La campagne électorale au Québec : le 1er et 2 août 2012


 
Bilan économique du gouvernement Charest

Lors de l’annonce de la date du scrutin, mercredi dernier sur les ondes de RDI, le Premier ministre du Québec a déclaré que sous sa gouverne, notre province avait mieux traversé la crise économique actuelle que l’ont fait l’Europe et les États-Unis. De plus, selon M. Charest, le Parti libéral a réussi, en période de crise économique, à faire mieux que le Parti québécois en période de prospérité.

D’avance, je vous le dis : si cela est vrai, je vote libéral. Mais est-ce bien vrai ?

Le Québec et la crise économique actuelle

Le Canada a mieux traversé la crise économique actuelle que l’Europe et les États-Unis. Cela est le cas de toutes les provinces canadiennes, que celles-ci soient dirigées par des gouvernements conservateurs, libéraux ou néo-démocrates.

Ce que M. Charest n’a pas dit — mais qu’il dira sans doute ultérieurement au cours de la compagne électorale — c’est que le Québec a même fait mieux que l’Ontario.

La raison de cette bonne performance, c’est que les gouvernements québécois précédents (péquistes comme libéraux) ont modernisé la structure industrielle du Québec au cours des dernières décennies, abandonnant le textile (par exemple) et misant sur le multimédia, la biotechnologie et l’aéronautique. Ce que n’a pas fait l’Ontario, qui dépend tout autant de l’industrie automobile, durement affectée par la récession.

Au Québec, si l’aéronautique a souffert de la dernière récession et de la concurrence du Brésil, ce ne fut pas le cas du multimédia (en particulier des jeux vidéo) et de la biotechnologie. En d’autres mots, M. Charest a surfé sur la vague des changements industriels sur lesquels ont travaillé ses prédécesseurs.

Mais peut-on dire qu’il a fait mieux en dépit des temps difficiles actuels que le Parti québécois en période de prospérité ?

Le Québec, province quêteuse

Sous la gouverne des Premiers ministres péquistes Parizeau, Bouchard et Landry, la croissance économique du Québec était supérieure à la moyenne canadienne. Si bien que le Québec était devenu la quatrième province la plus riche du pays quant au revenu par personne. Conséquemment, le gouvernement fédéral avait même diminué légèrement la péréquation versée au Québec. En effet, seules les provinces pauvres peuvent bénéficier de ce mécanisme de redistribution de la richesse canadienne. Lorsqu’une province devient moins pauvre, elle reçoit moins de péréquation.

Dès son accession au pouvoir, le gouvernement Charest s’est mis à couper à tort et à travers dans les dépenses publiques afin de dégager un milliard de dollars, afin de réaliser sa promesse de réduire les impôts des riches. Ces coupures — tout comme celles auxquelles procèdent actuellement la Grèce, l’Espagne et l’Italie — provoquèrent une contraction de la croissance économique.

Cette contraction n’a pas été suffisante pour provoquer une récession, mais a suffi à ralentir la croissance économique du Québec et à faire revenir cette croissance sous la moyenne canadienne. Cela fut vrai dès la première année du gouvernement Charest. Et cela n’a pas cessé d’être le cas jusqu’en 2008.

De 2008 à 2011, la croissance a toutefois été de 4,7% au Québec (vs 3,5% pour l’ensemble du pays). Cet avantage d’un pour cent ces dernières années n’a pas été suffisant pour réparer les dommages subis de 2003 à 2008, ce qui a fait chuter le Québec à l’avant-dernier rang canadien (devant l’Île-du-Prince-Édouard) quant au revenu disponible par personne.

Donc il est totalement faux de prétendre que le Parti libéral fait mieux que le PQ. Au contraire; M. Charest a hérité d’une situation exceptionnelle et l’a gâchée par aveuglement idéologique. Grâce à M. Charest, nous sommes maintenant plus pauvres que les gens du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle Écosse.

Des pertes de 40 milliards$ à la Caisse de dépôt et de placement

Là où la performance économique du gouvernement Charest a été pitoyable, c’est relativement à l’effondrement des actifs de la Caisse de dépôt et de placement. Rappelons que toutes les sommes épargnées en vue de notre retraite, sont versées et gérées par cet organisme d’État. Or dans la crise, toutes nos épargnes ont perdu 25% de leur valeur, comparativement à 18,4% pour la moyenne des grandes caisses de retraite canadiennes.

