La rue Amherst ou l’art masochiste d’honorer nos conquérants

17 septembre 2017


 
Introduction

Depuis 1817, une des rues nord-sud les plus importantes de Montréal porte le nom d’Amherst.

Cette semaine, le maire de Montréal a fait connaitre son intention de faire en sorte que cette rue soit renommée.

Rappel historique

Jeffery Amherst était l’ultime responsable des opérations militaires lors de la conquête anglaise de la Nouvelle-France.

En remontant le Saint-Laurent vers Québec, le général Wolfe fit détruire, en aout et septembre 1759, la moitié des villes et incendier la plupart des exploitations agricoles (plus de 4 000). Son supérieur, Amherst, était parfaitement au courant de ce qui se passait.

Amherst ne lui en avait pas spécifiquement donné l’ordre. Parce que tout cela était de la routine; c’était comme ça qu’opéraient les armées anglaises en temps de guerre.

Le révérend James Gibson, aumônier naval des forces britanniques, écrivait : « Je crains que la campagne militaire ne se solde par la ruine totale de ce pays. Nous avons brulé tous les champs de blé sur pied et toutes les maisons sur trente milles de chaque côté du fleuve, ce qui veut dire toutes les terres habitées jusqu’à Québec.»

Avant de prendre la ville d’assaut, Wolfe fit bombarder Québec durant deux mois et demi; les bombes incendiaires anglaises étaient dirigées spécifiquement contre la population civile de la Haute-Ville, plutôt que contre les batteries françaises de la Basse-Ville.

Après la chute de Québec et la reddition sans affrontement de Montréal, Amherst dut faire face à la révolte indienne du chef Pontiac.

Amherst donne alors l’ordre suivant : « Vous feriez bien d’infecter les Indiens au moyen de couvertures ayant servi à des vérolés ou de vous servir de tout autre moyen qui pourrait contribuer à exterminer cette race maudite.»

Même s’il est généralement admis que les armées britanniques ont utilisé l’arme bactériologique pour décimer les Autochtones, on ne possède pas de preuve que l’ordre d’Amherst, lui, a été exécuté. Ni de preuve à l’effet contraire.

Pourquoi nomme-t-on les rues ?

Certains opposants au changement du nom de la rue Amherst font valoir qu’assumer les épisodes douloureux de notre Histoire au lieu de les nier est un signe de maturité.

D’autres soulignent que si Amherst est un criminel de guerre selon nos critères d’aujourd’hui, on a tort d’appliquer rétroactivement nos valeurs morales pour juger les personnages du passé.

Ce qui nous amène à nous demander pourquoi on donne le nom de personnes célèbres à des rues, à des immeubles ou à des places publiques.

On n’honore jamais l’être humain. Que d’Iberville ait refusé de respecter les obligations de sa paternité, que Claude Jutras ait été pédophile, que Jean Talon ronflait au lit ou que Champlain ne se brossait pas les dents, tout cela n’a aucune importance.

En les nommant ainsi, on honore plutôt l’œuvre du personnage. Nous exprimons notre reconnaissance pour ce qu’ils ont fait de bien pour nous.

Voilà pourquoi il n’existe pas de rue Jeanne-d’Arc ni de rue Bonaparte à Londres. Mais il en existe à Paris. Et inversement, il y a une gare Waterloo à Londres, mais pas à Paris.

Cette commémoration sert également à affirmer fièrement : « Voilà comment des gens issus de cette nation peuvent être grands.» C’est implicitement un appel au dépassement pour chacun d’entre nous.

Par contre, qu’on oblitère les noms de nos conquérants (Amherst, Wolfe, etc.), cela est la moindre des choses pour tout peuple qui se respecte. Leur place est exclusivement dans nos manuels d’histoire, où leurs actions seront mises en perspective.

Références :
Jeffery Amherst
Bonne conscience à peu de frais
Montréal veut reléguer Amherst aux oubliettes
L’époque troublée du premier Irlandais au Canada
La « politique indienne » des autorités britanniques
Le Régime britannique
Montréal veut reléguer Amherst aux oubliettes
Siège de Québec (1759)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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