Petite histoire de l’État moderne

La naissance de l’État

MésopotamieTant que l’Humanité était nomade, elle pouvait s’organiser en tribus mais seule la sédentarisation permettra la naissance de l’État.

Bien avant la Chine, c’est en Mésopotamie (dans l’Irak actuel) qu’est née l’agriculture, il y a environ 11 500 ans. L’agriculture y est née parce que le climat de l’époque s’y prêtait et parce que cela était plus commode; au lieu de marcher des dizaines de kilomètres afin de trouver les aliments dont ils avaient besoin, les chasseurs-cueilleurs ont rapproché ces plantes d’eux et les ont cultivées. Précisons que les premiers agriculteurs étaient des femmes : les hommes se réservant la chasse comme chasse gardée.

Mille ans plus tard, entre la Perse et la Mésopotamie, la domestication de la chèvre, du mouflon (ancêtre du mouton), du sanglier et de l’aurochs (ancêtre du bœuf) achève la sédentarisation des anciens peuples nomades de la région. Ces ongulés sont parqués, nourris et soignés dans le but d’obtenir leur lait, leur fourrure, leur cuir et leur viande.

Deux milles ans plus tard, on y invente l’irrigation. Or jusque là, seule une tout petite partie de la Mésopotamie recevait les 25 cm de pluie annuelle nécessaires à l’agriculture sèche (sans irrigation). Avec la construction de canaux d’irrigation, l’agriculture s’étendra à toute la région.

Au départ, seules les terres bordant les rivières (le Tigre et l’Euphrate) en profitent. Mais avec la diminution de la famine et l’explosion de la population, un nouveau phénomène apparait.

Jusque là, lorsqu’une colonie devenait trop importance, le sol devenait incapable de nourrir tout le monde. Le clan se brisait; un groupe essaimait vers un territoire situé plus loin. En Mésopotamie, il suffisait d’étendre le réseau d’irrigation pour que la capacité nourricière du sol augmente. Pour la première fois, la nécessité de collaborer — afin d’accroitre l’irrigation — finit par dominer.

Le village bordant la rivière se transforme en une ville traversée par elle. Déjà on voit apparaitre des métiers spécialisés (forgerons, menuisiers, ébénistes, tailleur de pierre, etc.).

Puis nait la cité-État lorsque l’étendue du territoire à irriguer nécessite une autorité apte à coordonner la construction de réseaux de digues et de barrages amenant l’eau sur de très longues distances, et lorsque la vulnérabilité de tout le réseau aux envahisseurs en font un enjeu stratégique.

Il y a 5 000 ans, les grands ouvrages collectifs apparaissent. Il y a 3 000 ans, ces ouvrages deviennent colossaux. Le roi assyrien Sennacherib fait construire un canal de 80km de long et 20m de large pour alimenter en eau la capitale de son royaume.

Évidemment, chaque royaume possède son armée. Puisqu’un peuple doté de soldats entrainés est avantagé par comparaison avec les populations laissées à leur sort, tous les autres peuples sont forcés de suivre l’exemple des premières cités-États. Au fil des conquêtes et des alliances féodales, les Nations se construisent. Et ce que les guerres échouent à accomplir, les alliances matrimoniales entre dynasties font le reste…

La guerre et la naissance de la finance

Au VIIIe siècle, pour financer la guerre aux Musulmans qui avaient envahi le Sud de la France, Charles Martel avait confisqué les avoirs des églises de France et avait fait fondre le métal précieux des objets liturgiques. Mais quelques siècles plus tard, les armes lourdes et l’obligation d’engager des mercenaires rendent les guerres trop onéreuses pour les États.

On doit alors solliciter des emprunts auprès de marchands fortunés établis hors des frontières du royaume. Mais ces prêts sont risqués et leurs taux d’intérêts prohibitifs. Peu à peu, ces prêteurs délaissent le négoce de biens (responsable jusque-là de leur fortune), au profit du prêt usuraire. C’est la naissance de la finance.

Au cours des siècles qui suivront, finance et noblesse feront bon ménage. Attiré par la perspective d’anoblissement (et les privilèges qui en découlent), les marchands fortunés prêteront aux nobles qui vivent au-dessus de leurs moyens.

Et quand Bonaparte envahira l’Europe et ce faisant, menacera la solvabilité d’une multitude de princes allemands endettés, les grands financiers autrichiens donneront à Wellington les moyens de battre Napoléon à Waterloo.

Puis tout au cours du XIXe siècle, c’est autour de la table de grands financiers que se règleront les petits conflits dynastiques susceptibles de dégénérer en effusion de sang.

La naissance de l’État-providence

De garant de l’intégralité du territoire et de protecteur de sa population contre les envahisseurs, l’État le transforme peu à peu en dispensateur de services.

Dès l’antiquité, il est le seul suffisamment puissant pour arbitrer les différents. La Justice devient sa prérogative. Il fait les lois qui régissent la vie collective.

Et pour faciliter les échanges au sein du royaume et conséquemment, sa prospérité, les États construisent des routes (et beaucoup plus tard, des voies ferrées, et des aéroports).

Dès Henri IV, on installe à Paris quelques fontaines publiques dans le but de faciliter l’approvisionnement en eau potable de la population.

Depuis la Réforme luthérienne, la nécessité de lire la Bible dans le texte est un puissant motivateur pour l’apprentissage de l’écriture et de la lecture chez les peuples protestants. Cette motivation n’existe pas alors dans les pays catholiques. Or, lorsqu’arrive la révolution industrielle, une main d’œuvre qualifiée est un avantage concurrentiel pour n’importe quel pays.

