ce dégradé du noir au bleu. Toutefois, elles portent les mêmes bandes pâles, cette fois sur fond presque noir. De plus, les ailes postérieures sont décorées de deux jets rouges et de trois gros points de la même couleur.

Comme les autres héliconius, ce papillon se nourrit de pollen, ce qui lui permet de vivre plusieurs mois.

Les femelles pondent sur les feuilles des plantes de la famille de la passiflore puisque ce sont les seules dont se nourrissent les chenilles (insensibles à la toxicité de ces plantes).

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif M.Zuiko 60mm F/2,8 Macro
1re photo : 1/125 sec. — F/6,3 — ISO 1600 — 60 mm
2e  photo : 1/125 sec. — F/5,6 — ISO 1250 — 60 mm
3e  photo : 1/125 sec. — F/6,3 — ISO 400 — 60 mm


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Héliconius d’Hewitson
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Tuer pour sauver des vies

17 avril 2018

En 1939, si Hitler n’avait pas quitté plus tôt que prévu une brasserie de Munich — où la bombe de Georg Elser devait le tuer à 21h20 — combien de millions de vies humaines aurait-on épargnées au cours de la Deuxième Guerre mondiale ?

Tuer préventivement pour protéger la Patrie, pour délivrer un peuple ou pour sauver des personnes en danger, est la motivation habituelle des comploteurs.

Obsédé depuis des mois par le danger d’attaques terroristes contre ses proches, l’auteur de l’attentat de Québec était convaincu qu’en tuant les fidèles dans une mosquée, il sauvait des gens des attaques terroristes.

« Je me suis dit hier que, peut-être grâce à ce que j’ai fait, il va peut-être y avoir une centaine de personnes qui vont être sauvées.»

Devant un tel raisonnement, il est facile de présumer que le jeune auteur de l’attentat est un simple d’esprit.

Mais n’est-ce pas aussi notre cas lorsque nous applaudissons les dirigeants de nos pays qui ordonnent des bombardements ‘humanitaires’ à l’Étranger ?

Les Américains ont cru majoritairement que leur pays avait le devoir de faire une guerre ‘préventive’ en Irak dans le but de sauver des millions d’Européens à portée de tir des armes de destruction massive de Saddam Hussain.

Et ce, malgré le fait que la vaste majorité des Européens s’opposaient à cette guerre et doutaient (à juste titre) de l’existence de ces armes.

D’autre part, nos éditorialistes et nos lecteurs de nouvelles, n’ont-ils pas critiqué nos gouvernements, les accusant d’être impassibles devant la répression cruelle du Printemps arabe en Syrie ? Une répression qui faisait des centaines de morts, parmi lesquels de pauvres petits enfants.

Et n’ont-ils pas applaudi à cette guerre qui a causé entre 350 000 à 500 000 morts, principalement des civils, dont beaucoup plus de pauvres petits enfants ?

Quand un remède est mille fois plus mortel que la maladie, quel médecin s’entête à le prescrire ? Grâce à Dieu, médecine et journalisme sont des professions différentes.

Le plus sérieusement du monde, nos dirigeants militaires nous ont promis qu’avec plus de bombardements, nous réussirons enfin à délivrer les gens qui ont survécu à nos bombardements antérieurs.

Malheureusement, plus on bombarde, moins il en reste. Mais, dans la mesure où ce sont des gens qu’on ne voudrait surtout pas voir immigrer chez nous, un peu plus un peu moins, quelle importance…

Même après sept ans de guerre, nous n’apprenons pas de nos erreurs. Il suffit de nous monter les images choquantes des gens gazés en Syrie pour que, de nouveau, nous réclamions vengeance.

Il y a eu en Syrie des dizaines d’attaques chimiques depuis le début de cette guerre, dont trois qui ont scandalisé l’opinion publique internationale.

L’attaque chimique à Kan al-Assad

La première eut lieu en mars 2013, soit environ un an après que le président Obama ait tracé sa célèbre ligne rouge.

L’enquête de l’ONU effectuée sur place a conclu qu’elle avait commise par les rebelles et non par les forces gouvernementales. Ces rebelles étaient affiliés à Al-Qaida.

L’attaque chimique à Khan Cheikhoun

La deuxième attaque chimique eut lieu en avril 2017.

Cliquez sur l’image pour démarrer

Le premier témoignage à ce sujet a été une vidéo diffusée par les médias européens. On y voyait un secouriste présenter les conséquences horribles de cette tragédie.

Cette vidéo a été retirée des ondes dès qu’on s’est rendu compte que ce secouriste était un médecin tortionnaire d’Al-Qaida condamné pour terrorisme en Grande-Bretagne.

Il y a plusieurs autres vidéos qui circulent sur l’internet à ce sujet.

Lorsque le jour s’est levé en Amérique, les médias québécois ont choisi de nous montrer celle où on voit un garçon aux yeux bleus suffoquant dans un décor stylisé qui aurait pu être construit à Hollywood.

Trois jours plus tard, les États-Unis réagissaient en bombardant une base aérienne syrienne, tuant un petit nombre de militaires syriens.

Cette fois, les enquêteurs de l’ONU ne se sont pas rendus sur place : ils ont basé leurs conclusions sur les preuves présentées par différents pays occidentaux, dont la Turquie. L’ONU a conclu à la responsabilité du régime de Bachar el-Assad.

L’attaque chimique à Douma

La troisième attaque est celle survenue il y a dix jours. De nouveau, l’attaque a eu lieu dans un fief d’Al-Qaida.

Les pays occidentaux ont immédiatement blâmé le régime de Bachar el-Assad pour cette attaque au chlore.

Trump manipulé par la dictature soudienne

Sans attendre une résolution habilitante de l’ONU, les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France ont illégalement bombardé des sites de production et de stockage d’armes chimiques (notamment de chlore) en Syrie.

Malheureusement, dans ce pays comme chez nous, le chlore — sous forme gazeux, sous forme d’hypochlorite de sodium ou de bioxyde de chlore — sert principalement à l’épuration des eaux.

On peut donc craindre l’apparition d’épidémies de choléra dans certaines villes syriennes qui auront été incapables de s’approvisionner en chlore. Et ce, au grand scandale des pays occidentaux qui accuseront le cruel régime syrien de procéder à une guerre bactériologique contre son propre peuple.

Quand cesserons-nous de tuer dans le but de sauver des vies et de suivre le raisonnement simpliste du terroriste de Québec ?

