Analyse de la haine antimusulmane au Québec

31 août 2017

Introduction

Littéralement, ‘islamophobie’ signifie peur de l’islam. Dans les faits, on utilise ce mot pour parler de l’hostilité à l’endroit de la religion musulmane ou de ceux qui la pratiquent. Or peur et hostilité sont deux choses bien différentes.

Dans nos sociétés, il est parfaitement légitime de ne pas aimer une religion ou d’être hostile à ses préceptes. Voilà pourquoi le texte qui suit préfèrera utiliser l’adjectif ‘antimusulman’ qui lui, concerne spécifiquement les adeptes de cette religion.

La haine

On ne peut combattre un phénomène qu’on refuse de nommer.

La haine se définit comme un sentiment violent qui pousse à désirer le malheur de quelqu’un ou à lui faire du mal. De son côté, le logiciel Antidote parle d’un sentiment qui donne envie de commettre des actions agressives envers une autre personne ou de se réjouir de sa souffrance.

Il y a donc divers degrés à la haine. Depuis la tuerie de Québec, tout le registre de la haine est couvert, de son expression la plus anodine (le manque d’empathie) à sa forme extrême (l’homicide), en passant par toutes les étapes intermédiaires (dont le vandalisme).

Sans les manifestations extrêmes de la haine, on pourrait éviter l’utilisation de ce mot en préférant des euphémismes comme ‘animosité’, ‘agressivité’, ou même ‘hostilité’. Mais depuis l’attentat de Québec, il faut appeler les choses par leur nom.

Lorsqu’on tue des Québécois musulmans en prière ou qu’on incendie l’auto d’un responsable musulman moins de deux jours après l’annonce de la création d’un cimetière musulman, c’est qu’on a affaire à de la haine.

À l’intérieur de cette gamme de sentiments à caractère haineux, il n’existe pas de seuil au-delà duquel la haine passe d’anodine à intolérable.

Comme tout être social, chacun d’entre nous est sensible au discours ambiant. Toute personne est donc susceptible d’évoluer dans un sens comme dans l’autre dans toute la gamme des sentiments d’hostilité à l’égard de quelqu’un.

La crainte de l’Islam en Occident est alimentée par le terrorisme international financé par la dictature saoudienne et véhiculé par l’idéologie haineuse qu’elle propage. Au Québec, le discours antimusulman s’est répandu lors des controverses relatives aux accommodements raisonnables ou au port de signes religieux.

À la lecture des nombreux commentaires publiés par les médias, on peut distinguer quatre manières de diaboliser les Québécois musulmans. Ce sont :
• la victimisation de la majorité,
• la culpabilisation de la minorité
• le déni et la banalisation de l’intolérance
• la dangerosité par association

La victimisation de la majorité

Il faut être sourd aux leçons de l’Histoire pour ne pas réaliser que rien n’est plus dangereux que de faire croire à la majorité qu’elle est victime d’une de ses minorités religieuses ou ethniques.

Dans la fable Le Loup et l’agneau, le loup justifie son agressivité envers l’agneau en accusant ce dernier de troubler son breuvage.

La diabolisation des Québécois musulmans exige que ce soit eux les agresseurs et nous les victimes, de manière à justifier nos représailles, à l’instar de celles du loup.

La victimisation de la majorité est au cœur de la propagande toxique diffusée à pleine radio dans la Vieille capitale. Or ces radios ne font que participer à cette défense des ‘valeurs nationales’ défendues par tous les mouvements de Droite à travers le monde; au Québec, en France, aux Pays-Bas, en Allemagne, notamment.

C’est ainsi que le port d’un vêtement distinctif est présenté comme un acte de provocation. Ce vêtement — surtout s’il est féminin — témoigne d’un mépris des valeurs auxquelles, évidemment, la minorité refuse d’adhérer.

De la même manière, toute demande d’accommodement devient le symbole du complot de la minorité destiné à pervertir la société d’accueil.

En réalité, lorsqu’il est raisonnable, l’accommodement signifie ‘Vivre et laissez-vivre’; il consiste à laisser quelques-uns vivre à leur manière à eux, tout en laissant le reste de la société vivre comme elle l’entend.

Toute exagération du préjudice subi par un accommodement fait partie de ce processus de fausse victimisation qui sert d’écran à la persécution.

Voilà pourquoi, lorsqu’on arrive mal à comprendre l’importance concrète du préjudice subi, c’est qu’on a affaire à une théâtralisation d’un préjudice insignifiant.

Par exemple, on s’indignera parce qu’une piscine publique est réservée quatre heures par semaine à la baignade non mixte (deux heures pour chaque sexe). Pour s’y opposer, on invoquera le caractère sacré, dit-on, de la mixité. Or la mixité n’a jamais fait consensus au Québec; on possède des écoles primaires qui ne sont pas mixtes, des clubs sportifs, des prisons, et des toilettes.

Le scandale suscité par l’accommodement insignifiant sert donc de paravent à l’intolérance. Un paravent placardé de principes creux.

La culpabilisation de la minorité

Imaginez une personne qui oserait prétendre que les femmes victimes d’un viol ont couru après. Que si elles n’avaient pas porté des robes aussi courtes, des vêtements aussi moulants, adopté des démarches aussi provocantes, tout cela ne serait pas arrivé.

Pourtant, c’est ce qu’on entend au sujet des causes de la tuerie de Québec.

Un lecteur du Devoir écrit :

Et si vous arrêtiez de traiter les femmes comme des citoyennes de deuxième ordre en sachant fort bien que cela nous choque profondément ?

Et si les femmes musulmanes arrêtaient de porter ce foulard islamique ostentatoire qui est perçu ici comme de la provocation ?

Ça fait plus de vingt ans qu’on vous le demande et vous refusez catégoriquement.

À la lecture de ces reproches, on comprend que les Québécois tués à la mosquée méritaient leur sort. Même s’il n’est pas certain que leurs épouses à eux portaient le voile. En effet, seule une minorité des Musulmanes portent le voile au Québec. Donc rien n’indique que les victimes étaient les époux de femmes voilées. Mais peu importe.

De la même manière, on reprochera aux Québécois musulmans de ne pas condamner publiquement les attentats terroristes commis par des coreligionnaires à l’Étranger.

