Les secrets des papillons Héliconius

4 avril 2017

Les chenilles d’Heliconius se nourrissent de feuilles de passiflore. Accumulant les toxines qui s’y trouvent, elles acquièrent une toxicité qui les protège des prédateurs, même parvenues à l’état de papillon.

De tous les papillons, ceux du genre Heliconius ont la particularité d’être les seuls qui se nourrissent de pollen en plus du nectar.

Cet apport richement protéiné leur confère une durée de vie de plusieurs mois, contrairement aux autres papillons qui ne vivent généralement que quelques semaines.

À l’université de Californie, l’équipe de la professeure Adriana Briscoe a entrepris d’étudier spécifiquement les Héliconius et plus particulièrement l’H. érato.

Ses recherches ont révélé d’intéressantes découvertes.

Trompe de l’Héliconius érato

La trompe des Héliconius est plus longue que la moyenne des autres papillons. De plus, cette trompe qui nous semble lisse, ne l’est pas en réalité. Elle est hérissée de poils courts et, à son extrémité effilée, de papilles gustatives.

Ces poils ont pour but de capter les grains de pollen.

En déployant et en enroulant leur trompe, les Héliconius broient ce pollen. De plus, leurs glandes salivaires sont plus développées que celles des autres papillons : elles sécrètent des protéases, c’est-à-dire des enzymes capables de digérer les protéines du pollen.

Mais les recherches du Dr Briscoe ont permis de préciser que les poils de la trompe, ceux qui captent justement le pollen, contiennent également des protéases.

Puisque les Héliconius ne sont pas capables de rétracter leur trompe dans leur bouche, la surface de cette trompe est capable d’absorber les acides aminés libérés par la dégradation des protéines sous l’action des protéases de leurs poils.

En somme, contrairement à celle des éléphants, la trompe de l’Héliconius est un organe digestif.

Certaines de ces protéases se retrouvent également dans le code génétique d’autres papillons, notamment du papillon Isabella, apparenté aux Héliconius.

Chez les papillons qui ne se nourrissent que de nectar, ces enzymes étaient utiles au cours leur période larvaire ou servent des fins métaboliques (plutôt que digestives) chez le papillon adulte.

À titre d’exemple, chez la chenille des papillons de nuit, une protéase sert à dissoudre la soie (protéique) afin de ‘zipper’ le cocon et emprisonner la chrysalide.

Parvenus à l’âge adulte, certains papillons choisissent de réprimer l’expression de gênes devenus inutiles. Tout comme les humains qui cessent de boire du lait à l’âge adulte et qui deviennent intolérants au lactose parce qu’ils répriment leur fabrication de l’enzyme qui dégrade ce sucre.

Heliconius érato

On sait depuis longtemps que les papillons femelles sécrètent des substances volatiles (appelées phéromones) qui attirent les papillons mâles et que ces derniers peuvent, chez certaines espèces, reconnaître à des kilomètres.

Au cours de recherches récentes effectuées sur l’H. érato, on a découvert que les yeux de ce papillon sont dotés de photorécepteurs spécialisés.

L’un d’eux est pour le rouge dont la longueur d’onde est d’environ 600nm. On soupçonne que cela permet à ce papillon de voir les bandes rouges des papillons de son espèce sans remarquer celles, très semblables, d’H. melpomène. Tout comme l’ultraviolet est noir à nos yeux.

Références :
Gene Duplication and Gene Expression Changes Play a Role in the Evolution of Candidate Pollen Feeding Genes in Heliconius Butterflies
Sexual dimorphism in the compound eye of Heliconius erato: a nymphalid butterfly with at least five spectral classes of photoreceptor

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif M.Zuiko 40-150 mm F/2,8 (2e photo) avec multiplicateur de focale MC-14 (1re photo)
1re photo : 1/250 sec. — F/5,6 — ISO 640 — 150 mm
2e  photo : 1/320 sec. — F/5,6 — ISO 2000 — 150 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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