Références :
Attaque chimique de Douma
Attaque chimique de Khan Cheikhoun
Attaque chimique de Khan al-Assal
Georg Elser
Guerre d’Irak
Le tueur qui croyait sauver des vies
Menaces de tirs américains en Syrie : « Ça peut déraper », estime un observateur
Trump : un président manipulable et impulsif

Tuer pour sauver des vies
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le Voilier échiquier

13 avril 2018
Face dorsale du mâle

Le Voilier échiquier (ou Papilio demoleus) est un papillon dont la face dorsale est noire, tachetée de blanc, et décorée d’un ocelle anal rouille, noir et bleu bien visible.

Cet ocelle est moins allongé chez la femelle. L’extrémité de l’abdomen du mâle est pointue alors qu’elle est arrondie chez la femelle non fécondée.

Le haut de chaque aile postérieure est décoré d’un autre ocelle, celui-là rond, qui est habituellement recouvert (donc caché) par l’aile antérieure.

La taille et la silhouette de ce papillon sont très semblables à celles du Voilier mormon mâle.

Son envergure est lui aussi de 7 à 10 cm et tous les deux possèdent de grands yeux et de belles antennes retroussées (un peu plus fortes chez le Voilier échiquier).

Femelle, vue de côté

Sur la face ventrale des ailes, le noir occupe une place moins importante en raison du fait que les mêmes taches pâles observées sur la face dorsale sont ici plus grandes et qu’une partie du noir a été remplacé par des rectangles ou des ocelles caramel bordés de bleu poudre.

Près des épaules, sur la face dorsale, les écailles blanches qui dessinent un motif tigré sont remplacées sur la face ventrale par une série de lignes courbes en éventail (qu’on entrevoit sur la photo ci-dessus).

Noir moucheté de blanc sur la face dorsale, l’abdomen dodu est crème (rayé de trois lignes noires) sur sa face ventrale.

Femelle et mâle

La face ventrale des ailes postérieures permet de distinguer facilement le mâle de la femelle puisque chez celle-ci, les taches pâles sont jaunes au lieu de blanches ou crème.

Les chenilles de ce papillon se nourrissent de feuilles des plantes appartenant au genre citrus (orangers, citronniers, limettiers, etc.).

Originellement, ce papillon vivait dans les régions tropicales et subtropicales du Sud-est asiatique.

Avec l’extension des cultures d’agrumes à travers le monde, l’aire de répartition de ce papillon migrateur s’est accrue d’autant.

On le trouve donc sur tous les continents, sauf en Afrique. Son arrivée en Amérique remonte à 2004. En Europe, il est au Portugal depuis 2012.

La femelle pond ses œufs sur la partie supérieure des feuilles. Ceux-ci éclosent après cinq à neuf jours.

Selon la température, la chenille se développe pendant 15 à 26 jours en causant des dommages importants aux plantations d’agrumes. Souvent parasitée par des guêpes, la chrysalide mettra de 8 à 19 jours avant d’éclore.

Se nourrissant exclusivement de nectar, le papillon vit moins d’une semaine.

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectif M.Zuiko 40-150mm F/2,8 + multiplicateur de focale MC-14
1re photo : 1/250 sec. — F/7,1 — ISO 250 — 210 mm
2e  photo : 1/320 sec. — F/5,6 — ISO 640 — 140 mm
3e  photo : 1/250 sec. — F/9,0 — ISO 200 — 210 mm


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Le Voilier échiquier
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Aperçu de l’est de Lisbonne

12 avril 2018

 

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Ce diaporama est moins un aperçu général de la partie est de la capitale portugaise qu’une présentation des deux sites touristiques qui s’y trouvent : l’Aquarium de Lisbonne (situé dans le Parc des Nations) et le musée national de l’Azuléjo.

Parque das Nações

Le Parc des Nations fut aménagé pour accueillir l’Expo’98.

Avant d’arriver à notre première destination, nous passons devant le Pavillon de la connaissance, œuvre du Portugais Carrilho da Graça (de 0:05 à 0:08).

Conçu par l’architecte américain Peter Chermayeff, l’Aquarium de Lisbonne (de 0:11 à 1:05) est le plus grand d’Europe. C’était la pièce maitresse d’Expo’98.

Il est formé de deux pavillons réunis par une passerelle.

Sa partie terrestre (de 0:13 à 0:23) sert de billetterie. Elle héberge également un restaurant et une exposition temporaire consacrée aux milieux aquatiques.

De 0:24 à 0:32, le long de la passerelle qui mène au pavillon principal, les visiteurs rencontrent des panneaux qui visent à les sensibiliser aux dangers de la surpêche.

La partie insulaire (de 0:33 à 1:05) présente tout ce qui est relié de près ou de loin au milieu aquatique : des oiseaux de l’Antarctique, des poissons (évidemment), des anémones, des coraux, des batraciens et des plantes aquatiques.

Quatre espaces distincts présentent les écosystèmes de l’Atlantique Nord, du Pacifique tempéré, de l’océan Indien tropical et de l’Antarctique.

Cette dernière partie n’étant pas vitrée (contrairement à son équivalent au Biodôme de Montréal), les visiteurs prendront soin de s’apporter un vêtement chaud.

Une trentaine de petits aquariums présente des poissons regroupés par catégorie ou par l’endroit du monde qu’ils habitent.

Sur deux étages, l’immense bassin central restitue partiellement les conditions de haute mer avec ses bancs de poissons, ses raies, et ses requins.

Il s’agit ici d’un des attractions touristiques les plus appréciées de Lisbonne.

De 1:22 à 1:29, il s’agit de la gare intermodale Oriente, construite pour desservir l’Expo’98 et créée par Santiago Caltrava Valls. Sa canopée de verre protectrice est caractéristique du style de cet architecte espagnol.

Museu Nacional do Azulejo

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, le mot azuléjo ne vient pas d’azul (bleu en portugais) mais de l’arabe al zulaydj, ce qui signifie ‘petite pierre polie’, désignant chaque pièce d’une mosaïque.

Connu dans de nombreux pays depuis des siècles, cet art a atteint son apogée au Portugal au XVIIIe siècle.

À Lisbonne, en 1755, les édifices qui avaient résisté au séisme étaient souvent endommagés. Plutôt que de simplement calfeutrer les fissures, le recouvrement de plaques de faïence est soudainement devenu une mode.

Cette mode a persisté depuis et donne aujourd’hui un cachet particulier à la capitale portugaise.

Le pays se devait donc de créer un musée qui lui soit dédié (de 1:31 à 2:27).

