La géopolitique de la baisse du prix du pétrole

Les États-Unis

Sur les 93 millions de barils de pétrole que l’Humanité brule quotidiennement, les États-Unis en produisent maintenant 12 millions. Si bien que ce pays est devenu le principal producteur mondial d’or noir, devançant l’Arabie saoudite.

Si la surproduction de pétrole et la baisse des prix qui en découle sont une très mauvaise nouvelle pour presque tous les pays producteurs, elles sont une bonne nouvelle pour les États-Unis dont l’économie est demeurée très énergivore.

En effet, cela augmente la compétitivité de ses entreprises; le prix de revient du pétrole de schiste consommé par les entreprises américaines est moindre que le pétrole acheté au prix international et acheminé sur de longues distances aux entreprises européennes, notamment.

De plus, elle sert la politique étrangère américaine.

La Russie

La Russie est un état mafieux dont la montée en puissance est une menace pour ses voisins européens (pays baltes, Georgie, et Ukraine, entre autres).

Toutefois, plus de la moitié du budget de l’État russe est financée par ses exportations de gaz et de pétrole en direction de l’Europe. Cette dépendance énergétique fait en sorte que l’Union européenne est divisée quant à la sévérité des sanctions à adopter pour limiter l’expansionnisme russe.

La chute des revenus dont dispose Moscou, associée à la fuite des capitaux provoquée par les sanctions financières imposées à la Russie, atteint le même but que si les pays européens avaient pu se payer le luxe de boycotter les hydrocarbures russes dont ils dépendent.

Le Venezuela

Depuis d’accession au pouvoir d’Hugo Chávez (décédé l’an dernier), le Venezuela est le grain de sable dans le soulier des Américains. Les États-Unis ont bien tenté de déstabiliser son gouvernement. En vain.

Depuis, l’influence du Venezuela est en partie responsable des victoires électorales des partis de gauche en Amérique latine.

Mais les mesures sociales introduites par Chávez et la popularité de son régime dépendent étroitement du cours élevé du prix du pétrole. Au prix actuel, le Venezuela sera en sérieuses difficultés financières dans moins de deux ans, ce qui réduira d’autant son influence régionale.

L’Arabie saoudite

Il en coûte environ 10$ à l’Arabie saoudite pour produire un baril de pétrole. Si la baisse ces cours lui est défavorable, elle a un effet encore plus dramatique pour ses ennemis, au premier rang desquels se trouve l’Iran.

L’Iran

L’Iran et l’Arabie saoudite sont en guerre. Il ne s’agit pas d’un conflit armé, mais d’une guerre religieuse et d’une lutte impitoyable en vue de la suprématie régionale. D’une certaine mesure, on peut comparer ce conflit à celui qui a opposé l’Angleterre et la France pendant des siècles.

Le coût de revient d’un baril de pétrole est bas en Iran, comme il l’est partout au Moyen-Orient. Mais en refusant de diminuer sa production afin de favoriser l’augmentation des prix, l’Arabie saoudite pratique une politique de terre brulée destinée à affamer le régime des Mollahs iraniens.

En effet, l’Arabie saoudite possède des réserves financières colossales qui lui permettent de traverser des décennies de privation, ce qui n’est pas le cas de l’Iran, déjà affaibli par les sanctions économiques internationales.

La production de pétrole alternatif

Pour les compagnies productrices de pétrole de schiste et de celui extrait des sables bitumineux, la baisse du prix du pétrole compromet la rentabilité de certains investissements et dissuade la mise en production de nouveaux gisements en Russie et en Chine.

En d’autres mots, en favorisant la baisse des prix, l’Arabie saoudite met hors d’état de nuire ses concurrents économiques les plus vulnérables et renforce la dépendance de ses clients à son propre pétrole et l’influence mondiale qui en découle.

Les Saoudiens savent très bien que le règne du pétrole est condamné et conséquemment, qu’ils ont intérêt à en profiter sans relâche, quel qu’en soit le prix.

Conclusion

La conséquence de toute reprise de l’économie réelle, c’est que la demande mondiale de pétrole repartira à la hausse. Mais d’ici là, la chute des prix sert les intérêts géopolitiques des pays occidentaux et des pétromonarchies.

Références :
Le pétrole est en chute libre après la réunion de l’OPEP
Pourquoi l’or noir ne vaut plus de l’or

La géopolitique de la baisse du prix du pétrole
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3 commentaires à La géopolitique de la baisse du prix du pétrole

  1. Pierre Pinsonnault dit :

    Merci M. Martel de nous fournir cette analyse.

    Permettez-moi d’ajouter une partie de ce que j’ai retenu de l’exposé et des réponses à RDI-Économie (T.V. 18h30) d’un spécialiste de Desjardins sur la question du prix du pétrole actuel et de ce qui pourrait advenir dans les prochaines années.

    Les données que vous fournissez complètent de façon intéressante celles du spécialiste. Car la question posée par l’animateur était : Qui est le gagnant ou le perdant parmi les producteurs de pétrole.

    Il y aurait juste une nuance en rapport avec ce que vous mentionnez à propos de l’Arabie Saoudite. Il semble que l’Arabie Saoudite a décidé de laisser jouer les règles du marché plutôt que prendre une position qui, les années passées, assurait un certain équilibre. Comme vous le dites elle est prête et en mesure d’en subir les conséquences.

    Toutefois, il semble que, malgré le coût de production très bas de son pétrole, une baisse « trop marquée trop longtemps » (c’est mon expression) du prix du pétrole pourrait nuire à l’Arabie Saoudite : elle aurait besoin de beaucoup d’argent pour payer ses dettes. Le spécialiste n’a pas précisé si le « trop longtemps » se comptait en années ou dizaines d’années comme vous le suggérez. Mais il m’a semblé que ce ne pourrait pas être plus qu’une dizaine ou une quinzaine d’années.

    Voilà ! Merci encore pour votre très intéressant point de vue.

    • La dette publique de l’Arabie saoudite représente 12% de son PIB, soit environ 84 milliards$. Par ailleurs, au 31 décembre 2012, l’État saoudien possédait des réserves de 657 milliards$ en or et en devises étrangères, soit huit fois plus.

      D’autre part, les surplus budgétaires de l’État correspondent annuellement à 12,6% du PIB. Donc sans avoir à puiser dans ses réserves de devises — les quatrièmes plus importantes au monde — l’Arabie pourrait payer toutes ses dettes en un an sans avoir à se serrer la ceinture.

      Les investissements américains détenus personnellement par les milliers de princes saoudiens et leurs amis — notamment les membres de la famille ben Laden, dont Oussama était le mouton noir — représentent huit pour cent de l’économie des États-Unis.

      Ensemble, Bill Gates et Warren Buffet valent 134 milliards$. Si mes calculs sont justes, la fortune cumulée des deux Américains les plus riches au monde ne représente que 0,84% du PIB des États-Unis, soit dix fois moins que ce possèdent collectivement les Saoudiens dans ce pays seulement.

  2. sandy39 dit :

    SUR QUELQUES FLOCONS TOMBANT SUR LE BLOGUE…

    A Pierre,

    POUR UN MUR AU CHAUD…

    Vous savez donner le Ton dans vos jolis textes qui ouvrent la Saison sur l’Energie. Une Energie qu’il faut maintenir en Nous -et qu’on enflamme tous les jours sur ce Blogue !- pour affronter l’Hiver, pour réchauffer les Cœurs en Hiver et pour, garder la Hauteur des murs porteurs… des murs de fleurs !

    Enfin, que la Couleur de la Blancheur de l’Hiver nous porte encore et encore !…

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