Les États mettent alors sur pied l’instruction publique qui, par le biais de l’enseignement de l’histoire, contribuent également au sentiment d’appartenance à la Nation. Quelques siècles plus tard, l’instruction publique est gratuite au niveau primaire et secondaire, et est très largement subventionnée (ou est gratuite, selon les pays) au niveau universitaire.

Dans le but de réduire l’insalubrité séculaire des grandes villes européennes, on repoussera vers la périphérie l’abattage des animaux de boucherie, on mettra sur pied la collecte des ordures domestiques, et l’approvisionnement en eau potable.

Dès la fin du XIXe siècle en Amérique du Nord, les bénévoles responsables du combat des incendies sont remplacés par des pompiers payés et équipés par les gouvernements municipaux.

Pendant la Grande dépression des années 1920, l’État américain met en place une politique de grands travaux pour relancer l’activité économique.

Au XXe siècle, l’État prend la relève des sociétés de secours et crée l’assurance-chômage et la pension de vieillesse. Puis, afin que les entrepreneurs disposent d’une main-d’œuvre saine et vigoureuse, on crée l’assurance-maladie et dans certains pays, l’assurance-médicaments.

Depuis quelques années au Québec, les mères désirant retourner au travail bénéficient d’un réseau de garderies publiques.

Les familles sont également soulagées du fardeau de soutenir leurs aïeux grâce à un réseau d’hospices et de résidences publiques pour personnes âgées.

Toutes ces mesures sociales sont financées par les taxes et les impôts payés par les citoyens et gérés par l’État. Et pour assumer ces services, les gouvernements doivent faire construire des édifices, payer des employés, acheter des fournitures, etc.

Et plus ces mesures sont coûteuses, plus grande est la place de l’État dans l’économie. Donc, plus les citoyens sont taxés. Parce que tout se paie.

Petite histoire de l’État moderne
Votre évaluation :

5 commentaires à Petite histoire de l’État moderne

  1. Pierre Pinsonnault dit :

    :o) Qu’est-ce qui vous a pris “à matin”, M. Martel, de remonter plus ou moins avant ou après le déluge ! (o:

    Je suppose que c’est d’entendre des tas de gens se plaindre (injustement à mon avis) de leur fardeau fiscal. Je suis donc d’accord avec vous. Il faudrait faire lire votre texte devant tous les publics. Bonne fin de journée.

    • Vous avez tout compris. Le tout a commencé par l’ébauche d’un texte qui visait à répondre à la question : “C’est quoi être de droite ou de gauche ?”. Mais après un interminable préambule, celui-ci est devenu la première partie d’une série de deux textes.

      Demain, on se repose l’estomac : il s’agira d’un interlude au sujet du Magnolia de Loebner. Il ne faudrait pas que ce blogue devienne trop indigeste, quand même… 🙂

  2. Tout se paie… deux fois plutôt qu’une, en effet.

    Les seigneurs mafieux prélèvent un tribut supérieur à ce que l’État déjà trop lourd peut tolérer. Et la loi n’y peut rien parce que les élus dépendent des mafieux pour être élus.

    Un cercle vicieux que seule la ruine peut briser ?

    • Lorsque Louis XIV fait emprisonner Fouquet et fait saisir ses biens, lorsque Poutine fait la même chose avec les oligarques du pétrole russe, l’État récupère alors la fortune de seigneurs trop gourmands.

      Dans nos pays démocratiques, un changement de gouvernement sonne parfois le glas des anciens seigneurs mafieux… ou leur remplacement par de nouveaux.

      De manière générale, le déclin des États est toujours consécutif aux déficits chroniques de la balance commerciale des pays mais, contrairement à ce qu’on pense, rarement le résultat de l’endettement des gouvernements.

      À ce sujet, l’endettement de nos pays était beaucoup plus important au cours des deux guerres mondiales, ce qui n’a pas empêché l’économie des pays victorieux de rebondir aux lendemains de ces conflits.

      La seule mesure sociale ruineuse des États modernes, c’est lorsque les banquiers deviennent des assistés sociaux de luxe. On calcule qu’environ 30% de la dette accumulée (donc séculaire) de la France, vient du sauvetage des banques en 2007-2008. Sans ce sauvetage, la dette nationale française serait de l’ordre de 60% du PIB, et principalement liée aux dépenses d’infrastructures.

      Lorsque le monde de la finance a l’audace aujourd’hui de reprocher aux États leur endettement, de spéculer sur leur monnaie, et de réclamer l’affaiblissement du filet de sécurité sociale, il pave la voie à un affrontement majeur avec les États.

      N’oublions pas que les pays qui ont le vent dans les voiles sont des pays dont l’État est très interventionniste : la Chine, la Russie, le Brésil, l’Indonésie et dans une moindre mesure, l’Inde. Quant aux modèles du laisser-faire (les États-Unis et la Grande-Bretagne), leur influence dans le monde est en déclin.

      Si on juge les idéologies par leur résultat, la conclusion est claire…

    • M.Martins dit :

      Quand ils ont vu qu’avec la force de l’obscurantisme, hélas, les religions… ils pouvaient dominer leurs semblables… et ce n’est pas fini !! Les guerres entre humains ont commencée de plus belle.

      La soif de pouvoir, de richesse, n’a pas eu de limite, les morts entre familles, est devenue courant.. la célèbre mention, toi aussi mon fils, est la plus célèbre après ils on inventée les doctrines, et vive la corruption!!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

%d blogueurs aiment cette page :