Voyage à La Havane — Dix-huitième jour

Aujourd’hui, le temps est gris. Une fine pluie tombera de manière intermittente.


 
La journée commence par une visite du Gran Teatro. Pour y avoir assisté à plusieurs spectacles de ballet, j’en connais déjà la salle principale, relativement sobre, qui contraste avec l’extérieur exubérant de l’édifice.

Essentiellement, la visite guidée permet de voir en plus la grande Salle de bal qui, malgré qu’elle soit un peu défraîchie, a conservé beaucoup de son panache.


 
La rumeur courait déjà mais en me rendant à l’hôtel Saratoga pour acheter un billet, c’est officiel : la Manufacture royale de cigares Partagás a cessé ses opérations pour une période indéfinie.


 
Puis je remonte le Prado afin de visiter un de ses rares édifices ouverts au public, soit le Palacio de los Matrimonios (la Palais des mariages), érigé en 1914.

Récemment restauré, le palais a retrouvé une splendeur originellement partagée par un bon nombre d’édifices construits le long du Prado et qui explique le prestige autrefois attaché à cette promenade.


 
À deux rues, dans le quartier du Centro, je visite ensuite le Musée José Lezama Lima, consacré à cet écrivain, et situé là où il demeura pendant 49 ans.

Le musée permet de visiter un appartement typique de l’époque, avec ses murs blancs et son mobilier d’origine en bois foncé. Mais ce lieu a ceci de particulier : on y a conservé la majorité des œuvres d’art que l’auteur collectionna, offrant ainsi une mini-rétrospective de l’art cubain moderne.

J’en profite pour arpenter deux rues commerciales typiques du quartier du Centro, soit la rue piétonne San Rafael et l’avenue Simon-Bolivar (ou avenue de la Reine).


 
Devant l’Iglesia de Sagrado Corazón de Jesus (ou église du Sacré-Coeur), une foule se presse devant un magasin. Se frayant un chemin, des clientes en sortent avec une ou plusieurs douzaines d’oeufs.


 
La plupart du temps, les taxis que j’empruntais pour revenir des quartiers du Centro et du Vedado passaient sur l’avenue Simon-Bolivar et donc, devant l’église du Sacré-Cœur. Or celle-ci n’est jugée digne d’intérêt par aucun des deux guides de voyages que j’ai amenés avec moi.

Par curiosité, j’y suis allé. Quelle surprise; c’est une des deux plus belles églises que j’ai vues jusqu’ici à La Havane.

Couronnant les colonnes, les chapiteaux décrivent des scènes bibliques taillées dans une pierre noire. Et surtout, cette église possède des vitraux remarquables.


 
Doté d’une maîtrise exceptionnelle du clair-obscur, le créateur des vitraux utilise la couleur pour disposer les personnages sur différents plans : les sujets principaux, toujours au premier plan, sont dotés d’une riche palette de couleurs saturées, alors que les personnages secondaires se perdent derrière eux dans la grisaille.


 
Puis je saute dans un taxi pour me rendre à l’université.
Dans la partie centrale du campus, les pavillons de style néo-classique sont assez près les uns des autres, regroupés autour d’un îlot de verdure. Je ne suis pas certain que ce soit tout à fait une attraction touristique.


 
Au début du quartier de Vedado se trouve le Museo Napoleónico, installé dans une magnifique villa de style florentin construite en 1928. On y présente la collection extraordinaire amassée par Julio Lobo, un magnat du sucre et un fervent admirateur de l’empereur.

Parmi des meubles français et italiens de style empire, on trouve, entre autres, une montre de poche ayant appartenue à Napoléon, une de ses dents, une mèche de cheveux, et l’original de son masque mortuaire.

Dans le cas du masque, le dernier médecin de l’empereur, le Corse Francesco Antommarchi, a pris sa retraite dans la capitale cubaine, emportant dans ses bagages son précieux trésor (qui fut acquis par Lobo quelques années plus tard).

