Voyage à La Havane — Seizième et dix-septième jours

Depuis mon arrivée à La Havane, il a plu une nuit. Aujourd’hui il pleuvra cet avant-midi alors que le reste de la journée sera partiellement nuageux. Au programme : les deux forts construits à l’Est de la Vieille ville, de l’autre côté de la baie.

Fondée en 1519, La Havane devint le port le plus important d’Amérique dans les décennies qui suivirent.

À l’origine, c’était simplement une base logistique pour la conquête du continent. Mais à partir du moment où les Espagnols pillaient les richesses du Nouveau monde pour les ramener en Espagne, La Havane prit une importance stratégique.

En effet, sur le chemin du retour, les convois en provenance du Mexique et du Pérou passaient par le golfe de Floride et s’arrêtaient dans cette ville à chaque printemps pour y faire provision avant d’entamer leur traversée de l’Atlantique.

Cela attira la convoitise des pirates. En 1555, la ville fut pillée par le corsaire français Jacques de Sores.

Conséquemment, en 1577, on édifia le Castillo de la Real Fuerza (le Château de la force royale). En 1586, ce fort fut suffisant pour protéger la ville des attaques de l’Anglais Francis Drake.

Mais on pouvait bombarder la ville de la rive opposée. Consciente du danger, l’Espagne prit alors les grands moyens. De 1589 à 1630, la couronne espagnole ajouta deux forts supplémentaires, un de chaque côté de l’entrée de la baie de La Havane.

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Du côté de la ville, c’était le Castillo de San Salvador de la Punta (ou Château Saint-Sauveur de la pointe, fermé au public) et de l’autre côté de la rive, le Castillo de los Tres Reyes del Morro (ce qui signifie le Château des trois rois du promontoire). C’est ce dernier qu’on aperçoit en fin de journée, vu du Malecón.


 
Il ne semble pas que le Castillo de los Tres Reyes del Morro possède une entrée principale accessible par un pont-levis. L’accès se fait par une petite porte qu’on peut voir dans le coin inférieur gauche de la photo ci-dessus. À droite, ce sont les étals des marchands d’artisanat et de souvenirs.


 
Je présume donc que les canons ont été hissés dans le fort par un système de poulies.


 
De nos jours, ces canons sont recouverts d’une gaine métallique peinte en noir qui masque la rouille sous-jacente. Cette rouille a fait gonfler le métal et rendu les canons inopérants.


 
À l’origine, les canons pointaient dans toutes les directions afin de protéger la ville d’attaques de toutes parts.

Puisqu’il n’y avait pas de système d’égouts, des cabinets d’aisance sont aménagés sur les remparts, de manière à ce que les déjections tombent à l’extérieur du fort.

On prenait vite l’habitude de faire ses besoins assis puisque le vent du large a tendance à remonter par l’ouverture de ces cabinets et à asperger le visage du soldat qui urinerait debout (ce qui m’est arrivé).

Le tarif de l’admission au château est le même pour les touristes (en pesos convertibles) que pour les Cubains (en monnaie nationale). Puisque celle-ci vaut 24 fois moins, les Cubains paient donc le 24e.

Dans différentes salles du château, on a aménagé des expositions thématiques : sur l’électrification du phare (ajouté en 1845), sur les expéditions de Christophe Colomb (qui a découvert Cuba en explorant le sud de l’île seulement), sur la conquête anglaise de La Havane en 1762, etc.

En 1761, l’Espagne signait un traité d’alliance avec la France (en guerre avec la Grande-Bretagne depuis 1756). Lorsque l’Espagne entra en conflit armé avec l’Angleterre, l’émissaire qui devait annoncer la nouvelle aux autorités de La Havane fut capturé par les Anglais, si bien que la ville fut totalement prise de surprise le 6 juin 1762, vers 10h du matin, lorsqu’apparut à l’horizon une flotte de plus de 200 vaisseaux anglais équipés de 2292 canons et peuplés de 25 000 soldats. À ce jour, c’était la plus grande flotte de guerre à traverser l’océan Atlantique.

Pour y faire face, La Havane disposait de dix navires, de 1 200 canons et d’une garnison de 10 000 hommes.

