La fenêtre et le gardien de sécurité

Carnavalet
 
Il y a tellement de choses intéressantes à voir à Paris qu’on ne peut pas tout visiter. Ayant décidé d’y passer mes trois semaines de vacances à l’automne de 2003, j’avais choisi d’ignorer le Musée Carnavalet, dédié à l’histoire de la capitale française.

Mais à la fin d’une journée d’octobre, j’étais dans le Marais (il s’agit d’un quartier autrefois marécageux), la lumière commençait à baisser et un jour de semaine à 17h, il est un peu tard pour entreprendre la visite de quoi que ce soit.

Mais je passais à côté de ce musée. C’était gratuit. Il était ouvert encore une heure. Alors pourquoi ne pas y faire un tour…

D’un pas alerte au début — mais qui se ralentit dès que je compris l’intérêt de ce musée — je passais devant des toiles représentant des endroits de Paris que j’avais visités. C’était fascinant de voir dans quelle mesure la capitale française avait peu (ou beaucoup) changée au cours des siècles.

Fouquet MuchaEt toutes ces boiseries et lambris d’intérieurs luxueux sauvés du pic des démolisseurs ou des rénovateurs zélés (dont les comptoirs Art nouveau de la bijouterie Fouquet dessiné par Alphonse Mucha, ci-contre), ces portraits de personnages illustres qui y ont habités, etc.

Bref, c’était beaucoup plus intéressant que ce que j’avais imaginé.

Quand tout à coup, je passe devant une fenêtre au travers de laquelle je vois une cour extérieure charmante. Puisqu’il est permis de photographier dans ce musée, je sors mon Canon Powershot G6, l’appareil que j’utilisais à l’époque.

FenêtreProfitant de l’absence de gardien, j’approche lentement mon appareil de la fenêtre. Je dépose délicatement l’objectif métallique sur le verre et au moment précis où j’appuie sur le déclencheur, j’aperçois du coin de l’œil un gardien qui s’approche de moi rapidement.

Aussitôt, j’imagine ce gardien élever le ton et me dire quelque chose du genre : « Monsieur ! Cette fenêtre est du ixième siècle. Elle est classée monument national. Mme de Sévigné, elle-même aimait s’y appuyer pour contempler le soir couchant. Comment pouvez-vous… »

Alors que dans ma tête tourbillonnent les justifications que je pourrais invoquer, je suis étonné d’entendre le gardien s’excuser puis, alors que je me recule, m’ouvrir sans que je le demande cette fenêtre pour me permettre de prendre une meilleure photo.

Évidemment, je m’exécute aussitôt et, ravis, je remercie le gardien de mon plus beau sourire.

L’année suivante, j’étais revenu dans ce musée afin de remettre à ce gardien les photos que j’avais prises de Paris un an plus tôt. Mais je ne l’ai pas trouvé.

En repensant à ce fait divers, je me suis toujours demandé : Si j’étais gardien de sécurité au Musée des Beaux-Arts de Montréal et qu’un touriste américain me demandait de lui ouvrir une fenêtre afin de lui permettre de photographier la rue Sherbrooke, serais-je aussi accommodant ?

La fenêtre et le gardien de sécurité
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3 commentaires à La fenêtre et le gardien de sécurité

  1. Pierre Pinsonnault dit :

    Pour répondre à votre question à propos de vous-même (si vous seriez aussi accommodant?), permettez-moi de vous aider à y répondre en me basant sur ma propre expérience : comme je suis d’humeur inégale et que je réagis souvent selon certains préjugés que j’ignore jusqu’à ce qu’ils se manifestent, vous aurez deviné que ma réponse est “ça dépend”. Ça dépend de quoi ? Hey bien, je ne sais trop. De l’image ou de l’aura de la personne qui demande la faveur? Ou tout simplement, quels sont les ordres que vous avez reçus ?

    Finalement, est-ce que vous voulez déplorer l’attitude par trop restrictive du Musée des Beaux-Arts de Montréal qui interdit de prendre des photos ?

    • Ce n’était pas une critique du Musée des Beau-Arts de Montréal (MBA). Il a toujours été interdit de photographier les expositions temporaires comme dans la plupart des autres musées à travers le monde.

      Mais depuis peu, on interdit également la photographie des objets des collections permanentes. À mon avis, cela est regrettable. On tolère toutefois les photos prises avec des téléphones multi-fonctionnels et les appareils compacts.

      Mais, soyons positifs, c’est une raison de plus pour apprécier le diaporama que j’ai fait du Pavillon Claire et Marc Bourgie, à l’époque où cela était permis :
      Le pavillon Claire et Marc Bourgie du MBA. 😉

  2. M.Martins dit :

    Lisbonne en 1999. Je suis avec mon épouse dans un nouveau centre d’achat au nord-est de la capitale, quand je me prépare pour filmer le haut du toit. Je vois un gardien avancer vers moi au pas de cours. Arrivant proche, il me dit que c’est défendu de filmer… Je dis à mon épouse que plus jamais je photographiais rien, ne filmais quoi que ce soit!! Une outre fois à Sangmelima au Cameroun, moi et mes compagnons nous avons été proches de nous faire frapper pour vouloir photographier un petit jardin… J’ai réussi quand même et j’ai la photo.

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