La question à se poser est la suivante : y a-t-il des silences désapprobateurs ou est-ce que tout silence est complice ?

Chacun d’entre nous a-t-il le devoir de se dissocier de tout méfait commis par des inconnus avec lesquels nous partageons certaines caractéristiques. Par exemple, ai-je l’obligation de condamner publiquement chacun des crimes (par exemple, chaque viol) commis par un autre homme parce qu’autrement, mon silence serait complice ?

En réalité, les Québécois musulmans ne sentent pas le besoin de se dissocier d’un attentat islamiste tout simplement parce qu’ils n’en éprouvent pas de culpabilité. Et ceux qui, au contraire, veulent les tenir responsables pavent la voie aux représailles dont ils pourraient faire l’objet.

Le déni et la banalisation de l’intolérance

Comme beaucoup d’autres, les Québécois aiment croire qu’ils constituent un peuple gentil et bon, imperméable au sexisme, au racisme et aux intolérances de toutes sortes.

Il y a quelques jours, la Coalition Avenir Québec estimait qu’il n’y a pas de montée de l’extrême Droite au Québec.

À la suite de la tuerie de Québec, une lectrice du Devoir écrivait :

Ce texte parle de racisme, d’intolérance de l’autre, d’islamophobie, alors que c’est loin d’être le cas dans cette tuerie.

Ce à quoi je répondais :

À partir de combien de morts de Musulmans peut-on, selon vous, parler d’intolérance et d’islamophobie ?

Loin d’être un cas isolé, cette lectrice du Devoir représente la tendance de nombreux Québécois à nier les évidences qui nous obligeraient à faire une introspection douloureuse et à remettre en question l’image flatteuse que nous cultivons de nous-mêmes.

La dangerosité par association

Depuis les évènements new-yorkais du 11 septembre 2001, l’actualité nous rapporte presque quotidiennement de nouveaux attentats commis par des groupements islamistes à l’Étranger.

À force de répétition, ceux qui ne connaissent personnellement aucun Québécois musulman finissent par être envahis par l’appréhension de ce qu’ils ignorent. Or la peur ne se contrôle pas.

Voilà pourquoi on ne peut l’atténuer par des arguments rationnels : on l’atténue par des mesures rassurantes.

Si on exclut la création d’un centre de déradicalisation dont l’efficacité reste à démontrer, rien n’a été fait jusqu’ici au Québec à ce sujet.

Dans tous les cas où il aurait pu circonscrire la dangerosité d’éléments radicaux au sein de la communauté musulmane (certains imams montréalais, notamment), le gouvernement Couillard a négligé d’intervenir.

Comme si sa priorité n’était pas d’assurer la paix sociale au Québec. Il se comporte plutôt comme s’il cherchait à entretenir des débats identitaires stériles afin de tendre un piège à ses adversaires politiques, accusés de ne pas s’intéresser ‘aux vraies affaires’.

On trouvera à la fin du présent texte un ensemble de mesures inspirées de la loi autrichienne sur l’Islam et qui visent à garantir la liberté de l’exercice de la religion musulmane tout en encadrant la formation des imams de manière à rassurer l’ensemble de la population à ce sujet.

Au-delà de la controverse que suscitera sa mise en application — qui nécessitera sans doute l’invocation de la clause dérogatoire de la Canadian Constitution — on peut s’attendre à ce que ce plan ambitieux instaure à moyen terme un climat d’harmonie interreligieuse au Québec.

La responsabilité des ‘élites’

Les quatre moyens de diaboliser les Québécois musulmans — la victimisation de la majorité, la culpabilisation de la minorité, la banalisation de l’intolérance, et la dangerosité par association — sont utilisés jour après jour par les radios-poubelles de la ville de Québec depuis des années. Doit-on surprendre que leur idéologie toxique se répande ?

Détenteur de l’autorité morale, le haut-clergé catholique de la ville de Québec prêche la charité chrétienne et condamne à la fois la calomnie et la médisance sans qu’il lui vienne à l’esprit que l’excommunication est un bon moyen de faire réfléchir ceux qui répandent des comportements aux antipodes du message de tolérance de Jésus de Nazareth.

Les hommes politiques du Québec ont évidemment leur part de responsabilité. Au panthéon des coupables se trouve le premier ministre du Québec.

M. Couillard ne sait pas gouverner. Mais il sait comment en donner l’impression.

Lisez attentivement le discours type de M. Couillard à chaque fois qu’il est question d’islamophobie : « Le Québec est accueillant. Nous, les Québécois, sommes un peuple tolérant. Et ce sont ces valeurs d’humanisme, de tolérance et de respect des autres qui sont au cœur de ce que défend le Parti libéral

Tout ceci glorifie l’image d’un chef d’État noble et généreux.

Mais lorsqu’une majorité se croit à tort menacée, la dernière chose qu’elle veut entendre, c’est que l’État ne fera rien pour la protéger. Or c’est précisément ce à quoi se résume ce message dans l’esprit des gens inquiets. D’où l’idée, pour eux, de se faire justice.

Au contraire, il faut rassurer. Et pour ce faire, il faut dire trois choses :
• prouver que la menace est exagérée,
• qu’aussi faible soit-elle, l’État la combattra,
• et que par ailleurs, l’État est garant du droit à la différence (et, entre autres, du droit des femmes de porter le foulard musulman si elles le veulent).

Premièrement, le chef de l’État doit donc dire et répéter à chaque fois qu’il en a l’occasion que les Québécois musulmans ne forment que trois pour cent de la population québécoise et qu’il est impossible qu’aussi peu de gens obligent le Québec à devenir ce qu’il ne veut pas être.

Deuxièmement, il faut instaurer des mesures susceptibles de rassurer à la fois les adeptes de la religion musulmane et la population en général (voir le plan à la fin du texte). Or rien à ce sujet n’a été fait depuis trois ans.

Et troisièmement, il doit combattre le féminisme de chiffon, principal moyen utilisé par la Droite pour susciter l’animosité contre les Québécois musulmans.

De tous les partis politiques québécois, la Coalition Avenir Québec est le plus à Droite. Pourquoi les politiciens issus de cette formation politique ne sont-ils pas davantage responsables de la propagation de la haine antimusulmane au Québec que le premier ministre ?

C’est qu’à lui seul, le premier ministre jouit d’un accès aux médias plus important que tous les députés caquistes réunis.

