Les noms des Québécois

Il y a des modes pour tout.

Si les noms de famille révèlent la lignée héréditaire, ce n’est pas le cas des prénoms, laissés au choix des parents.

Selon les peuples, les critères de sélection varient.

Il n’y a pas si longtemps au Québec, on donnait souvent au nouveau-né le prénom d’un ainé admiré dans le clan familial (celui d’un grand-père, par exemple). C’était souvent un prénom secondaire apparaissant sur le certificat de naissance, mais rarement utilisé dans la vie de tous les jours.

Dans un pays comme le Vietnam, c’était la dernière chose à faire. Par respect, personne d’autre ne portait ce prénom jusqu’à la mort du patriarche. Pour éviter que si, en grandissant, ce nouveau-né se transforme en adulte peu recommandable, il entache le prestige que l’ainé a créé autour de son nom.

Chez les Slaves et les Scandinaves (deux sociétés patriarcales), chaque personne reçoit un prénom, suivi d’un deuxième qui est celui spécifique du père.

En Russie Boris, fils d’Alexandr, s’appellera Boris-Alexandrovitch. Et Kira, fille de Gueorgui (c’est-à dire Georges), s’appellera Kira-Gueorguievna.

Il y a des siècles, le Suédois Andreas, fils de Karl, s’appelait Andreas Karlsson avant que Karlsson ne devienne un nom de famille au lieu de n’être qu’une signe de filiation permettait de distinguer cet Andreas des autres.

En Europe, l’admiration pour une vedette de cinéma (Alain pour Alain Delon), une chanteuse populaire (Céline pour Céline Dion), ou un athlète célèbre, a multiplié le nombre des nouveau-nés portant le même prénom.

Finis donc les Télesphore, les Alphonse, et les Ovide. Et disparue (croit-on) la honte d’être stigmatisé à cause de son prénom, comme le chantait si bien Fernandel au sujet d’Ignace… à moins, évidemment, que les prénoms populaires aujourd’hui deviennent la risée des générations futures.

Au Québec, depuis 1980, les dix prénoms masculins les plus populaires sont (en ordre décroissant) : Alexandre, Maxime, Samuel, Mathieu, Jonathan, Gabriel, David, Olivier, Simon et Nicolas. Comme aux États-Unis, la mode masculine est aux personnages bibliques, ce qui révèle de la montée du sentiment religieux chez les jeunes parents.

Et pour les amateurs des tendances les plus récentes, le palmarès de 2015 est le suivant : Thomas, William (et non son équivalent français, soit Guillaume), Jacob, Liam, Félix, Nathan, Samuel, Logan (qui signifie trou en Écossais), Alexis et Noah (soit Noé en anglais).

Ici on perçoit l’influence des séries télévisées américaines et des personnages de jeux vidéos.

Chez les fillettes, c’est différent. Oubliez les diminutifs de prénoms masculins (Claudette, Pierrette, Yvette, etc.) et les prénoms qui suggèrent l’image d’une femme passive. Les dix prénoms féminins les plus populaires depuis 1980 sont : Stéphanie, Catherine, Jessica, Émilie, Audrey, Julie, Valérie, Mélissa, Sarah et Mélanie.

Et le dernier cri, en 2015, c’est Emma, Léa, Olivia, Alice, Florence, Zoé, Chloé, Béatrice, Charlotte, et Rosalie. Alors qu’on dénombrait 1 877 nouvelles Stéphanie en 1988, leur nombre a chuté à 19 en 2013, soit beaucoup moins que le nombre de Rainettes faux-grillon dont le gouvernement canadien a ordonné la protection environnementale.

Pour ce qui est des noms de famille, les choses étaient simples.

En 1981, la législation québécoise a permis aux femmes de donner leur nom de famille à leurs enfants. Les mères célibataires ont donc pu éviter d’attribuer à leur enfant le nom de famille du géniteur qui avait abandonné ses responsabilités.

Mais cela a surtout permis à de nombreux couples de donner un nom de famille composé de celui du père et de la mère. Perçue comme une victoire féministe, cette évolution a connu son apogée en 1992, où 22% des enfants ont été appelés ainsi.

Cette tendance a connu de nombreux obstacles. Les boites de saisie lors de l’inscription électronique ayant souvent un nombre maximal de caractères, les enfants concernés se sont retrouvés avec des documents (des passeports, par exemple) sur lesquels leur nom est épelé différemment que sur leur certificat de naissance.

Plus le nom est long, plus grandes sont les chances de se tromper en l’épelant. Après trois erreurs, votre carte de crédit est inactivée.

De plus, à long terme, il fallait prévoir la progression de la longueur des noms de famille des enfants quand les parents aux noms de famille composés s’épousent entre eux. Par exemple, lorsque Tremblay-Massicotte épouse Lamontagne-Bouchard, est-ce que leurs enfants porteront quatre noms, leurs petits-enfants huit noms et leurs petits-petits-enfants seize noms, et ainsi de suite ?

Bref, cela ne mène nulle part. Peut-être serait-il plus sage que les fillettes adoptent le nom de famille de leur mère et les garçons, celui de leur père.

De nos jours, à peine dix pour cent des familles choisissent un nom de famille composé pour leurs enfants.

Références :
Combien de personnes s’appellent comme vous?
Les 5 prénoms les plus populaires
Les noms de famille composés en voie de disparition

Complément de lecture :
Le palmarès des prénoms Français en 2015

Les noms des Québécois
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