L’invraisemblance des nouvelles données de Statistique Canada


Données linguistiques de 2011 et de 2016 pour l’ile de Montréal
(Note : LNO signifie Langue non officielle)

Langue parlée à la maison Nombre en 2011 % en 2011 Nombre en 2016 % en 2016
         
Français 936 870 50,3 % 953 130 49,8 %
Français + LNO 59 940 3,2 % 77 415 4,0 %
Anglais 435 675 23,4 % 437 070 22,8 %
Anglais + LNO 31 595 1,7 % 38 285 2,0 %
Français et anglais 27 670 1,5 % 34 135 1,8 %
Français + anglais + LNO 18 410 1,0 % 24 800 1,3 %
Langue non officielle 352 040 18,9 % 349 915 18,3 %
Total 1 862 200 100,0 % 1 914 765 100,0 %

Données linguistiques de 2011 et en 2016 pour la région métropolitaine
(Note : LNO signifie Langue non officielle)

Langue parlée à la maison Nombre en 2011 % en 2011 Nombre en 2016 % en 2016
         
Français 2 502 410 66,1 % 2 669 195 65,9 %
Français + LNO 87 330 2,3 % 118 980 2,9 %
Anglais 606 910 16,0 % 620 510 15,3 %
Anglais + LNO 41 050 1,1 % 50 935 1,3 %
Français et anglais 48 610 1,3 % 60 730 1,5 %
Français + anglais + LNO 27 120 0,7 % 38 480 0,9 %
Langue non officielle 472 485 12,5 % 494 525 12,2 %
Total 3 785 915 100,0 % 4 053 360 100,0 %

Remarque : Dans le texte qui suit, ‘Francophone’ est défini comme une personne qui parle principalement le français à la maison ou une langue non officielle et le français. Cela correspond aux deux premières rangées dans les tableaux ci-dessus.

 
Durant l’été, Montréal accueille un grand nombre de touristes, principalement américains. Conséquemment, il est normal que durant cette saison, on rencontre un grand nombre de locuteurs anglophones dans les quartiers touristiques de la ville.

Lorsque les données de Statistique Canada démontrent qu’il y a environ le quart de la population montréalaise qui est anglophone, cela signifie que l’usage de l’anglais devrait être bien moindre hors des quartiers dans lesquels les Anglophones sont majoritaires.

J’habite Montréal depuis quarante ans. Depuis toujours, j’emprunte les transports en commun et suis donc à même de juger de la langue utilisée par ceux qui m’entourent.

Autrefois, très peu de gens parlaient anglais dans des quartiers comme le Plateau Mont-Royal et Hochelaga-Maisonneuve.

Cela n’est plus vrai. On peut même affirmer que jamais on a autant parlé anglais à Montréal que depuis les quinze dernières années.

Selon le recensement de 2011, l’importance démographique des Francophones sur l’ile de Montréal a décliné d’un pour cent entre 2006 et 2011.

Selon les données corrigées du recensement de 2016 (celles datées du 17 aout), la tendance s’est soudainement inversée; l’ile de Montréal se serait refrancisée de 0,3% entre 2011 et 2016 alors que rien, à ma connaissance, ne permet d’expliquer ce bouleversement.

Pour l’ensemble de la région métropolitaine, le même miracle se serait produit.

Alors que l’importance démographique des Francophones y avait diminué de 0,8% entre 2006 et 2011, la tendance se serait inversée entre 2011 et 2016. En effet, l’ensemble de la région métropolitaine se serait soudainement refrancisée de 0,4%.

On voit mal comment Montréal se serait refrancisée quand 60% des néoQuébécois choisissaient de s’assimiler à l’anglais il y a à peine cinq ans. Ce revirement soudain est invraisemblable.

Pour donner une idée de l’ampleur de ce changement, c’est comme si la proportion des néoQuébécois qui s’anglicisaient était demeurée au-delà de 60% pendant un demi-siècle mais qu’elle avait chuté soudainement à 40% au cours des cinq dernières années.

Nous reconnaissons tous l’importance de baser notre jugement sur des faits. Toutefois, beaucoup d’études mal faites sont aussitôt contredites par d’autres, plus rigoureuses.

Ce recensement, c’est n’importe quoi. Malheureusement, il n’existe aucune autre étude qui permet de vérifier la véracité des données de Statistique Canada.

Et le cafouillage qui a entouré ce recensement ne fait rien pour rehausser la crédibilité de l’organisme qui l’a entrepris.

Lorsqu’on apprend que les employés fédéraux sont maintenant évalués au sujet de leur fiabilité et leur loyauté envers le Canada, je crois qu’il est imprudent de baser nos politiques linguistiques sur une seule source d’information, et de remettre ainsi notre sort entre les mains du gouvernement fédéral.

N’oublions jamais que le Canada est un pays colonial qui, à la différence des autres, ne possède pas ses colonies sous les tropiques mais réparties sur son territoire; des poches autochtones régies par un apartheid juridique dont le but est leur lente extermination, et le Québec à qui le Canada anglais a imposé une constitution adoptée à l’issue d’une séance ultime de négociation à laquelle nous n’étions pas invités. Comme tout empire colonial le ferait à l’égard d’une colonie.

Étant donné le rapport particulier qui nous lie au pouvoir colonial canadien, il serait sage que le Québec effectue son propre ‘dénombrement linguistique’ (qui pourrait s’appeler ainsi dans l’éventualité où le fédéral se serait accordé l’exclusivité constitutionnelle de tenir des recensements au pays).

Le recensement de 2016 a couté 715 millions$. La population québécoise représente 23% de celle du Canada. Par règle de trois, cela donnerait 164 millions$. Cet investissement entrainerait 100% de retombées économiques pour le Québec.

Afin d’obtenir une image plus précise de la démographie linguistique du Québec, le questionnaire de ce dénombrement devrait éviter de simplement répéter les questions d’ordre linguistique du recensement canadien.

Références :
Données corrigées du recensement de 2016 : Montréal
Données corrigées du recensement de 2016 : région métropolitaine

Parus depuis :
Statistique Canada maquille le déclin du français (2017-09-05)
Statistique Canada masque le déclin du français (2017-10-10)
La francisation des immigrants au Québec est un échec, selon la vérificatrice générale (2017-11-23)

L’invraisemblance des nouvelles données de Statistique Canada
Votre évaluation :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

%d blogueurs aiment cette page :