De plus, les députés reflètent leurs commettants. Lorsque ce n’est pas le cas, la population en choisit d’autres.

Si la CAQ se faisait harakiri aujourd’hui, ses députés seraient remplacés demain par d’autres politiciens véhiculant la même l’idéologie.

De la même manière, si toutes les radios-poubelles de Québec perdaient leur permis d’exploitation, le débat haineux se déplacerait clandestinement sur les médias sociaux.

Au lieu d’accuser ses adversaires politiques de souffler sur les braises de l’intolérance (pour reprendre son expression), le premier ministre doit combattre la mentalité qui prévaut là où la CAQ est populaire, c’est-à-dire s’attaquer à la racine du discours haineux.

En somme, il s’agit d’un combat idéologique. Ce que n’a pas compris le premier ministre. Et ce qui explique le sombre bilan social de ses années de pouvoir.

Conclusion

La Nature a horreur du vide.

Tout comme les Américains sont les responsables involontaires de la naissance de l’État islamique, l’inaction absolue du gouvernement Couillard dans ce dossier est responsable de l’apparition et de la montée de groupuscules d’extrême Droite au Québec. Ces groupes n’existaient pas avant lui.

Dans tous les pays du monde, le chef de l’État est le responsable ultime de la paix sociale.

Cela est particulièrement évident dans les monarchies constitutionnelles, où le roi ou la reine représente le ciment de la nation.

Dans ce cas-ci, tout se résume à une question de leadeurship. Le premier ministre avait le choix.

Il pouvait se dire qu’un certain nombre de Québécois n’aiment pas les Musulmans et choisir de ne pas s’en mêler.

Ou se dire qu’il est de son devoir de chef d’État de combattre le discours haineux contre une partie de son peuple. Avec le risque, s’il échoue, d’en payer le prix politique.

Il a choisi de se limiter à cultiver son image de marque sans poser le moindre geste concret susceptible de contribuer à la paix sociale.

Tout comme le KKK tuait des Noirs ou brulait leurs maisons afin de les intimider, le QQQ — appellation générique de l’extrême Droite québécoise — tue des Québécois musulmans en prière et brule leurs biens. Voilà où nous a conduits l’immobilisme narcissique du premier ministre.

Il est probable que l’Histoire ne retiendra pas grand-chose de ce brillant professionnel de la Santé qui n’a appris de la noblesse que l’art d’en donner l’impression.

Références :
«Aidez-nous à comprendre» l’attentat de Québec
Attentat à Québec — Devant la mosquée, la consternation
Baignades non mixtes à Côte-des-Neiges – À la défense des prudes
De nombreux appels à la haine sur la page Facebook de Bernard « Rambo » Gauthier
La Charte de la laïcité : un mauvais départ
La CAQ estime qu’il n’y a pas de montée de l’extrême droite au Québec
La classe politique québécoise s’émeut après le crime commis contre un leader musulman
La Meute, un groupe contre «l’invasion de l’islam»
Le Centre de prévention de la radicalisation visé par l’extrême droite
Le Féminisme de chiffon
Le Québec face à l’islamophobie
Les braises de l’intolérance
Pour qu’ils ne soient pas morts en vain
43 000 membres pour le groupe d’extrême droite la Meute
Radicalisme : Couillard s’en lave les mains
Une lettre pour Alexandre Bissonnette

Paru depuis :
La droite identitaire, plus dangereuse que l’islam radical (2017-09-14)


Annexe : Plan visant à consacrer la neutralité religieuse de l’État québécois, à encadrer la formation des imams, à assurer le qualité de l’exercice de l’imanat, et à garantir la liberté de l’exercice de la religion musulmane :

A) l’obligation d’offrir et de recevoir des services de l’État à visage découvert (ce que le gouvernement Couillard dit vouloir faire depuis des années sans jamais le faire),

B) le retrait de tout signe religieux amovible sur les murs de tous les édifices appartenant à l’État.

C) l’obligation des imams de parler la langue du pays,

D) l’interdiction du financement étranger quant aux frais de construction et de fonctionnement des institutions confessionnelles,

E) l’obligation pour les municipalités de dresser des règles d’urbanisme claires relativement à la construction des lieux de culte et l’interdiction de les modifier afin de faire obstacle à la construction d’un de ces lieux,

F) la modification des lois entourant les pratiques funéraires de manière à légaliser les pratiques musulmanes, comme l’a fait la France,

G) la subvention aux cimetières du Québec qui voudront devenir multiconfessionnels,

H) la création d’une école coranique de niveau universitaire basée sur des préceptes modernes :

  • l’œcuménisme, c’est-à-dire ouverte à toutes les confessions musulmanes,
  • la parité sexuelle stricte du corps professoral, y compris au niveau de la direction,
  • l’obligation du corps professoral de publier le résultat de leurs recherches au sujet des textes sacrés,
  • la création d’une bibliothèque électronique accessible par l’internet qui permet la consultation des publications et des avis religieux (fatwas) émis par les professeurs,
  • l’interdiction formelle de tout avis religieux (fatwa) qui, directement ou indirectement, suggèrerait que quelqu’un devrait être mis à mort,
  • la mixité des élèves et leur disposition en classe qui ne suggère aucune subordination sexuelle,
  • l’interdiction de tout financement étranger tant pour la création de l’école que pour son fonctionnement, et
  • l’émission d’un diplôme d’attestation de réussite qui pourrait éventuellement servir de base à la certification des imams au Québec.
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Québec Solidaire et le ras des pâquerettes

30 août 2017

Mise en contexte

L’édition d’aujourd’hui du Devoir publie une lettre signée conjointement par les dirigeants de Québec Solidaire et d’Option nationale accusant le chef du PQ de nuire à la cause indépendantiste en ‘stigmatisant’ les demandeurs d’asile.

Les auteurs écrivent : «…le chef du Parti québécois s’est insurgé que ce soit le Québec qui assume les dépenses liées à l’accueil des demandeurs d’asile haïtiens. Il a qualifié ceux-ci d’invités de Justin Trudeau

Depuis des années, en vertu d’une entente administrative avec le fédéral, le gouvernement du Québec s’occupe des dossiers d’immigration qui concernent les travailleurs qualifiés. En d’autres mots, il s’agit des immigrants ‘ordinaires’.