Celui-ci a été aménagé dans l’ancien Couvent de la Mère de Dieu, construit en 1509 (de 2:28 à la fin).

De tous les azuléjos du musée, celui qui retient le plus l’attention est le grand panorama (composé de 576 tuiles faisant 23 mètres de large) de Lisbonne telle qu’elle était avant le séisme de 1755 (de 1:43 à 1:45).

Une partie des œuvres présentées le sont à l’étage, le long de la galerie du cloitre de style Renaissance de Diogo de Torralva (de 1:51 à 2:05).

Puis nous accédons à l’église Madre de Deus, une des plus belles de la ville.

Les religieuses assistaient aux offices dans le chœur supérieur (ou Coro Alto), situé à l’étage (de 2:39 à 2:51).

Les parties hautes de cette pièce sont décorées de toiles. Entre ces toiles et les stalles sur lesquelles les religieuses prenaient place, des niches fermées contiennent de saintes reliques.

Au fond de la pièce (à 2:49), une grande ouverture donne une vue en plongée de l’église proprement dite.

Au rez-de-chaussée, une antichambre (à 2:53) donne accès à l’église (à partir de 2:55).

Achevée à la Renaissance, celle-ci ne reçut sa décoration définitive qu’après le séisme de 1755. Cette décoration fastueuse est formée d’azuléjos hollandais, de toiles et d’une débauche de bois doré rococo.

À elle seule, elle justifie la visite du musée.


Détails techniques : Ce diaporama contient 85 photos et deux clips vidéos réalisés à l’aide d’un appareil Olympus OM-D e-m5.

En ordre décroissant, les objectifs utilisés furent le M.Zuiko 7-14 mm F/2,8 (39 photos), M.Zuiko 12-40 mm F/2,8 (25 photos) et PanLeica 25 mm F/1,4 (21 photos).

Aperçu de l’est de Lisbonne
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Écrit par Jean-Pierre Martel


La laïcité républicaine

10 avril 2018

Introduction

Dans les pays où s’exerce une séparation entre l’État et l’Église, deux conceptions de la laïcité s’opposent.

Il y a la laïcité républicaine (d’influence française) et la neutralité religieuse de l’État (d’influence anglo-saxonne).

La première vise à reléguer la pratique religieuse à la sphère domestique. La seconde proclame l’indifférence de l’État face aux pratiques religieuses des citoyens.

En réalité, les choses ne sont pas aussi tranchées.

Les deux pays qui constituent les modèles de la laïcité anglo-saxonne sont les États-Unis et la Grande-Bretagne.

Dans le premier cas, ce pays possède comme devise officielle ‘En Dieu nous avons confiance’ (imprimée sur les billets de banque) alors que ses politiciens terminent habituellement leurs discours par la formule de politesse ‘Que Dieu vous bénisse’.

Tout cela n’indique pas d’appartenance à une confession religieuse particulière. Mais ce sont des témoignages publics répétés de la foi en un Être Suprême.

Quant à la Grande-Bretagne, le chef de l’État y est également le chef de l’Église anglicane. Sa devise est ‘Dieu et mon droit’ (en français).

Au Québec, beaucoup de personnes défendent, au contraire, la laïcité républicaine. Très souvent, elles le font sans savoir précisément ce dont il s’agit.

Aujourd’hui, le quotidien Le Monde propose à ces lecteurs un questionnaire qui vise à vérifier leurs connaissances à ce sujet.

Le texte qui suit est principalement basé sur les bonnes réponses à ce questionnaire.

Évolution de la laïcité républicaine

En France, la laïcité est un principe constitutionnel qui repose sur une loi votée en 1905.

À la fin de l’Ancien régime, le catholicisme était la religion d’État de la France.

Au tout début de la Révolution, en 1789, la Déclaration des droits de la personne et du citoyen établissait la liberté de religion pour tous.

Toutefois, sous la Terreur, les églises sont officiellement confisquées, de nombreux religieux sont guillotinés et des moines sont massacrés, dont 115 carmes déchaux dans le jardin de leur monastère parisien, le 2 septembre 1792.

Dans les villes gagnées par la ferveur révolutionnaire, plus personne n’ose porter de signes d’appartenance religieuse, même les plus discrets. Cette déchristianisation atteint son apogée à l’an II de la Révolution.

Sous Bonaparte, le Concordat de 1801 (il y en a eu plusieurs) reconnaissait officiellement les confessions chrétiennes et juive, en rémunérant les prêtres, les pasteurs et les rabbins, de même qu’en finançant les lieux de culte.

Dès la restauration, en 1814, la France adopte une charte constitutionnelle dont l’article 6 proclame que la religion catholique, apostolique et romaine redevient la religion de l’État français. Toutefois, cette reconnaissance ne signifie pas l’interdiction de la pratique des autres religions dans le royaume.

Historiquement, cette charte ne fait pas partie de l’évolution de la laïcité républicaine puisque la France n’est plus alors une république.

Cela entraina que les signes religieux refirent leur apparition là où on n’osait plus les porter. Précisons que dans de nombreux coins de la France — en particulier, là où l’Église constitutionnelle (d’origine révolutionnaire) avait eu peu d’impact — la foi catholique ne s’était pas atténuée; les citoyens n’y ont jamais cessé de manifester leur foi.

La loi de 1905 avait comme objectif principal de révoquer le Concordat de 1801 en faisant cesser les subventions publiques aux cultes religieux. Implicitement, cette loi consacrait définitivement la séparation entre l’État et l’Église, instaurée à la Révolution mais atténuée au XIXe siècle.

Croix du Panthéon

De manière incidente, cette loi interdit également les signes ou emblèmes religieux sur les monuments publics, sauf les édifices religieux, cimetières ou musées. La seule exception à cette règle est le Panthéon de Paris, prévu pour servir d’église, mais qui ne fut jamais consacrée. Le fronton fut refait mais la croix resta là.

Et c’est cet interdit concernant les monuments publics qui, beaucoup plus tard, créera un imbroglio suggérant que la laïcité interdit aux citoyens le port de signes religieux, ce qui n’est pas le cas.

Au contraire, jusqu’à ce que la France se sépare de ses colonies du Maghreb, au début des années 1960, leurs représentants au Parlement français n’hésitaient pas à porter des tuniques berbères et des turbans blancs.

L’abbé Félix-Adrien Kir — qui donna son nom à une boisson célèbre — fut le dernier prêtre élu à l’Assemblée nationale française. De 1945 à 1967, il siégeait en portant la soutane catholique.

