L’acceptabilité sociale des projets miniers

Gaspé vs Pétrolia

Afin de protéger ses sources d’eau potable, la municipalité de Gaspé a adopté le 19 décembre 2012, un règlement qui a pour effet d’empêcher la compagnie Pétrolia d’effectuer des forages en vue de l’exploitation d’un gisement qui pourrait renfermer plus de 7,7 millions de barils de pétrole.

Le 24 janvier 2013, la minière a suspendu ses activités dans les limites de cette municipalité, en dépit de son permis d’exploration émis par le gouvernement du Québec.

À mon avis, il s’agit d’une sage décision. Les ressources minières appartiennent à tous les Québécois. Conséquemment, il est normal que tout projet minier soit soumis à l’obtention d’un permis provincial puisque l’État québécois est le garant des droits de l’ensemble de la population. Mais cela n’est pas suffisant.

L’actualité quotidienne nous rappelle que les gouvernements — qu’ils soient provinciaux ou municipaux — sont sensibles au pouvoir de l’argent. Lorsque les activités d’une compagnie comportent des risques pour une population, il est essentiel que cette population ait un pouvoir décisionnel quant aux risques auxquels elle est soumise.

En d’autres mots, tout projet de développement doit être sujet à son acceptabilité sociale. Cet assujettissement garantit que la population affectée en retire des bénéfices.

Interdire l’uranium au Québec ?

D’autre part, j’apprends ce matin que des groupes environnementaux pressent le gouvernement Marois d’interdire l’exploitation de l’uranium au Québec, à l’exemple de l’état américain de Virginie.

Parmi les arguments contre cette industrie, on invoque que les résidus miniers laissés par cette industrie contiennent 85% de la radioactivité originelle. Comme argument, ce n’est pas fort; c’est tout de même 15% de moins qu’à l’origine.

La différence, c’est que la radioactivité originelle est enfouie alors que les résidus sont dans des monticules au niveau du sol. Il suffit d’obliger l’industrie à enfouir ses déchets pour qu’il n’y ait plus de problème.

Ceci étant dit, c’est aux communautés locales de décider s’il y aura exploitation minière ou non. Comme c’est le cas à Gaspé, où la ville ordonne à Pétrolia d’aller explorer ailleurs.

De la même manière, ce sont aux personnes affectées directement par l’exploitation de l’uranium de décider du sort de cette industrie chez eux. Pas aux habitants de Montréal ou de Québec, ni aux intellectuels bien intentionnés. Tout au plus, ces derniers peuvent prévenir les populations locales des dangers qu’elles courent afin de leur permettre de prendre une décision éclairée.

Conclusion

À mon avis, c’est de l’impérialisme culturel que de condamner une population autochtone, notamment, à la misère et de la sacrifier sur l’autel du développement « bon chic bon genre » que nous, étrangers, souhaiterions qu’ils aient. Si ces peuples eux-mêmes sont contre, parfait, il n’y aura pas d’exploitation minière. S’ils en veulent, c’est de leurs affaires, pas de la nôtre.

Références :
La Virginie tourne le dos à l’uranium
Pétrolia à Gaspé : Bernard Landry rappelle les écologistes à l’ordre
Pétrolia suspend son projet de forage à Gaspé

L’acceptabilité sociale des projets miniers
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2 commentaires à L’acceptabilité sociale des projets miniers

  1. Pierre Pinsonnault dit :

    Vous écrivez , M. Martel, “Il suffit d’obliger l’industrie à enfouir ses déchets pour qu’il n’y ait plus de problème.”

    Mais prémisse : je donnerais une note de 15% à votre phrase “c’est tout de même 15% de moins qu’à l’origine”. Il me semble que 15% moins de gras ou de poison n’est pas un gros incitatif d’en avaler.

    Bon, pour m’informer plus avant sur l’uranium je n’ai que lu : La gestion des anciens sites miniers d’uranium” du 23 décembre 2009 (mis à jour le 17 janvier 2011), au nombre 210 en France si j’ai bien compris. http://www.developpement-durable.gouv.fr/La-gestion-des-anciens-sites.html. Cette lecture me fait croire à un coût très élevé pour la gestion d’un tel site une fois fermé. J’ai l’impression que “ces peuples” n’auraient pas les moyens de l’absorber. Alors ce serait aux payeurs de taxes d’ailleurs au Québec à en subir le poids si on ne peut faire confiance (ce qui arrive souvent) à la compagnie qui aurait exploité la mine. Un paquet de tracas en perspective, c’est le moins qu’on puisse dire.

    Ah oui, on pourrait aussi parler du devoir de précaution et de solidarité en cette ère de mondialisation. On peut bien aviser nos voisins pour leur dire Attention ! d’une façon plus ou moins appuyée selon les circonstances.

