Les euphémismes raciaux

29 mai 2011

La journaliste Caroline Montpetit, blâmée pour avoir utilisé le terme « Blancs » dans un texte traitant du racisme envers les Autochtones, signait hier dans Le Devoir un article qui se moque subtilement des excès de rectitude politique.

La politesse exige qu’on évite d’offenser les gens inutilement. Il est donc normal d’éviter toute appellation péjorative.

Mais quelle est la différence entre parler d’un « Blanc » ou d’une « personne de race blanche » ? On me répondra que le premier réduit la personne à la couleur de sa peau alors que dans le deuxième cas, on insiste pour dire qu’il s’agit d’un être humain : toutefois comme cela est vague, on caractérise cette personne par sa carnation. Quelle belle nuance. Mais à mon avis, c’est un peu « bonnet de couleur blanche, blanche est la couleur du bonnet ».

Il y a des années, à la cafétéria de l’université de Montréal, un étudiant de descendance indienne (c’est-à-dire relatif à l’Inde) m’avait engueulé à cause des sévices que les Blancs ont infligés à son peuple. J’avais été affecté par son agressivité — après tout, nous étions à table — mais pas par ses propos : ce n’est pas parce que des Anglais au XIXe siècle ont massacré des Indiens que je dois me sentir coupable de cela simplement parce que j’ai la même couleur de peau qu’eux.

Donc pour moi, je ne vois rien de péjoratif à être qualifié de « Blanc » et je ne vois pas de raison qui justifie qu’on doive éviter ce terme comme s’il l’était. En Chine, les Occidentaux sont qualifiés de « Long nez » : même si cela ne m’offense pas, je préfère « Blanc ».

De la même manière, à mon avis, il n’y a pas de honte à être « Noir ». Évidemment on peut préférer « personne de race noire », ou « personne de couleur », ou « Afro-machinchouette » mais dans tous les cas, on fait référence plus ou moins subtilement à la pigmentation cutanée. En effet, un Blanc d’Afrique du Sud immigré aux États-Unis ou un Algérien ne sera pas qualifié d’« Afro-Américain » : on fait donc ainsi allusion à la couleur de la peau et non à la lignée ancestrale, comme on voudrait bien le croire.

Quant au terme « Juif », il ne fait pas référence à une race. Les Juifs forment un groupe religieux, ethnique et culturel largement hétérogène mais, au risque d’offenser quelques lecteurs Néo-Nazis, ils ne forment pas une race. Il n’y a donc pas de « race juive ».

Je travaille à Montréal dans un établissement fréquenté par de nombreux Juifs orthodoxes. Ce qui m’avait frappé au début, c’est que cette clientèle avait généralement une peau laiteuse (je m’attendais à voir des carnations olivâtres typiques de peuples méditerranéens), beaucoup d’yeux bleus (comme chez les peuples nordiques) et des traits fins dans la très grande majorité des cas. En fait, ils auraient des cheveux blonds qu’on les prendrait pour des Scandinaves.

Quant à « Peaux rouges », une expression utilisée pour qualifier les Autochtones qui utilisaient un enduit rouge pour se protéger des moustiques, il est rarement utilisé de nos jours, tout comme le terme « Jaunes » pour parler des peuples asiatiques.

À mon avis, on a tort de privilégier des euphémismes par politesse ou par crainte d’offenser. C’est en évitant d’appeler certains traits physiques par leur nom qu’on suggère — paradoxalement — aux personnes qui les possèdent, qu’il s’agit de caractéristiques honteuses à nos yeux.

Références :
Faut-il appeler un chat un chat?

Les euphémismes raciaux
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Écrit par Jean-Pierre Martel


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