C’est en 2004 que la laïcité républicaine prend un nouveau sens. Le président Jacques Chirac fait alors adopter la Loi sur l’interdiction de signes religieux à l’école. Cette loi s’applique aux écoles, aux collèges et aux lycées publics (mais ni aux maisons d’enseignement privé ni aux universités).

Elle interdit tous les types de voiles, les kippas, les turbans, et les grosses croix.

En 2012, une circulaire adoptée sous Nicolas Sarkosy étendait cet interdit aux mères qui accompagnaient leurs enfants lors des sorties scolaires.

Voile_islamique
 
Deux ans plus tôt, en 2010, la Loi sur la dissimulation du visage interdit le niqab et la burka dans l’espace public mais permet le foulard islamique et le chador. Cette loi, toujours en vigueur, est très peu appliquée.

Toutes ces contraintes ne s’appliquent pas aux entreprises privées puisque la liberté religieuse y est la règle, sous réserve de la nature des tâches à y accomplir.

Cette portée nouvelle donnée à la laïcité républicaine fut ultimement étendue en 2016 à la tenue musulmane de plage (le burkini) par les villes de Nice, de Cannes et d’une trentaine d’autres villes avant que cela ne soit invalidé par les tribunaux français et dénoncé par l’ONU.

Financement religieux et laïcité républicaine

Les Églises chrétiennes ont trois sources de revenus en France; la quête lors des offices, les dons et les legs de particuliers.

À Paris, la plupart des édifices religieux ont une valeur patrimoniale. Ils appartiennent à la ville qui les attribue aux confessions religieuses en vertu d’un pouvoir discrétionnaire.

C’est ainsi qu’une église catholique peut devenir, du jour au lendemain, temple protestant. Et cela peut prendre des années avant que ce lieu, nommé en l’honneur d’un saint catholique, soit renommé par la ville sous une appellation plus acceptable aux yeux du culte protestant.

Sur l’ensemble du territoire français, la majorité des églises catholiques sont la propriété de leurs fidèles. Les collectivités locales assument leurs frais de fonctionnement et d’entretien. Mais elles ne sont pas autorisées à construire de nouveaux lieux de culte.

L’immense majorité des 2 449 mosquées françaises ont été payées par la communauté musulmane. Toutefois, la vingtaine de mosquées qui sont financées de l’Étranger exercent une influence considérable en France par le biais de la redistribution de ce financement.

Si l’État français ne finance plus directement les lieux de culte religieux, il les finance indirectement, comme au Québec, en faisant en sorte que l’argent versé par les fidèles aux Églises (sauf lors de la quête) soit déductible d’impôt.

En vertu de la loi de 1905, tous les aumôniers de l’armée et des établissements publics (asiles, écoles, hospices, et prisons) sont exceptionnellement rémunérés par l’État.

Dans l’armée, il existe des aumôniers catholiques, protestants, juifs et musulmans.

Accommodements religieux et laïcité républicaine

Sur les onze jours fériés définis par le Code du travail français, six sont des fêtes religieuses (Pâques, Ascension, Pentecôte, Assomption, Toussaint et Noël).

Tant dans le secteur public que privé, l’employeur est obligé d’autoriser l’employé qui le désire à s’absenter en raison d’une fête religieuse dans la mesure où cette absence est compatible avec le fonctionnement normal du service ou de l’entreprise.

Dans le secteur privé, cette obligation découle d’une directive émise en 2007 par la Haute autorité de lutte contre les discriminations et l’égalité. Dans le secteur public, l’obligation faite aux chefs de service vient d’un circulaire émise par l’État en 1967.

Depuis le 9 novembre 2016, en vertu d’une directive du Conseil d’État, une crèche de Noël ne peut être installée dans un bâtiment public qu’à la condition de présenter un caractère culturel, artistique ou ‘festif’. En raison de l’ambigüité de cette directive, celle-ci a donné lieu à quelques procès dont les issues ont toutes été dans le sens de l’interdit.

En France, les cantines scolaires peuvent offrir des menus de substitution pour accommoder les élèves soumis à des restrictions alimentaires religieuses. Mais cela n’est pas obligatoire, selon une circulaire ministérielle de 2011.

La plupart des cantines scolaires le font volontairement. Les quelques restaurants scolaires poursuivis pour leur refus de le faire ont tous gagné leur cause devant les tribunaux français.

Les écoles doivent permettre aux enfants qui le souhaitent d’apporter leur repas à la condition de respecter des règles d’entreposage hygiénique. Ces repas peuvent être consommés à la cantine parmi les autres élèves.

Il n’y a pas de cours de religion proprement dit dans les écoles publiques françaises. Toutefois l’émergence historique des trois principales religions monothéistes est obligatoirement enseignée.

Conséquences et conclusion

Les attentats terroristes du 11 septembre 2001 à New York ont eu une profonde influence sur la manière avec laquelle l’Islam est perçu en Occident, passant de religion démographiquement secondaire au sein de nos pays, à menace.

En France, les gouvernements de droite — tant à Paris qu’au niveau municipal — ont considérablement durci la teneur de la laïcité républicaine.

Il faut donc distinguer la laïcité républicaine ‘classique’ de 1905, de cette nouvelle laïcité française, ciblée et beaucoup plus exigeante, qui évolue depuis 2004.

Ce durcissement a probablement contribué à l’ostracisme (réel ou imaginé) dont se croient victimes certains jeunes Français de religion musulmane.

En créant chez ces derniers un schisme entre ‘La France et nous’, cela a probablement contribué au caractère antisocial de certains d’entre eux.

Reste à savoir dans quelle mesure cet ostracisme est responsable du fait que de tous les pays occidentaux, la France est celui qui a été le plus victime d’attentats terroristes causés par un petit nombre de ses propres citoyens.

Aussi outrageante que peut sembler cette question, il est clair que cette hypothèse doit être envisagée dans notre appréciation des vertus de la laïcité républicaine d’aujourd’hui en comparaison avec celle de 1905.

Contribue-t-elle à la cohésion sociale (son objectif principal), ou est-elle contre-productive ?

Références :
Arrêtés «anti-burkini» : l’ONU dénonce une «stigmatisation»
Charte constitutionnelle du 4 juin 1814
Déchristianisation (Révolution française)
Église constitutionnelle
«La loi sur l’interdiction de signes religieux à l’école n’a pas réglé les problèmes»
Le prosélytisme de l’Arabie saoudite
Quand la soutane et la gandoura siégeaient au Palais Bourbon
Quand la soutane siégeait à l’Assemblée nationale
Quiz : savez-vous ce qui est permis ou interdit au nom de la laïcité ?

