Irak : l’instrumentalisation des malheurs du peuple yézidi

En 2007, alors que l’Irak était occupé militairement pas les États-Unis et le Royaume-Uni, Du’a Khalil Aswad, une jeune fille de 17 ans, membre d’une tribu de Yézidis, fut lapidée à mort au Kurdistan irakien à la demande de son oncle. Pourquoi ? Celle-ci était tombée amoureuse d’un Musulman. Toute la scène a été filmée à l’aide de téléphones portables. Mais jamais les forces d’occupation n’ont cherché à trouver ni à punir les coupables.

Le but de la guerre en Irak de 2003 était de libérer le pétrole irakien de son embargo et non de libérer le peuple irakien. Et pour favoriser l’acceptation par les Irakiens de l’occupation militaire qui en a suivi, il fallait fermer les yeux sur les coutumes arriérées du peuple yézidi, entre autres.

Conséquemment, les mariages forcés et les crimes d’honneur se sont poursuivis impunément avec la complicité tacite des forces d’occupation.

Cinq mois après la lapidation de Du’a Khalil Aswad, le groupe armé État Islamique — déjà lui — venge la mort de celle-ci en faisant exploser quatre camions-citernes dans autant de villages yézidis, tuant 796 personnes et faisant plus de 1 500 blessés. À l’époque, l’Irak est occupé par 150 000 militaires anglais ou américains, appuyés par 163 000 mercenaires, tous impuissants à prévenir cette violence.

Mais pour nous faire accepter une nouvelle guerre qui tire sa justification du désastre laissé par une guerre antérieure, on nous donne l’exemple des pauvres femmes yézidies qu’on délivrerait de leurs bourreaux musulmans alors qu’un quart de million de soldats étrangers au sol étaient impuissants ou indifférents à leur sort il y a si peu d’années.

De plus, jusqu’à tout récemment, l’armée canadienne décourageait les soldates victimes de viols au sein même de l’armée de porter plainte. L’armée était beaucoup plus préoccupée à préserver son prestige qu’à poursuivre les soldats violeurs. Peut-on croire sérieusement à cette soudaine sollicitude à l’égard des Yézidies violées ?

Tout cela vise à manipuler les femmes occidentales afin qu’elles acceptent une nouvelle guerre en Irak. En réalité, les forces américaines et britanniques ne se sont jamais souciées des malheurs des femmes yézidies. Jamais.

Dans cette partie du monde, on n’assiste pas à un affrontement entre des bons et des méchants, mais entre des méchants et des pires qu’eux.

Il serait peut-être temps de réaliser que si les Sunnites irakiens veulent la Démocratie parlementaire à l’Occidental, il faudra qu’ils en paient le prix de leur propre sang et non compter passivement sur nous. Le fait qu’ils ne soient pas prêts à payer ce prix et qu’ils accueillent de manière enthousiaste l’arrivée des soldats de l’organisation État Islamique m’incite à croire qu’ils ne veulent pas vraiment changer. Quelques années d’un califat barbare leur ferait peut-être changer d’idée…

Malheureusement, cette idée est totalement inacceptable pour l’Occident. L’Irak deviendrait ainsi une immense base opérationnelle pour le terrorisme international, financée par ses revenus pétroliers. Il faudrait donc de nouveau un boycottage international du pétrole irakien (du moins celui du nord du pays) et des frappes de drones pour détruire ses camps d’entrainement au fur et à mesure qu’ils apparaissent.

Ce serait surtout l’aveu de l’échec cuisant de la politique des Néoconservateurs américains au Moyen-Orient; après avoir dépensé des centaines de milliards$, les États-Unis se retrouvent devant une situation pire que celle qui prévalait au moment où Saddam Hussain a été renversé.

Idéalement, les États-Unis devraient réaliser trois choses.

Premièrement, dans un pays divisé par des haines tribales, seul un gouvernement central fort, voire sanguinaire, peut garantir l’unité du pays… à moins de laisser les différentes ethnies irakiennes décider de leur avenir et leur laisser le choix de rompre les frontières artificielles décidées par l’Angleterre et la France lors du dépeçage de l’Empire ottoman.

Deuxièmement, ils ne peuvent laisser l’Arabie saoudite financer des écoles coraniques qui prêchent le wahhabisme — une forme rigoriste de l’Islam à la limite de la haine contre les valeurs occidentales — et qui sont donc des pépinières de terroristes, sans que cela ait des conséquences sur la paix.

Et troisièmement, lorsque les pétromonarchies du golfe déstabilisent la Syrie et arment les combattants radicaux jusqu’aux dents, ces mercenaires acquièrent une expertise dangereuse qui se répercutera inévitablement ailleurs. À semer le vent, on récolte la tempête.

Mais je doute que les Américains soient lucides au point de tirer une leçon de leurs erreurs.

Dans tous les cas, le Canada suivra la parade américaine parce qu’il n’a pas le choix. Le groupe armé État Islamique, au-delà de toute propagande occidentale, est réellement une menace à la sécurité du monde. Seuls l’Iran, la Turquie et Israël sont en mesure de s’opposer à une invasion des hordes de cette organisation barbare. Ni la Jordanie, ni l’Arabie saoudite (en dépit de la sophistication des armes dont elle dispose), ni les pétromonarchies du golfe, ni tout le reste de la péninsule arabique, n’ont d’armées capables d’y faire face.

Dans le contexte actuel, la seule décision que le Canada peut prendre, c’est de limiter à l’avance l’importance de sa participation. Mais à voir le zèle du gouvernement Harper à battre naïvement le tambour de la guerre, il ne fait aucun doute que la participation canadienne sera maximale.

Références :
Culture du viol dans l’armée : le point de vue d’un ex-militaire
Doaa Khalil Assouad
La lapidation ou la barbarie participative
Le cauchemar des femmes prisonnières de l’État islamique

Paru depuis :
Les conservateurs aussi inactifs que les libéraux pour aider les yézidis (2016-07-19)

Sur le même sujet :
Ce que cache la menace “État islamique”
« La lutte se joue principalement dans l’imaginaire »

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