La « patente à gosses »* de M. Charest

Le Premier ministre du Québec aurait quelque chose à cacher qu’il n’agirait pas différemment en créant sa commission d’enquête sur l’industrie de la construction.

Celle-ci aura pour objectifs :

  • d’identifier les stratagèmes et les possibles activités de collusion et de corruption dans l’octroi et la gestion de contrats publics dans le secteur de la construction, incluant notamment les organismes et les entreprises du gouvernement et les municipalités;
  • de dévoiler les liens possibles avec le financement des partis politiques;
  • de dresser un portrait de possibles activités d’infiltration de l’industrie de la construction par le crime organisé;
  • de faire des recommandations pour assurer de meilleures pratiques.

Celle-ci couvrira les activités des quinze dernières années : en d’autres mots, la période visée remontera aux derniers mandats péquistes.

À mon avis, cette obligation est un premier handicap. D’une part parce que cela est dépourvu d’intérêt : en supposant que le PQ était corrompu, cela n’excuse pas le Parti libéral du Québec, qui doit répondre, lui, de sa gestion désastreuse des finances publiques.

De plus, il est hautement improbable que le PQ ait été aussi corrompu que l’est le Parti libéral actuellement pour plusieurs raisons. Principalement parce que les règles présentement en vigueur — et qui visent à assurer l’intégrité du processus d’appel d’offres par l’État — ont été établies par le PQ; depuis son accession au pouvoir, le Parti libéral n’a cessé de les contourner, notamment en triplant le nombre de contrats accordés sans appel d’offre.

De plus, les liens entre le milieu des affaires d’ici et les gouvernements péquistes ont été essentiellement des mariages de raison : les milieux d’affaires québécois ont toujours été fédéralistes et si le PQ avait voulu établir un système de corruption généralisée, il n’aurait pas pu compter à la fois sur le silence complice de ces entrepreneurs et sur celui des organismes qui les représentent. Les fuites dans les médias auraient eu raison de cette omerta.

Et pour terminer, on ne doit pas oublier qu’il existait une opposition officielle (celle du Parti libéral) alors que le PQ était au pouvoir. Si cette opposition n’a jamais trouvé de scandale à l’époque, on n’en trouvera pas dix ans plus tard.

Donc l’obligation de revenir quinze ans en arrière est un premier boulet au pied de la commission.

Le deuxième boulet est l’absence de moyens coercitifs. Cette commission ne pourra obliger personne à témoigner, ne pourra saisir aucun document, ne pourra adresser aucun blâme et conséquemment, est dépourvue de moyens de nous apprendre quoi que ce soit de nouveau.

Finalement les travaux de la commission s’échelonneront sur deux ans, soit au-delà de la durée restante du mandat de M. Charest. Bref, quand on lira le rapport, le Premier ministre aura été réélu pour un autre mandat de cinq ans ou aura été battu sans que la commission ait pu contribuer de quelque manière que ce soit à cette défaite.

Bref, un autre exemple de gaspillage des fonds publics.

Références :
Charest lance la commission Charbonneau sur la construction
Industrie de la construction : Charest lance une commission d’enquête
Une commission émasculée
Une commission «taillée sur mesure»


* — Pour le bénéfice de nos lecteurs européens, une « patente à gosses » se définit comme suit : « Se dit de quelque chose dont on se demande à quoi ça sert; de quelque chose de mal fait, d’inefficace. Un drôle de bidule; un truc à la noix, un machin à la mords-moi le nœud; usine à gaz.» (Lionel Meney, Dictionnaire québécois-français, Guérin, p. 1264).

La « patente à gosses »* de M. Charest
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2 commentaires à La « patente à gosses »* de M. Charest

  1. Cette analyse suit de près les principaux éléments du dossier corruption et conclut à un “trop peu, trop tard” prévisible depuis des mois. C’est en effet pour gagner le plus de temps possible que M. Charest et ses conseillers ont sauté sur l’occasion offerte par M. Bellemare l’an dernier d’enquêter sur la nomination des juges et non sur le financement du PLQ.

    Ainsi, un an plus tard, une manipulation soignée de l’opinion peut mener à un autre mandat, peut-être minoritaire, mais préférable pour le PLQ à la déchéance méritée par l’incurie actuelle.

    Dans le roman-savon plutôt crasse du gouvernement Charest, on retiendra cependant de l’épisode Bastarache qu’une préposée aux intérêts des Libéraux assurait un suivi constant au bureau du premier ministre et qu’elle avait des blancs de mémoire systématiques quant aux motifs de certains visiteurs, notamment le vieil organisateur habitué des lieux.

    Cet aspect à lui seul illustre la gravité de l’épidémie : sans être contaminé d’emblée, quiconque souhaite promouvoir un projet doit se lier à une clique vouée à défendre ses propres intérêts. Et le tout est déductible d’impôt au nom de la participation démocratique!

    • Peut-on imaginer ce que ce serait sans la loi sur le financement des partis politiques (adoptée par le PQ) ? Cette loi, même contournée habilement, nous assure que notre gouvernement est, au pire des cas, à la solde d’intérêts d’ici (avocats libéraux, entrepreneurs et firmes d’ingénierie québécoises).

      Sans cette loi, nous serions comme nos voisins du Sud. Ceux-ci voient une minorité possédante et méprisante accaparer la totalité de la croissance économique des États-Unis depuis au moins une décennie et se servir partiellement de cette richesse pour transférer les emplois ailleurs. Pendant ce temps, des intérêts étrangers font main basse sur les entreprises américaines et s’approprient ainsi les brevets et les technologies qui assuraient la suprématie économique de ce pays. Le tout avec la complicité des politiciens américains à leur solde.

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