La laïcité républicaine
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Une assemblée d’investiture

9 avril 2018
Carole Poirier, Jean-Martin Aussant et Véronique Hivon
La députée Carole Poirier

Introduction

Dimanche dernier, j’ai assisté pour la première fois à une Assemblée d’investiture.

Celle-ci avait pour but de choisir la personne qui portera les couleurs du Parti québécois (PQ) lors des prochaines élections québécoises.

Cette réunion était précédée d’une autre, soit l’Assemblée générale annuelle des membres du PQ qui habitent le quartier.

Les finances de l’association locale

Les états financiers nous apprennent que de janvier à décembre 2017, l’association locale disposait d’un budget d’un peu plus de trois-mille dollars, plus précisément de 3 212,50$. À cet ordre de grandeur, la précision compte.

Près de 60% de cette somme n’a pas été dépensée. Elle a été économisée en vue de constituer un butin de guerre en vue des élections.

Évidemment, à cette occasion, l’essentiel des sommes dépensées par le PQ le seront pour la campagne au niveau de l’ensemble du Québec.

Afin de promouvoir la candidate de la circonscription, les instances nationales transfèreront un somme d’un peu plus de onze-mille dollars. C’est tout.

C’est donc à dire que la campagne de la candidate reposera sur l’implication bénévole des citoyens.

L’investiture de Carole Poirier

L’horaire prévoyait le moment précis du début de l’Assemblée d’investiture sans préciser un autre moment pour sa fin.

Comme si cette réunion se terminerait dans la minute même, soit 14h15.

Ce fut presque le cas puisqu’une personne était en lice, soit la députée sortante.

L’hommage à la candidate

Jusque-là à moitié vide, le grand gymnase de l’école Baril s’est rempli pour la dernière partie de la rencontre. Il s’agissait d’un hommage à la candidate.

Après une présentation sommaire de Jean-Martin Aussant — un brillant économiste qui agit présentement à titre de conseiller du chef du parti — c’est essentiellement Véronique Hivon, vice-cheffe du Parti Québécois, qui fut responsable de plaider la cause de la candidate et de nous parler de l’importance de l’implication citoyenne dans le processus électoral.

Mme Carole Poirier se chargea de la dernier partie de la réunion en faisant le bilan de ses réalisations.

Très habilement, l’évènement se tenait à l’école Baril, une des trois écoles désamiantées récemment dans le quartier. En fait, celle-ci a été rasée puis construite à neuf.

J’ignore combien il y a eu de nouvelles écoles construites ces dernières années sur l’ile de Montréal, mais je soupçonne qu’il y en a peu.

Cette réalisation était un rappel que la députée est un pitbull. Plus exactement, c’est le grain de sable dans le soulier des fonctionnaires qu’elle harcèle jusqu’à ce que le quartier reçoive les investissements publics nécessaires, en dépit des politiques d’austérité gouvernementale.

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectif M.Zuiko 75mm F/1,8
1re photo : 1/160 sec. — F/1,8 — ISO 200 — 75 mm
2e  photo : 1/160 sec. — F/1,8 — ISO 200 — 75 mm

Une assemblée d’investiture
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Écrit par Jean-Pierre Martel


La façade ministérielle du gouvernement fédéral

7 avril 2018

Introduction

Aux États-Unis, lorsqu’un nouveau président est élu, des dizaines de milliers de hauts fonctionnaires sont congédiés.

Non seulement le nouveau président s’entoure-t-il de ministres en qui il a confiance, mais ceux-ci se choisissent à leur tour des conseillers politiques et des experts qui les aideront à prendre les meilleures décisions possible en tenant compte de ce qu’ils se proposent de faire.

Le Canada étant neuf fois moins populeux que son voisin du sud, il ne dispose pas d’une abondance de talents qui lui permettrait de procéder à des purges aussi importantes.

Si bien que malgré la succession de politiciens à la tête des ministères, beaucoup de mandarins demeurent en place, s’ajustant du mieux qu’ils peuvent à leurs nouveaux patrons.

Mais comme l’a démontré l’avocat Juan Branco, les ministres sont fortement influencés par leur entourage.

Lorsqu’ils sont fraichement nommés, il est fréquent qu’ils n’aient aucune compétence particulière dans le domaine relevant dorénavant de leur autorité.

Les sous-ministres précèdent donc aux breffages périodiques qui visent à mettre le ministre au courant de ses principaux dossiers. Ses conseillers politiques peaufinent l’argumentation que le ministre utilisera pour convaincre le public du bienfondé des décisions du ministère. Un ou deux personnes, choisies parmi celles qui jouissent de sa plus grande confiance, rédigeront ses discours.

Bref, le ministre est une personne virtuelle qui prête sa voix et son charisme afin d’incarner publiquement l’ensemble des gens qui l’entourent.

Souvent, le principal conseiller du ministre est un sous-ministre imposé par le cabinet du premier ministre. Et quand l’un et l’autre entrent en conflit, c’est habituellement le ministre qui est muté ailleurs.

Plus un gouvernement est gros et plus un ministère est important, moins grandes sont les possibilités qu’un politicien y fasse sa marque.

Changer de maire peut faire une grande différence. Changer de gouvernement à Québec aussi. Mais cela est beaucoup moins évident au niveau fédéral.

En voici quatre exemples.

Protéger les banques plutôt que les consommateurs

Après avoir été condamnées à verser 32 millions$ pour avoir fraudé les consommateurs québécois, les grandes banques canadiennes se sont adressées au ministère fédéral des Finances afin qu’il adopte une loi qui leur permettrait de se soustraire à la loi provinciale de protection des consommateurs.

Ce fut le projet de loi C-29. Celui-ci a provoqué un tollé général. Ce qui fit qu’il fut purgé de ses dispositions controversées.

Pourtant, la loi au sujet du financement des partis politiques fait en sorte que ceux-ci sont fiancés par le peuple et non par de grandes corporations.

Comment se fait-il que des politiciens élus grâce au peuple se comportent comme s’ils étaient à la solde de la haute finance ?

Réponse : parce que le ministère des Finances est dirigé par des mandarins et non par le ministre Morneau.

