Le révolver de Paul Verlaine

C’est plus tôt aujourd’hui qu’a été vendu aux enchères le révolver le plus célèbre de la littérature française.

L’arme doit sa renommée à un fait divers survenu le 10 juillet 1873.

Ce soir là, vers 20h, l’agent Michel de la police bruxelloise fait l’arrestation de Paul Verlaine sur la rue du Midi, près de la Place Rouppe.

Âgé de 29 ans, l’écrivain français est accusé d’avoir tenté d’assassiner le poète Arthur Rimbaud, de dix ans son cadet, avec lequel il partage depuis quelques jours un appartement situé à quelques rues de l’endroit où il est arrêté.

Paul Verlaine est un homme violent.

Sa mère a fait trois fausses couches. Elle parlait à ses fœtus, conservés précieusement dans des bocaux. Avec son front proéminent, Paul Verlaine leur ressemble. Il se trouve laid. Mal aimé, il saisit l’affection quand celle-ci passe sur son chemin; il a couru les bordels et couché avec des hommes.

En janvier 1872, il était tombé amoureux d’un adolescent, Arthur Rimbaud. De toute sa vie, ce dernier n’aura qu’une seule passion homosexuelle, celle avec Verlaine, brulante et toxique.

Après des séjours à Londres, Verlaine et Rimbaud sont dans la capitale belge en juillet 1873 au 1 rue des Brasseurs, près de la Grande Place.

En instance de séparation, Verlaine a écrit à sa femme à Paris pour lui dire que si elle ne venait pas le rejoindre à Bruxelles dans les trois jours, il se ferait sauter la cervelle.


 
À cette fin, ce matin-là, il a acheté aux Galeries St-Hubert un Lefaucheux de calibre 7mm à crosse de bois, fabriqué à Liège trois ans plus tôt.

Mais celle qu’il a violée un soir de beuverie, celle qu’il a trompée avec la bonne, ne viendra pas.

À l’appartement, Verlaine a montré son nouveau révolver à Rimbaud. Puis ils sont sortis. En raison de l’abondance des débits de boissons aux environs de la Grande Place, ils passent la matinée à boire.

De retour à l’appartement vers 14h, l’adolescent annonce à Verlaine son intention de le quitter. Fou de rage, Verlaine verrouille la porte, se retourne vers Rimbaud (à trois mètres de lui) et tire deux balles dans sa direction. L’une atteignant le jeune poète au poignet gauche et l’autre se loge au sol.

Le bruit de la détonation et la vue du sang ont calmé les belligérants. Pris de remords, Verlaine accompagne l’adolescent blessé à l’hôpital St-Jean où ce dernier sera pansé en attente d’une extraction de la balle sept jours plus tard. Mais le jeune poète en a assez; il veut partir sur-le-champ.

Ce soir-là, à mi-chemin vers la gare du Midi, plus précisément sur la Place Rouppe, Verlaine devance Rimbaud et se retourne vers lui en glissant la main dans sa poche. Rimbaud présume que c’est pour en sortir son arme.

Encore sur le choc de leur dispute, l’adolescent appelle à l’aide le premier policier qu’il voit.

Paul Verlaine est arrêté. Moins de dix jours plus tard, Rimbaud retire sa plainte imputant à l’ivresse le geste de son ami.

En dépit de cette renonciation, les pouvoirs publics accusent Verlaine de voie de fait et le condamnent à la peine maximale, soit deux ans de prison.

Le révolver, confisqué par la police, est retourné à l’armurier Montigny, du 11 Galerie de la Reine. À la fermeture de cette boutique, en 1981, l’arme a été vendue à Jacques Ruth, huissier de justice belge et amateur d’armes à feu. Celui-ci l’a conservé jusqu’à sa mise aux enchères aujourd’hui.

Achetée pour trente francs belges par Verlaine en 1873, l’arme a été vendue 434 500 euros cet après-midi.


 
Références :
L’arme avec laquelle Verlaine a tiré sur Rimbaud vendue aux enchères 435 000 euros
Le pistolet avec lequel Verlaine a tiré sur Rimbaud est mis aux enchères à Paris
Le révolver avec lequel Verlaine a failli tuer Rimbaud
Le revolver avec lequel Verlaine tenta de tuer Rimbaud aux enchères
L’incident de Bruxelles
Sodomie, alcool et revolver à six coups

Le révolver de Paul Verlaine
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2 commentaires à Le révolver de Paul Verlaine

  1. Pierre Pinsonnault dit :

    :o) Finalement, M. Martel, on est tiraillé. En philo on apprend qu’une chose ne peut à la fois être et ne pas être. Pourtant l’histoire que vous nous racontez aujourd’hui dans ce billet est à la fois pas gaie du tout mais gaie tout de même. C’est tout à votre honneur. (o:

    Pour me faire pardonner ce jeu de mots, permettez-moi de vous citer des mots utilisés par un spécialiste de la langue pour expliquer l’ajout de la lettre «h» il y a plusieurs siècles au mot «huit». Encore une question de sexe ! En effet le chiffre 8 s’écrivait « uit » comme aussi le « membre viril » … Confusion possible. La lettre « h » fut donc ajoutée pour éviter dorénavant cette inconvenance. Le spécialiste de la langue qui enseigne ce fait utilisa la façon la plus délicate qui soit : la lettre « h » fut ajoutée pour servir de « feuille de vigne » ! FTour de passe-passe formidable à mon humble avis et qui côtoie bien la qualité de vos textes, M. Martel.

  2. sandy39 dit :

    To be or not to be ? That is the big question !

    Mais lequel des Philosophes que l’on découvre au lycée, l’a dit ?

    Alors les Gars, lequel d’entre vous se lance dans la recherche ? Car, il ne me semble pas que ce soit Verlaine ou Rimbaud…

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