Un pipeline traversant le Québec : pas sans garantie

On apprend aujourd’hui que la compagnie TransCanada désire aller de l’avant dans la construction du pipeline Énergie-Est, destiné à acheminer le pétrole de l’Alberta vers les lieux de raffinement et d’exportation situés au Nouveau-Brunswick. Conséquemment, ce pipeline doit traverser le Québec.

Tant qu’on consommera du pétrole, il faudra bien le transporter. Or qu’il le soit par bateau, par train ou par camion, il y aura toujours des risques environnementaux. Et chaque clan prétend que son mode de transportation est le moins risqué.

Dans la mesure où le transport ferroviaire est conçu pour desservir le plus de municipalités possibles alors que le transport par pipeline les évite, j’ai déjà écrit qu’entre deux maux, je préfère le moindre, c’est à dire le transport par pipeline. Je n’ai pas changé d’avis.

Mais il y a une question qui est demeurée sans réponse : en cas de déversement, qui paiera ?

L’expérience de Lac-Mégantic

La catastrophe de Lac-Mégantic représentera des déboursés de 500 millions$ à un milliards$ en terme de décontamination et de dédommagement aux victimes.

Je me serais attendu à ce que le gouvernement fédéral s’engage à tout payer, quitte à poursuivre la compagnie ferroviaire responsable afin de récupérer une partie de cette somme. Mais cela n’est pas le cas.

Le gouvernement fédéral est responsable de la sécurité du transport ferroviaire. C’est une responsabilité qui lui est exclusive.

Pendant des années, le gouvernement Harper a systématiquement ignoré les rapports d’experts lorsque la mise en application de leurs recommandations aurait pu représenter une dépense supplémentaire pour les compagnies ferroviaires.

C’est le gouvernement Harper qui a permis aux compagnies ferroviaires d’opérer avec presque personne à bord. C’est lui qui a réduit le nombre d’inspecteurs de 215 à 204 entre 2011 à aujourd’hui alors que le transport de pétrole brut connaissait une croissance 2 800% en trois ans.

C’est lui qui préfère laisser à chaque transporteur ferroviaire, le soin de s’assurer du respect des normes de sécurité. Et finalement, depuis qu’il est au pouvoir, le gouvernement Harper a transformé le ministère des Transports en tampon encreur approuvant aveuglement les desiderata de l’industrie ferroviaire.

Bref, en fermant les yeux sur les pratiques de l’industrie, ce gouvernement est responsable de cette tragédie. Évidemment, le premier responsable est la compagnie MMA : le gouvernement Harper est le suivant.

Plutôt que de s’engager à payer la facture, le gouvernement Harper n’a promis que 60 millions$. Cela ne représente qu’entre six et douze pour cent des coûts réels de cette catastrophe. En d’autre mots, les contribuables québécois paieront la presque totalité des conséquences de l’aveuglement bienveillant du gouvernement Harper à l’égard de l’industrie ferroviaire.

Avantages et inconvénients du pipeline

Le pipeline TransCanada représente peu de retombées économiques pour le Québec. Il y aura bien quelques contrats accordés à des entreprises québécoises au moment de sa construction mais une fois construit, le pétrole coulera tout seul.

Donc du côté des avantages, il n’y en a qu’un : en cas de catastrophe, il y aura moins de morts. Mais les inconvénients sont énormes : en cas de déversement, les compagnies impliquées s’en laveront les mains — c’est la faute du fabricant du tuyau, du sous-traitant qui l’a installé, des ouvriers qui ne l’ont pas bien sécurisé, etc. — le fédéral promettra rien ou presque, et les contribuables du Québec, toujours aussi niaiseux, paieront le reste.

Conclusion

Je n’ai aucune objection à ce que des pipelines traversent le Québec. Mais le projet Énergie-Est consiste à faire porter sur le dos des contribuables québécois tous les risques de cette traversée, sans que le Québec en retire le moindre avantage.

Donc, tant et aussi longtemps que le gouvernement Harper n’annoncera pas son engagement à payer la totalité des coûts de la catastrophe de Lac-Mégantic — dont il est responsable, rappelons-le — il est hors de question que le Québec accepte la traversée d’aucun pipeline transcanadien, sauf ceux nécessaires à l’alimentation des raffineries québécoises.

Références :
Le pipeline de TransCanada en trois questions
TransCanada va de l’avant avec son oléoduc vers l’est du pays
TransCanada veut bâtir un pipeline qui traversera le Québec

Parus depuis :
Projet Enbridge: peu d’avantages pour le Québec, selon une étude (2013-09-09)
Pipeline Énergie Est : le NON ! de Montréal (2016-01-22)

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