Celui-ci est un gentilhomme mais aux facultés amoindries, incapable de se rappeler qu’il possède des intérêts dans une entreprise familiale et conséquemment, qui a oublié de le déclarer comme l’exige la loi. C’est juste si le ministre se rappelle avoir hérité cette compagnie de son père dont il se souvient toutefois du nom.

Les mandarins qui l’entourent sont bardés de diplômes émis par les plus grandes universités internationales. Leurs collègues de classe sont à la tête des plus importantes institutions financières du pays. Lorsqu’ils partiront de la fonction publique, ces mandarins seront aussitôt invités à siéger sur les conseils d’administration des compagnies de leurs amis.

Bref, ces gens-là n’appartiennent pas à notre monde. Et lorsqu’ils conseillent le pauvre ministre Morneau, celui-ci est honoré d’être entouré de gens si brillants.

Conséquemment, il ne faut pas s’étonner que le ministère des Finances obéisse aux commandes de Bay Street et non aux citoyens canadiens.

Du registre des armes à feu au système de paie Phœnix

Une fois élus, les Conservateurs ont aboli le registre des armes à feu, tel qu’ils l’avaient promis en campagne électorale.

Voilà un exemple qui prouve qu’un gouvernement fort peut imposer ses volontés à la fonction publique.

Si les Conservateurs ont pesté contre les énormes dépassements de cout du contrat accordé à IBM, ils n’ont rien trouvé de mieux, une fois au pouvoir, que d’accorder un autre contrat à cette compagnie, toujours sur la recommandation des fonctionnaires. Cette fois pour mettre sur pied le système de paie Phœnix. Nouveau fiasco et nouveau gouffre financier.

Même un gouvernement fort peut être amené à répéter les erreurs qu’il reprochait à ses prédécesseurs en faisant confiance aux mêmes fonctionnaires de l’État.

Les relations avec les peuples autochtones

En dépit de la bonne volonté de Justin Trudeau, les politiques racistes du gouvernement canadien à l’égard des peuples autochtones demeurent intactes.

De toute évidence, le bilan de son gouvernement se soldera par des excuses publiques, quelques millions$ versés aux victimes des pensionnats autochtones, mais aucune remise en question fondamentale de l’apartheid juridique qui régit les réserves indiennes.

Sait-on qu’encore de nos jours, un autochtone ne peut léguer ses biens à ses héritiers sans que son testament ne soit approuvé par le ministère des Affaires indiennes ?

Les dépenses militaires

Dans l’opposition, le Parti libéral du Canada a beaucoup critiqué la décision du gouvernement Harper d’autoriser la vente de chars d’assaut à la dictature saoudienne.

Mais arrivé au pouvoir, ce sont les Libéraux qui ont finalement accordé les licences d’exportation concernant 70% du matériel militaire canadien visé par ce contrat.

De la même manière, Justin Trudeau annonçait fièrement le retour du Canada sur la scène internationale.

Pourtant le gouvernement Trudeau a fait passer les budgets de l’aide internationale de 0,32% (qu’elle était sous les Conservateurs) à 0,27%.

À l’opposé, le gouvernement Trudeau maintient l’engagement de hausser les dépenses militaires canadiennes d’ici 2024 à 2% du Produit intérieur brut.

Cela correspond à 6% du budget fédéral ou vingt-deux fois l’aide internationale. Et ce, alors que le risque de guerre est nul.

En effet, la puissance militaire américaine est de 5 à 10 fois supérieure à celle de la Russie. En cas de guerre, même si la Russie convertissait toute son économie à la production militaire, son PIB ne correspond qu’à 5% de celui des États-Unis.

Conclusion

Depuis qu’il est au pouvoir, le gouvernement Trudeau agit comme un gouvernement de droite.

Et il agit ainsi parce que c’est un gouvernement mou et superficiel, soumis à l’influence d’une fonction publique qui exerce le véritable pouvoir.

La grande majorité des citoyens croient que l’État, c’est la somme des ministres et des députés dont on parle dans les quotidiens ou qu’on voit aux actualités télévisées.

En réalité, ceux-ci ne sont que l’interface entre les citoyens et la machine de l’État.

Et cette machine, ce sont des milliers de fonctionnaires et surtout un petit nombre de mandarins qui exercent le pouvoir dans l’ombre, animés de leur propre conception de l’intérêt de l’État.

Références :
Bill Morneau et le projet de loi C-29 : les banques avant les consommateurs?
Doubler les dépenses militaires et la dénaturation du Canada
Effectif de la fonction publique fédérale
Justin Trudeau ou l’égoportrait comme politique internationale
La clarté et l’opacité du ministre Dion
Le registre des armes à feu en chiffres
Le secrétaire général de l’OTAN se dit assez satisfait des promesses du Canada
Les mandarins de l’État sont-ils omnipotents?
« Monsieur TPS » admet avoir reçu près de 600 000 $

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Écrit par Jean-Pierre Martel


MMA : Maudite justice de merde !

3 avril 2018

Introduction

On apprend aujourd’hui la décision des autorités d’abandonner toutes les poursuites criminelles contre la compagnie ferroviaire Montréal Maine & Atlantic Railway (MMA).

Rappelons que la MMA était propriétaire de ce train fou qui, dévalant à toute vitesse une pente en pleine nuit du 5 au 6 juillet 2013, a déraillé à Lac-Mégantic y tuant 47 personnes brulées vives en plus de causer la pire catastrophe environnementale de l’histoire canadienne.

Une compagnie ‘broche à foin’

La MMA était propriétaire d’un petit réseau ferroviaire en ruine qui jouissait de la bienveillance aveugle du gouvernement fédéral pour poursuivre ses opérations.

Depuis sa création en 2002 jusqu’en 2013, les autorités américaines lui avaient imposé vingt-huit amendes totalisant près de 146 950$.

Mais aucune pénalité n’avait été imposée par les autorités canadiennes. Pour une simple et bonne raison; le gouvernement Harper s’en remettait à l’autodiscipline des transporteurs ferroviaires; Transport Canada estimait qu’un transporteur respectait les exigences d’un système de gestion de la sécurité dès qu’il s’était doté un tel système.

En raison de ce laxisme, le Canada avait permis à la MMA d’opérer ses trains avec un seul employé à bord. Jamais les États-Unis ne lui ont accordé cette permission, jugeant ce récidiviste indigne de confiance.

La compagnie refusait même de profiter des subventions fédérales pour améliorer ses installations parce que cela l’aurait obligé à en payer une partie.