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif Lumix 12-35mm F/2,8
1re photo : 1/640 sec. — F/8,0 — ISO 200 — 35 mm
2e  photo : 1/250 sec. — F/5,6 — ISO 200 — 23 mm
3e  photo : 1/60 sec. — F/2,8 — ISO 1600 — 12 mm
4e  photo : 1/60 sec. — F/2,8 — ISO 5000 — 12 mm
5e  photo : 1/320 sec. — F/5.6 — ISO 200 — 25 mm
6e  photo : 1/60 sec. — F/2,8 — ISO 2500 — 22 mm
7e  photo : 1/160 sec. — F/4,5 — ISO 200 — 23 mm
8e  photo : 1/200 sec. — F/5,0 — ISO 200 — 20 mm
9e  photo : 1/60 sec. — F/2,8 — ISO 1250 — 12 mm


Pour lire les comptes-rendus du premier ou du deuxième voyage à La Havane, veuillez cliquer sur l’hyperlien approprié.

Voyage à La Havane — Dix-huitième jour
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9 commentaires à Voyage à La Havane — Dix-huitième jour

  1. Marcos dit :

    Peut être venant d’Amérique du Nord la couleur blanche uniforme des œufs n’a pas interpellé le voyageur.

    En France des œufs blancs, mis en vente dans mon supermarché, n’ont pas trouvé preneurs (Ils ont fini en promo et moi, j’étais content d’en avoir de cette couleur, mais le commerçant n’en a jamais plus mis en vente).

    Nous aimons les œufs roux en Europe, au contraire des Cubains, des Yanquis et des Japonais qui en veulent des blancs.

    À Cuba, un œuf de couleur marron s’appelle huevo campesino ou guariro. Si on s’approche de l’étiquette de ce magasin d’œufs (vulgaire carton écrit à la craie annonçant le prix) on peut lire avec étonnement Huevos liberados (Œufs libérés). Ils ne sortent pas de prison mais sont simplement vendus dans le commerce libre en cuenta propria (compte propre) et quiconque peut en faire l’achat sans le marquer sur sa “libreta” (carnet de rationnement).

    • À la lecture de votre message, je crois deviner que les œufs blancs sont subventionnés à Cuba, contrairement aux œufs bruns. Et parce qu’ils sont vendus en-dessous de leur prix de revient, les blancs sont rationnés.

      Les œufs (peu importe leur couleur) sont une excellente source de protéines complètes, c’est-à-dire de protéines qui contiennent tous les acides aminés dont les humains ont besoin. C’est le cas également des viandes, qui sont toutefois beaucoup plus dispendieuses à produire.

      Subventionner l’achat des œufs, c’est une mesure de santé publique; on s’assure que tous auront les moyens d’en acheter et on évite ainsi une carence protéique au sein de la population cubaine.

      Ne pas subventionner les bruns, c’est permettre une soupape de sécurité : si les producteurs devraient se liguer pour produire insuffisamment de blancs, les gens pourront toujours trouver des œufs sur le marché “brun”.

      Ici, au Québec, on limite le prix du lait et on gère l’offre de manière à éviter des déséquilibres qui pousseraient les producteurs à la faillite (dans les cas de surplus) ou à augmenter déraisonnablement leurs prix (en cas de pénurie).

      Différents pays, différentes solutions à des préoccupations semblables.

      • Marcos DINET (France) dit :

        Ce n’est pas tout a fait cela.

        Cuba se considère comme un pays en état de guerre. Chaque personne possède donc un carnet de rationnement qui lui permet l’achat de produits subventionné comme vous le dites si bien. La quantité d’œufs mensuelle allouée par personne est cependant loin de suffire aux besoin normaux d’un être humain. En pratique, cela couvre 2 semaines par mois (oeufs et le reste).

        Pour le restant de la nourriture c’est “luchar por la jama” (lutte pour la bouffe). Et il existe un marché dit libre et aussi un marché noir (la izquierda o mercado negro).

        Ce n’est donc pas un commerce efficace comme vous l’imaginez mais un système très compliqué d’économie parallèle et officiellement interdite (À Cuba tout ce qui n’est pas autorisé est rigoureusement interdit).

