Le peuple québécois n’existe pas

23 novembre 2017

Introduction

La manière de désigner les collectivités humaines a varié avec le temps.

L’intellectuel le plus influent de la première moitié du XXe siècle fut le chanoine Lionel Groulx. Dans ses écrits, celui-ci parle de la ‘race canadienne-française’. Comme d’autres parlaient fièrement de leur appartenance à la ‘race britannique’.

Depuis, le mot ‘race’ a mal vieilli. L’horreur des crimes nazis a rendu suspecte toute utilisation de ce mot pour distinguer autre chose que des êtres humains dotés de pigmentations de la peau différentes.

Le chanoine Groulx est typique de son époque.

Les paroles de l’hymne national canadien ont été écrites en 1880. La première strophe de l’Ô Canada est connue de tous. Mais on ignore généralement que la version officielle de ce chant comprend trois autres paragraphes.

L’une d’elles parle du Canadien — né d’une race fière — qui grandit près d’un fleuve géant. Ce fleuve est le Saint-Laurent. Il n’y a pas de fleuve géant qui traverse l’ensemble du Canada actuel.

C’est donc à dire que l’Ô Canada est un chant patriotique conçu spécifiquement pour les habitants de la vallée du Saint-Laurent, à une époque où ils se considéraient comme des ‘Canayens’.

Le peuple québécois

De nos jours, on parle couramment du ‘peuple québécois’ pour désigner l’ensemble des personnes qui habitent le territoire du Québec.

S’il en est ainsi, on doit considérer les Québécois francophones comme un ‘groupe ethnique’ ou comme une ‘communauté culturelle’ à l’intérieur de ce peuple.

Le problème, c’est que le mot ‘ethnie’ se charge de plus en plus d’une connotation péjorative en raison de son utilisation courante dans des expressions comme ‘conflit ethnique’ (analogue à une guerre tribale), ‘épuration ethnique’, etc.

Dans la lutte idéologique que se livrent au Québec les indépendantistes et les fédéralistes, il est devenu suspect de parler de notre attachement à ceux avec lesquels nous partageons une même caractéristique ethnique (la langue).

Selon les chantres du fédéralisme, ce serait symptomatique d’un ‘repli identitaire’, d’une ‘régression identitaire’, voire d’un ‘blocage identitaire’.

En hésitant à nous désigner comme un ‘groupe ethnique’, il ne reste plus qu’à nous concevoir comme une ‘communauté culturelle’.

C’est une manière de nous reléguer au rang insignifiant d’une de ces innombrables minorités canadiennes qui sont engagées dans un lent processus d’assimilation au groupe ethnique dominant du pays.

D’où l’idée de redéfinir la portée de certains mots.

Le peuple français

Dans ses discours, le président de la République française parle du peuple français.

Pourtant, devant la Convention nationale, Louis XVI parlait de ses peuples et des peuples de France.

Pourquoi est-on passé du pluriel au singulier ?

C’est que sous l’Ancien régime, plusieurs langues étaient parlées sur le territoire national; le breton, le catalan, le basque, l’occitan, en plus du français. Or ces langues étaient de forts marqueurs identitaires.

Tout comme l’instruction publique, l’arrivée de la radio et surtout de la télévision ont achevé l’homogénéisation linguistique de la France, ne laissant essentiellement que des patois et des accents. Nos lecteurs corses pourraient ici différer d’opinion.

Voilà pourquoi aujourd’hui le président de la République française peut parler du peuple français au singulier.

La nation québécoise

Au Québec, assoyez à une même table un unilingue francophone et un unilingue anglophone et ces deux personnes ne se comprennent pas : ils font partie de peuples différents. Exactement comme en France sous l’Ancien régime.

C’est donc à dire que la nation québécoise est la collection des peuples qui habitent le territoire national.

Cette nation est donc formée des francoQuébécois, des angloQuébécois, de même que de onze peuples autochtones.

Peuples et autodétermination

Si les angloQuébécois forment un peuple, n’auraient-ils pas droit à faire sécession du Québec si celui-ci accédait à l’indépendance ?

Contrairement à ce qu’on pense généralement, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ne signifie pas nécessairement qu’ils ont droit à l’indépendance. Ce sont deux choses différentes.

Parmi les nombreux critères juridiques qui déterminent le droit à la sécession, il y a le fait qu’une aspiration à l’indépendance doit s’appuyer sur des frontières reconnues.

Si le gouvernement québécois a très mal accepté en 1927 la décision du Conseil privée de Londres de confier le Labrador à Terre-Neuve (alors colonie britannique), cet arrêt juridique possède l’immense avantage d’avoir établi de manière presque définitive les frontières du Québec.

Je dis presque définitive puisqu’en cas d’accession à l’indépendance, le Québec gagnera une zone maritime dans la Baie et le Détroit d’Hudson alors que sa frontière actuelle s’arrête à la rive (changeante selon les marées). De plus, tous les ports du Québec passeront sous la juridiction du Québec.

Si la nation québécoise possède le droit indéniable à l’indépendance, le peuple angloQuébécois en est privé parce qu’il n’a pas de frontière reconnue.

Toutefois, dans l’éventualité où l’ile de Montréal deviendrait majoritairement anglophone, ce peuple acquerrait automatiquement le droit de faire sécession du reste du Québec.

D’où la mollesse du ‘Parti des Anglais’ à combattre l’anglicisation de Montréal.

D’ici là, le peuple angloQuébécois a droit à l’autodétermination, mais pas à l’indépendance.

Dans la mesure où il possède déjà ses propres commissions scolaires et ses universités, contrôle certaines municipalités, possède ses périodiques, ses postes de radio et de télévision, de même que ses théâtres, on voit mal comment ce peuple — un des plus choyés au monde — pourrait se faire octroyer plus de pouvoir par un tribunal international.

En somme, le droit international ne lui donne rien de plus que ce qu’il a déjà.

Pour ce qui est des peuples autochtones, l’accession du Québec à l’indépendance ne change rien à leurs droits actuels. Ils possèdent déjà le droit à l’autodétermination. Quant aux bases juridiques d’un droit à l’indépendance, elles ne changent pas, que le Québec soit indépendant ou non.

Conclusion

Le peuple québécois n’existe pas. Pas plus que le peuple canadien ou le peuple américain.

S’il en était autrement, les peuples autochtones, le peuple québécois et le peuple canadien seraient comme des poupées russes qui s’emboitent les unes dans les autres. Conséquemment, le mot ‘peuple’ ne voudrait plus rien dire.

Quant à ‘nation’, ce mot désigne une collection de peuples. La nation américaine, la nation canadienne et la nation québécoise sont la somme des peuples qui habitent leurs territoires respectifs.

Contrairement au Canada — duquel le Québec peut faire sécession — la nation québécoise est une et indivisible, sous réserve des droits des Autochtones.

Références :
Autochtones du Québec
C’est quoi, être Québécois ?
Droit des peuples à disposer d’eux-mêmes
Le parti des Anglais
Ô Canada

Le peuple québécois n’existe pas
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Écrit par Jean-Pierre Martel


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