La guerre, c’est la guerre

À l’unanimité, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté le 3 mai 2016 une résolution condamnant le bombardement d’hôpitaux.

Cette résolution fait suite aux représentations de Médecins sans frontière (MSF), un organisme qui a dénombré 94 attaques contre des hôpitaux et cliniques qu’il soutient en Syrie, trois au Yémen et ce, sans compter l’hôpital afghan bombardé par les forces américaines en octobre 2015.

Depuis les dix derniers jours, à Alep, en Syrie, quatre hôpitaux du côté rebelle et deux du côté gouvernemental ont été durement touchés par des obus.

À l’ONU, la présidente internationale de MSF a accusé quatre des cinq membres permanents du Conseil de sécurité d’avoir participé à des coalitions responsables d’attaques contre les hôpitaux. Sans les nommer, Docteure Liu visait celle dirigée par l’OTAN en Afghanistan, celles menées par l’Arabie saoudite au Yémen, et celles menées par les autorités syriennes avec le soutien de la Russie.

Dès le lendemain de son adoption, la maternité al-Dabit à Alep, a été violemment touchée par des tirs de milices rebelles en Syrie.

Depuis la création de l’ONU — et même depuis celle de la Société des Nations qui l’a précédée — on tente de ‘civiliser’ les pratiques guerrières. Avec des résultats variables.

De manière générale, on abandonne les pratiques qui ne s’avèrent pas fiables (comme l’utilisation des gaz toxiques, imprévisibles en raison du vent). Mais il est décevant de voir des pratiques qu’on croyait révolues (comme la torture) être préconisées ouvertement de nos jours par certains pays en dépit de leur inefficacité avérée.

En 1143, le pape Innocent II menaça d’excommunication les arbalétriers, les fabricants de cette arme et ceux qui en faisaient le commerce. Ce qui n’a pas empêché l’arbalète de connaitre un immense succès en raison des avantages que son emploi conférait aux armées qui l’employaient.

Il y a des siècles, en Europe, les églises servaient de refuges en temps de guerre; il aurait été impensable de donner l’assaut contre des ennemis retranchés dans un lieu de culte.

Mais voilà bien longtemps que plus personne ne respecte cela. Au contraire, les mosquées, par exemple, sont souvent les cibles privilégiées le vendredi, au moment de leur fréquentation maximale, par des djihadistes de confession musulmane opposée.

Quant aux hôpitaux, les scrupules à leur égard rétrécissent de guerre en guerre.

Au cours de la seconde Intifada, l’armée israélienne postait des chars d’assaut à l’entrée des hôpitaux palestiniens dans le but de tirer sur les ambulances qui y apportaient des combattants ennemis blessés. La raison invoquée était que ces ambulances serviraient de caches d’armes.

Dans le même ordre d’idée, les attentats d’Al-Qaida contre des marchés publics en Afghanistan et en Irak s’exécutent habituellement en deux phases; la première à un moment de fort achalandage et l’autre, quinze ou vingt minutes plus tard, quand beaucoup de gens ont accouru pour secourir et soigner les blessés.

De mars 2011 à la fin de février 2016, l’organisation non gouvernementale américaine Physicians for Human Rights a compté 359 attaques en Syrie contre des établissements médicaux, dont 90% attribuées au régime de Bachar el-Assad. Très souvent, cette destruction précède l’assaut de l’infanterie.

Dans le cadre d’une guerre autant psychologique que militaire, on vise à instaurer l’insécurité chez le combattant ennemi en bombardant à la fois les hôpitaux et les boulangeries.

Parmi le bruit assourdissant des bombes, on lui fait savoir que sa fin approche; s’il devait être blessé sérieusement, il ne pourra plus compter sur personne. Mais il est encore temps de faire défection pour sauver sa peau…

Voilà le message.

Ceux qui s’opposent à cela partagent une noble conviction dans le progrès de l’Humanité. Le problème, c’est que ceux qui sont animés de tels idéaux guerriers sont précisément ceux qui ne la font pas.

Références :
Journal d’une mission civile en Palestine
La Palestine à l’heure de l’apartheid
Le Conseil de sécurité demande de protéger hôpitaux et médecins dans les conflits
Le Pentagone se défend d’un crime de guerre
Plaidoyer contre l’inhumanité
Syrie : à Alep, « une atmosphère de chaos et de désespoir »
Syrie : les hôpitaux, cibles délibérées du régime ?
Soigner sous les bombes

La guerre, c’est la guerre
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