    Bref, votre argumentaire me laisse perplexe. Votre article me fait me rappeler une discussion radiophonique il y a bien 10 ans en France entre scientifiques reconnus et administrateurs chevronnés (des deux côtés de la médaille) à propos du développement ou non du nucléaire pour fabriquer de l’électricité. Je ne vous mens pas je changeais d’idée après chaque intervenant tellement les uns et les autres s’exprimaient bien et avec une logique paraissant impeccable. Et les échanges durèrent une heure. Toute une partie de ping-pong idéologique. C’est comme si quelqu’un prenait à la fois pour les Canadiens et les Nordiques au cours d’une même partie, puis de la suivante, puis de la suivante, … jusqu’à la fin de l’année. Ce serait harassant.

    En tous les cas j’ai bien hâte dans les deux cas que vous mentionnez quels en seront les suites. Cordialement.

    • Les dangers de l’uranium tiennent essentiellement à deux choses : le radon et les rayons gamma.

      Le premier est un isotope radioactif omniprésent dans l’environnement. J’ai lu ce matin la rubrique de Wikipédia consacré au radon et je n’ai pas réussi à comprendre si les résidus d’une mine d’uranium dégagent plus de ce gaz radioactif que l’eau de pluie (pour donner un exemple concret). Donc, si vous le voulez bien, nous allons limiter la discussion aux dangers des rayons gamma.

      Lorsqu’on dit que les résidus miniers laissés par cette industrie contiennent 85% de la radioactivité originelle, cela ne signifie pas que les résidus sont composés d’uranium pur à 85% mais que leur teneur est légèrement moindre que le roc extrait du sol.

      Concrètement, la minière cherche les veines dans lesquels l’uranium est naturellement plus concentré et ne se donne pas la peine d’extraire le minerai du reste. Donc, pour prendre un exemple fictif, si le roc contient en moyenne 10 mg d’uranium à la tonne, l’industrie prend les filons (où se concentre l’uranium) et rejette le reste, où il y a en moyenne 8,5 mg d’uranium à la tonne.

      On doit savoir que la matière sur terre est essentiellement composée de vide. Si le noyau de l’hydrogène mesurait un mètre de diamètre, l’orbite de son minuscule électron passerait à 22 km de là. Tout le reste, c’est du vide. Si la matière nous semble solide, c’est à cause des forces électromagnétiques qui unissent les molécules.

      À cause de tout ce vide, la radioactivité de l’uranium présent naturellement dans le sol québécois n’est pas prisonnière de la terre mais est aussi dangereuse que si cet uranium était à l’air libre. De fait, une quantité considérable des rayons gamma d’origine cosmique traversent la terre sans interagir avec elle.

      Toutefois, si un de ces rayons frappe de plein fouet un de vos chromosomes, celui-ci vole en éclat et donne naissance à une cellule cancéreuse si celle-ci n’est pas tuée par cette blessure ou si cette cellule déviante n’est pas reconnue comme telle par votre système immunitaire et détruite par lui.

      Donc, l’uranium situé à 1 km sous vos pieds est aussi dangereux que l’uranium à l’air libre qui serait situé à 1 km plus loin.

      L’exposition à la radioactivité diminue avec le carré de la distance. En d’autres mots, lorsqu’on multiplie par 2 la distance d’exposition, on diminue de 4 fois la radioactivité. À 3 fois la distance, on a le 9e de la radioactivité. À 1 km, c’est un million de fois plus faible. À 2 km, c’est quatre millionièmes, etc.

      Lorsqu’on prend en considération le bombardement naturel que subit la terre (d’origine cosmique), nous sommes bombardés naturellement par une faible quantité de radioactivité. Sur mon compteur Geiger, ce dernier enregistre une dizaine de rayons gamma à la minute, ici même à Montréal.

      Qu’une montagne de résidus miniers ajoute un rayon gamma à l’heure, cela ne change pas grand-chose. Donc au-delà d’une certaine distance, la radioactivité des résidus miniers devient insignifiante. Il faut simplement s’assurer qu’ils ne soient pas dispersés au vent ou entrainés par l’eau de pluie.

      Les résidus faiblement radioactifs d’une mine abandonnée — ces résidus sont toujours faiblement radioactifs — peuvent être enfouis dans les anciennes galeries de cette mine ou recouverts d’une toile imperméable puis clôturés d’un large périmètre pour en interdire l’accès.

      Quant aux coûts de cette entreprise, ils n’ont qu’à être insignifiants par comparaison avec les redevances que nous exigeons de l’industrie.

      Dans un restaurant, lorsqu’un client paie une addition salée, on se fout d’avoir à ramasser les miettes qu’il a laissées sur la table. La différence, c’est qu’ici, les miettes sont radioactives. Précisons toutefois que les dangers de l’enfouissement de résidus faiblement radioactifs sont les mêmes (à 85%) que les dangers de l’extraction.

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