L’investissement massif mis en œuvre pour capturer La Havane — qu’on peut comparer avec les ressources beaucoup moindres dont disposait le général Wolfe pour conquérir la ville de Québec — illustre l’importance stratégique de la capitale cubaine à l’époque.

L’année suivante, un traité de paix signé entre l’Espagne et l’Angleterre redonnait Cuba aux Espagnols en échange de la Floride (colonie espagnole jusque-là).

Parmi les moyens de renforcer les défenses de La Havane, les Espagnols décidèrent de protéger la ville d’un mur de 1,4 mètre d’épaisseur, de dix mètres de haut et de 4,8 km de long.


 
De plus, dès la fin de l’occupation anglaise et ce, jusqu’en 1774, on construisit une deuxième forteresse du côté opposé de le baie, soit la Fortaleza de San Carlo de la Cabaña. Celle-ci est construite sur le promontoire de Cabaña, duquel les Anglais avaient bombardé le Castillo de los Tres Reyes del Morro et la ville.


 
Cette forteresse est immense, mesurant 0,7 km par 2,3 km. À chaque soir à 21h, des fantassins costumés aux couleurs de l’Espagne tirent un coup de canon. Originellement, cette coutume visait à annoncer la fermeture des portes de la ville.

Pendant la période coloniale, la forteresse servit de baraquement pour quelques milliers de soldats. Ce fut une prison et un lieu de torture avant la révolution et finalement, le quartier-général de Che Guevara.


 
De nos jours, on y trouve deux restaurants (complètement déserts au moment de ma visite), un exposition d’armes et armures, une chapelle, quelques missiles russes, un minuscule musée de la torture, et un musée dédié à Che Guevara (photo de son bureau ci-dessus).

Après avoir marché tout cela, le lendemain (17e jour du voyage) fut une journée complète de repos, occupée à dormir et à rédiger le présent texte tout en mangeant de la crème glacée.

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif M.Zuiko 40-150 mm R (première photo) et objectif Lumix 12-35 mm F/2,8 (les autres photos)
1re photo : 1/640 sec. — F/9,0 — ISO 200 — 96 mm
2e  photo : 1/320 sec. — F/6,3 — ISO 200 — 14 mm
3e  photo : 1/500 sec. — F/7,1 — ISO 200 — 26 mm
4e  photo : 1/250 sec. — F/5,0 — ISO 200 — 12 mm
5e  photo : 1/500 sec. — F/7,1 — ISO 200 — 29 mm
6e  photo : 1/500 sec. — F/7,1 — ISO 200 — 24 mm
7e  photo : 1/250 sec. — F/5,6 — ISO 200 — 16 mm
8e  photo : 1/60 sec. — F/2,8 — ISO 6400 — 17 mm


Pour lire les comptes-rendus du premier ou du deuxième voyage à La Havane, veuillez cliquer sur l’hyperlien approprié.

Voyage à La Havane — Seizième et dix-septième jours
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2 commentaires à Voyage à La Havane — Seizième et dix-septième jours

  1. Marcos DINET (France) dit :

    Holà, pour ce qui est du film Fresa y Chocolate j’ai fait une petite investigation. J’ai trouvé en DVD en angleterre en version langue anglaise (donc : Strawberry y chocolate). Sur le site Price minister. Reste à régler la question du zonage. Et aussi savoir s’il est possible de régler plusieurs langues sur ce DVD car j’ai trouvé que les dialogues en “cubagnol” ( sur un extrait du net) étaient très bien exprimés. Ce qui change de la façon du parler de Cayo Hueso de Centro Havana. Bonne leçon de langue.

    Pour le bureau du Che, j’ai du mal a imaginer le personnage assis á cette place.

    Marcos

    • Monsieur Dinet,

      Je vous remercie infiniment au sujet du film « Fresa y Chocolate » : j’avais perdu espoir de me le procurer. Je sais maintenant que c’est possible. Reste à trouver un fournisseur qui ne me charge pas une fortune en frais d’expédition.

      Pour ce qui est du bureau du Che, lors de ma visite, le guide des lieux m’a offert de m’asseoir sur son siège. Imaginez.

      J’ai décliné l’offre en disant, le sourire en coin, « sacrilegio » (une réponse qui l’a fait sourire).

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