La crise du Beaufort

Tranche de Beaufort

L’hebdomadaire anglophone The Local se décline en différentes éditions nationales. Le rédacteur en chef de l’édition parisienne est le Britannique Ben McParland.

Cinq jours avant Noël, ce dernier se rend dans une fromagerie. Son fromager attitré étant absent cette semaine-là, le Britannique va dans un commerce parisien qu’il ne connait pas.

Au propriétaire qui le sert, le journaliste déclare qu’il vient acheter du fromage pour se faire une fondue. Mais il a sa propre recette, faite à partir de trois fromages.

Intrigué, le patron écoute.

Le premier fromage est le Comté, un gruyère au lait cru de vache, à pâte pressée cuite. On le qualifie ainsi parce que son caillé est pressé au moment du moulage et qu’il est chauffé au moment du tranchage.

Le second fromage de la recette de M. McParland est l’Appenzel, un fromage suisse au gout prononcé, également à pâte pressée cuite.

Alors que le fromager s’apprête à lui trancher son troisième fromage, il apprend que c’est du Beaufort. Affiné pendant quelques mois, le Beaufort est couramment utilisé pour faire de la fondue savoyarde.

Malheureusement, le seul Beaufort du fromager est millésimé de l’été 2015.

C’est trop bon pour de la fondue, lui dit-il.

Qu’à cela ne tienne, ce fromage vieilli n’en sera que plus gouteux pense le rédacteur en chef.

Donnez-m’en 200 grammes, s’il vous plait.

Le fromager insiste.

Ça me ferait mal au cœur de savoir qu’un tel fromage finisse ses jours en fondue.

Faisant fi des réticences du fromager, le journaliste hausse sa commande à 400 grammes, un changement perçu comme un affront par le commerçant.

Conservant son calme, il essaie de dissuader son client en lui précisant qu’à 39 euros (60$) du kilo, c’est très cher pour de la fondue.

Mais le rédacteur (qui avait déjà vu le prix, bien en évidence) lui dit qu’il en a les moyens.

Ce gruyère savoyard, le fromager l’a fait vieillir dans ses caves pendant deux ans et il est inconcevable qu’il finisse ses jours fondu sur des croutons comme du vulgaire emmental.

Vous avez vraiment l’intention de mettre ça dans votre fondue ? lui demande le commerçant qui commence à sentir la moutarde lui monter au nez.

Euh… oui.

C’est hors de question !

Comment ça, hors de question ?

Après quinze minutes de palabres, le journaliste pourra acheter ce Beaufort 2015 s’il promet de ne pas s’en servir dans sa fondue.

Comme troisième fromage, le journaliste choisit finalement l’Abondance, un fromage au lait cru de vache, à pâte ferme pressée cuite.

Mais à bien y penser, il va quand même pendre un petit 200 grammes de Beaufort, à part.

Par-dessus ses lunettes, le fromager lui jette un regard suspicieux; si le journaliste pense qu’il peut se moquer de lui, il se trompe.

Lui tendant un morceau de papier et un stylo, il accepte de lui en vendre à la condition que le journaliste s’engage par écrit à ne pas le gratiner ni le faire fondre.

Quelques jours plus tard, le journaliste publie dans The Local le récit de sa mésaventure et proteste sur son compte Twitter qu’en France, le client n’ait pas toujours raison.

Mais voilà qu’une bonne partie de ses lecteurs prennent le parti de son fromager. L’affaire prend des proportions internationales quand l’ambassadeur français en Suède écrit à ce sujet (sans vraiment prendre position, évidemment).

Depuis, la nouvelle a été reprise par différents quotidiens, dont Le Monde et The Telegraph.

En signe d’apaisement, le journaliste a finalement publié sur son compte Twitter un message remerciant ce fromager et reconnaissant que le Beaufort 2015 était vachement bon (’bloody good’).

Le message est accompagné d’une photo du Beaufort servi sur des craquelins de blé entier, accompagné d’une bière — non pas anglaise (c’eut été de la provocation) — mais portugaise.

Tout est donc bien qui finit bien…

Références :
Abondance (fromage)
Appenzeller
Beaufort (fromage)
Comté (fromage)
Du refus de se faire servir un bout de Beaufort par un fromager au « fonduegate »
Fonduegate and why the customer is not always right in France
“Fonduegate” sparks row of international proportions
Fondue savoyarde

Détails techniques : 
Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectif M.Zuiko 25mm F/1,2 — 1/60 sec. — F/2,8 — ISO 1000 — 25 mm

La crise du Beaufort
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6 commentaires à La crise du Beaufort

  1. sandy39 dit :

    Je pensais revenir sur le fromage… en attendant n’auriez-vous pas fait une faute à “après 15 min,… beaufort 2005 “? Du fromage qui a plus de 12 ans !?

    Ah les jours se suivent et ne se ressemblent pas… j’éclate de rire ! Alors A Bientôt pour une fondue !

  2. sandy39 dit :

    PETITES RECTIFICATIONS…

    J.Pierre, le COMTE n’est pas un gruyère ! C’est un fromage d’Apellation d’Origine Contrôlée !

    Laissons le COMTE à notre Franche-Comté, à notre beau JURA et au DOUBS et le GRUYERE à nos voisins suisses !

    Je vous en dirai plus, plus tard…

    • Jean-Pierre Martel dit :

      Le mot gruyère est de propriété franco-suisse; les deux pays possèdent son droit d’utilisation.