Mais le gouvernement canadien a conservé ses responsabilités exclusives quant aux réfugiés, aux demandeurs d’asile et aux immigrants-investisseurs.

Or de plus en plus, le gouvernement fédéral a tendance à pelleter sur le dos des provinces les couts de ses politiques.

C’est ainsi que la dérèglementation ferroviaire permet au fédéral d’économiser des millions$ en salaires de fonctionnaires. Mais lorsque ce laxiste entraine la mort de 47 personnes à Lac-Mégantic et la pire catastrophe environnementale de l’histoire du pays, le fédéral ne paie que 50% de la note. Le reste est aux frais du gouvernement québécois.

Le gouvernement fédéral n’a pas causé cette minicrise migratoire (mini en comparaison avec celle en Europe). Mais il l’a aggravée par une politique de relations publiques qui laisse croire que le Canada est une terre d’accueil pour tous les êtres persécutés de ce monde.

Puisque tous les Canadiens profitent de l’image flatteuse du Canada à l’Étranger, la création d’attentes irréalistes chez les demandeurs d’asile serait un inconvénient mineur si le traitement de leurs dossiers s’effectuait rapidement.

Malheureusement, ce n’est pas le cas. Ce qui occasionne des frais importants que doit assumer le Québec, un des principaux points d’entrée de ces immigrants.

Aux États-Unis, l’analyse d’une demande d’immigration ne prend que quelques jours. Tout au plus, quelques semaines.

À l’opposé, au Canada, l’étude d’une requête se décide en fonction d’une grille d’analyse compliquée qui repose essentiellement sur la subjectivité du commissaire chargé du dossier. Voilà pourquoi le taux d’acceptation des demandes varie considérablement d’un commissaire à l’autre.

Si bien que tout cela prend des mois, sinon des années. Entretemps, ce sont les provinces qui paient les frais d’hébergement, les services médicaux et les autres frais occasionnés par les demandeurs d’asile en attente d’une décision.

Le chef du PQ veut que le fédéral paie le prix de sa lenteur administrative.

Je sais qu’Option nationale et Québec Solidaires sont en pourparler en vue d’une fusion mais j’ignore pourquoi Option Nationale — un parti pour lequel j’ai beaucoup d’estime — s’est laissé entrainer dans cette querelle de clocher entre indépendantistes.

Le reste de mon texte concernera donc essentiellement les dirigeants de Québec Solidaire (que je soupçonne d’être à l’origine de cette querelle).

Micropolitique et macropolitique

Pour le PQ, QS et ON, l’indépendance est un moyen et non un but. Mais de ces trois partis, celui qui est le plus mou à l’idée de l’indépendance, c’est Québec Solidaire.

Si celui-ci avait le choix entre continuer l’appartenance du Québec à un Canada dirigé par un parti de gauche ou favoriser l’accession à l’indépendance du Québec dirigé par un parti de droite, QS choisirait sans hésiter à continuer d’appartenir au Canada.

Conformément à l’impulsion donnée par ses fondateurs, l’idéologie de QS est centrée sur l’humain. C’est une idéologie où la préoccupation essentielle est l’émancipation du citoyen grâce à la bienveillance de l’État.

C’est ce que j’appelle la micropolitique. Celle-ci est une vision de la politique qui ne perd jamais de vue les conséquences concrètes des décisions de l’État dans la vie de chacun.

Mais il y a une autre dimension à la politique qui est la macropolitique. Les deux ne sont pas antagonistes mais complémentaires.

Québec, autoroute à pétrole

L’avenir du Québec au sein du Canada, c’est de devenir une autoroute à pétrole. Par pipeline, par pétrolier Panamax et par train (puisque le pipeline ne suffira pas).

Les provinces de l’Ouest le veulent. L’Ontario le veut puisque les financiers de Bay Street ont beaucoup investi dans les sables bitumineux. Bref, le Canada anglais le veut.

L’ethnie dominante du pays nous passera le pipeline Énergie Est sur le corps comme elle nous a passé la Canadian Constitution en 1982 à l’issue d’une séance ultime de négociation à laquelle le Québec n’a pas été invité.

En vue de cela, le gouvernement Harper a modifié la loi antiterroriste de manière à ce que toute initiative citoyenne qui aurait pour effet de faire obstacle à la construction d’infrastructures pétrolières réponde à la définition d’un acte terroriste.

Si le Québec était déjà indépendant, le Canada exporterait son pétrole par la Baie-James puisqu’en tant qu’État indépendant, le Québec disposerait de tous les pouvoirs pour empêcher l’utilisation de son territoire comme simple lieu de transit pour l’exportation du pétrole d’un pays voisin. Présentement, il n’a aucun pouvoir.

La militarisation du Canada

D’autre part, le Canada a annoncé son intention d’augmenter son budget militaire, passant de 1% à 2% du PIB (produit intérieur brut).

Ce qu’on n’a pas réalisé, c’est qu’il ne s’agit pas de dépenser 1% de plus du budget fédéral, mais d’augmenter le budget de la défense d’un pour cent de la valeur de l’économie canadienne.

C’est 15 milliards$ de plus par année pour de l’armement. Et cela alors que le risque d’une guerre mondiale est nul à brève et à moyenne échéance (la puissance américaine étant de cinq à dix fois supérieure à celle de la Russie).

Puisqu’il est question aux États-Unis de réduire la fiscalité des entreprises et des riches — ce qui obligerait le Canada à faire pareil — on doit se demander comment le Canada pourra dépenser annuellement 15 milliards$ de plus en dépenses militaires sans sabrer dans les mesures sociales soit directement, soit indirectement en coupant les vivres aux provinces.

L’inconscience de QS

Tout cela, Québec Solidaire en est totalement inconscient. Ses dirigeants en sont dans les complots partisans en vue de la prochaine élection.

La minicrise migratoire actuelle suscite des réactions diverses au sein des Québécois fédéralistes (CAQ vs PLQ) comme c’est le cas au sein des Québécois indépendantistes.

Mais tout cela n’est qu’une distraction insignifiante lorsqu’on quitte cette vue au ras des pâquerettes et qu’on prend conscience des nuages beaucoup plus inquiétants qui justifient l’urgence de libérer le Québec du colonialisme canadien.