Lorsqu’on l’interroge à ce sujet, M. Charest a l’habitude de répondre que cela n’est pas de sa faute — jamais rien n’est de sa faute — et que la Caisse est indépendante de l’État. En réalité, il est vrai que le gouvernement ne se mêle pas de la gestion quotidienne des actifs de la Caisse. Toutefois le gouvernement a le pouvoir de nommer et de destituer le Président de la Caisse. S’il s’abstient de le faire, c’est qu’il le veut bien.

Le gouvernement Charest a destitué presque toutes les personnes nommées avant lui par le Parti québécois sauf le président de la Caisse. Ce dernier, Henri-Paul Rousseau, avait la réputation d’être un magicien qui réussissait à obtenir des rendements équivalent à ceux obtenus par le Fonds de pension des enseignants ontariens (parmi les plus performants au pays).

En réalité, ce dirigeant avait transformé la Caisse en repère de spéculateurs. Sans trop savoir de quoi il s’agissait, les courtiers de la Caisse achetaient à tour de bras des actifs toxiques — la Caisse détenait le tiers de tous les PCAA détenus au Canada — pour la simple raison qu’ils donnaient des rendements élevés. Un régime de bonus incitait ceux-ci à prendre des risques de plus en plus grands. Et comme la spéculation finit inexorablement par la faillite, le laisser-faire de M. Charest a mené aux pertes colossales qu’on connait.

Avisé confidentiellement par M. Rousseau lui-même au sujet des pertes catastrophiques de la Caisse, M. Charest a préféré devancer les élections de 2008 afin que la nouvelle ne soit connue qu’après sa réélection.

La balance commerciale du Québec

Historiquement, le Québec a toujours dégagé d’importants surplus dans ses échanges internationaux. En 2004 — soit un an après l’arrivée au pouvoir de M. Charest — pour la première fois de son histoire, le Québec s’est retrouvé avec un déficit commercial de 600 millions. Puis, avec un déficit de 6 milliards en 2005, 17 milliards en 2008, et 12 milliards en 2009. En 2010, ce déficit fut de 16,4 milliards, soit 5% du PIB.

Une partie importante de ce déficit est lié aux importations d’hydrocarbures. En effet, les importations de pétrole et de gaz ont passées de sept milliards$ en 2000 à 18 milliards$ en 2008, soit une augmentation de près de 257% en huit ans seulement, en dépit des politiques vertes du gouvernement québécois.

Un déficit commercial, c’est de l’argent qui quitte le Québec pour aller créer des emplois ailleurs.

Du strict point de vue économique, le régime de M. Charest est le gouvernement plus incompétent que le Québec ait connu depuis celui de Jean-Jacques Bertrand, à la fin des années 1960.

Conclusion

En somme, il est à prévoir que M. Charest répétera ad nauseam, tout au long de la campagne électorale, ces mensonges ou ces demi-vérités jusqu’à ce qu’elles deviennent évidentes pour un bon nombre d’électeurs.

Machiavel disait : « Mentez, mentez : il en restera toujours quelque chose.»

Références :
Économie du Québec : une illusion dangereuse
Grand parleur, petit faiseur
La Caisse de dépôt et placement préfère les sables bitumineux
La Caisse saigne: presque 40 milliards perdus
Vers un choc économique 

M. Charest et le droit à l’éducation

En entrevue sur les ondes du Téléjournal de Radio-Canada, M. Charest a déclaré : « Je crois tellement à l’éducation, puis au droit à l’éducation, que je ne crois pas que dans une classe où il y a 20 étudiants sur 25 qui boycottent, qu’on puisse empêcher les 5 autres d’avoir accès à leur salle de cours, tellement que c’est fondamental, le droit à l’éducation.»

M. Charest attache une grande importance à l’accessibilité physique aux salles de cours. Mais il est muet quant à l’accessibilité économique à l’éducation. Qu’est-ce que ça donne de pouvoir entrer dans une bâtisse universitaire si on n’a pas les moyens de s’y inscrire ?

Les études ont démontré que la principale raison qui explique que le taux de décrochage soit plus élevé dans les milieux défavorisés, est d’ordre culturel; on y sous-estime grandement la valeur de l’enseignement supérieur. « Oh, je connais plein de personnes qui ont des diplômes longs comme le bras et qui sont en chômage.»

En réalité, le taux de chômage chez les détenteurs de baccalauréat est moindre que celui de la population en général. Mais, dans les milieux défavorisés, on se plait à soutenir le contraire, peut-être pour minimiser inconsciemment sa propre responsabilité dans sa condition socio-économique.

