Les pourparlers à Hambourg au sujet d’Alep

C’est plus tôt aujourd’hui qu’avaient lieu à Hambourg des pourparlers russo-américains en vue d’une nouvelle trêve à Alep, en Syrie.

À au moins deux reprises (les 20 et 21 octobre, puis le 4 novembre), la Russie a décrété unilatéralement des trêves pour permettre aux civils de quitter la ville assiégée.

Mais les mercenaires islamistes soutenus par l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie ont installé des tireurs embusqués le long des couloirs d’évacuation décrétés par Moscou pour empêcher les civils d’en profiter.

Les Américains tentaient donc aujourd’hui de convaincre les Russes d’accorder une trêve supplémentaire.

Le choix de la ville d’Hambourg comme lieu de ces pourparlers est ironique.

Un des livres les plus importants que j’ai lus dans ma vie est « Inferno : The Fiery Destruction of Hambourg – 1943 » de Keith Lowe.

Sans jugement moral, ce livre est la description minutieuse des bombardements anglais d’Hambourg, la ville portuaire où l’Allemagne nazie fabriquait ses sous-marins.

Après avoir bombardé les quartiers industriels de la ville, on s’est rendu compte que le Reich était en mesure de reprendre la production en moins de six mois.

Donc on a changé de stratégie. On a détruit la moitié des quartiers résidentiels de la ville dans le but de priver les usines de main-d’œuvre.

À cette fin, on a créé des murs de feu au sein desquels les civils mourraient asphyxiés par manque d’oxygène, où ceux qui voulaient fuir en étaient empêchés parce que l’asphalte se changeait en goudron sous leurs pieds, etc.

Du strict point de vue humanitaire, les bombardements russes à Alep ne sont rien en comparaison des bombardement alliés à Hambourg, à Dresde et à Hiroshima.

Le fond du problème est que la guerre est une boucherie. Elle l’a toujours été et le sera toujours.

Permettre aujourd’hui aux mercenaires islamistes de fuir la ville, c’est leur donner l’occasion de reprendre leurs forces et les retrouver à combattre ailleurs, de nouveau contre les Russes.

La stratégie occidentale est de rendre dispendieuse et inefficace l’intervention militaire russe en Syrie, comme a été ruineuse l’intervention russe en Afghanistan entre 1979 et 1989.

Le choix de la Russie à Alep est simple : prolonger l’agonie ou donner le coup de grâce.

La Russie a très bien compris la stratégie occidentale. Il est donc peu probable que ces pourparlers aboutissent à quelque chose. Alors pourquoi la Russie se plie-t-elle à cet exercice ?

La politique américaine relative à la Syrie dépend de la qualité des informations reçues par leurs services de renseignements.

À ce sujet, les Américains ont leurs espions et leurs analystes. Ils bénéficient également des informations fournies par les services de renseignements israéliens, turcs, saoudiens et jordaniens.

Mais en matière de politique internationale, on ne sait jamais qui est le manipulateur et qui est le manipulé. Les pays qui fournissent des renseignements dévoilent la partie de la vérité qui leur convient dans le but précis de tenter d’influencer leur interlocuteur.

De par la nature même de ces pourparlers, les États-Unis apprennent certaines des informations secrètes que possèdent les services de renseignements russes.

Or la Russie est au front. Grâce à la présence de ses soldats et grâce aux interrogatoires musclés des mercenaires qu’elle fait prisonniers, elle obtient des renseignements les plus crédibles au sujet de ce qui se passe réellement dans cette ville.

Et les Américains ont la tâche de distinguer entre les faits et la tentative de manipulation.

Or ce que disent les Russes aux Américains, c’est que les rebelles encore retranchés dans Alep sont presque exclusivement des milices islamistes affiliées… à Al-Qaida.

Un nombre croissant de rapports des services secrets américains indiquent, effectivement, que la Russie dit vrai.

Enlisés dans leurs contradictions, les États-Unis se retrouvent dans la situation inconfortable de plaider la pitié pour leurs ennemis jurés. Ils y sont poussés par les efforts diplomatiques de l’Arabie saoudite (membre du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU) qui tente de sauver ses ressortissants encerclés à Alep.

On peut donc présumer de la mollesse des supplications américaines en faveur d’un cessez-le-feu à Alep et des résultats de cette initiative douteuse.

Références :
Al-Qaeda group’s gains in Syria undermine U.S. strategy
Asphyxiés à Alep, les rebelles appellent à un cessez-le-feu
ONU : la Russie perd sa place au Conseil des droits de l’Homme, l’Arabie saoudite réélue

Les pourparlers à Hambourg au sujet d’Alep
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