Par endroits, les clous destinés à immobiliser le rail sur ses traverses de bois pouvaient être soulevés par deux doigts. Occasionnellement, la chambre de combustion de ses locomotives, rafistolée sommairement, pouvait prendre en feu spontanément. Et ses freins rouillés n’étaient plus fiables.

En vertu du manuel des procédures de la MMA, sur le train qui a déraillé à Lac-Mégantic — long de 1,4 kilomètre — le conducteur aurait dû appliquer neuf freins manuels. En réalité, en raison de leur corrosion, il aurait fallu en appliquer entre vingt et trente.

Le déraillement à Lac-Mégantic fut le deuxième d’une série de trois en quelques mois. Le premier à Frontenac, deux mois plus tôt. Et le dernier, à Nantes, au mois de décembre suivant.

Les prétextes du DPCP

À la suite de la catastrophe de Lac-Mégantic, des poursuites civiles et criminelles ont été intentées.

Toutefois, les parents des victimes se sont laissé convaincre par leurs avocats de ne pas poursuivre le gouvernement fédéral, pourtant responsable au second degré de cette tragédie.

Le DPCP, responsable d’intenter des poursuites criminelles au Québec, a d’abord choisi de poursuivre trois employés de la MMA.

Dans le cas particulier du conducteur, celui-ci conduisait les locomotives de la compagnie au risque de sa vie. Seul à bord du train du matin jusqu’à très tard le soir, il effectuait un trajet parsemé d’innombrables occasions de déraillements en raison de l’état déplorable de la voie ferrée.

De toute évidence, au procès des employés, les jurés étaient invités à condamner des boucs émissaires. Ce qu’ils ont sagement refusé de faire.

Après avoir tenté de livrer de simples subalternes en pâture à l’opinion publique, le DPCP invoque aujourd’hui leur acquittement pour justifier l’abandon de poursuites contre la MMA.

Une procureure du DPCP explique : « Il faut comprendre [que] les dispositions du Code criminel — en ce qui concerne la responsabilité criminelle des compagnies en matière de négligence — doit passer par le comportement des agents de la compagnie.»

En d’autres mots, vous avez refusé de condamner nos boucs émissaires, alors c’est de votre faute si on ne poursuit pas la compagnie.

Mais qui a eu l’idée de ne pas poursuivre les hauts dirigeants de la MMA ? Plus précisément, comment se fait-il que le président de la compagnie n’a jamais été accusé criminellement ?

Si les employés subalternes de la MMA avaient été condamnés, certains pourraient dire que ce jugement prouve que les coupables de la tragédie, ce sont eux. Nul besoin de chercher ailleurs. De plus, poursuit-on des patrons quand le seul reproche qu’on peut leur adresser, c’est d’avoir négligé de congédier des employés irresponsables pendant qu’il en était temps.

Si le DPCP avait gagné ce procès, voilà probablement les prétextes insignifiants qu’il nous servirait aujourd’hui, à en juger par les prétextes tout aussi insignifiants qu’il nous sert après l’avoir perdu.

En vérité, le procès contre les employés subalternes n’aurait jamais dû avoir lieu : personne n’est dupe de la tentative de diversion du DPCP.

En refusant de condamner les employés subalternes, les jurés ne laissaient au DPCP qu’une seule voie pour trouver des coupables; poursuivre les hauts dirigeants de la compagnie.

Mais le DPCP a été trop lâche pour agir contre eux. Si bien que finalement, personne n’est criminellement responsable de ces 47 homicides.

Conclusion

Au XIXe siècle, quand les patrons d’une mine obligeaient leurs employés à travailler dans des conditions extrêmement dangereuses, jamais ces patrons n’étaient inquiétés par la Justice à la suite d’un coup de grisou. Au Noël suivant, ces dirigeants se contentaient d’envoyer une dinde aux veuves.

De nos jours, le MMA ne s’est même pas donné la peine d’envoyer une dinde. La police d’assurance de la compagnie a servi à dédommager les pétrolières américaines qui lui avaient confié le transport de leurs hydrocarbures. Pas un sou de cette somme n’est allé aux victimes.

Et maintenant, ce système judiciaire — responsable du maintien d’un ordre social qui profite surtout aux entreprises et à leurs riches dirigeants — affiche sa partialité lorsque vient le temps pour lui de s’attaquer aux excès contemporains du capitalisme sauvage.

Comment se fait-il que si on vole un pain à l’épicerie, on risque une accusation criminelle mais que si une compagnie étrangère tue 47 des nôtres, personne ne soit condamné ?

C’est quoi ce système judiciaire de merde ?

Il y a seulement dans un pays colonisé qu’une compagnie étrangère peut venir faire autant de morts et s’en tirer aussi facilement.

En somme, le message envoyé par le gouvernement québécois au grand capital international est le suivant. N’hésitez pas à opérer des entreprises qui mettent en péril la vie des gens d’ici. Si jamais vous tuez des nôtres, il ne vous arrivera rien. Les responsables que nous avons nommés pour administrer la justice dans cette province sont des pissous qui n’oseront pas toucher à un poil de votre tête.

Références :
Conduire un train de la MMA : bienvenue en enfer
La lourde responsabilité du gouvernement Harper dans la catastrophe de Lac-Mégantic
Rapport du BST
Tragédie de Lac-Mégantic : la MMA évite le procès criminel

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Syrie : du vide américain au flop élyséen

2 avril 2018

Préambule

Le 30 mars dernier, cinq douaniers français armés ont pénétré en territoire italien afin d’y mener une enquête. Cette violation de la souveraineté italienne a fait grand bruit. Si bien que l’ambassadeur français a été sommé de venir s’expliquer auprès des autorités italiennes.

Il est donc ironique de se rappeler que ces deux pays, si soucieux du respect des frontières, ont assisté, impassibles, à l’invasion de la Syrie par l’armée turque en janvier dernier.

La reconquête de la Ghouta orientale

Le 20 janvier 2018, sous le nom charmant d’Opération ‘Rameau d’olivier’, des soldats et chars d’assaut turcs ont envahi la province d’Afrin, située à l’extrémité nord-ouest de la Syrie. Ils ont fait la conquête de la capitale de cette province le 18 mars suivant.

En vertu du droit international, le régime de Bachar el-Assad était justifié de déclarer la guerre à la Turquie.

Mais ses soldats avaient d’autres choses à faire. Ils en ont profité pour procéder à la conquête de la Ghouta orientale, la banlieue orientale de Damas (la capitale syrienne).