      Pendant longtemps, le Beaufort, le Comté et le gruyère français faisaient partie de la famille des ‘gruyères’.

      Toutefois, depuis l’obtention d’AOP spécifique pour chacun de ces fromages (dont le Comté), on a tendance à abandonner le nom générique de ‘gruyère’ afin d’afficher leur singularité.

      De nos jours, ‘Gruyère suisse’ est une AOC qui, en gros, désigne un fromage suisse à pâte ferme sans trous.

      Son homologue français est également une AOC depuis 2007. Il est fabriqué dans les montagnes de la Savoie et de la Franche-Comté.

      Pour porter cette appellation, le gruyère français doit avoir des trous (contrairement au gruyère suisse).

      D’après Wikipédia, ‘Comté’ et ‘gruyère de Comté’ sont synonymes. Or le Comté n’a pas de trous.

      Conséquemment, ce que Wikipédia veut dire, c’est que le Comté est l’équivalent du gruyère suisse, mais produit en France.

      Pour plus de détails au sujet des différences mineures entre les deux, je vois invite à lire le texte « Gruyère ou Comté ? » ou « Gruyère, comté ou emmental : qui a des trous ? ».

  3. sandy39 dit :

    J.Pierre : je n’avais pas vu que vous aviez répondu. c’est Samedi soir que nous avons relu en famille.

    Nous, on n’aime pas qu’on appelle notre comté, gruyère ! Je vais être aussi têtue que Franc-comtois, têtes de bois ! Du comté c’est du comté ! Si tu commences à dire que c’est du gruyère, on ne fait plus honneur à notre Région !

    C’est vrai que le comté n’a pas de trous.

    Je voulais juste écrire mon Introduction que voici :

    Après une escale à Montréal, une panne de métro, voulais-je dire, nous reprenons le Chemin du Comté qui va nous faire parcourir de jolis paysages… pour aboutir devant de jolies assiettes… pour découvrir le vrai goût du fromage !

    Puisque l’appétit est au Rendez-vous en 2018, après avoir passé de longs mois (presque 2 ans) avec un tout petit appétit, juste pour vivre ainsi qu’avec un tout petit sommeil -j’ai eu du mal à rester en Eveil, guère de forces pour rester d’aplomb…- aujourd’hui, l’appétit est là !

    Et ce ne fut pas grâce au régime sans résidu dans lequel tu as droit au Comté qui a fait que je me suis requinquée (remonter son physique). Aujourd’hui (car on ne te le dit pas au début) et, en en ayant entendu parler, le régime sans résidu est prescrit à celles et ceux qui doivent cicatriser leur intestin… alors, je ne vois pas pourquoi j’aurais continuer dans ce Système puisque le mien était tout beau, tout propre !

    J’ai écouté ma voix intérieure (peut-être une fois de plus ?!) qui a fait que, maintenant, je vais bien (enfin, je suis sur la Voie de la Guérison et je la suis).

    Si j’ai mangé du Comté pour aller mieux : oui ! Si de la Vie, j’en mange encore : oui ! Si j’en veux encore : oui !

    Puisque l’appétit est dans l’assiette et que celui d’écrire est dans l’ordi, nous prendrons, d’Ici, quelques temps, la route de nos fromages et de sa fabrication…

    Alors, à plus tard…

  4. sandy39 dit :

    Puisqu’il faut manger pour vivre et non pas vivre pour manger, nous poursuivons notre route vers le fromage de ma région…

    Si quelque temps en arrière, Certains ont eu peur de la Séparation…, aujourd’hui, je me sens d’autant plus à l’honneur, devant le sujet, même si Certains essaient de me retenir tout en sachant me rappeler… Et, dire que je ne leur en veux pas le moins du monde… Et, si loin de votre monde, J.Pierre, je me dois de défendre nos fromages !

    D’accord pour ce qui se dit dans les livres : le comté fait partie de la famille du gruyère mais ce qui est écrit dans les bouquins, est, de loin, ce qui se passe dans la Réalité !

    A la Fromagerie ou à la Fruitière, on ne demande pas du gruyère quand on veut du comté ! Car du gruyère, on n’en trouve que très rarement. On dit seulement gruyère quand c’est du fromage déclassé, utilisé plus en cuisine et non pas présenté sur un plateau de fromages !

    Aujourd’hui, je vous explique le mot “FRUITIERE” : au Moyen-Age, la fabrication des fromages était la seule façon de faire “fructifier” le lait et de le conserver pendant les 6 mois d’hiver.

    On dit FRUITIERE car plusieurs éleveurs y apportent leur lait.

    Le comté est donc un fromage à pâte pressée cuite. Son terroir est le Massif du Jura, une région de moyenne montagne qui s’étend sur le JURA, le DOUBS (2 départements de la Région Bourgogne-Franche-Comté) et l’AIN (département de la Région Auvergne-Rhône-Alpes). Ne prenez pas peur ! On a eu un regroupement des régions ! Je ne vois pas ce qu’on est allé faire avec les Ducs de Bourgogne ! Encore un moyen d’appauvrir les petits villages…

    Le comté est donc produit sous une AOC : Appellation d’Origine Contrôlée par décret du 29/11/1986 qui limite sa zone géographique.

    Voilà pour aujourd’hui ! Il y en a encore à dire avant de manger la fondue… Patience !

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