La tuerie de Charlie Hebdo : les lacunes du renseignement (1re partie)

La première partie de ce texte vise à démontrer que les auteurs des attentats de la semaine dernière à Paris étaient bien connus des services de renseignements et qu’ils avaient même fait l’objet de condamnations par les tribunaux civils pour leur association avec des groupements terroristes.

Le texte débute par la présentation d’une personne qui n’a joué aucun rôle dans les attentats eux-mêmes, mais qui est à l’origine de la radicalisation de deux des trois terroristes impliqués dans cette affaire. Son cas est relaté ici puisqu’il servira à l’examen des causes et solutions à cette radicalisation.

Farid Benyettou

À 16 ans, Farid Benyettou habite chez sa soeur. Celle-ci vit également avec son époux — un Algérien intégriste relié à Al-Qaida au Maghreb islamique — qui sera expulsé l’année suivante vers l’Algérie pour avoir projeté de perpétrer des attentats pendant la Coupe du monde en France.

En 2003, Farid Benyettou est préposé d’entretien le jour et imam autoproclamé le soir.

C’est dans la mosquée parisienne d’Adda’wa (aujourd’hui détruite) qu’il recrute des jeunes dans le but d’aller combattre les soldats occidentaux auprès d’Al-Qaida en Irak.

Emprisonné en 2005 sous l’accusation d’être associé à des malfaiteurs en vue de préparer des actes terroristes, il est condamné en mars 2008 à six ans fermes de prison en tant qu’organisateur principal de cette filière djihadiste. Il a été libéré en 2011, soit six ans après le début de sa détention provisoire.

Âgé aujourd’hui de 33 ans, il est étudiant infirmier, diplômable en mars 2015, sans toutefois avoir de possibilité de travailler dans le secteur public en raison de son casier judiciaire.

Les frères Kouachi

En 2003, les frères Kouachi habitent ensemble dans le 19e arrondissement de Paris, où ils font connaissance de Farid Benyettou.

Convaincu par ce dernier, le plus jeune des frères décide de participer au djihad en Irak.

Le 25 janvier 2005, au départ d’un périple qui devait le mener à Damas (en Syrie), puis en Irak, Chérif Kouachi est intercepté par police française et condamné trois ans plus tard pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste.

Ayant purgé sa peine en préventive, il est libéré à l’issue de son procès. Toutefois, c’est durant sa captivité qu’il rencontre Amedy Coulibaly (le troisième homme des attentats de Paris de janvier 2015).

En 2010, les forces policières déjouent un complot estimé à faire évader l’auteur d’une série d’attentats à Paris en 1995. Parmi les suspects arrêtés, les frères Kaouachi seront libérés pour insuffisance de preuve.

Au cours de leur incarcération préventive, ils retrouvent Amedy Coulibaly, que Chérif a connu en prison en 2005.

En 2011, Saïd Kouachi (l’ainé des frères) fait un stage de deux semaines dans un camp d’entrainement d’Al-Qaida au Yémen en 2011. Les services de renseignement américains informent leurs collègues français de ce fait.

Les deux hommes se retrouvent donc sur une liste d’interdiction de vol à destination des États-Unis.

Amedy Coulibaly

Amedy Coulibaly est un malfaiteur multirécidiviste.

Condamné en 2004 pour vol à main armée, il fait la connaissance de Chérif Koauachi en prison. Ce dernier y est détenu en raison de sa participation à la filière djihadiste de Farid Benyettou.

En juin 2010, Amedy Coulibaly est arrêté par les services antiterroristes. Il est accusé d’avoir participé à un projet d’évasion de l’auteur d’une vague d’attentats commis en 1995 dans le métro et RER parisien pour le compte du Groupe islamique armé (GIA, algérien).

Lors de la perquisition de son domicile en marge de cette affaire, les enquêteurs retrouveront 240 cartouches de kalachnikov. Condamné pour possession d’arme illégale, il est libéré en mars 2014.

Références :
Amedy Coulibaly
Attentat à « Charlie Hebdo » : « Vous allez payer car vous avez insulté le Prophète »
Attentat en France: au cœur de la traque, la filière des «Buttes Chaumont»
Attentats: le budget illisible du Renseignement
Charlie Hebdo : une faille béante dans le Renseignement
Chérif Kouachi, ami d’enfance d’un tueur de l’État islamique
Chérif Kouachi faisait déjà parler de lui en 2005
EXCLUSIF. “Charlie Hebdo” : l’itinéraire de Coulibaly, le troisième homme
Coulibaly et les frères Kouachi, itinéraire d’un trio terroriste
Filière des Buttes-Chaumont
L’avocat du co-prévenu de Chérif Kouachi: En 7 ans cet homme est devenu un monstre
Les frères Chérif et Saïd Kouachi ont bien été formés au Yémen
Les frères Kouachi étaient connus de Washington
Mohammed Merah
Un ticket pour le jihad

La tuerie de Charlie Hebdo : les lacunes du renseignement (1re partie)
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2 commentaires à La tuerie de Charlie Hebdo : les lacunes du renseignement (1re partie)

  1. Pierre Pinsonnault dit :

    Un vrai polar !

  2. sandy39 dit :

    On ne peut plus clair ! Merci J.Pierre !

    Car, j’avais déjà remarqué, dans les articles, à l’ordi, qu’ils se contredisaient, déjà, sur la prise d’otages du supermarché ! Dur, dur, d’être journaliste !

    Mais, Vous, J.Pierre, quand vous donnez la liste de vos références : vous avez tout lu ?… Quand, le matin est consacré aux revues de presse…

    C’est au moins clair sur : qui a connu qui, comment qui a rencontré qui… Et, que le Gouvernement savait très bien qu’ils étaient en possession d’armes…

    Hier soir, au “20 heures” : on a eu droit au témoignage de Lilian, employé de l’Imprimerie, sorti vivant de sa cachette, sous l’évier du réfectoire… Quel beau Mec ! Epargné et dire, qu’au supermarché, Certains ont donné leur Vie pour sauver les Autres !

    Le prix à payer de la Vie dans ces conditions -drôle de Loi Humaine !-, Certaines Vies se retrouvent sacrifiées pour en sauver d’Autres… C’est ce qui s’appelle : ne pas avoir le choix !

    Et, Pierre, je vois, toujours amoureux de ses romans policiers…

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