        Il est évident que cela est soigneusement caché au touriste auquel on prend soin de ne montrer que la face heureuse de ce beau pays.

        Vous avez de plus visiblement été occulté de la population par la barrière linguistique qui vous a bien protégé.

        À moins que vous n’ayez été discret sur le sujet, en vous promenant seul vous auriez du avoir des sollicitations relationnelle de la part des “mulatas” (métisses cubaines) qui recherchent un amoureux susceptible de les faire sortir de l’ile. Elles sont dotées d’un détecteur d’homme seul assez performant. Moi-même, en restant isolé pour avoir une liberté de manœuvre optimum, je reçois quotidiennement les avances et les propositions de ces jeunes femmes (plus pour la valeur supposée de mon porte monnaie et de mon passeport que pour mon charme).

        Mais il est vrai que je sors pour danser la salsa tous les soirs ou autres concerts latinos, et que je discute en espagnol, par curiosité, de leur mode de vie. Ce qui n’a pas été votre cas.

        Moralité : pour avoir la paix, aller dans les concert classiques, les ballets et les églises, manger dans les restaurants en devises, ou prendre les Cubataxi. J’en tiendrai compte à l’avenir.

        Bien cordialement. Marcos

      • Comprenons-nous bien : mes récits de voyage sont des témoignages de ce que j’ai vu, entendu, touché et senti à La Havane. Ceci étant dit, il m’arrive d’extrapoler des déductions prudentes et raisonnables à partir de mes observations.

        Que tout cela ne soit qu’une belle façade pour touristes, c’est possible mais c’est aussi ce que verrons les lecteurs de blogue qui seraient intéressés à visiter ce pays. D’où la pertinence de que j’ai écrit du point de vue touristique.

        Que cela ne corresponde pas précisément (ou pas du tout) au vécu des Cubains eux-mêmes, c’est possible mais cela n’est pas le but de l’exercice.

        Deux remarques. Premièrement, j’espère bien que les quotas en œufs de chaque Cubain ne lui permettent pas de combler tous ses besoins puisque si les œufs sont une bonne source de protéines, ils sont malheureusement riches en cholestérol. Et dans un pays qui suffit à peine à satisfaire les besoins de son peuple, ce serait une erreur de détourner une partie importante de la production agricole à nourrir du bétail.

        Dans nos pays, on déconseille aux adultes de consommer plus de deux œufs par semaine (en plus de ce qu’on trouve dans les aliments transformés, comme les mélanges à gâteaux).

        Deuxième remarque : Je suis stupéfait d’apprendre, en lisant votre commentaire, que toutes ces belles Cubaines — que je croyais avoir charmées — pourraient n’avoir été attirées que par mon argent (???). Moi qui m’imaginais être une sorte de “Don Juan-Pedro” blond, sans moustache, sans sombréro et sans guitare.

        À ce sujet, je devais justement retourner à Cuba à la première occasion pour choisir ma future épouse parmi la foule incommensurable de mes conquêtes cubaines. Je crois donc que je devrai annuler ce voyage et me contenter de regarder à la maison mes films de Zorro sur DVD. Je suis déçu et amer…

      • Marcos DINET (France) dit :

        Je vous remercie de votre mise au point. J’ai peut être dépassé effectivement le but de ce blogue qui m’a beaucoup intéressé.

        En premier chef par la qualité des photos et leur regard, par votre récit qui m’a permis de revoir La Havane jour après jour, avec votre regard différent du mien.

        J’étais aussi intrigué d’un voyageur qui prend la peine de rédiger son séjour. Je fais la même chose à chaque fois mais sous forme d’un journal.

        Je me suis permis quelques précisions, mais après tout je n’y connais encore pas grand chose.

        Pour ce qui est de nos chères cubaines esseulées, on ne peut jamais vraiment savoir ce qu’elles pensent en réalité.

        Désolé de vous avoir fait un peu de peine, ce n’était pas mon but. Il est certain que votre qualité de “yuma” vous donne un prestige inégalé dans ce cher pays.