Bref, le PQ n’est pas parfait. Même si la critique des dirigeants des autres partis indépendantistes à l’égard du PQ était justifiée — ce qui n’est pas le cas ici — il est clair que la chicane entre indépendantistes ne convaincra personne de la nécessité de faire sécession avec le Canada.

Un peu de retenue, s’il vous plait.

Références :
Doubler les dépenses militaires et la dénaturation du Canada
Des demandeurs d’asile soumis à la subjectivité des commissaires
En stigmatisant les demandeurs d’asile, Jean-François Lisée fait reculer l’indépendance
 

Post-scriptum : À la suite de la publication de ce texte, j’ai reçu de Québec Solidaire la réponse suivante :

 
Bonjour M. Martel,

Merci de votre commentaire. La position de Québec Solidaire est plutôt claire et ne relève pas de la stratégie électorale : nous désirons un pays pluriel, inclusif et luttant contre la discrimination.

Je vous invite à lire le programme de Québec solidaire au sujet de la souveraineté. Vous réaliserez que l’intervention de M. Nadeau-Dubois est une réaction en accord avec nos principes et non pas une tentative de courtiser un électorat.

J’espère que cela répondra à votre question.

Veuillez agréer de mes plus sincères salutations,

Philippe Lapointe, attaché politique

Député de Gouin – Gabriel Nadeau-Dubois
1453, rue Beaubien Est, Bureau 201
Montréal (Québec) H2G 3C6
Tél. : 514 864-6133 | Téléc. : 514 873-8998
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Écrit par Jean-Pierre Martel


D’autres roses de 2017

29 août 2017
Rosier floribunda ‘Tuscan Sun’
Rosier polyantha ‘The Fairy’
Rosier grandiflora ‘Dream Come True’
Rosier floribunda ‘Southampton’
Variété inconnue
Rosier hybride de thé ‘Perfect Moment’

J’habite à proximité du Jardin botanique de Montréal. Il s’agit d’un lieu enchanteur où j’aime aller prendre des photos.

Ma photothèque renferme des centaines de photos de fleurs : beaucoup de pivoines, de magnolias, d’hémérocalles mais peu de roses.

Pourtant, la roseraie du Jardin botanique est magnifique, vaste et variée.

Jusqu’ici, mon désintérêt pour les roses tirait probablement son origine du fait que ces fleurs sont tellement photogéniques qu’on n’a pas de mérite à en obtenir de belles photos.

Mais cette année, je m’y suis intéressé en choisissant celles qui sont l’objet d’un jeu d’ombre et de lumière.

En plus des six photos publiées il y a deux jours, voici les six dernières qu’il me reste… pour l’instant.

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectif M.Zuiko 40-150mm F/2,8 + multiplicateur de focale M.Zuiko MC-14
1re photo : 1/800 sec. — F/4,0 — ISO 200 — 200 mm
2e  photo : 1/1600 sec. — F/4,0 — ISO 200 — 210 mm
3e  photo : 1/2000 sec. — F/4,0 — ISO 200 — 210 mm
4e  photo : 1/2500 sec. — F/4,0 — ISO 200 — 160 mm
5e  photo : 1/3200 sec. — F/4,0 — ISO 200 — 125 mm
6e  photo : 1/800 sec. — F/4,0 — ISO 200 — 210 mm

D’autres roses de 2017
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Modifier la Loi 101 et l’effet domino

28 août 2017


 
Le français, une langue assiégée

Sous le titre ‘Coup dur pour la Loi 101’, le quotidien Le Devoir révélait samedi dernier les résultats d’un sondage de la firme Léger & Léger effectué entre 10 et le 13 juillet dernier auprès de 1 006 personnes.

Si on exclut les indécis, 66% des Québécois — dont 58% des répondants francophones — souhaitent qu’on permette un accès plus facile aux écoles anglaises du primaire et du secondaire à ceux qui n’y ont pas droit en vertu de la Loi 101.

Le principe fondamental de la Loi 101 est simple : seule l’école publique française est gratuite au Québec. Comme seule l’école publique italienne est gratuite en Italie. L’allemande en Allemagne. Etc.

La seule exception à cette règle, ce sont les angloQuébécois qui ont un droit constitutionnel à l’école publique anglaise. Cette dernière est donc une école d’exception alors que l’école publique française est la règle.

Le Québec a déjà fait l’expérience de la liberté de choix de la langue d’enseignement. En 1969, le gouvernement de l’Union nationale (un parti politique aujourd’hui disparu) adoptait une loi qui laissait aux parents le libre choix de la langue d’enseignement de leurs enfants.

Le résultat fut immédiat; 90% des néoQuébécois choisirent d’envoyer leurs enfants à l’école publique anglaise. Devant la menace d’une anglicisation rapide du Québec, les gouvernements libéral et péquiste adoptèrent diverses mesures correctives. Ce fut la loi 22 du PLQ puis finalement la Loi 101 du PQ, adoptée en 1977.

Pour contrer la Loi 101, l’ethnie dominante du Canada adopta cinq ans plus tard une nouvelle constitution à l’issue d’une séance ultime de négociation à laquelle le Québec ne fut pas invité.

Dans un de ses jugements, la Cour suprême du Canada a reconnu que l’article 23 de la Canadian Constitution visait à conter les dispositions linguistiques de la Loi 101.

Depuis 1982, les tribunaux utilisent tous les prétextes pour invalider des pans entiers de la Loi 101.

Aujourd’hui, on ne peut pas permettre l’accès à l’école anglaise aux francoQuébécois sans le permettre également aux néoQuébécois. Sinon, la Loi 101 sera jugée discriminatoire, donc anticonstitutionnelle. Avec les conséquences catastrophiques que cela entrainerait.

Ceci étant dit, il y a un écart entre les principes et l’application des principes. Si de nombreux francoQuébécois veulent que leurs enfants aient une meilleure connaissance de l’anglais, on peut très bien enrichir l’enseignement de l’anglais à l’école française.

La manipulation de l’opinion publique

Paradoxalement, selon ce même sondage, seulement 15% des répondants francophones souhaitent un assouplissement général de la Loi 101. Et 61%, son renforcement.

D’où la question : Comment les francoQuébécois peuvent-ils être pour une chose et son contraire ? Peut-être n’y voient-ils pas de contradiction.