Depuis janvier dernier, les rebelles qui s’y trouvaient ont fait pleuvoir plus de 2 575 obus et missiles sur la population de la capitale. Ce qu’aucun pays au monde ne tolèrerait.

C’est dans cette banlieue qu’est né le Printemps arable syrien. Huit ans plus tard, c’est là que se trouvaient encore les derniers vrais rebelles modérés de Syrie, de même que des mercenaires d’Al Qaida. Se détestant les uns les autres et tous armés jusqu’aux dents, ces milices possédaient jusqu’à des chars d’assaut.

On devine donc la férocité des combats.

La conquête de cette banlieue était une étape indispensable à la pacification du pays. De manière générale, il ne peut y avoir de paix en Syrie sans que l’État syrien étende son autorité sur l’ensemble du territoire national, au premier rang duquel se trouvent les abords de la capitale.

La conquête turque d’Afrin

Dans la province d’Afrin, les choses se sont assez bien déroulées. L’armée turque a fait relativement peu de pertes civiles. Relativement peu si on tient compte qu’il s’agit d’une guerre, ce qui cause inévitablement des morts.

Les ‘supplétifs’ de l’armée turque — c’est le joli nom donné aux mercenaires islamistes qui l’ont aidé à conquérir cette province — ont évidemment commis des exactions dans le but de terroriser les Kurdes syriens et de les inciter à quitter les lieux. C’est voulu. Ils en ont profité pour piller les maisons abandonnées par ces derniers.

Le but de la Turquie est de procéder à une épuration ethnique en remplaçant les Kurdes syriens d’Afrin par des Syriens arabophones. Or personne ne veut déménager dans un champ de ruines.

Voilà pourquoi la Turquie y a fait relativement peu de dommages matériels. Ce qui, de toute façon, n’était pas nécessaire, la population y étant peu armée.

Je soupçonne qu’Erdoğan en a profité pour vider quelques uns de ses camps de réfugiés syriens et d’installer ceux-ci dans leurs nouvelles demeures d’Afrin.

La levée du verrou américain

L’intention avouée d’Erdoğan est de nettoyer tout le nord de la Syrie de la présence kurde.

Mais voilà. Quelques centaines de soldats américains sont stationnés à 97 km d’Afrin, dans la ville de Manbij, capitale de la province du même nom. Or si la Turquie envahissait ensuite la province de Manbij, ses soldats se retrouveraient face à face avec des soldats américains.

Il suffirait de l’indiscipline de quelques ‘supplétifs’ islamistes — détestant par-dessus tout les mécréants occidentaux — pour mettre le feu aux poudres.

Afin d’éviter cela, la Turquie fait pression depuis des semaines afin que les Américains quittent les lieux.

Mais comment les Américains peuvent-ils céder à la Turquie sans passer pour des lâches ?

Le 29 mars, Donald Trump a trouvé la solution. Les États-Unis, dit-il, ont gagné la guerre contre Daech : ils n’ont plus rien à faire en Syrie. Ils vont donc partir très vite de ce pays.

Même s’il est toujours hasardeux de prévoir si demain Donald Trump dira la même chose que la veille, il est probable qu’il maintiendra cette position puisque celle-ci est du Trump tout craché.

En d’autres mots, Donald Trump demande à Erdoğan de patienter encore quelque temps : les Américains lui laisseront le champ libre pour poursuivre son nettoyage ethnique vers l’Est syrien.

Le flop diplomatique de l’Élysée

Comme dans bien d’autres domaines, en politique internationale, la nature a horreur du vide.

Avec l’effondrement du califat et la diminution du financement saoudien de cette guerre, Emmanuel Macron y a vu une occasion pour la France d’accroitre son influence dans cette partie du monde.

Le 29 mars, l’Élysée a donc reçu une délégation de Kurdes syriens.

À l’issue de cette rencontre, les représentants kurdes se sont dit heureux d’apprendre que la France enverra des troupes dans le territoire syrien sous leur contrôle. Précisons qu’il s’agit d’une déclaration que la France n’a pas commentée ce jour-là.

Mais le lendemain, après avoir appris que Trump voulait que des États-Unis déguerpissent de Syrie, le Palais de l’Élysée s’est empressé de préciser qu’il était hors de question que la France envoie des troupes en Syrie. Tiens, tiens.

Résultat : Erdoğan est furieux que l’Élysée ait reçu officiellement des gens qui sont des ‘terroristes’ à ses yeux.

Et les Kurdes sont déçus de découvrir que la France mobiliserait en leur faveur une armée de mots, mais rien de plus.

L’initiative de Macron visait évidemment à faire rayonner la diplomatie française.

Mais à la suite de ce flop, on se demande comment Emmanuel Macron pourrait espérer passer pour un Jules César lorsque son ami américain le contraint à jouer les Ponce Pilate…

Conclusion

La dure réalité est que l’Occident a perdu la guerre en Syrie et que moins les pays étrangers se mêleront des affaires de ce pays, mieux celui-ci s’en portera.

Quant à la reconstruction éventuelle de la Syrie, nous savons par expérience que même si cette dernière devait se soumettre à toutes les conditions qu’exigeront les pays occidentaux, ceux-ci verseront à peu près rien de ce qu’ils auront promis.

Parlez-en aux Afghans et aux Irakiens.

Quant à Daech, vaincu sur les champs de bataille, il fait comme Al Qaida après sa défaite militaire en Afghanistan : il disparait dans la clandestinité.

Délivré de la gestion administrative de son califat, Daech pourra dorénavant se consacrer à ce pour quoi ses mécènes le paient et là où il excelle; l’attentat terroriste. Celui du 30 mars dernier en France nous en donne un aperçu…

Références :
Attaques dans l’Aude : Daech vise une nouvelle fois le cœur de la France
Bataille d’Afrine
Bataille de la Ghouta orientale
L’Élysée dément l’envoi de troupes en Syrie en soutien aux Kurdes
Les Etats-Unis vont partir « très vite » de Syrie, assure Donald Trump
Macron assure les Kurdes syriens du « soutien » de la France lors d’une rencontre à l’Elysée
Syrie: Macron assure les FDS du soutien de Paris dans le nord-est
Syrie: scènes de pillage à Afrine après l’entrée des forces pro-turques
Un contrôle douanier de la police française en Italie vire au clash diplomatique
Washington et Ankara tentent de régler leurs différends sur la Syrie

Paru depuis :
Only Assad’s victory will end Syria’s civil war. The west can do nothing (2018-04-09)

Syrie : du vide américain au flop élyséen
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Écrit par Jean-Pierre Martel


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