Éloge du flou

À la suggestion d’un photographe canadien dont le pseudonyme est FrankS009, je me suis procuré le livre « Within the Frame » de David duChemin.

En feuilletant ce livre, j’ai été surpris de voir que plusieurs des photos qui l’illustrent sont floues. Non pas quelles soient des exemples de photos ratées mais, au contraire, des clichés réussis en dépit d’un bougé au moment de la prise.

L’effet d’une sonnette

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Ce qui m’a rappelé le cas de la photo ci-dessus, que j’ai renoncé à inclure dans un de mes diaporamas après une très longue hésitation. On y voit un vélo-taxi qui, en klaxonnant, non seulement attire l’attention d’un groupe de jeunes Cubains au retour de l’école, mais surprend également votre humble serviteur en train de les photographier.

En dépit de son bougé (plus évident lorsque la photo est agrandie), il s’agit d’une photo qui parle, qui raconte une histoire. La composition asymétrique mais parfaitement équilibrée de l’image, le jeu des mains, le naturel des attitudes croquées sur le vif, tout contribue à me faire aimer cette image.

Mais, persuadé qu’elle susciterait une controverse, et compte tenu que le diaporama contenait déjà près de 300 photos nettes, celle-ci a été disqualifiée, à mon grand regret.

Les amoureux de Shanghai

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Lors d’une chaude soirée de septembre 2010, j’ai surpris un couple d’amants en train de s’embrasser sur la voie publique à Shanghai. Mais avec un temps d’exposition d’une demi-seconde, pour une photo prise tout en marchant, c’était inévitable; la photo était floue.

Mais quel éclat dans les couleurs. Et ce tourbillon de lumières qui exprime si bien l’ivresse d’un baiser. Quant au flou, il voile de poésie une démarche essentiellement voyeuriste.

Objectivement, il s’agit d’une photo ratée. Parce que le flou est à la photographie ce que l’apostasie est à la religion.

Mais en regardant ces deux photos, je ne peux m’empêcher de me rappeler ces mots d’Henri Cartier-Bresson : « La netteté est une préoccupation bourgeoise », si loin de nos obsessions modernes…

Détails techniques :
1re photo : Olympus OM-D e-m5, objectif Lumix 12-35 mm F/2,8 — 1/200 sec. — F/5,0 — ISO 200 — 16 mm
2e  photo : Panasonic GH1, objectif Lumix 20 mm F/1,7 — 1/2 sec. — F/1,7 — ISO 800 — 20 mm

Éloge du flou
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Un commentaire à Éloge du flou

  1. sandy39 dit :

    Agrandie, c’est vrai qu’elle est chouette !

    Amants ou mariés ? Ou peut-être les deux à la fois. Aucune importance quand un baiser imprévu nous projette au-delà de notre propre Vie, agrippés l’un à l’autre.

    Et même pas le Temps de se rendre compte que le Temps ne compte plus et s’arrête lorsque nous flottons au-delà du vide, quand un baiser vient capturer le Temps…

    Quand le flou nous fait tourbillonner dans les Vertiges de l’Amour…

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