La responsabilité de l’attentat terroriste au Métropolis

Funérailles de Denis Blanchette

Préambule

À l’époque où j’étudiais à l’université de Montréal, je m’étais assis un jour à la table d’un de mes professeurs. Ce dernier — dont je ne me rappelle plus du nom — avait les traits et la peau pigmentée des peuples du sous-continent indo-pakistanais.

Nous avions été rejoints par un de ses amis. Très tôt, ce dernier s’était lancé dans une tirade hostile à mon égard, me reprochant — en tant qu’Occidental blanc — d’avoir profité et d’être complice (donc responsable) de l’impérialisme anglais qui avait tant humilié, pillé, et torturé son peuple.

Étudiant, j’étais plutôt nationaliste. Il m’apparaissait donc étonnant qu’on puisse m’accuser des méfaits de l’impérialiste britannique. Estomaqué par l’accusation, je n’avais rien trouvé à lui répondre : pour moi, l’incident se résumait à un manque de politesse, de la part d’une personne frustrée.

Dès cette époque et depuis ce temps, j’ai toujours refusé de porter quelque responsabilité que ce soit dans les méfaits commis par des inconnus avec lesquels je partage certaines caractéristiques. Ce n’est pas parce que je suis homme, blanc, et francophone, que je mérite d’être blâmé par un crime commis par un autre homme, un autre blanc ou un autre francophone. Lui c’est lui, et moi c’est moi.

Voilà pourquoi j’ai toujours été complètement imperméable au discours de certaines féministes à l’effet que tous les hommes seraient des irresponsables, des violeurs potentiels, et des abuseurs-nés. Et j’ai toujours fait la sourde oreille à ceux qui voudraient me convaincre que je suis complice de tous les abus contre lesquels je ne m’élève pas.

C’est donc avec un manque total de sympathie que j’ai lu les thèses de ceux qui cherchent à trouver des responsabilités collectives à l’attentat terroriste au Métropolis.

C’est la faute des autres

Dans mon billet du 7 septembre, j’ai déjà parlé de la thèse stupide d’un ex-ministre libéral à l’effet que les Péquistes « ont couru après ».

D’autre part, sous le prétexte que le tireur au Métropolis était non seulement anglophone, mais se prétendait être le bras armé du réveil des Anglophones, certains y voient une responsabilité de ces derniers ou de leurs institutions. À mon avis, une telle accusation relève de la chasse aux sorcières.

C’est ainsi que la Société Saint-Jean-Baptiste blâme les média canadiens-anglais de diffuser des commentaires haineux de lecteurs qui ne se gênent pas de faire des parallèles entre le mouvement indépendantiste et les mouvements fascistes, voire néo-nazis. Malheureusement, la SSJB elle-même est bien connue pour ses excès langagiers comme l’accusation lancée à tous les députés québécois au gouvernement fédéral d’être des « traîtres ».

Et puisqu’il y a probablement aussi des déséquilibrés chez les partisans de l’indépendance du Québec, que dirait la SSJB si l’attentat avait été perpétré par l’un d’eux contre un rassemblement libéral ou caquiste ?

C’est de notre faute

À l’autre extrémité du spectre des opinions, ils y a les « auto-flagellateurs » c’est-à-dire ceux qui croient que nous portons tous la responsabilité de cet attentat.

Le philosophe Nicolas Lévesque déclare : « Le délire de cet homme n’aurait pas pris cette forme-là si le Québec était une société où on pouvait vraiment discuter. Nous sommes tous responsables : les intellectuels qui n’osent prendre leur place, les médias qui ont abandonné les idées, les gouvernements, les universités, les Québécois qui n’osent plus discuter à table.»

Prétendre que tout le monde est responsable, cela revient à dire que personne ne l’est véritablement.

Si la responsabilité de tous les crimes sur terre sont la faute des collectivités humaines dans lesquels ces crimes sont perpétrés, les criminels sont alors des marionnettes dont les comportements ne sont que la conséquence d’un avilissement dont toute la société est responsable. Et leurs victimes ne sont que les cibles aléatoires de leurs bourreaux.

Quelle conception masochiste du monde…

Conclusion

Pour moi, les choses sont simples. Il y a une cible : un rassemblement de sympathisants péquistes. Il y a un tueur, un mort et un blessé. C’est tout. Si d’autres attentats surviennent, on cherchera des similitudes, des causes communes et des solutions. Mais pour l’instant, on ne cherchera pas à tirer des lois générales d’un fait particulier.

Les média anglophones ne sont pas responsables. Les Anglophones du Québec ne sont pas responsables. La société québécoise n’est pas responsable. Je ne suis pas responsable et vous ne l’êtes pas non plus. Pour l’instant, seul le tueur l’est. Dans quelle mesure est-il lui-même responsable de ses actes ? C’est ce que son procès nous révélera.

Références :
Attentat au Métropolis: la SSJB pointe les médias anglophones
L’aveuglement partisan d’un imbécile
Lettre – Nous ne sommes pas tous responsables
«Nous sommes tous responsables» de l’attentat du Métropolis

Détails techniques de la photo : Olympus OM-D e-m5, objectif M.Zuiko 40-150mm R — 1/320 sec. — F/5,6 — ISO 200 — 108 mm

La responsabilité de l’attentat terroriste au Métropolis
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7 commentaires à La responsabilité de l’attentat terroriste au Métropolis

  1. Pierre Pinsonnault dit :

    Monsieur Martel, très bien raisonnée que votre mise à froid de généralisations accusatrices arbitraires à l’endroit de collectivités dont la plupart d’entre nous avons été coupables un jour ou l’autre de notre vie, en privé ou en groupe, par ignorance, étourderie et/ou mauvaise foi.

