Les superpiles québécoises : une autre occasion ratée

30 mars 2011

L’Institut de recherche en électricité du Québec (IREQ) est une filiale d’Hydro-Québec. Depuis des années, cet institut travaille à la mise au point d’une superpile qui permettrait aux voitures électriques de rivaliser avec les voitures conventionnelles en terme d’autonomie et de performance.

En janvier dernier, l’IREQ annonçait la mise au point d’une pile lithium-fer-phosphate apte à conserver sa performance initiale en dépit d’une recharge à tous les jours pendant cinquante ans. De plus, cette pile se recharge à 80 % en quatre minutes, soit le temps de faire un plein d’essence.

Cette percée technologique importante — surtout en raison de la vitesse de la recharge — permettra d’utiliser ces piles autant qu’on le voudra dans des véhicules urbains de livraison, des autobus et des vélos électriques.

Les découvertes de l’IREQ ont fait l’objet d’une multitude de brevets. Cette protection légale est une occasion pour le gouvernement québécois d’imposer une « clause Québec » à toutes les entreprises qui voulaient tirer profit de ces technologies. En vertu de cette clause, les acheteurs de ces licences auraient pu être tenus d’installer une usine au Québec et d’y effectuer une partie de leur production.

Mais le gouvernement Charest en a décidé autrement. En vertu d’un scoop du journaliste Daniel Bordeleau de Radio-Canada, publié hier, on apprend que selon la ministre Nathalie Normandeau, il n’est pas question de forcer Hydro-Québec à inclure la « clause Québec » dans ses ventes de licence.

Alors que la voiture électrique s’annonce comme le mode de transport de l’avenir, le gouvernement Charest vient une fois de plus compromettre le développement économique du Québec en renonçant à une occasion extraordinaire de créer ici des milliers d’emplois qui auraient découlé des découvertes de nos chercheurs.

C’est à se demander si le gouvernement Charest possède une stratégie de développement industriel pour le Québec et si oui, sur quoi repose-t-elle ? S’agit-il de se croiser les bras en attendant qu’un industriel ait l’infinie bonté de nous faire l’honneur d’investir chez nous ? Comme des dizaines d’autres gouvernements avec lesquels nous sommes en compétition, s’agit-il offrir des subsides de plus en plus généreux ou d’offrir les réductions de taxes les plus importantes — en somme, faire la courbette la plus basse — alors qu’on possède une carte-maitresse dans notre jeu : la possibilité pour cet entrepreneur d’acquérir la technologie qui lui permettrait de fabriquer les piles les plus performantes au monde ?

Pour les grands industriels qui doivent planifier leurs investissements dans le développement des automobiles électriques et les voitures hybrides, de même que pour les entrepreneurs qui les approvisionneront en pièces et composants (dont les piles), les décisions se prennent maintenant. Pas dans dix ans. C’est maintenant que cela se discute et c’est de ces temps-ci que les grandes décisions se prennent.

En acceptant que ces investisseurs aient accès à la technologie québécoise en ne payant que de simples droits d’utilisation — sans aucun engagement de retombées économiques pour le Québec — le gouvernement Charest solde pour presque rien l’expertise de nos chercheurs comme il a bradé nos gaz de schiste pour des redevances insignifiantes.

Références :
Des brevets d’Hydro-Québec suscitent la controverse
L’IREQ met au point une batterie qui dure…50 ans

Les superpiles québécoises : une autre occasion ratée
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Écrit par Jean-Pierre Martel


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