        Si vous souhaitez aller jusqu’à l’hymen, je vous souhaite beaucoup de bonheur, mais faite le en connaissance de cause avec une bonne dose d’expérience et de pratique de leur façon de vivre et de penser.

        Je pense que c’est possible, encore faut’il savoir séparer le bon grain de l’ivraie. On peut dire que les gens qui vous approchent tous sexes confondus sont les plus hardis et pas forcément les meilleurs (10% en fait), ils se battent pour survivre à un point que nous ne pouvons pas imaginer, il faut donc creuser et la sincérité se trouve à coup sûr.

        Je suis content de vous entendre dire que vous comptez y retourner, tant d’autres partent déçus.

        Par courrier séparé, je peux vous faire parvenir le compte-rendu de mon été à La Havane. J’y retourne bien entendu d’ici 3 semaines pour Noël. Vous connaissez mon adresse email!

        Cordialement. Marcos

      • M. Dinet,

        Ne prenez pas trop au sérieux ma réaction de faux séducteur déçu : il m’arrive de me laisser aller à un humour absurde qui n’est pas toujours bien compris.

        Depuis trois ans, en voyage, je publie presque quotidiennement mes comptes-rendus. Plutôt que de téléphoner (ou de texter) quotidiennement aux membres de ma famille pour les rassurer, leur dire que je vais bien et pour résumer ma journée, j’ai choisi de faire la même chose sur mon blogue.

        Je vous invite à faire de même. Si l’idée vous plait, j’écrirai pour vous un billet expliquant comment créer gratuitement un blogue sous WordPress et je le publierai ici dans ce blogue afin qu’il profite à tout le monde. C’est aussi simple que sur Facebook.

        Depuis que j’ai pris l’habitude d’écrire ces récits de voyage, ceux rédigés de La Havane ont suscité un intérêt sans précédent, dont vous êtes en partie responsable. Je tiens à vous en remercier. N’oublions pas que pour chaque personne qui écrit, des dizaines de lecteurs n’osent pas le faire.

        Pour terminer, permettez-moi de vous souhaiter un bon voyage à La Havane et un Joyeux Noël.

      • Marcos DINET (France) dit :

        Merci de votre réponse. C’est bien dommage qu’il n’y pas davantage de réactions, chacun pouvant donner son avis.

        Pour ce qui est du blog, je ne pense pas pouvoir faire. Cuba est ma seule destination, et depuis plusieurs années la situation de l’internet devient une vraie galère. Je ne peux plus perdre un temps précieux quotidiennement compte tenu des temps d’attente dans les hôtels pour bénéficier enfin d’un ordinateur dont le clavier QWERTY souvent effacé, n’est pas dans la mémoire de mes doigts.(En France les claviers sont AZERTY) Il me faut donc tâtonner pour deviner les lettres à taper.

        De plus je ne sais pas pour vous, mais avant il y avait des cartes d’une heure que je n’ai ou obtenir cette année. Seulement 1/2 heure. Ce qui est court et de plus à un tarif prohibitif. J’ai donc banni internet dans cette ile là et je communique par SMS.

        Je pense que la durée des cartes a été réduite pour limiter la communication internet dans ce pays. Aux fins de juguler la contestation grandissante.

        Bye. Marcos

      • Je respecte votre choix.

        Dans mon message précédent, j’ai oublié de vous remercier pour la qualité de votre participation. C’est fait.

        Cette série au sujet de La Havane n’est pas terminée. Je publierai encore un ou deux textes qui résument mes impressions.

        Puis, beaucoup plus tard, viendront des diaporamas de mes photos. Donc n’hésitez pas à venir jeter un coup d’œil : vous serez toujours le bienvenu ici.

      • Marcos dit :

        Ben, c’est un peu dommage ce retard informatique de Cuba. Espérons que cela va se clarifier d’ici peu: Je ne manquerai pas d’aller voir vos photos avec gourmandise.

        Si vous avez, de ma part, un silence radio en fin décembre vous saurez pourquoi. Je serai en période de cubanologie intensive: Cela s’appelle “cubanisarse” ou mieux “aplatanarse” (de platana : banane), jolie expression non!

        Bonne journée. Marcos

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