Mais pour répondre véritablement à cette question, il faut se rappeler que ce sondage a été effectué avant la publication des données linguistiques du recensement de 2016.

Quel était l’état de l’opinion publique avant que soient connus les résultats de ce recensement ?

Dans les mois qui ont précédé le 35e congrès des jeunes libéraux (qui s’est tenu les 12 et 13 aout dernier), les associations des comtés anglophones ont fait savoir qu’elles se proposaient de faire adopter une résolution demandant un assouplissement de l’accès aux écoles primaires et secondaires anglaises.

Afin de stopper la montée de la CAQ dans les intentions de vote des angloQuébécois, les dirigeants du PLQ voyaient d’un bon œil l’adoption de cette résolution favorable aux angloQuébécois sans qu’il s’agisse d’un engagement formel du PLQ.

Afin de préparer le terrain, le ministre Jean-Marc Fournier (responsable de la propagande libérale) multipliait les déclarations jovialistes au sujet de la situation de français au Québec et au Canada, dissipant toute inquiétude à ce sujet.

Parallèlement, le gouvernement Couillard se disait préoccupé par le déclin démographique des angloQuébécois en région.

Bref, la table était mise pour l’adoption de cette résolution.

Et comme le gouvernement jouit d’un accès aux médias beaucoup plus facile que les partis d’opposition, cet exercice de propagande a eu pour résultat d’amener de nombreux francoQuébécois à croire que ce serait une bonne idée.

Mais voilà que Statistique Canada publie ses données originelles, très inquiétantes, au sujet de français au Québec à quelques jours du congrès des jeunes libéraux. Avec le résultat que ceux-ci rejetèrent avec sagesse les propositions des comtés anglophones. Un rejet bien accueilli par les dirigeants du PLQ, conscients que prétendre le contraire était devenu indéfendable.

La peur de faire des vagues

Les résultats de ce sondage ne montrent pas seulement la puissance de la machine de propagande libérale. Devant le silence intéressé de la Coalition Avenir Québec, aucun des partis indépendantistes n’a réussi à faire réaliser aux francoQuébécois qu’on ne doit pas toucher à la Loi 101.

Pourtant, il suffit de dix secondes aux actualités télévisées pour passer le message suivant : « Si on ouvre l’école publique anglaise aux francoQuébécois, il faut l’ouvrir aux néoQuébécois. Et si on fait ça, c’en est fini du français au Québec

La firme Léger & Léger ne manque jamais une occasion de répéter que ‘les Québécois haïssent la chicane’. Ce qu’elle oublie de dire c’est que si Camille Laurin (le père de la Loi 101) avait craint cet avertissement, le Québec serait probablement devenu majoritairement anglophone aujourd’hui. On ne fait pas d’omelettes sans casser d’œufs.

À craindre la controverse, les partis indépendantistes se condamnent à la castration idéologique.

Nos voisins du Sud doivent nous servir d’exemple; ils acceptent que des leurs meurent sous les drapeaux à l’Étranger lorsqu’on leur fait croire que c’est pour défendre la Liberté.

Il est temps qu’on nous dise qu’il y a un prix à payer pour la défense de notre langue et notre culture.

Références :
De ROC et de francophonie
La sage décision des jeunes Libéraux
Les Québécois veulent élargir l’accès à l’école anglaise
Québec inquiet de voir des communautés anglophones assimilées
Sondage Léger-Le Devoir au sujet de la Charte de la langue française

Modifier la Loi 101 et l’effet domino
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| Langue française | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Quelques roses

27 août 2017
Rosier hybride de thé ‘Touch of Class’
Rosier floribunda ‘Léonardo de Vinci’
Rosier floribunda ‘Mardi Gras’
Rosier floribunda ‘Moondance’
Variété inconnue
Rosier floribunda ‘Southampton’

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectif M.Zuiko 40-150mm F/2,8 + multiplicateur de focale M.Zuiko MC-14
1re photo : 1/250 sec. — F/4,0 — ISO 200 — 210 mm
2e  photo : 1/500 sec. — F/4,0 — ISO 200 — 210 mm
3e  photo : 1/1250 sec. — F/4,0 — ISO 200 — 210 mm
4e  photo : 1/2000 sec. — F/4,0 — ISO 200 — 170 mm
5e  photo : 1/1000 sec. — F/4,0 — ISO 200 — 200 mm
6e  photo : 1/1250 sec. — F/4,0 — ISO 200 — 210 mm

Quelques roses
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| Botanique, Fleurs, Nature | Mots-clés : , , , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


L’Ara hyacinthe

25 août 2017
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L’Ara hyacinthe est le plus gros perroquet du monde. Adulte, il peut atteindre 1 mètre (sans la queue), avec un poids variant entre 1,4 et 1,7kg. Son cri est particulièrement puissant.

C’est un oiseau au plumage bleu cobalt. Ce qui contraste avec le jaune vif du tour des yeux et de la partie nue des joues. Son bec, sa langue et ses pattes sont anthracite, tout comme l’arrière de sa longue queue.

On le rencontre en Amérique du Sud où il vit dans la forêt tropicale. Il se nourrit de noix, de cacahouètes, de fruits et de verdure.

Son bec extrêmement puissant lui permet d’ouvrir des noix trop dures pour d’autres oiseaux, notamment les noix des palmiers.

La reproduction s’étend d’octobre en février. Bisannuelle, la ponte est généralement de deux œufs, mais peut varier d’un à trois. L’incubation dure près d’un mois.

Capable de voler dès sa quatorzième semaine, l’oisillon ne devient autonome que vers l’âge de huit à dix mois. En dépit de cela, il passera près de deux ans en compagnie de ses parents avant de les quitter définitivement.

Il prend quatre à six ans pour atteindre l’âge adulte. Sa durée de vie est de cinquante ans.

À l’état sauvage, il ne reste plus que quelques milliers de spécimens, l’espèce étant victime du braconnage (pour son plumage) et la destruction des emplacements de nidification.

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif M.Zuiko 75mm F/1,8
1re photo : 1/160 sec. — F/4,0 — ISO 2000 — 75 mm
2e  photo : 1/200 sec. — F/1,8 — ISO 1600 — 75 mm


Pour consulter les textes de ce blogue consacrés au règne animal, veuillez cliquer sur ceci

L’Ara hyacinthe
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| Animaux, Nature | Mots-clés : | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


L’église du Très-Saint-Nom-de-Jésus

23 août 2017

Tout comme la basilique Sainte-Sophie de Constantinople, l’église du Très-Saint-Nom-de-Jésus honore un attribut divin.

