L’ABC de la guerre syrienne (1re partie)

12 décembre 2015

Présentation de la Syrie

La Syrie est un pays arabe situé au Moyen-Orient. Ce pays possède une superficie 185 180 km², soit l’équivalent du tiers de la France.

Environ 22% du territoire est désertique ou semi-désertique. Le reste est composé de pâturages (44,6%), de terres arables servant à des cultures provisoires (25,4%) et de terres agricoles permanentes (5,8%).

Depuis 1964, la superficie des terres arables a diminué de 34,9% à 25,4% en raison de la désertification.

En juillet 2014, le pays était peuplé de 17 millions de personnes, urbanisées dans une proportion de 57,7%. L’âge moyen y est de 23,8 ans en raison de l’importance démographique des jeunes de moins de quinze ans (32,5%). L’alphabétisation y est de 90% chez les garçons et de 80% chez les filles.

Les Arabes y forment 90,3% de la population. Le reste est composé de Kurdes, d’Arméniens et d’autres minorités ethniques.

L’État syrien, se voulant laïc, ne procède à aucun recensement confessionnel. Officieusement, on estime que les principales confessions religieuses sont les suivantes :
• 75,0% Musulmans sunnites
• 12,0% Alaouites (Musulmans chiites)
• 10,0% Kurdes (Musulmans à 80% sunnites)
•   5,4% Syriaques (Catholiques orthodoxes)
•   3,0% Druzes (Mulsulmans chiites)

Selon le CIA Word Factbook, en 2014, le secteur tertiaire (soit les services) représentait 62,9% du produit intérieur brut. Suivaient le secteur industriel avec 19% (pétrole, textile, agroalimentaire, tabac, phosphate, ciment, extraction des huiles alimentaires, assemblage automobile), et l’agriculture proprement dite avec 18,1% (blé, orge, coton, légumineuses, betterave à sucre, élevage du mouton, œufs, volaille et production laitière).

Le produit intérieur brut par personne était de 5 100$US en 2011, ce qui plaçait la Syrie au 165e rang mondial. Depuis, la situation s’est considérablement dégradée.

Les sanctions économiques internationales contre le régime de Bachar el-Assad ont fait chuter officiellement les exportations de 98%, passant de 11,3 milliards$ en 2010 à 185 millions$ en 2012. Toutefois, cela ne tient pas compte de la contrebande de pétrole dont l’importance est estimée entre 120 et 500 millions de dollars, selon les sources consultées.

Présentation des pays voisins de la Syrie

Carte de la Syrie

Au nord, le pays voisin est la Turquie. La Turquie et la Syrie entretiennent une relation conflictuelle pour différentes raisons, mais surtout depuis le rattachement en 1939 d’une province syrienne à la Turquie.

Cette bande de terrain prive la Syrie d’environ la moitié de son accès à la Méditerranée. Cette annexion est reconnue internationalement mais la Syrie ne l’a jamais acceptée.

Cette animosité se reflète par la nature des échanges commerciaux entre ces deux voisins, qui se limitent essentiellement de nos jours à la contrebande de pétrole.

À l’est et au sud-est, le pays voisin est l’Irak. Avant les sanctions économiques contre la Syrie, c’était en Irak que la Syrie expédiait la majorité de ses exportations.

Au sud, se trouve la Jordanie. Pays fragile, la Jordanie essaie de vivre harmonieusement avec tous ses voisins. Lorsqu’elle doit choisir, elle se range du côté du plus puissant.

À l’ouest, se trouvent le Liban et Israël. Celui-ci a annexé illégalement le Golan (le sud-ouest de la Syrie) en 1981 après l’avoir occupé pendant des années.

À l’époque où la Syrie était une puissance régionale, celle-ci faisait la pluie et le beau temps au Liban, n’hésitant pas à assassiner ou à faire tuer les dirigeants libanais qui ne lui convenaient pas.

C’est par le biais de la Syrie que l’Iran fait parvenir armes et financement à un mouvement terroriste chiite libanais appelé le Hezbollah. Comme beaucoup de mouvements qui font la promotion de l’Islam politique, le Hezbollah est à la fois un organisme caritatif et paramilitaire.