  2. sandy39 dit :

    Où avez-vous appris à parler comme çà ? A l’Université ?

    Je crois qu’au fond, il y a toujours un petit peu d’Inné…

    C’est épatant du début à la fin.

    Toujours meilleur à l’Ecrit qu’à l’Oral ! (Pourvu que çà dure…)

    • Pourquoi sommes-nous ce que nous sommes ? D’où viennent les prédispositions qui font que les autres remarquent notre talent ou nos aptitudes ? De nos parents (c’est-à-dire de notre hérédité) ? De l’éducation que nous avons reçue ? De la société ou de l’époque dans laquelle nous vivons ?

      Toutes ces réponses contiennent probablement une part de vérité.

      Je soupçonne que la soif de vivre et celle d’apprendre, nous amènent à faire nôtre le savoir de ceux qui viennent ainsi enrichir notre vie.

      Quant à moi, lorsqu’une personne me dit qu’un de mes textes est épatant — comme vous le faites dans ce cas-ci — cela me dit que cela a valu la peine de prendre le temps de l’écrire.

      Merci donc pour votre commentaire.

  3. sandy39 dit :

    Franchement, c’est magnifique.

    La recherche sur ce que nous sommes passe certainement par ce que nous sommes grâce aux Autres…

    STOP ! On va dépasser la limite du Sujet !

    Toutefois, commencer la journée avec de belles phrases ; je me demande si ce n’est pas aussi bon que de croquer dans un carré de chocolat !

    Et, bonne journée !

  4. Pierre Pinsonnault dit :

    Pour moi, c’est tout un hasard, M. Martel, que vous commenciez votre réponse par « Pourquoi sommes-nous ce que nous sommes? ». L’objet de mon propos est de décrire ce hasard et non de formuler un jugement ou ma réponse.

    Il s’adonne en effet que depuis quelques jours je vante auprès de tous mes amis un vieux film de 1995 que je viens d’acheter pour 1,50$ à la friperie du coin : « Heat, A Los Angeles Crime Saga », mettant en vedette Al Pacino, un enquêteur au criminel, et Robert de Niro, un voleur haut de gamme.

    Au milieu du film, l’enquêteur chevronné décide d’avoir une conversation avec le voleur, chevronné aussi, qu’il ne peut encore accuser hors de tout doute raisonnable comme le requiert la loi, à savoir la main dans le sac autant que possible. Il l’arrête sur la route pour seulement lui demander s’il veut prendre un café avec lui, ce à quoi ce dernier acquiesce.

    L’intérêt de cette conversation vient de ce que l’enquêteur veut comprendre pourquoi le voleur vole-t-il, surtout qu’il y eut mort d’hommes au dernier méfait. La conversation de quelque minutes est calme, « songée » même (philosophique, psychologique, whatever), car chacun respecte l’intelligence de l’autre. Et la façon dont elle se termine nous amène à rester rivés devant l’écran car l’intrigue consiste aussi à partir de ce moment à savoir ce qu’ils se diront en fin de course, autour de cette question fondamentale que vous soulevez, si jamais ils se rencontrent à nouveau et s’ils ont le temps de se parler avant qu’un des deux ne meure.

    La question n’est donc pas loin de la fameuse question « Être ou ne pas être? ». Quant aux réponses fournies par les deux personnages du film, disons simplement qu’elles sont contenues dans les deux premiers alinéas de la vôtre, excluant le troisième alinéa dont le contenu ne se prêtait pas au contexte du film. C’est tout.

    Ah, tant qu’à y être, on pourrait poser la question à « Madame Post-it », n’est-ce pas, récompensée (?) pour son rôle dans le processus de nomination des juges du Québec à compter de 2003 sous le gouvernement libéral, ce dont je suis profondément choqué. Voilà et bonne journée.

    • Je n’ai rien à ajouter à votre texte sauf en ce qui concerne votre dernier paragraphe.

      Il semble que le Premier ministre sortant a avisé la nouvelle Première ministre des noms des personnes qui ont été nommées mais pas des postes auxquels ils ont été promus.

      Deux d’entre eux sont extrêmement compétents. L’un d’eux retrouve d’ailleurs le poste qu’il occupait sous le gouvernement péquiste de Lucien Bouchard. Quant à Mme Carole Landry, je crois savoir qu’elle ne sera pas longtemps sous-ministre de la Santé.

      Mais avant qu’elle ne soit congédiée, je souhaite ardemment que le nouveau gouvernement adopte une loi d’exception qui stipule que d’ici à ce que Québec atteigne l’équilibre budgétaire, tous les « parachutes dorés » sont abolis; les hauts-fonctionnaires et dirigeants d’agences paragouvernementales congédiés auraient droit à une semaine de paie pour chaque année d’expérience. Rien de plus. Cette loi aurait préséance sur toutes les dispositions contraires prévues dans leurs contrats d’embauche.

      Les primes de départ offerts aux hauts dirigeants de l’État représentent des dizaines de millions$ de nos taxes. Alors que le gouvernement sortant augmentait les tarifs des services publics (dont les frais de scolarité), il est temps que la haute gomme qui soutenait ce régime, donne l’exemple et fasse elle aussi sa « juste part » afin d’éviter de contribuer à la dette publique par le traitement de faveur dont ils étaient censés bénéficier.


      Post-scriptum : On apprenait le 14 septembre que la nomination de Mme Landry au poste de sous-ministre n’entrera jamais en vigueur mais qu’elle serait plutôt chargée de projets spéciaux à l’Agence de la santé de la région administrative du Bas-Saint-Laurent (si elle accepte ce poste, très, très, très secondaire).

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