En effet, la basilique Sainte-Sophie (aujourd’hui désacralisée) n’honorait pas une des saintes portant ce prénom, mais plutôt la Sagesse de Dieu; en grec, sagesse se prononce sofía.

De la même manière, l’église du Très-Saint-Nom-de-Jésus n’honore pas Jésus de Nazareth mais le Nom qu’il porte.

Au début du XXe siècle, la ville de Maisonneuve — qui sera annexée à Montréal en 1918 — connait un boum économique lié au fait que cette municipalité était un paradis fiscal pour les industries manufacturières.

Sa forte croissance démographique incite le clergé catholique à y construire une église en croix latine de la taille d’une cathédrale.

C’est à Charles-Aimé Reeves et Albert Mesnard — associés dans la même firme d’architectes située à quelques rues de là — qu’est confiée la tâche de dresser les plans de l’édifice qui sera construit de 1903 à 1906.

Façade de l’église

L’église occupe une superficie de cinq-mille mètres carrés et sa façade est haute de soixante mètres.

Elle est souvent décrite comme étant de style romano-byzantin. De nos jours, cela n’est pas très évident.

L’extrême sobriété extérieure de l’édifice fait en sorte que la caractérisation du style ne repose sur pas grand-chose.

La plupart des ouvertures (portes et fenêtres) se terminent en demi-lune. C’est probablement ce qui lui vaut d’être dite d’inspiration romane.

Quant à l’influence byzantine, elle reposait sur l’aspect originel des clochers, épousant la forme des mitres des popes orthodoxes.

Depuis, ils ont été remplacés par des clochers pointus.

Nef

La nef se compose d’un large vaisseau central bordé d’étroits bas-côtés qui servent d’allées. Le long de ces allées, les colonnes en bois peintes en faux-marbre sont couronnées de chapiteaux corinthiens plaqués en or 24 carats (comme toute la dorure de l’église).


Note : Pour consulter un guide illustré des termes techniques d’architecture religieuse, on cliquera sur ceci.

Nef à la rencontre du transept

Chaque bras du transept est décoré de trois vitraux surmontés d’une rosace.

Quelques années après l’inauguration, on entreprit un ambitieux programme ornemental confié à Toussaint-Xénophon Renaud qui l’exécuta de 1914 à 1918.

Ce peintre-décorateur avait été formé à l’École des Arts et Métiers de Montréal, formation qu’il avait complétée par des stages en France, en Belgique et en Italie. Élève de l’architecte Napoléon Bourassa, il avait travaillé à la décoration de la chapelle Notre-Dame-de-Lourdes.

Chœur

Dans le chœur, le programme d’embellissement reposait principalement sur deux transformations majeures : l’ajout d’un un orgue et de son buffet sur colonnes enchâssant le maitre-autel, de même que des stalles ajoutées de part et d’autre du chœur. À l’époque, les bancs de la nef étaient de la même couleur foncée que les stalles du chœur.

Inauguré à Pâques 1915, l’orgue Casavant était le plus important à Montréal et le sixième en importance en Amérique du Nord.

Il est en deux parties; un orgue de chœur de 21 jeux situé à droite du maitre-autel (les tuyaux à gauche n’ont qu’une valeur décorative) et un orgue de tribune de 69 jeux situé à l’arrière de l’église. Au total, ces 90 jeux mettent en œuvre 6 500 tuyaux.

Cette disposition particulière permet des jeux d’écho et de réponse stéréophonique qui offrent un large éventail de moyens expressifs.

Dans le chœur, le buffet d’orgue a été dessiné par l’architecte Joseph-H. Caron et réalisé par les menuisiers de Louis Caron & Fils (de Nicolet). Le tout a été peint sur place sous la direction de Toussaint-Xénophon Renaud.

La Pentecôte, au-dessus du maitre-autel

La toile au-dessus du maitre-autel serait du peintre montréalais Georges Delfosse.

La Resurrection de T.X. Renaud, dans le bras droit du transept
Fresque à la croisée du transept

À la croisée du transept, la fresque Le Père éternel fut restaurée en 2015 par l’artiste Gina Garcia.

Exemples des vitraux

Les vitraux de la nef et du transept représentent les douze apôtres. Ils ont été créés par Gaston Vennat et Cie de Limoges.

Afin de s’assurer de la qualité du travail, le verrier français offrit un contrat clé en main en vertu duquel les vitraux étaient expédiés assemblés, prêts à être insérés dans l’ouverture des fenêtres.

Mais voilà, le contrat fut signé avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Or dès l’entrée en guerre de la France, tout le plomb du pays était réquisitionné pour faire des balles. Malgré l’interdit, les vitraux furent fabriqués et expédiés en secret.

À leur arrivée au port de Montréal en 1915, lors du dévoilement des vitraux, ce détail n’échappa pas à la presse. Ce qui fit scandale.

Notre-Dame-du-Rosaire, rosace du bras gauche du transept
Jésus et saint Jean-Baptiste, rosace du bras droit du transept

L’église compte trois rosaces mesurant six mètres de diamètre.

Au jubé, celle au centre de l’orgue représente sainte Cécile de Rome (patronne des musiciens) entourée de quatre anges musiciens.

À chaque extrémité du transept, l’image centrale de la rosace est entourée d’évêques et de docteurs de l’Église.

À l’extérieur, chaque rosace est protégée par une fenêtre en verre transparent dont le châssis de bois mime la structure de la rosace (en blanc sur la première photo). Cela crée une ombre portée qui ajoute de la profondeur à ces rosaces, particulièrement à celle de gauche, éclairée en après-midi.

Station du Chemin de Croix
Orgue à l’arrière
Statue en plâtre peint, près de la sortie

Les fondations de l’édifice reposent sur un sol instable. Déclaré dangereux, l’édifice sera fermé au culte de 2009 à 2014.

En fait, l’église devait être démolie. Mais s’il était possible de prélever les vitraux et les toiles marouflées de Toussaint-Xénophon Renaud, l’orgue devait absolument trouver preneur puisqu’il s’agit d’un chef-d’œuvre de Casavant.