Mais l’accessibilité économique aux études supérieures est le second facteur le plus important. Alors peut-on imaginer l’effet d’une augmentation substantielle des droits de scolarité — généralement payés par les parents — sur la détermination d’un jeune, originaire d’un milieu défavorisé, à poursuivre ses études ?

Quant à l’idée de payer des professeurs pour enseigner aux 5 étudiants dissidents et de les payer de nouveau pour répéter le tout aux 20 autres quand la grève sera terminée, cela est une de ces belles idées dépourvues de sens pratique, typique du gaspillage libéral. 

M. Charest, promet-il la création de 250 000 emplois ?

Au deuxième jour de la campagne électorale, M. Charest déclare : « Un gouvernement libéral, dans le prochain mandat, va créer 250 000 nouveaux emplois… aider à créer, devrais-je dire. » Quel beau lapsus qui abaisse cette belle promesse au niveau d’un vœu pieux.

La journaliste de Radio-Canada qui couvre la campagne libérale ajoute : « Jean Charest promet donc, s’il est réélu, le plein emploi d’ici cinq ans.» On enchaine avec M. Charest : « Et notre chance à nous, c’est qu’on en un Plan Nord. Nous avons un plan. Nous avons un projet économique. Ailleurs dans le Monde, ils nous l’envient.»

Autrefois, les politiciens avaient honte de dilapider l’argent des contribuables : l’idée géniale de M. Charest, c’est de transformer le gaspillage en promesse électorale formatée par des experts en mise en marché.

Référence : Baie-James vs Plan Nord 

Le PQ et les frais de scolarité

La chef du Parti québécois rappelle la position de son parti :
• annulation de l’augmentation de la hausse des frais de scolarité décrétée par le gouvernement et
• abolition de la loi 78 (inopérante, de toute façon).

Le PQ propose l’organisation d’un sommet au sujet de la gestion et du financement des universités. La chef du PQ déclare : « Il faut donc parler de gestion avant de parler de sous-financement ou de hausse des frais de scolarité. Si, après ce sommet, il y a lieu d’augmenter les droits de scolarité, nous prenons aussi l’engagement de ne pas le faire au-delà de l’indexation au coût de la vie.» 

Tolérance zéro de la CAQ à l’égard de la corruption

Lors du lancement de sa campagne dans la circonscription de L’Assomption, M. François Legault s’est engagé à ce que la première loi de son gouvernement porte sur l’intégrité. La mesure resserrerait les règles relatives au démarchage, de l’attribution des contrats gouvernementaux, et du financement des partis politiques. 

Biais du Téléjournal de Radio-Canada contre la Coalition Avenir Québec

Alors que la présentatrice Céline Galipeau ironisait sur la solution « miracle », selon elle, de la CAQ d’éliminer l’attente aux urgences des hôpitaux québécois, le reporter attitré à la campagne caquiste — Patrice Roy, reconnu pour ses sympathies libérales — menait dans un centre commercial de Terrebonne, une entrevue à ce sujet avec un candidat-vedette de cette formation politique, le Dr Gaétan Barrette.

Contrairement au chef libéral, généralement présenté en plan rapproché, Radio-Canada nous présente donc dans le même plan, à la fois le Dr Barrette répondant aux questions, et le journaliste dont tout le langage corporel témoigne de son scepticisme à l’égard des propos du médecin. Or, la veille, la société d’État n’a pas cru bon confronter M. Charest au sujet des 250 000 emplois qu’il a « promis » au cours d’un prochain mandat.

Cela n’est pas très professionnel. En tant qu’auteur d’un blogue, je peux me permettre d’afficher mes sympathies et faire preuve, si je le désire, d’une outrageuse partialité.

Mais Radio-Canada est payé par les taxes de tous les contribuables, peu importe de leurs allégeances politiques. En tant que service public, c’est le devoir de Radio-Canada d’informer les électeurs au sujet de ce que les divers partis politiques se proposent d’accomplir.

En plus, elle peut aussi présenter un volet sur l’envers du décor, c’est-à-dire un segment qui révèle les mensonges et les exagérations des politiciens. C’est ce qu’elle fait déjà dans son volet « Épreuve des faits ». Donc je ne vois pas l’intérêt de saboter, en plus, la campagne de certains partis politiques dans le segment qui se veut objectif.

La campagne électorale au Québec : le 1er et 2 août 2012
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