Guerre_syrienne_zUn peu moins de 200km de la frontière occidentale de la Syrie donne directement sur la Méditerranée. C’est sur cette rive qu’est construite — à Lattaquié, quatrième ville du pays — la seule base maritime russe en Méditerranée.

De plus, le port syrien de Tartous, à 60km plus au sud, accueille en permanence des navires de la flotte russe. C’est là que se trouve aussi une base de radars russes.

En aout et septembre derniers, la Russie a construit sa première base aérienne en Syrie, autour de l’aéroport de Jableh, une ville située à 25km au sud de Lattaquié, et qui est également un port maritime.

De plus, la Russie a entamé la construction d’une deuxième base aérienne. Celle-ci est située à Shayrat, à l’intérieur du pays, près de la troisième ville la plus populeuse (Homs) et à environ 100km de la capitale (Damas). Cette nouvelle base militaire protège ces deux villes et bloque l’avancée des milices de l’État islamique vers l’ouest.

Sur ses bases militaires, la Russie déploie ses missiles sol-air les plus sophistiqués, d’une portée de 400km et d’une précision remarquable. Dans les faits, depuis le déploiement récent de ces missiles, la Russie — allié du gouvernement syrien — a pris le contrôle de l’espace aérien du pays. Ses missiles peuvent également tirés à partir du sous-marin Rostov-on-Don, stationné à l’intérieur des eaux territoriales de la Syrie.

En comparaison, les bombardiers américains se ravitaillent sur des bases militaires turques situées en Turquie. Les États-Unis sont donc soumis au bon vouloir et aux caprices de leur hôte.

La Grande-Bretagne, entrée officiellement depuis peu dans la guerre syrienne, stationne ses bombardiers sur une base militaire britannique située sur l’île de Chypre. Celle-ci est à 187km des côtes syriennes. On voit donc l’avantage que possède la Russie d’avoir plusieurs bases militaires situées beaucoup plus près des zones de combat.

Quant à la France, ses bombardiers se ravitaillent sur le porte-avion Charles-de-Gaulle, stationné au large des côtes syriennes.* La position de la France, hostile à la fois au régime de Bachar el-Assad et à l’État islamique a pour conséquence que ses chasseurs doivent rester hors de portée des défenses antiaériennes syriennes en faisant le détour par la Turquie au nord ou par la Jordanie au sud.

L’influence générale de la Russie dans les affaires internationales n’est plus ce qu’elle était aux beaux temps de l’URSS. Toutefois, dans le cas particulier de la Syrie, ses avantages stratégiques sont tels qu’il ne peut avoir de résolution de la crise syrienne sans elle.

*Post-scriptum du 2016-01-12 : Le porte-avion Charles-de-Gaulle a quitté la Méditerranée; il est maintenant en route pour le golfe Persique. La Russie ayant pris le contrôle de la presque totalité de l’espace aérien de Syrie, il devenait plus prudent pour la France (hostile à Bachar-el Assad), d’aller œuvrer en Irak.

Ce redéploiement est également un autre signe annonciateur de la reconquête de Mossoul (la deuxième ville irakienne, actuellement aux mains de l’État islamique).

Références :
Chute de près de 100% du commerce extérieur syrien
CIA World Factbook – Syria
La Russie a installé une deuxième base militaire en Syrie
Le porte-avions français Charles de Gaulle est entré en action en Syrie et en Irak
Les Kurdes, un peuple éclaté entre quatre pays
Les missiles S-300 russes et la neutralisation de la suprématie militaire américaine
Russia is building a second military airbase in Syria
Russia’s Expanding Military Presence in Syria
Russian S-400 missiles turn most of Syria into no-fly zone, halt US air strikes
Syrie: La Russie bombarde depuis un sous-marin
Syrie
Terres arables, Syrie

Parus depuis :
Le chef du Pentagone en visite pour la première fois sur le « Charles-de-Gaulle » (2015-12-19)
Opérations aériennes contre l’EI depuis le porte-avions « Charles-de-Gaulle » (2016-09-30)

L’ABC de la guerre syrienne (1re partie)
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4 commentaires

| Géopolitique, Guerre en Syrie | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


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