Même offert gratuitement, la Place des Arts le refusa pour garnir sa salle symphonique. La technologie a évolué depuis un siècle; les orgues contemporains sont complètement informatisés, ce qui n’est pas le cas de l’orgue de l’église.

Devant l’impossibilité de s’en départir, le diocèse de Montréal (aidé financièrement par le gouvernement québécois) a résolu de restaurer l’église.

En dépit du fait que les travaux ne sont pas encore terminés, ils sont suffisamment avancés pour permettre la réouverture de l’église depuis la veille de Noël 2014.

Aux intéressés, la messe dominicale y débute à 9h30.

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II, hypergone 8 mm F/1,8 et objectifs M.Zuiko 12-40 mm F/2,8, M.Zuiko 25 mm F/1,2 et Lumix Leica 42,5 mm F/1,2.

L’église du Très-Saint-Nom-de-Jésus
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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’éclipse solaire d’hier

22 août 2017
Cliquez sur l’image pour l’agrandir

Pour la première fois en quatre décennies, une éclipse totale du soleil traversait hier le territoire des États-Unis, de l’Oregon à la Caroline du Sud.

Au Québec, l’éclipse n’était que partielle, comme en fait foi cette photo prise de mon balcon à 14h38, alors que l’éclipse était à son maximum.

Mais ce n’est que partie remise puisqu’en 2024, le Québec aura droit à sa seule éclipse solaire totale de tout le XXIe siècle.

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectif M.Zuiko 40-150mm F/2,8 + multiplicateur de focale M.Zuiko MC-14 — 1/8000 sec. — F/22,0 — ISO 100 — 200 mm

L’éclipse solaire d’hier
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Un symbole anti-Trump

21 août 2017

Donald Trump est le 45e président des États-Unis.

C’est en février dernier que l’artiste américain Mike Mitchell a créé ce symbole graphique. Il est composé du nombre 45 rayé par une barre oblique (comme sur les avis d’interdiction).

Depuis le soutien implicite de Trump aux suprémacistes blancs, ce symbole se répand comme une trainée de poudre sur les médias sociaux.

Un symbole anti-Trump
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Écrit par Jean-Pierre Martel


Montréal Symphonique

20 août 2017
Elisapie (à droite)
Alain Lefèvre
Marc-Olivier Jean
Isabelle Boulay
Les trois orchestres
Mélanie Renaud
Les familles McGarrigle et Wainwright
Rufus Wainwright
Coeur de pirate et Patrick Watson
Diane Dufresne

Depuis des mois, la célébration du 375e anniversaire de Montréal donne lieu à une multitude d’évènements assez extraordinaires.

Un des plus remarquables a sans doute été, hier soir, le concert Montréal Symphonique.

Pour l’occasion, on installé une scène au pied du flanc Est du Mont-Royal, transformant celui-ci en immense amphithéâtre à ciel ouvert où 80 000 spectateurs ont pu prendre place sur l’herbe.

Ce concert était retransmis en direct dans une vingtaine de parcs et salles de la métropole.

Pour la première fois, les trois plus grands orchestres symphoniques de la ville — l’Orchestre symphonique de Montréal, l’Orchestre Métropolitain et l’Orchestre symphonique de McGill — ont mis de côté leurs rivalités afin de présenter un gigantesque concert de musique pop et de musique classique.

Plus de 375 musiciens, chanteurs populaires et choristes ont uni leurs efforts sous la direction du chef Simon Leclerc, spécialiste de l’orchestration de la musique pop.

Étaient en vedette, Daniel Bélanger, Isabelle Boulay, Coeur de pirate, Béatrice Dear, DJ Champion, Diane Dufresne, Elisapie, ILAM, Wyclef Jean, Pierre Lapointe, Mélissa Laverge, Alain Lefèvre, Marie-Nicole Lemieux, Marie-Josée Lord, Anna McGarrigle, Jane McGarrigle, M-Mo, Mélanie Renaud, Martha Wainwright, Rufus Wainwright, et Patrick Watson.

Grâce à des enceintes et de grands écrans répartis sur le site, tous les auditeurs ont pu bien voir le concert.

Toutefois, dans un orchestre symphonique, les instruments aigus sont placés à gauche et les instruments graves à droite. Puisque les trois orchestres symphoniques n’ont pas été fusionnés, mais plutôt placés côte à côte, cela annulait l’effet stéréophonique qu’on aurait pu obtenir autrement.

Au-dessus des musiciens et choristes, de gros cylindres servaient d’écran à des projections très réussies rendant hommage à des lieux emblématiques de la ville (pont Jacques-Cartier, stade olympique, silhouette des gratte-ciels, minoterie Five Roses), à l’art de la rue (Corno et Zïlon), au club de hockey Canadien, etc.

Ambitieux, ce concert fut une des entreprises qui auront le mieux réussi à contribuer au succès des célébrations du 375e anniversaire de la métropole.

Pour ceux qui l’ont manqué, ce concert sera retransmis le 10 septembre prochain à 19h30 sur les ondes de Radio-Canada.

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectifs M.Zuiko 40-150 mm F/2,8 + multiplicateur de focale M.Zuiko MC-14 (2e et 9e photos), et M.Zuiko 12-40 mm F/2,8 (les autres photos)
  1re photo : 1/60 sec. — F/2,8 — ISO 640 — 12 mm
  2e  photo : 1/250 sec. — F/4,0 — ISO 6400 — 140 mm
  3e  photo : 1/100 sec. — F/2,8 — ISO 1600 — 40 mm
  4e  photo : 1/80 sec. — F/2,8 — ISO 1250 — 40 mm
  5e  photo : 1/60 sec. — F/2,8 — ISO 2000 — 15 mm
  6e  photo : 1/80 sec. — F/2,8 — ISO 800 — 40 mm
  7e  photo : 1/80 sec. — F/2,8 — ISO 500 — 30 mm
  8e  photo : 1/80 sec. — F/2,8 — ISO 1250 — 40 mm
  9e  photo : 1/250 sec. — F/4,0 — ISO 3200 — 210 mm
10e  photo : 1/100 sec. — F/2,8 — ISO 800 — 40 mm

Montréal Symphonique
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| 375e anniversaire de Montréal, Culture, Évènements, Musique | Mots-clés : | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


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